Revues de presse

#7 Revue de presse (le retour)

C’est la reprise avec la première revue de presse de 2018. Et ça décape.

Au chapitre des fusions, rachats, etc., déjà beaucoup d’infos. Je vous engage très vivement à jeter un œil à ma série « comprendre les fusions d’entreprises » pour être averti sur ce qui suit.

En Belgique, IBA (protonthérapie) a perdu un tiers de sa valeur. Eh oui, pas facile de jouer au bœuf capitaliste quand on n’est encore qu’une grenouille. Surtout après avoir vendu du rêve l’an passé puis avoir dû licencier massivement cette année-ci. Telenet pourrait bien avoir des appétits sur Voo. Novo Nordisk cherche à racheter la société belge Ablynx, moyennement motivée par l’affaire. Négociations également en suspens pour le rachat de Dole par le Belge Greenyard. Par contre, Kinepolis rachète bien « des » cinémas aux Pays-Bas. Enfin, la société japonaise Takeda cherche à racheter la biotech belge TIGenix.

newyear

Menu de l’année nouvelle

Henri Selmer Paris, leader du saxophone haut de gamme, a été cédé au fond Argos Soditic. Finie l’entreprise familiale, le capitalisme aura eu sa peau, toujours la même musique en somme. Le géant Quicksilver (mon adolescence) rachète Billabong. Et paf. Volkswagen s’allie avec Aurora pour les voitures autonomes, Thomas Cook et Lufthansa rachètent les miettes d’Air Berlin. Ces dernières semaines ont aussi vu la naissance d’un « géant » des jeux en ligne, avec GVC qui a racheté Ladbrokes Coral. Suite à la fusion Airbus/Bombardier, Boeing était obligé de répondre et cherche à racheter le Brésilien Embraer…qui fait de la résistance. Les analystes de Citigroup voient bien Apple avaler prochainement Netflix. Et là, on vous parlera encore une fois de la naissance d’un géant. Si Rabelais était vivant aujourd’hui, c’est la pomme qui mangerait Gargantua.

Enfin, last but not least, Trump vient d’autoriser le forage sur 90% du territoire côtier des USA, contre 6% précédemment. Pour créer quoi ? Une superpuissance énergétique. C’est la Pachamama qui va être content à force de roter du gaz…

Licenciements collectifs / embauches

D’abord une bonne nouvelle, les licenciements collectifs ont été en forte baisse en 2017. Évidemment, quand on suit cette actualité-là au quotidien, on a l’enthousiasme modeste : si c’était en baisse en 2017, faut pas demander ce que c’était avant. Et puis garder son esprit critique aussi. Ces chiffres-là ne disent rien des non-engagements, des départs non remplacés, de ce qui se passe à l’étranger, etc.

D’ailleurs – ne soyez pas schizophrènes – voyons ce que l’actu nous dit à ce propos. D’abord, et c’est tout neuf d’aujourd’hui, on craint le pire pour Carrefour en termes d’emplois. Le groupe risque d’annoncer des licenciements collectifs prochainement. Toujours pas, non plus, de repreneurs pour le site de Caterpillar. Ensuite, un total de 10.831 faillites ont été prononcées en 2017 (augmentation de près de 8% par rapport à 2016). Bah alors, ça ne vous dit plus rien le « tout à l’entrepreneuriat » ? Rah, ce que vous pouvez être passif ! En 2018 et 2019, 1300 membres du personnel de la Défense seront « affectés » (comme « affection » au sens de maladie, hein, pas au sens de « free hug ») par une restructuration. Déjà qu’ils avaient privatisé la sécurité de certaines bases (ô ironie du sort !) Et on voit la création d’une coopérative à Herstal, par ceux-là mêmes qui avaient été licenciés collectivement. Comme je le rappelais dans ce texte, se constituer en coopérative n’implique pas de pouvoir se soustraire aux lois du marché, de la concurrence et des rachats en tout genre. Ils risquent d’en faire l’amère expérience.

Go Pro supprime plus de 20% de ses effectifs (250 personnes) et retire son drone du marché. Le capitalisme, c’est comme la musculation : pour être imposant, il faut savoir alterner périodes de prises de poids et périodes de sèches. Preuve en est aussi avec Allergan (pharmacologie, connue pour le Botox) qui supprime un millier d’emplois.

Mais en même temps…on nous annonce que Lufthansa va embaucher en quantité (tu m’étonnes, c’est plus une compagnie aérienne, ça devient Pac-Man à force de manger tout ce qui est sur son chemin…) On nous annonce aussi un taux de chômage allemand au plus bas depuis les années 1990 (tu m’étonnes, avec des jobs à 1€ pour les chômeurs longue durée et les migrants, t’as intérêt à accepter tout et n’importe quoi, à commencer par l’humiliation). Et on annonce une pénurie de main d’œuvre en Belgique pour l’année qui vient. Bonne nouvelle ? Attendez ! De quoi parle-t-on ? Des ingénieurs hautement qualifiés d’une part, des travailleurs très peu qualifiés d’autre part ! Vous en tirerez les conclusions tout seuls sur le « ventre mou » du marché de l’emploi…

On aura beaucoup parlé de l’extrême richesse des riches d’entre les riches ces dernières semaines avec une croissance de 23% de la fortune des 500 plus riches sur terre en seulement un an ! Pas seulement Jeff Bezos (CEO d’Amazon) qui a détrôné Bill Gates à ce jeu…mais souligner aussi que nos patrons du Bel 20 sont eux de mieux en mieux payés (on s’inquiétait pour eux !) Ainsi, ce « Jackpot day » du 10 janvier, les patrons du Bel 20 auront déjà gagné en dix jours ce qu’un travailleur moyen gagne en un an.

Oui, je sais, c’est normal, ils ont plus de res-pon-sa-bi-li-tés. Contrairement, mettons, au hasard, à une sage-femme, un ouvrier du gaz ou un instituteur. Balzac disait que derrière chaque grande fortune se cache un crime. Je dirais même qu’il y en a plusieurs. À méditer au moment où on rappelle dans un livre que Ferdinand Porsche s’est allègrement servi du système nazi, que, la même semaine, Volkswagen reconnaît avoir dénoncé des opposants politiques à la dictature militaire brésilienne – toujours dans le but de maximiser les profits évidemment – et que, en Chine, Samsung est visé par une plainte pour violations des Droits de l’Homme (des mômes au travail).

Dans la famille « rapport aux nouvelles technologies », Zuckerberg présente ses excuses quant aux « fake news » qui pulluleraient sur Facebook, Macron veut les punir par la loi… J’ai tellement hâte d’assister aux tribunaux de la Vérité qui m’expliqueront pourquoi les armes de destruction massive ce n’était pas une « fake news » et pourquoi le Blog du Radis en est rempli. Le bitcoin joue au yo-yo. C’est pas une info en soi, mais c’est l’occasion de (re)lire l’article que j’avais publié à ce sujet. Si vous voulez voir à quoi ressemble cette instabilité en direct, vous pouvez aller voir ici. Les failles informatiques des micro-processeurs d’Intel rendent suspecte la vente par son CEO d’un gros paquet d’actions de son entreprise alors qu’il était vraisemblablement déjà au courant du problème. Délit d’initiés donc. C’est élégant. Et pas une semaine sans parler de Google dont on apprenait récemment qu’à travers sa maison-mère Alphabet, ils avaient planqué 16 milliards d’€ aux Bermudes, via une société écran, échappant de cette façon à l’impôt.

De bonnes semaines aussi en termes d’obsolescence programmée : des actions sont entreprises à Paris contre Apple, et Epson se trouve aussi dans le collimateur de la justice. Sachez donc que vos vieux Iphones ont été intentionnellement ralentis pour vous en faire acheter un nouveau. C’est élégant, bis. Pendant ce temps, Fiat Chrysler rappelle 1.8 millions de pick-ups et Aldi rappelle des amuse-bouches à cause de la présence de Listeria. Miam, miam.

Et comment être sûr que nous, les gens, ne posions pas trop de questions et n’y comprenions rien aux mécanismes fondamentaux qui sont à l’œuvre derrière ces anecdotes ? En assurant que les études universitaires en économie continuent ad nauseam leur même refrain libéral et capitaliste, en reléguant – au mieux – dans les marges, toute théorie contradictoire. Il fût une époque où ce cher Althusser appelait ça des « appareils idéologiques d’État ». Mais c’était y’a longtemps, et le gars était néo-marxiste. De quoi perdre toute sa crédibilité, non ?!

Bonne semaine, vive 2018, joie, santé, hauts les cœurs.

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Analyses

Comprendre les fusions d’entreprises (partie 4)

Pour la partie 1, voir ici
Pour la partie 2, voir ici
Pour la partie 3, voir ici

  • Et en attendant, on nous suggère des tas de « pseudo-solutions » qui donnent l’impression que ça ira quand même…
  • Encore une chose dont on parlera plus tard, les solutions ?
  • Oui ! Mais tu remarqueras qu’il y a deux sujets que j’avais reportés et qu’on a déjà abordés : le fait que les fusions d’entreprises créent de la misère – or on a notamment parlé des licenciements collectifs – et le fait que les fusions d’entreprises, et donc la tendance « monopoliste » du capitalisme, ne représentent qu’une étape parmi d’autres – or on a maintenant parlé des délocalisations, du bon usage de l’immigration, de la flexibilité au travail, etc.
  • Je le reconnais bien volontiers. Mais il y a une chose dont on n’avait pas parlé et qui me semble super importante, c’est la question de la concurrence. Dans mon esprit, des entreprises qui se font concurrence, c’est positif pour tout le monde.
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Ping-Pong, qui va gagner la compétition?

  • Pour moi, c’est un « faux choix ». On aurait tendance à croire que la concurrence est bonne, puisque je critique ici la tendance au monopole depuis le début de notre conversation…
  • En effet.
  • Mais ce serait mal me comprendre.
  • Comment ça ?
  • Ce que je critique, fondamentalement, c’est le caractère libre du marché, et la propriété privée.
  • Tu me fais peur là. Tu voudrais que le marché ne soit pas libre ? Tu es contre la liberté ?
  • Je ne suis pas contre le principe de liberté, j’y suis même très attaché. Mais comme j’ai pu le montrer, la liberté appliquée aux choix économiques crée la misère dont on parle depuis le début. Je t’ai montré aussi qu’avec une propriété qui ne soit pas privée, mais publique, on n’aurait pas la nécessité de faire des profits qui est la mère de tous les problèmes.
  • Donc une propriété de l’État ?
  • Appelle-le « État » si tu veux, après tout c’est le seul mot « adapté » pour l’instant. Pour tout ce qui concerne les besoins fondamentaux des gens : l’énergie, les transports, l’agriculture, les télécommunications, l’eau, la sécurité, etc.
  • Mais ne pourrait-on pas arriver au même genre de résultats avec une « vraie » concurrence ? Je veux dire que si les entreprises se battent « loyalement », elles devront nécessairement faire de mieux en mieux et de moins en moins cher, tout bénéfice pour tout le monde, non ?
  • Pour tout le monde ? Comment fait-on de moins en moins cher à part en licenciant, en réduisant les salaires, etc. ? Quant au « de mieux en mieux », ce n’est simplement pas vrai.
  • Quoi ? L’obsolescence programmée ?
  • Par exemple, oui. Apple vient de se faire prendre la main dans le sac à réduire intentionnellement la vitesse de ses anciens Iphone. Et les imprimantes Epson sont sous le coup d’une enquête judiciaire pour des raisons similaires. Puis on a pas suffisamment parlé des scandales de falsification de données techniques par Toray, Kobe Steel ou encore Mitsubishi (excuse du peu !) sur leurs matériaux. Du coup, on va prendre l’avion, rouler dans des voitures, etc. dont la fiabilité des matériaux ne correspond pas à ce qu’elle devrait être sur papier. Rassurant, non ?
  • Oui, bon, tu as raison. Et ils font ça pourquoi ? Pour obliger les gens à acheter à chaque fois de nouveaux produits ? Ou pour en vendre plus et moins cher en diminuant les coûts ?
  • T’as tout compris. Pour garantir leurs futurs profits. C’est toujours le même principe. Et, à nouveau, ce n’est pas par méchanceté. C’est pour survivre.
  • Donc une « vraie concurrence » est inutile ?
  • Qu’appelles-tu « vraie concurrence » ?
  • Bah une concurrence qui ne se traduit pas en tendance monopolistique… Et qui soit « libre » et « non faussée » !
  • Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette concurrence-là n’existe qu’en théorie. En pratique, non. Et on ne peut évacuer le processus économique sous-jacent qui va vers une concentration, vers des fusions.
  • C’est obscur.
  • Imagine qu’un nouveau marché s’ouvre. Comme le marché d’Internet il y a quelques années. En une fois, beaucoup d’acteurs économiques se précipitent sur ce marché pour faire du business. Un regard extérieur pourrait se dire : « Voilà une véritable illustration d’un marché où la concurrence est libre et non faussée ».
  • Et ce ne serait pas le cas?
  • Libre, sans aucun doute. Non faussée, j’en doute. Chaque acteur vient avec ses capitaux qu’il a acquis par ailleurs, son expérience, ses talents, ses avantages fiscaux selon l’endroit où il est et où il va, etc. Bref, très rapidement, le marché va se concentrer et, 30 ans plus tard, pour faire simple, il ne restera que les GAFAM : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.
  • D’accord, ça c’est le mécanisme qu’on a vu et revu.
  • Et ce n’est pas tout !
  • Il y a pire encore ?
  • Une fois que les marchés sont concentrés, non seulement la concurrence est objectivement réduite à néant mais elle est en plus jetée à la poubelle par ce qu’on appelle des cartels, c’est-à-dire des accords sur les prix, par exemple.
  • Ah, ça c’est un sujet que tu m’avais dit qu’on aborderait !
  • Et les accords entre grosses entreprises ne s’arrêtent pas aux prix – même si on en sait quelque chose en Belgique, rien que pour les opérateurs téléphoniques ! Les constructeurs automobiles allemands ont aussi vraisemblablement collaboré sur les logiciels permettant de truquer les tests pollution de leurs voitures.
  • Ce qui est fou, c’est que ces accords n’annulent pas pour autant des stratégies véritablement concurrentielles. Tout est valable, en même temps !
  • C’est très juste. Non seulement ils veulent profiter de se mettre d’accord entre eux, mais en plus par ailleurs ils usent de tous les moyens pour gagner sur les autres.
  • Comme par exemple ?
  • Eh bien, on le sait, les entreprises les plus grosses n’hésiteront pas à profiter des lois sociales très laxistes dans certains autres pays. Ce qui mène à un véritable esclavage moderne. Il y a eu ce building abritant des ateliers de production pour Benetton et d’autres marques, au Bangladesh, qui s’était écroulé. On peut dire que la famille de Bernard-Henri Lévy, pour le commerce du bois, est une famille d’esclavagistes. Pareil pour Bolloré. Pareil pour les entreprises d’extraction de minerais au Congo. Si les gens avaient conscience de ce qui passait là-bas… Mais on préfère ne pas savoir.
  • Dans ce que tu dis, il y a deux choses : l’exploitation des gens et l’exploitation des matières premières.
  • En effet. Esclavagisme, colonialisme, néo-esclavagisme, néo-colonialisme : tout ça ressort des mêmes principes fondateurs, l’obligation de faire des profits.
  • Sans compter qu’on n’exploite pas que les gens et les sols, mais aussi tout l’environnement et même les animaux !
  • Bien entendu, pas besoin de rappeler le changement climatique, le cheptel de poissons qui diminue, les tortues qui disparaissent prises dans les filets de la pêche en eaux profondes, l’élevage industriel. Je dis ça je dis rien mais le génome du cochon est particulièrement proche de celui de l’Homme. Dès qu’on a essayé de distinguer complètement l’Homme de l’animal, on s’est retrouvé dans l’embarras. Il y a des animaux qui n’ont pas de cordes vocales adaptées mais qui sont capables de rudiments de langage et de grammaire – comme certains grands singes, une catégorie dont nous faisons partie ! Des animaux rient, aiment, etc.
  • Tu vas te la jouer Vegan ?!
  • Chacun « joue » la partition qu’il veut sur ce point. Je pense juste – point Godwin ! – que si on ne peut accepter des camps d’extermination pour des êtres vivants comme les humains, il n’y a pas de raison objective de l’accepter pour d’autres espèces. Je ne suis pas opposé au fait de manger de l’animal, après tout on est loin d’être la seule espèce à le faire, mais le processus de mise à mort industriel, avec son cortège de souffrance, me paraît indigne de ceux qui ont fait du substantif « homme », le substantif « humanité ».
  • Par rapport à l’environnement, tu ne crois pas que l’innovation technologique va permettre de s’en sortir ?
  • Je veux bien y croire, mais pour l’instant c’est un vœu pieux. Regarde par exemple l’informatique : son coût environnemental est tout simplement prodigieux. On parle de « clouds » comme si les données flottaient dans les airs ! C’est complètement stupide. Des fermes de serveurs immenses consomment une énergie gigantesque pour stocker des vidéos de chatons sur Youtube.
  • Tu deviens réac, là !
  • Non, je fais un peu de provoc. Elle devient longue cette discussion ! Je dis une chose : puisqu’on nous promet que les nouvelles technologies pourront amener de la croissance et des profits « propres », faisons un moratoire de l’industrie polluante jusqu’à ce qu’on y arrive. On arrête les frais, basta !
  • Ça n’est pas possible et tu le sais…
  • Et pourquoi donc ?
  • Parce que toute l’économie s’écroulerait.
  • Et pourquoi s’écroulerait-elle ?
  • C’est toi qui me l’as expliqué, parce qu’elle est obligé de faire du profit.
  • Voilà, tu fais les inférences tout seul maintenant !

Suite dans la partie 5.

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Analyses

Comprendre les fusions d’entreprises (partie 3)

Pour la partie 1, voir ici.
Pour la partie 2, voir ici.

  • Dans les propositions de loi actuelles, la réduction du temps de travail n’est proposée que dans le but d’augmenter encore la flexibilité des travailleurs, comme on le voit chez Auto 5. Il faut voir aussi si ça se traduit effectivement en nouvelles embauches. Pour l’instant, je reste sceptique.
  • Et pourquoi pas ?
  • Parce qu’on se rend compte que, jusqu’ici, même les « cadeaux » aux entreprises ne se traduisent pas en nouvelles embauches.
  • Quels cadeaux ?
  • Par exemple la baisse de ce qu’ils appellent les « charges sociales ».
unemployed

Huttes de fortune pour chômeurs à la rue

  • Il y a beaucoup d’infos en une fois. D’abord, pourquoi tu mets des guillemets autour de « charges sociales » ? Ensuite, tu ne vas quand même pas me dire que les entreprises ne paient pas trop de charges et trop d’impôts ? Mon frère est indépendant, il est saigné à blanc par l’État. Je te suis jusqu’ici, mais là, ça me gonfle. À vous entendre, à gauche, vous défendez toujours les employés, les ouvriers et jamais ceux qui prennent des risques.
  • Ok, ok. Une chose à la fois. Je réponds à ta première question : je mets « charges sociales » entre guillemets parce que ce ne sont en fait pas des « charges », c’est un salaire indirect.
  • Pardon ?
  • Ces cotisations te permettent, si tu as un souci un jour, d’être assuré. Et comme tout le monde n’a pas les mêmes soucis, ni en même temps, ni de façon absolue, eh bien ce salaire « solidaire » permet à chacun d’être protégé de la même façon, indépendamment de son cas particulier. D’ailleurs, ces patrons râlent moins quand c’est eux qui sont en burnout et qu’ils jouissent de la sécurité sociale.
  • D’accord, je comprends l’argument. Mais tu vas pas me dire que toutes ces charges ne sont pas exagérées quand même…
  • Ça dépend pour qui !
  • Comment ça ?
  • Eh bien, la Belgique par exemple est un des pays les plus taxés…pour les petits ! Les petits comme les ouvriers, les employés, mais aussi les petits indépendants, les petits patrons.
  • …mais pas pour les multinationales ou les très riches, c’est ça ?
  • Dans ce cas, la Belgique est plutôt un paradis fiscal.
  • Si je comprends bien, ça veut dire qu’en réalité, les patrons de PME ou de TPE partagent plus d’intérêt avec leurs employés et ouvriers qu’avec les gros patrons ?
  • C’est tout à fait ça. Les partis de droite s’efforcent bien de cacher cette collusion d’intérêts et de présenter toujours un programme dans lequel on pourrait croire que les « charges » vont diminuer pour tout le monde. Si les petits patrons se mettaient « avec » les ouvriers, employés, chômeurs, etc., ils constitueraient une force sociale énorme !
  • Puis, quand j’y pense, un indépendant qui bosse tout seul comme un dingue, peut-être que ça le rassure de savoir qu’il est « patron », mais il est en même temps son propre employé…et son ouvrier ! Bon, en même temps, le chantage aux délocalisations par les grosses boîtes qui ne veulent pas payer ces « charges sociales », il est en revanche bien réel, lui !
  • Ça, c’est sûr. Une des raisons pour lesquelles le rapport de forces entre les syndicats et le patronat est tellement en défaveur des « petits ». Cela dit, il n’y a pas que la délocalisation qui est possible, on peut aussi faire venir une main d’œuvre bon marché !
  • Comme la nouvelle directive sur le travail détaché ?
  • Par exemple, oui. L’immigration, aussi. On fait venir des gens quand on a besoin de main d’œuvre, comme dans les années ‘60, ou on profite des migrants qui sont là et qu’on sous-paie parce que, de toute façon, ils n’iront pas se plaindre. Je me souviens que le syndicat des patrons flamand, le Voka, s’était prononcé en faveur de l’immigration, précisément pour cette raison.
  • Donc, quand les patrons et autres politiques se prononcent contre l’immigration, c’est comme pour le chômage, de l’hypocrisie ?
  • Dans les deux cas, ils en profitent. Mais, attention, ils ne sont en faveur de cette immigration que dans la mesure où ils peuvent encore plus compresser les salaires.
  • C’est-à-dire ?
  • Eh bien, si ces immigrés ont un statut semblable aux Belges, ils devront être payés pareil. Et là, ça n’intéresse plus les patrons ! Il faut que ce soit une main d’œuvre illégale, corvéable à merci.
  • Je comprends bien tout ça, mais alors pourquoi Théo Francken renvoie les immigrés dans leur pays avec autant de violence si son intérêt est plutôt de les garder ?
  • Excellente question. Bon, avec toutes les guerres et les désastres environnementaux, on a un vrai « roulement » de l’immigration. Du coup, on en profite tandis qu’ils sont en situation d’illégalité, et on les remballe quand il faut se prononcer et éventuellement leur donner les mêmes droits qu’aux autres citoyens.
  • Je vois. C’est absolument horrible. Ça répond aussi à d’autres objectifs de les remballer ?
  • Ça donne l’impression aux citoyens qu’on les écoute, parce qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde ». Ça répond aussi aux préjugés racistes. Et, finalement, ça évite de se demander pourquoi tous ces gens se retrouvent chez nous…
  • Ok, ça fait beaucoup. La question des causes des migrations, je propose qu’on laisse ça pour plus tard.
  • C’est toi qui le dis !
  • Par contre, le coup de toute la misère du monde, il y a une part de vrai là-dedans, non ?
  • De toute façon, il faut vraiment relativiser « toute la misère du monde ». La misère du monde, elle se contente à 90% des cas de rester bien sagement chez elle. L’immigration est avant tout régionale, entre pays limitrophes. Pour le reste, difficile à dire. Je suppose que ça dépend des « marchés ». L’idée selon laquelle les étrangers prendraient notre boulot me fait rire…jaune, quand on voit la discrimination à tous les étages. Si ce sont des jobs dont les Belges ne veulent pas, l’argument tient-il toujours ? Si on sait qu’on aura du mal à payer les pensions plus tard et donc qu’on a besoin de plus de travailleurs, l’argument tient-il toujours ?
  • Et ça, c’est seulement si cette main d’œuvre devient légale…
  • Tout à fait. Ce qui est sûr, c’est que monter les « petites gens » les uns contre les autres, à coup d’instrumentalisation raciste, ça permet d’éviter que ces gens justement se mettent ensemble pour avoir des revendications.
  • Comme pour la collusion d’intérêts entre petits patrons, employés et ouvriers ?
  • Voilà. Marx et Engels avaient remarqué que le racisme anti-Irlandais par les Anglais était très pratique. Diviser pour régner. Tant qu’ils se battaient les uns contre les autres, les gros patrons, eux, étaient tranquilles.
  • Dis, à ce stade, il y a une chose dont je ne suis plus très sûr. Tu m’as dit au tout début de cette conversation que les entreprises fusionnaient pour « survivre ». Si elles ne grossissent pas, d’autres qui se trouvent sur le même marché qu’elles, par exemple le marché des magasins de chaussures, grossiraient à leur place et les avaleraient.
  • Oui.
  • C’est ce même mécanisme qui est à l’œuvre quand on parle immigration, charges sociales, flexibilité, etc. ?
  • Oui, exactement le même. En fait, quand on dit qu’une entreprise doit « grossir » pour survivre, ce n’est pas simplement grossir en taille. Ça veut juste dire qu’elle doit constamment augmenter ses profits, gagner de plus en plus. Racheter une autre entreprise est un des moyens, la porte d’entrée de notre discussion. Mais il faut bien comprendre que ce n’est qu’un moyen parmi d’autres. Chercher à diminuer les charges sociales en est un aussi, baisser les salaires idem, augmenter la flexibilité itou !
  • Sauf que toutes les entreprises font pareil, donc l’avantage concurrentiel gagné ne l’est que pour un court moment, et l’ensemble des conditions de tous se dégrade !
  • Tout à fait, c’est une sorte de fuite en avant qui ne peut mener qu’au désastre. Mais attention, ce désastre, c’est déjà maintenant. Pas besoin de penser que ce sera pour plus tard. Tout ça se fait progressivement, suffisamment progressivement pour qu’on râle un peu à chaque coup porté à nos conditions de vie, à notre éthique sans pour autant déclencher une révolution.
  • C’est l’histoire de la grenouille qui se laisse ébouillanter si on la plonge d’abord dans de l’eau froide qu’on réchauffe petit à petit…
  • Oui, j’utilise souvent cette image. J’avais même rédigé une des premières versions de l’article Wikipédia qui raconte cette anecdote ! Et en attendant, on nous suggère des tas de « pseudo-solutions » qui donnent l’impression que ça ira quand même…

Suite dans la partie 4.

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Analyses

Comprendre les fusions d’entreprises (partie 2)

Le début du dialogue est disponible ici.

  • …ce sont toujours les mêmes acteurs économiques au final qui prennent du poids au détriment des autres en rachetant, en fusionnant, en grossissant.
  • Au détriment des autres ?
  • Et ils sont nombreux !
  • C’est ce qui m’intéresse justement. Les conséquences sociales, les conséquences concrètes des fusions. Mais avant de les aborder, je voudrais encore comprendre quelque chose. S’il y a un telle « tendance monopolistique » depuis si longtemps, comment se fait-il qu’il n’y ait pas que des monopoles aujourd’hui ?
monopole

Le linge Monopole supprime le blanchissage, pas le blanchiment, nuance!

  • Très bonne question. Je vois deux raisons essentielles : d’abord parce que comme le marché est libre, de nouvelles entreprises continuent d’être créées tout le temps – quitte à être « avalées » plus tard. D’autre part, il existe des « autorités de la concurrence », censées empêcher les monopoles.
  • Ah, c’est bien ce que je pensais ! On peut donc réguler la « tendance monopolistique ». Et faire en sorte que ce ne soit pas un problème.
  • Ce serait magnifique mais, non, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Si on régulait vraiment, le marché ne serait plus libre, comme je l’expliquais plus haut.
  • Heu… Je suis perdu. À quoi sert-elle cette régulation alors ?
  • À empêcher que le système se casse la figure. Imagine un secteur de l’économie dirigé par un monopole, que se passerait-il ?
  • Il aurait tout pouvoir d’augmenter les prix, d’exploiter les travailleurs, de fournir des objets de mauvaise qualité, etc. En somme, c’est ce qu’ils font déjà !
  • J’apprécie le sarcasme mais, non, ce n’est pas tout à fait ce qu’ils font. Le laptop sur lequel travaille le schizophrène qui rédige ces lignes fonctionne plutôt bien jusqu’ici…
  • D’accord, bon, j’exagère un peu. Dans un système de monopole complet détenu par le privé, ce serait encore pire, c’est ça ?
  • Et ce n’est pas tout. Il faudrait imaginer ce scénario étendu à tous les marchés. Pas seulement les chaussures dont on parlait tout à l’heure, mais l’énergie, les transports, l’agriculture, les télécommunications, etc.
  • Et ça change quelque chose que ce soient des monopoles privés ou publics ? Ou c’est juste de la vraie concurrence qu’il faut ?
  • Très bonne question. On peut préciser : tant qu’il n’y a pas un seul monopole privé qui maîtrise tous les marchés, un peu comme dans un scénario de science-fiction, chaque monopole lié à un marché doit continuer à faire des profits et essayer de se diversifier pour entrer sur un nouveau marché. On laisse pour l’instant la question de la « vraie concurrence », mais j’y reviendrai, promis.
  • Donc pour éviter que ce soit un autre monopole d’un autre marché qui fasse pareil avec lui ?
  • On est dans le même principe que tout à l’heure, mais à l’échelle de tous les marchés. D’ailleurs, cette diversification existe déjà. Tu te souviens de l’importateur de voitures d’Ieteren qui a racheté les cahiers Moleskine ! La papeterie et les voitures, ça n’a aucun rapport ! C’est juste pour grossir.
  • D’accord. Et c’est différent pour les monopoles publics ?
  • Ah, sensiblement. Un monopole public n’est pas un monopole né du marché libre, au contraire. C’est un monopole qui naît de la loi, parce que le marché n’est justement pas libre. Autrement dit, il ne doit pas batailler pour conserver sa position et, par conséquent, il ne doit pas faire de profits. En plus, le monopole public est censé, comme son nom l’indique, appartenir au public, donc représenter les intérêts de tous et pas les intérêts de quelques actionnaires.
  • Je pense que je comprends. Du coup, toutes les conséquences négatives dont tu allais me parler ne s’appliquent pas aux monopoles publics ?
  • Non, en effet. Ce qui ne veut pas dire qu’un monde fait exclusivement de monopoles publics serait un monde parfait. Il y a d’autres obstacles mais ce n’est pas le sujet, ici.
  • Tu as raison, je risquerais de te parler des expériences communistes passées et tu n’aimerais pas ça !
  • Là encore, j’apprécie le sarcasme ! Ça ne me dérange pas d’en parler, en fait. Mais on va faire une chose à la fois si tu veux bien.
  • On en était où ? Au fait que si un monopole s’étend à tous les marchés… Que se passe-t-il ?
  • Réfléchis…
  • Eh bien, là, il n’a plus aucune obligation de qualité, ni même d’encore grandir en fait. Le monde serait géré par un seul individu et selon son seul bon vouloir. Ce serait un monde totalitaire géré par le privé. Heureusement, on n’en est pas là.
  • Et on n’en sera jamais là. Parce qu’on aurait alors changé de modèle économique. C’est pour ne pas arriver à ça que la régulation existe. Autrement dit, la régulation n’a pas comme objectif de « limiter » le système, de le rendre « décent », mais plutôt d’assurer sa longévité !
  • J’avais jamais pensé voir les choses comme ça… Bon, c’est peut-être le moment de parler de tous les problèmes que ces pseudo-monopoles créent, tu ne crois pas ? En plus, il y a plein de sujets sur lesquels tu m’as dit qu’on reviendrait plus tard.
  • Oui, je n’ai pas oublié. On va essayer d’en énumérer quelques-uns en illustrant avec des événements de l’actualité très récente. Donc, résumons. Les grosses entreprises, pour survivre, doivent croître. Pour ça, elles rachètent, fusionnent, prennent des participations financières, etc.
  • Jusqu’ici, je te suis.
  • Une fois qu’elles ont fusionné, que se passe-t-il ?
  • Eh bien, il y a moins d’acteurs économiques sur le marché de la chaussure !
  • Très bien, on peut rester sur le marché de la chaussure pour bien comprendre. Moins d’acteurs économiques ? Pas forcément. Entre-temps, plusieurs petites entreprises innovantes de chaussures peuvent avoir vu le jour.
  • Il y a moins de « gros » acteurs économiques sur le marché de la chaussure alors !
  • Oui, voilà. Et en interne de ces entreprises ? Il se passe quoi si deux entreprises fusionnent ?
  • Eh bien, je suppose qu’il y a des doublons dans le personnel. Donc des licenciements ?
  • Souvent, les licenciements collectifs font même partie des pré-accords de fusion : on négocie le nombre de personnes à licencier avant de fusionner.
  • Ça arrive à chaque fois ? Je veux dire : est-ce que c’est aussi inéluctable que le processus de fusion dont tu me parlais ?
  • Disons que je vois peu de contre-exemples. Les licenciements peuvent arriver plus tard ou plus tôt, mais ils arrivent. Regarde Siemens. J’expliquais fin novembre que le groupe allait se séparer de plusieurs milliers de personnes. Et la fusion entre Alstom et Siemens date de fin octobre.
  • Oui, et parfois l’entreprise qui rachète ne reprend pas le personnel de l’entreprise rachetée. Je suppose que tout cela dépend du type de rachat ou de fusion.
  • Un rachat n’est d’ailleurs pas une fusion…ni une prise de capital ! Mais on n’a même pas besoin de tous ces détails, tant qu’on garde en tête qu’il n’y a pas que les licenciements « secs » qui comptent.
  • C’est-à-dire ?
  • Eh bien, les départs à la retraite anticipés sont aussi des formes de licenciements. Et même les départs « naturels » à la retraite, si les postes quittés ne sont pas remplacés, ont le même effet sur les travailleurs restants et sur le marché du travail en général.
  • Sur les travailleurs restants, ça veut dire encore plus de pression puisqu’ils vont devoir faire le même travail, mais avec moins de personnel ?
  • Et sur le marché du travail…
  • …parce que le chômage ira en augmentant !
  • Tout juste.
  • À propos du chômage, j’ai parfois l’impression que selon la personne qui parle, on a des discours complètement opposés. Classiquement, on dit qu’on « fait dire » ce qu’on veut aux chiffres.
  • Ce qui est vrai. Par exemple, de façon générale, on peut dire que les chiffres du chômage évoluent peu depuis 10 ans en Wallonie.
  • À part pour les plus âgés pour qui la tendance est sans cesse croissante.
  • Oui, ce qui peut être un effet des grandes vagues de licenciements d’ailleurs. Mais ce n’est pas seulement ce que je voulais dire. Ce que je veux dire, c’est que cette statistique ne dit pas grand-chose si on ne la met pas en liens avec la politique de ces dernières années sur le chômage.
  • Tu dois être plus précis.
  • Eh bien, en Wallonie, les politiques ont mis en place la dégressivité du chômage.
  • Ça ne change rien aux chiffres, ça !
  • Mais ils ont aussi mis en place l’exclusion du chômage.
  • Bah du coup, le chômage devrait diminuer alors ?
  • Si tu regardes le tableau dont je te parlais, on dirait bien que c’est le cas pour la dernière année. Et ce serait le résultat artificiel d’une politique antisociale. Pas la conséquence positive d’une reprise économique.
  • Et il y a un moyen de vérifier si le chômage diminue artificiellement ou réellement ?
  • En regardant par exemple les chiffres de fréquentation des CPAS. Et ceux-là sont sans ambiguïté: +10% en 8 mois pour 2016 !
  • C’est énorme ! Il n’y aurait pas d’autres explications en plus ? Comme les migrants qui ont droit au CPAS.
  • Si, je suppose que ça peut avoir un effet aussi, mais ça ne peut expliquer une telle différence. Tu vois, c’est très compliqué et c’est la raison pour laquelle on « fait dire » ce qu’on veut aux chiffres, selon ce qu’on veut montrer. Il n’y a pas d’outil qui dirait la Vérité avec un grand « V » – juste des façons de voir le monde en fonction des valeurs qu’on défend.
  • On en revient aux questions de morale de tout à l’heure.
  • Oui, en effet.
  • Mais pourquoi le plein emploi ne serait-il pas possible ?
  • Bonne question. Parce que le chômage est en fait très utile au capitalisme.
  • Pardon ? Mais il me semble avoir entendu des patrons disant qu’il fallait lutter contre le chômage !
  • Peut-être mais c’est de l’hypocrisie.
  • Je ne comprends pas.
  • Pourtant c’est simple. Comment s’assurer, comme patron, que tu auras toujours une « manne disponible » dans laquelle puiser de nouveaux travailleurs dès que tu en as besoin ? Avec du chômage ! Comment s’assurer que tu pourras mettre la pression sur tes travailleurs ? En leur disant qu’il y en a plein qui n’attendent qu’une seule chose : leur place. Donc, grâce au chômage ! Comment s’assurer que tu pourras les sous-payer ? En leur disant que c’est déjà mieux que le chômage – surtout s’il est dégressif !
  • Du coup, d’après toi, le travail se raréfie d’un côté et ça continue de servir les intérêts des patrons de l’autre, non seulement parce que ça diminue leurs coûts salariaux mais en plus parce que ça leur permet de faire du chantage auprès de leurs travailleurs, c’est ça ?
  • C’est ça.
  • Pas très réjouissant.
  • En effet. Et les conséquences sont très concrètes : on exige des travailleurs de plus en plus de « flexibilité », un joli mot derrière lequel on trouve du travail de nuit, du travail les jours fériés, l’exigence d’être appelé à n’importe quel moment même si on est en congé, des périodes très denses suivies de périodes de chômage technique, etc.
  • Avec des burnout pour conséquence.
  • Imagine qu’en 7 ans à peine, de 2007 à 2014, les cas de dépressions et burnout ont quasi triplé ! Et c’est pendant ce même laps de temps que le gouvernement soi-disant socialiste de Di Rupo en Belgique a mis en place la dégressivité du chômage et l’exclusion du chômage.
  • Et l’augmentation des cadences produit des accidents aussi. Il n’y a pas si longtemps, il y a eu des morts chez Arcelor Mittal suite à une explosion, à la SNCB aussi…
  • Ce n’est pas tout. Jeudi passé, un chauffeur poids lourd néerlandais est mort sous les roues de son camion, encore une fois chez Arcelor Mittal à Gand, au même endroit.
  • Franchement, c’est déprimant. Cela dit, la tendance générale depuis 100 ans reste quand même la diminution progressive du temps de travail…
  • Ce n’est pas aussi clair. Cette tendance était évidente, tu as raison, jusque récemment. Mais, en observant convenablement les statistiques disponibles, on constate un resserrement, en tout cas depuis 1999. Cela fait presque 20 ans que le temps de travail ne s’est pas réduit, ça commence à compter. D’autant que, comme tu le sais, l’âge de la retraite a été repoussé. Je pense qu’on va vers une réaugmentation du temps de travail tout au long de la vie.
  • Malgré la robotisation !
  • Celle-ci ne se traduit pas, ou pas encore, en termes de productivité. C’est un phénomène pour lequel il n’existe pas d’explication qui fait consensus, mais j’en ai donné mon interprétation récemment.
  • Pourtant la réduction du temps de travail revient souvent sur le tapis, comme la semaine de quatre jours.
  • Dans les propositions de loi actuelles, celle-ci n’est proposée que dans le but d’augmenter encore la flexibilité des travailleurs, comme on le voit chez Auto 5. Il faut voir aussi si ça se traduit effectivement en nouvelles embauches. Pour l’instant, je reste sceptique.

Suite dans la partie 3.

***

Merci au tipeur grunge_puppet_fatal86 !
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#6 Revue de presse (Joyeuses fêtes)

Une semaine qui va vous donner envie de faire la fête. Ou de vous soûler au point de tout oublier. C’est selon.

On commence avec la torture dès le retour au bled des Soudanais que notre gouvernement a expulsés. Au même moment, de nouvelles rafles au Parc Maximilien pour lesquelles on a appris que les flics avaient des quotas. Eh les Noirs, zêtes pas bankable, ici. Allez en Libye, là on vous paie cash pour moins cher que vos courses du mois chez Colruyt. De toute façon, si y’a du racisme, ce n’est que du racisme de classe : le même gouvernement qui nous divertit de ses précédentes conneries qu’avec de nouvelles bien fraîches a décidé d’inventer la pension à points. L’embrouille, c’est que le point n’a pas une valeur absolue, seulement une valeur relative : à votre pension, on multiplie la valeur du point à ce moment-là par le nombre de points accumulés. Et croyez-moi, ça risque pas d’être le même cours que le Bitcoin! Évidemment, on peut toujours garder le nez en l’air en disant « j’ai rien vu ». Avec un peu de chance, on apercevra un OVNI poursuivi par des avions de chasse US depuis 2004. C’est quoi le plus étonnant ? Que de probables petites femmes vertes (mon côté féministe) passent vite leur chemin en voyant la lie de l’univers que notre espèce représente ou que ce programme financé par le département de la Défense ait surtout permis à une clique de copains de se remplir les poches ? Je me le demande.

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Elles volent vers le foie gras

À part ça, l’info de la semaine, c’est pour moi la fin de la neutralité du web aux USA. J’ai eu l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais récemment. D’autres divers d’hiver suivent : RT France (Russia Today) se décline maintenant en télévision. Très amusant de voir toute la presse mainstream dénoncer un « média de propagande ». À votre avis, ils sont conscients de faire pareil ? ; La Ligue des Droits de l’Homme et le CNAPD ont introduit un recours en suspension contre l’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite. On salue l’initiative. Don Quichotte aurait approuvé !

On prend une grande inspiration, et on y retourne !

Washington accuse la Corée du Nord d’être derrière l’attaque informatique Wannacry. Après, faudra plus dire que c’est un pays arriéré, hein… ; l’Islande a une super nouvelle Première ministre. Son premier acte fort : mettre enfin en place la fameuse constitution citoyenne dont on a beaucoup parlé (surtout Mélanie Laurent dans le film « Demain »). Heu. Non. En fait non, elle va rien mettre en place du tout. Humour ; la BNB (banque nationale) est super PO-SI-TI-VE quant au marché de l’emploi en Belgique et prévoit la création de 309.000 jobs de 2014 à 2020. On doit pas vivre dans le même monde… En même temps, la BNB ne dit pas de quel genre de travail il s’agit, ni le type de contrats, ni si les barèmes sont respectés, ni si ce travail touche toutes les classes sociales, ni si diminuent les discriminations (ce qui n’est pas le cas, ça on le sait), ni le niveau d’études concernés, ni si on a assisté à des licenciements précédant les engagements pour diminuer les coûts, etc. En fait, on ne sait rien. Mais on est quand même PO-SI-TIF parce que le chômage diminue (et les chiffres du CPAS explosent, mais chuuuut !) ; ABinbev va refourguer son catalogue d’ex-bières artisanales aux Eurocrates de la place du Luxembourg à Bruxelles dans un bar ad hoc. Ils ont bien cerné leur public-cible ; Et Ryanair est passé aux menaces face aux pilotes récalcitrants.

Du reste, l’économie n’a pas changé en quelques jours. Ses fonctionnements OPAques demeurent identiques, avec leur cortège de misère à la clé.

Fusions, acquisitions, OPA et autres joyeusetés

  • Euronav, dont on a déjà parlé ici et là rachète l’Américain Gener8. C’est normal, non ? Au moins y’a d’entreprises maritimes, au moins y’a de bateaux, non ? Ah. On me dit que non.
  • Lufthansa, le grand gagnant des mouvements de rachats dans les compagnies aériennes ces derniers mois, attend le feu vert de l’UE pour racheter les débris d’Air Berlin. Le suspense est intense, tout le monde craint l’intransigeance de l’UE sur la tendance concentrationnaire (oui, le jeu de mot est vaseux, j’assume) de notre économie. J’déconne. L’UE va laisser passer, hein, comme d’hab.
  • Le Belge Greenyard s’apprête à racheter le géant de l’ananas Dole. Je me sens fier d’être belge, là. Tellement.
  • Belfius voudrait fusionner avec Proximus. Pour « mieux s’armer face aux GAFA ». Zont le sens de la formule ! Ah, ils savent rire !
  • Land Invest va racheter 50% d’Ogeo fund. Sacré Dominique Janne (à la manœuvre). Lui qui m’avait permis – sans le savoir – de me faire les dents dans le journal « Pan » tellement il s’en désintéressait et ne le lisait pas (ce qui nous permettait d’y raconter ce qu’on voulait…)
  • Le géant du numérique Thales s’offre l’autre géant du numérique Gemalto pour une valorisation à 5 milliards d’€ du second. Des petits joueurs.
  • Walt Disney rachète 21st Century Fox. Rien que ça. Le tout pour 52 milliards d’€. Des gros joueurs cette fois. Juste pour remettre les choses en perspective : avec l’argent de 5 fusions comme celle-ci, on résout le problème de la faim dans le monde. Alors on nous refait le coup du « oui, mais les autorités de la concurrence doivent donner leur accord ». Allons donc. On rappelle à ces gens que ces mêmes autorités US n’ont vu aucun souci il y a quelques jours à peine à la megafusion Bayer-Monsanto ? Y’en a qui sont d’une naïveté…
  • Unibail-Rodamco annonce le rachat de Westfield dont le titre s’est du coup envoléééé pour une valorisation à 21 milliards d’€.
  • D’Ieteren a une crise d’indigestion après avoir trop mangé ces dernières semaines. Dégringolade en bourse.

Concurrence, dumping, guerre économique

  • Washington impose 300% de taxe sur les importations d’avions Bombardier. C’est une autre façon de favoriser les « circuits courts », that’s all. Faut pas voir le mal partout. Sinon, au passage, remarquons une nouvelle fois que le protectionnisme c’est toujours mieux chez soi que chez les autres…
  • L’UE accuse Ikea de percevoir des avantages fiscaux indus aux Pays-Bas. Du coup, je me dis : « Eh Manu, tu vois qu’il n’y a pas que les entreprises US qui se font prendre la main dans le sac par l’UE ? ». Ce à quoi je réponds : « Certes. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que l’économie capitaliste tend naturellement vers les monopoles, ce qui ne veut pas dire qu’elle en a l’intention. Autrement dit, des corrections « à la marge » sont nécessaires pour lâcher un peu de pression et empêcher que l’ensemble du système s’effondre. » Et une des façons de faire est de taper sur les doigts voleurs de Ryanair, Ikea, et autres. (Au final, ça ne change rien à la dynamique générale, by the way.)
  • Pour rester dans le sujet, il paraît qu’Apple va verser ses 13 milliards d’amende à l’Irlande (qui n’en veut toujours pas). Ce sera donc sur un compte…bloqué. En attendant. Vous imaginez ? Le racket par les multinationales est tel, la concurrence entre les pays pour accueillir ces voleurs est telle qu’ils sont dans l’obligation de refuser de percevoir des sommes qui seraient pourtant bien utiles mettons par exemple, soyons fous, pour des dépenses sociales.
  • Toujours pour rester dans le sujet, c’est au tour du Luxembourg de faire appel contre la sanction de l’UE concernant Amazon (qui devrait pourtant rapporter quelques piécettes au Duché.
  • L’État français s’apprête à lancer une grande campagne de privatisations au printemps. Là, c’est juste un teasing.

Et une semaine décevante pour les licenciements collectifs avec « seulement » le géant israélien Teva, numéro un mondial du générique, qui va supprimer 14.000 emplois en deux ans. 25% de ses effectifs. Ça concerne des emplois aux USA, en Israël et en Europe. Enfin, en Belgique, on supprimela majorité des casernes de la protection civile. C’est pas grave, il ne pleuvra presque plus grâce au changement climatique. Ou pas.

Sinon, apparemment, les inégalités se seraient creusées « dans presque toutes les régions du monde », selon une recherche (de Lucas Chancel, avec Thomas Piketty) qui souligne combien c’est le cas aux USA mais aussi en Chine en Russie, deux pays dont les économies se sont libéralisées.

Bonnes fêtes. Les oies gavées sont mortes pour vous, profitez-en bien. À votre santé car, comme dirait Michaux, « respirer, c’est déjà être consentant ».

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Revues de presse

#5 Revue de presse

On commence par un « divers », par pure conscience professionnelle consistant à suivre mes dossiers :

  • 20% des Turcs et Maghrébins de Belgique affirment avoir été victime de discriminations lors d’une recherche d’emploi. T’as pigé Sammy Mahdi, Président des jeunes CD&V ? Ce que j’aime beaucoup, c’est que les médias qui relaient cette info n’ont pas cru bon de faire le lien avec les dernières émeutes à Bruxelles – ce que j’ai tenté de faire dans mon article publié il y a quelques jours. Ce qui est fou aussi, c’est que ces 20% ne concernent que ceux qui peuvent l’affirmer ! Le vrai chiffre est certainement beaucoup plus élevé, comme pourraient le confirmer tous ceux qui ont travaillé, par exemple, dans l’immobilier locatif (là je parle de discrimination au logement, évidemment)… Cette moyenne est aussi beaucoup plus grande que la moyenne européenne, ce qui fait de nous, cocorico, un pays particulièrement raciste.
  • Une info à compléter avec celle-ci : en Belgique, trois travailleuses sur 4 ont subi de la discrimination, des préjudices ou des tensions au travail sur base de leur grossesse ou maternité. Voilà, voilà. Et si t’es une femme maghrébine ? Bah, tu vas te cacher. Mais pas sous une burqa, hein, parce que là aussi tu vas te faire emmerder.
sunshine

There’s more sunshine than rain!

Fusions / Acquisitions / Concurrences, etc.

  • Encore des bonnes nouvelles pour Monsanto/Bayer : tandis que l’UE a prolongé de 5 ans l’autorisation du glyphosate, les autorités US de la concurrence ont bien entendu approuvé la fusion entre les deux géants.
  • C’est sous le titre « ArcelorMittal vient au secours d’une PME française » que le journal Les Échos annonce le rachat complet de Lorraine Tubes par le géant de l’acier. Qui leur explique que ça n’a rien d’une faveur, bien au contraire ? Moi, je suis fatigué…
  • CVS au USA, c’est comme les « bics » en Belgique : la marque est tellement associée au produit qu’on en oublie que c’est une marque. Imaginez alors l’importance de l’annonce de CVS Health qui a annoncé la reprise de l’assureur Aetna pour 58 milliards d’euros ! Monopoles, monopoles, monopoles.
  • Les promoteurs immobiliers français Nafilyan & Partners ont été rachetés par Immobel.
  • Ponant, une compagnie française, double la taille de sa flotte en rachetant Pasteels-Navicruise (croisière haut de gamme). Un marché naval en pleine concentration également, comme on l’a vu récemment. Euronav annonce d’ailleurs 20 millions de plus-values sur un seul tanker qui en vaut deux fois plus. 20 millions directement volés aux travailleurs, by the way.
  • Ikea poursuit sa diversification en ouvrant deux hôtels en Belgique. Comme un accordéon, le capitalisme inspire en concentrant des activités économiques, en rachetant et en se diversifiant et expire en revendant des départements, en licenciant, en délocalisant.
  • Ice-watch annonce un partenariat avec Moulinsart. Ice-Wath dont je rappelle qu’ils ont racheté la société française Patton en 2014.
  • Au chapitre des perdants : Toshiba se retire du nucléaire en Grande-Bretagne, après avoir revendu son département cartes mémoire à Apple il y a quelques semaines. Le chant du cygne ? La mort d’une géante naine ? Pas pour rien que même les plus gros s’efforcent de toujours grossir : on ne le dira jamais assez, ce n’est pas par cupidité, c’est par volonté de survie.

Licenciements collectifs, réductions de personnel

  • General Electric veut supprimer 4500 emplois en Europe. Craintes à Charleroi. Il s’agit de licenciements sur le seul secteur des activités Energie Alstom. Pour rappel, GE avait racheté Alstom en 2015. Et comme on le sait : rachat un jour suppose licenciements collectifs le lendemain…
  • 4400 agents en moins à la SNCB d’ici 2020. Ça pourrait ne choquer personne : finalement, on ne parle pas de licenciements secs. On oublie alors deux choses : c’est autant de personnes qui ne seront pas engagées alors que le chômage demeure un problème fondamental pour les gens au quotidien et pour les caisses de l’État ; ensuite, c’est encore plus de pression sur les travailleurs SNCB qui restent alors que 80.000 Belges sont en burn-out chaque année. Heureusement que la SNCB continue d’offrir un service au top, que le budget est par ailleurs maintenu et qu’on ne prépare pas du tout les futures privatisations. Comment ? C’est tout le contraire ?
  • Alors ça c’est amusant : la direction de Truflo Rona, qui a annoncé début octobre son intention de fermer le site d’Herstal (105 emplois à la poubelle, quand même) s’est elle-même « cambriolée » pour honorer une commande de pièces bloquées lors des négociations avec les syndicats.

Divers

  • Un petit divers sans importance : le travail des enfants au Ghana. Figurez-vous que Barry Callebaut (le chocolat, là, celui qui est juste devant vous sous forme de Saint-Nicolas pour vos mioches) veut éradiquer le travail des enfants…pour 2025! On rappelle à cette entreprise que c’était une promesse pour 2020 ? On rappelle que ce qui est présenté comme une initiative spontanée si positive dans La Libre est juste affreusement hypocrite parce que si cette entreprise ne volait pas le travail des ouvriers en les sous-payant, ils n’auraient pas besoin de faire bosser leurs gosses ?
  • Le G20 découvre qu’il y a un problème de surcapacité (comprenez : crise de surproduction) avec l’acier ! Bon, leur compréhension du phénomène, comme souvent dans ces cas-là, c’est que c’est à cause de la Chine. Pour les autres, les crises de surproduction du capitalisme ont été décrites il y a pas moins de 170 ans par un homme barbu qui n’était pas le Père Noël.
  • 150 millions de vues pour une pub Samsung sur Youtube. Si vous vous demandez comment c’est possible, rappelez-vous les fermes à clics. Certains estiment que plus de 50% des données sur le web serait juste…des fakes. Tout ça pollue l’environnement et crée de l’esclavage moderne. Mais bon, ça se passe loin d’ici, donc on s’en fout.
  • L’accord de Bâle III a été signé ce jeudi, lequel devra imposer des conditions pour ne plus revivre la crise financière de 2008. On rit avant ou après avoir analysé sérieusement ce texte ? (Quelqu’un s’y colle ? Je suis preneur, mais j’ai piscine.)
  • Macron, en petite visite de courtoisie au Qatar, y a signé jeudi des contrats de plus de dix milliards d’euros (essentiellement des avions de combat). Pour plus de paix dans le monde car, comme le dit l’adage « qui vis pacem para bellum ». Heureusement que le Qatar est une vraie démocratie, comme le rappelle Amnesty dans son rapport.
  • Le géant chinois de l’automobile BYD s’installe en grande pompe au Maroc. Il semble que la question de l’impérialisme de la Chine doive se poser de plus en plus, sinon comme fait avéré, peut-être comme fait en devenir.
  • Le Président Maduro a annoncé un projet de cryptomonnaie, le Petro, pour lutter contre l’hyperinflation. J’espère revenir prochainement avec des infos de mon envoyé spécial à Caracas (ahaha, j’adore dire ça…)
  • On nous annonce qu’un Brexit « dur » (comprenez : fin du libre-échange, retour aux règles classiques de l’OMC) serait dommageable pour le secteur belge de la viande. M’enfin, c’est bien le libre-échange alors ? Disons que s’il y a du protectionnisme, autant que ce soit chez soi plutôt que chez les autres…
  • ABinbev est accusé d’abus de position dominante en Belgique dans le secteur de la bière, et donc accusé de nous faire payer trop cher son (infâme) breuvage (qui, soit dit en passant, augmente encore de 3% – le prix, pas le degré d’alcoolémie)… Dites, les gars, reprocher à un monopole d’abuser de sa position de monopole, c’est pas comme lâcher un pédophile dans un jardin d’enfants en s’étonnant qu’il est le premier à vouloir changer les couches ?! Pour rappel, la Ginette, la Triple Karmeliet, la Kwak et d’autres encore n’ont plus rien d’artisanal, sont des purs produits ABinbev, hein, au cas où vous vous posiez la question.
  • Trop bien, on a droit maintenant au « Startup manifesto », pour que tout le monde devienne en-tre-pre-neur. Dites, juste une question super naïve : lorsque tout le monde sera entrepreneur, c’est qui qui va bosser dans l’usine ? Parce que si c’est l’entrepreneur lui-même, il ne serait pas « plus ouvrier qu’entrepreneur », mais sans la protection sociale ? Autrement dit, c’est pas un peu la fabrique de la précarité, ça, qu’on nous vendrait avec du strass un peu puant ?
  • Les premiers vols du low cost d’Air France « Joon » ont eu lieu la semaine passée. Un dossier que j’ai pas mal suivi à l’époque. La Direction avait renvoyé dos à dos les syndicats et les pilotes dans une pure stratégie « diviser pour régner », que j’avais illustrée grâce au paradoxe du prisonnier.

C’est tout pour cette semaine. On me dit qu’il n’y aura que des bonnes nouvelles la semaine prochaine. À moins que ce soit encore une Fake News.

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#4 Revue de presse (enfin!)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? En mode « colère ». Désolé.

En vrac

Être ouvrier tue. Au sens propre chez ArcelorMittal, suite à une explosion à Gand ; au sens propre à la SNCB quand un wagon fou percute des cheminots. Morts nettes, rails sales, j’ai la nausée. Entre-temps, atteinte au droit de grève avec l’instauration du service minimum sur le rail et une nouvelle augmentation de prix pour un service qui n’en finit plus de se dégrader (foi de navetteur). Les données de 57 millions d’usagers d’Uber ont été volées, l’entreprise qui va acheter des « dizaines de milliers » de voitures autonomes à Volvo, histoire de se passer de ses encombrants chauffeurs (pourtant surexploités). Encore des ouvriers en trop. Tués aussi, d’une façon…plus propre. Vive le Black Friday pour enfin consommer tout ce que notre monde surproduit, un « black Friday » vraiment noir en Égypte. Encore des morts nettes. 235 morts nettes. 235 ! Putain. Avec des armes vendues par qui ? Par notre balance commerciale positive ?

accident_train

Maine Central Railroad wreck. High tread.

Edouard Philippe veut baisser les cotisations sociales des entreprises (une vraie politique de gauche est « en marche », niark !) ; les riches fument de moins en moins, les pauvres de plus en plus – quels abrutis ces pauvres ! ; l’ex-Directeur du FMI, Rato, sera jugé pour escroquerie en Espagne (des ennuis avec la justice, un « must » pour le FMI, n’est-ce pas DSK ?) ; instrumentalisation des services secrets par De Decker dans le scandale financier du Kazakhgate qui touche maintenant Airbus ; les coursiers de Deliveroo vont faire grève pour protester contre la fin du statut d’employé ; Altice dégringole en Bourse, géant aux pieds d’argile.

Toujours en vrac, on se rappelle que les Rohingyas vivent sur un territoire…riche en pétrole. Je dis ça, je dis rien ; le glyphosate a été prolongé par l’UE pour cinq ans. Zavez bien lu : à la suite des scandales à répétition, le glyphosate est malgré tout PROLONGÉ. Alors, Mélanie Laurent et les autres thuriféraires d’un « Demain » si merveilleux, zêtes où ?! ; L’UE qui a cumulé les coups tordus ces derniers jours avec le recalcul de l’impôt des sociétés : la gauche parle de 200 milliards de pertes. Peanuts, quoi. Le peuple n’a pas besoin de ce fric, anyway ; Macron en Afrique affirme qu’il n’y a pas de « politique française en Afrique ». Non, t’as raison Manu. Pas de politique, juste du vol. Du viol. Du sang. Parfois délégué à Bolloré, mais on ne va pas s’encombrer de détails, hein ! ; Le japonais Toray touché par un scandale sur la falsification de données, après Mitsubishi et Kobe steel – un scandale passé inaperçu dont j’avais eu l’occasion de parler.

Securitas va protéger…l’armée. Quand le recours au privé devient carrément croquignolesque. Ça se passe à la caserne d’Heverlee ; Ryanair compte « sanctionner » les équipages qui ne vendent pas assez de leurs foutus billets de loterie foireux, leurs parfums et autres saloperies ; Apple reconnait enfin des conditions de travail déplorables chez Foxconn. À leur décharge, ça ne fait que cinq foutues années qu’on en parle dans les médias mainstream ; Standard and Poor’s déclare le Venezuela en défaut partiel sur sa dette. Ça vous dit quelque chose, ces agences noyées jusqu’au cou dans des scandales de conflits d’intérêts et qui voyaient en Lehman Brothers une entreprise tellement solide avant qu’elle se casse la gueule et provoque la crise de 2008 ?

Fusion/acquisition/concurrence/etc.

  • Lafarge (Albert Frère) a financé l’État islamique en Syrie pour conserver ses positions sur le terrain. Business is business, bro !
  • Un petit bijou d’article des Échos sur les fusions et les prises de capital dans le milieu de la construction en France. Sont concernés : le holding HLD, la famille Dentressangle, Kiloutou, la famille Mulliez, etc. L’article est incompréhensible mais donne un bel aperçu des « mouvements » qui permettent à seulement quelques acteurs de grossir aux dépens des autres.
  • Le chinois Alibaba dépense 2,5 milliards d’€ pour monter au capital de Sun Art (Auchan).
  • Un fonds d’investissement US veut acquérir 40% de Belron (Carglass qui appartient à D’Ieteren et dont on sait depuis la revue de presse #2 qu’ils ont aussi acquis Maisoning, dans la construction).
  • Natixis, encore une banque d’investissement, annonce qu’elle va consacrer 1 milliard d’€ à des acquisitions d’ici 2020. À chaque info de ce style, demandez-vous : qui sont les perdants ?
  • Dans la foulée du rachat d’Alpro par Danone, changement de direction en faveur de Sven Lamote. À quand les licenciements collectifs chez Danone ?
  • Il existe une alternative au super nocif glyphosate de Monsanto. Bonne nouvelle ? Ouais. Sauf que l’ANSES, l’organisme de certification de ces produits, refuse toujours l’autorisation de mise sur le marché. Eh quoi, faudrait pas fâcher les copains quand même !
  • L’UE se dote de nouvelles règles anti-dumping. Enfin, contre le dumping qui lui est défavorable, pas l’autre ! Qui est visé ? La Chine bien sûr… Il s’agit ici de lutter contre la concurrence, rien de plus.
  • La fusion ATT/Time Warner est bloquée aux USA. Unbelievable. Enfin, on va suivre ça de près, c’est rare que…ça ne se débloque pas !
  • Solvay s’apprête à vendre son usine de Charleston. Alors on danse…avec les ouvriers « transférés ».
  • Une filiale de HSBC débourse 300 millions d’€ pour éviter un procès. Justice à portefeuilles…
  • Cobelfret prend une participation chez Euronav. Pas besoin d’être sur terre pour faire de la concentration. Ça « marche » sur mer aussi.
  • Qualcomm rejette l’offre de rachat de Broadcom. Thug life chez les gros bras : « Nan, c’est moi le plus gros, c’est moi qui vais te racheter ! » La seule chose dont on soit sûr, c’est que l’un finira par racheter l’autre.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.

  • En Belgique, IBA a licencié 20 personnes. Les mêmes qui annonçaient d’incroyables perspectives de croissance l’an passé.
  • « Restructuration » (je ne m’y fais pas à ce terme à la c**) à Philips Lightning à Turnhout, 78 emplois perdus.
  • Siemens se prépare à des milliers de suppressions d’emploi – sur fond de bénéfices record (en hausse de 11% avec 6,2 milliards d’€ de bénéfices et 83 milliards d’€ de chiffre d’affaires !)
  • Les galeries Lafayette vont céder sous forme de franchise 22 magasins. On parie que ça ne se traduira pas en bonnes nouvelles pour l’emploi ?

À la semaine prochaine pour de vraies bonnes nouvelles?! Hum.

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