Message aux lecteurs

J’arrête mon blog, mais…

Il y a quatre ans, j’ai lancé deux grands projets d’écriture.

Le premier, c’est mon blog. Certains articles ont été énormément lus et partagés : sur la banque Newb, sur les tests de Qi, sur la Chine, etc. J’ai essayé de montrer les conséquences tragiques du système capitaliste et la voie sans issue de la réforme, sans ne rien céder à la rigueur, à la raison, à l’honnêteté. Montrer qu’un bon cadre théorique permet de comprendre et d’anticiper le réel.

Je suis très fier du travail accompli.

J’ai rencontré un réel succès avec des articles pourtant longs et exigeants. J’ai traité de questions difficiles, qui m’ont amené à me défendre dans des conférences, sur des plateaux télé, lors d’entretiens pour d’autres médias. J’ai produit un podcast, j’ai théorisé, j’ai écrit sur la connaissance, la critique des sources, l’épistémologie. J’ai fait face à beaucoup d’opposition mais à aucun procès, ni à aucune demande de droit de réponse.

Le sérieux paie.

J’ai reçu beaucoup aussi. Des témoignages très touchants, des opinions qui ont changé grâce à certains de mes articles, des commentaires qui les complétaient, des dons qui incarnaient concrètement la confiance qui m’était accordée. Je suis tellement reconnaissant et je voudrais vous dire MERCI.

Oui, je suis fier du travail accompli – mais je suis fatigué.

Écrire le week-end, la nuit, pendant les vacances, tout en gardant mes enfants…c’est difficile. Il s’agit d’un travail bénévole qui m’aura coûté de l’argent mais, surtout, énormément de temps pris sur ma vie de papa et d’amoureux, sur mes loisirs, le sport, la lecture, le billard, le dessin, le tricot, la cuisine et le reste !

Il y a aussi eu des conséquences difficiles, dont certaines sur lesquelles je ne m’étendrai pas. Développer une pensée hétérodoxe et solidaire peut être douloureux, même en démocratie (on met des guillemets ou pas, hein ?). Le blog n’apporte pas de reconnaissance « académique », peu de reconnaissance publique également – en dépit du travail et du temps investis. Certains retours ont été difficiles à gérer – je n’ai pas eu que des nuits complètes ! Souvent l’angoisse de l’insulte, de l’attaque personnelle, de critiques injustes ou ressenties telles, du buzz qui prend tant de place qu’il remplace la vie, des coups de pression via via…cette angoisse a pris largement le pas sur le plaisir d’apprendre et de transmettre.

Bien entendu, le blog restera ouvert et les articles disponibles. Je pense qu’ils ont le mérite d’être peu dépendants de l’actualité et qu’ils resteront, pour la plupart, pertinents en dépit du temps qui passe. Probablement que je continuerai à m’exprimer sur Facebook – avis à celleux qui voudraient m’y rejoindre 😉

Pourtant, l’arrêt du blog est aussi une excellente nouvelle. Je vous disais qu’en 2017, j’avais commencé deux grands projets d’écriture… Le deuxième grand projet est celui qui me tient le plus à cœur : un roman.

Je voudrais maintenant  dédier mon temps d’écriture à ce dernier, un projet d’une grande ampleur où je suis, évidemment, dans l’inconnu – et ça me plaît ! J’essaie d’y articuler mon plaisir littéraire des mots, mon intérêt pour la politique, et mon envie de raconter une histoire.  

D’une certaine façon, en parler ici constitue une forme d’engagement. Je ne sais pas si j’arriverai au bout, et encore moins si quelque éditeur y verra de l’intérêt pour son audience mais je suis prêt à prendre ce risque. C’est là, exactement là, que je veux mettre mes forces.

MERCI pour votre soutien, à chacun, chacune. Plein de love sur vous.

emmanuel

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Message aux lecteurs

Nous ne vivrons pas sur Mars

Une fois n’est pas coutume, juste une petite annonce en passant 🙂 Le samedi 28 août, de 17h15 à 18h15, j’aurai le plaisir d’animer une rencontre avec Sylvia Ekström, autrice du livre « Nous ne vivrons jamais sur Mars, ni ailleurs » dans le cadre de l’Intime Festival. La rencontre aura lieu dans la Cour de l’école Notre-Dame.

Sylvia Ekström est astrophysicienne…et sage-femme. Elle est collaboratrice scientifique au Département d’astronomie de l’Université de Genève en Suisse.

Sylvia Ekström – crédit photo : Intime Festival

Pour celleux qui ne connaissent pas, l’Intime Festival est un festival de littérature se tenant à Namur chaque année. Il a été fondé et est dirigé par Chloé Colpé, avec la participation et la passion littéraire de Benoît Poelvoorde.

La rencontre sera ponctuée de lectures des poèmes de Rebecca Elson, extraits de son ouvrage « Devant l’immense » par la comédienne et directrice du Rideau de Bruxelles, Cathy Min Jung.

J’en parle peu ici sur ce blog mais, parmi mes nombreux centres d’intérêts, la littérature et la vulgarisation autour de l’astrophysique tiennent une part importante dans ma vie. Je suis honoré de cette rencontre. N’hésitez pas à venir si ces questions vous intéressent également.

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Analyses

Pourquoi je suis pro-vaccins Covid

Écoutez la version podcast :

Note : Le dossier qui suit est à la fois un travail de vulgarisation et une revue de littérature. Il est évidemment tout à fait possible que des erreurs subsistent. Si c’est le cas, n’hésitez pas à commenter et je modifierai en conséquence.

Un immense merci à mes tipeurices pour leur soutien : fillon, marsxys, g106973983737661016119 et smart684. Si vous aussi pensez qu’un tel travail mérite un soutien financier, vous pouvez vous rendre sur ma page Tipeee.

  1. Introduction : que croire et pourquoi?
  2. Le vaccin ne protège pas contre les formes graves
  3. Le vaccin n’empêche pas les contaminations
  4. On va nous sortir une 3ème dose, puis une vaccination annuelle
  5. Que fais-tu d’Israël où les chiffres remontent malgré la vaccination?
  6. En Angleterre, il y a plus de morts vaccinés que le contraire
  7. Les vaccins ne sont pas efficaces contre les variants
  8. Vacciner produit de nouveaux variants
  9. Pourquoi vacciner tout le monde? Vacciner les plus faibles suffirait
  10. On est déjà tous et toutes immunisé.es
  11. Il existe des médicaments efficaces, pas besoin de se vacciner
  12. À quoi sert de « maîtriser le virus », c’est une zoonose
  13. Le vaccin a été développé trop vite, on manque de recul
  14. Ce n’est pas surveillé, alors qu’il y a des effets secondaires
  15. L’obligation vaccinale est une atteinte à nos libertés
  16. Pourquoi ne pas laisser tranquilles celleux qui refusent?
  17. On censure les vraies chercheur.es
  18. Pourquoi croire les élites qui se moquent de nous?
Photo de cottonbro provenant de Pexels

De très nombreuses questions se posent sur la vaccination contre le COVID. Ces questions sont légitimes. Il est aussi insensé de les balayer d’un revers de main en traitant de « complotiste » toute personne qui s’interroge que de partir du principe que la vaccination en tant que telle serait une erreur parce qu’elle est portée par des entreprises par ailleurs criminelles ou au service d’États oppresseurs.

Dans ce dossier, j’essaie de répondre aux différentes interrogations que j’ai pu voir passer et j’espère que ce dossier viendra compléter les efforts d’informations et de vulgarisation notamment de la Tronche en Biais, ou encore de la page Facebook Toubib or not toubib. Je ne traite pas toutes les interrogations sur les vaccins COVID, mais j’ai sélectionné celles qui me semblaient les plus pertinentes, notamment pour un public dont les valeurs principales sont celles de la justice sociale, de l’anti-impérialisme, de l’anticapitalisme, de l’égalité.

Vous pouvez, en suivant les liens en début d’article, vous rendre directement à la section qui vous intéresse – même si je conseille vivement la première partie du dossier qui revient sur des positionnements épistémologiques : pourquoi croire une source plutôt qu’une autre ?

Comme tout le monde et en particulier comme auteur, j’aime plaire. Pourtant, je n’écris pas pour plaire. Ainsi, depuis le début de mon blog et, plus largement, depuis mes premiers écrits d’analyse, je me suis attiré pas mal de foudres.

Ma critique sur le film Demain a fâché les tenants d’un changement de paradigme par la réforme ; dénoncer les tests de QI a agacé toustes celleux qui voyaient en la reconnaissance de leur « haut potentiel » l’explication ultime et l’excuse implacable à leur mal-être ; l’explicitation de l’impossibilité d’une banque éthique comme NewB a attisé une colère qui m’a moi-même étonné ; mon travail de fond sur la Chine m’a valu les pires insultes – dont celle de « défendre les dictateurs ». En fait, il n’y a que ma dénonciation du capitalisme qui ne m’apporte aucune critique, tant les vrais ennemis savent combien je ne suis pas dangereux pour eux. Constat accablant.

Ce n’est pas quelque chose que j’apprécie, mais j’ai pris l’habitude de ne pas plaire, car il me semble que l’on gagne toujours, au moins à long terme, à chercher la vérité (sachant, bien entendu qu’en tant que discours sur le réel, la vérité n’est jamais qu’une perspective, qu’on espère correspondre le plus précisément à la réalité). Quand bien même cette recherche de vérité pourrait ne pas plaire à mon propre camp politique. Il en allait ainsi avec le film Demain, il en va sans doute pareillement de cet article sur la vaccination face au COVID.

Je nourris le souhait que, quelle que soit votre position actuelle sur les vaccins, c’est sur la base des arguments et non d’un rapport émotionnel (bien compréhensible au demeurant) que vous changerez ou non d’avis.

Je n’ai, jusqu’ici, presque pas écrit sur le COVID.

Non par peur, mais par ignorance. Je ne suis ni virologue, ni épidémiologue, ni chercheur en pharmacie, ni médecin, ni psychologue, ni psychologue social, etc. Beaucoup ont parlé sans savoir, beaucoup ont dit d’énormes âneries qu’ils ont ou auront à regretter. De plus, dans la plupart des grandes questions qui ont nourri le débat public, nous manquions de recul : quelle position adopter sur les masques ? Quid de la chloroquine ? Qui des rassemblements en extérieur ? Etc. Tant que suffisamment d’études fiables n’étaient pas produites, il était, comme citoyen.ne, beaucoup plus sain de suspendre son jugement. Ne pas prendre position en situation d’ignorance me semble être la position intellectuellement la plus saine.

Les politiques, au contraire, n’ont pas le choix de l’action. La suspension du jugement, se traduisant par l’inaction, peut avoir des conséquences dramatiques. Et, autant il me semble que nous DEVONS critiquer l’action de nos gouvernements, autant reconnaître la difficulté de la décision en situation d’incertitude relève de la simple honnêteté. Bien entendu, comme le montre très bien Michel Collon dans son livre Planète malade, tous les pays n’ont pas agi d’une manière aussi catastrophique que la nôtre. Prendre de bonnes décisions était possible, si nous n’avions pas été aveuglés par le besoin de profit.

Il y a, sur la question de la vaccination, une différence essentielle avec mes autres analyses et que je voudrais m’atteler à clarifier dans cet article. En ce qui concerne la vaccination, même comme citoyen.ne, il n’est pas possible de ne pas prendre position. Que l’on se vaccine ou que l’on ne se vaccine pas, notre choix aura des conséquences sur la collectivité. La suspension du jugement doit être décorrélée de l’action à proprement parler et c’est la raison pour laquelle l’analyse précise des arguments doit présider aux choix que nous prendrons de nous faire ou pas vacciner.

Enfin, ici comme dans mes articles précédents, je tiens à garder une position rationnelle, c’est-à-dire à mettre en accord mes positions avec l’état des connaissances. Adopter donc une position avec l’outil le plus adapté : la science. Je ne suis pas ici en train de dire que la science explique tout. Notre vie est pleine de phénomènes qui nous traversent et que la science ne peut expliquer. Dire les réactions chimiques de notre corps quand nous sommes amoureux ne dit en fait rien de l’amour. Dire ce qui se passe dans le cerveau pendant que nous rêvons ne dit rien des émotions qui nous étreignent pendant un cauchemar. Une explication scientifique de la beauté d’une œuvre d’art pèse peu au regard du ressenti. Etc.

Mais lorsque la science peut nous éclairer, elle le fait comme aucune autre esthétique, aucune autre pratique, aucune émotion ne peut le faire. D’ailleurs, indépendamment des positions des un.es et des autres sur les vaccins, nous faisons toustes confiance à cette science lorsque nous donnons notre avis sur Facebook (dont la technologie sur laquelle la plateforme repose est une trouvaille scientifique) et, en fait, à chaque moment de notre vie – depuis la machine à café du matin, la voiture, l’éclairage public, les plats surgelés, le PC pour le taf, les machines pour creuser les rues. La science est extrêmement puissante.

La puissance de la science tient aussi à ce qu’elle n’a aucune certitude. Elle se base sur des hypothèses. Par exemple : « La chloroquine est efficace au-delà de ce qui est statistiquement attendu pour un placebo ». Dans un deuxième temps, elle tente de réfuter son hypothèse, c’est-à-dire de la mettre à l’épreuve. Un peu comme si vous construisiez un bateau, vous allez le mettre à l’eau, le mettre à l’épreuve pour vous assurer qu’il ne coule pas. S’il coule, vous savez que votre technique ou que vos matériaux ne sont pas les bons. Vous aurez « réfuté » votre hypothèse et pourrez chercher une autre technique ou d’autres matériaux. Si votre bateau ne coule pas, vous allez considérer que c’est, jusque-là, votre meilleur bateau, donc votre meilleure hypothèse…jusqu’à ce qu’il coule, ou que quelqu’un d’autre invente un bateau plus performant, plus solide, plus léger, plus rapide, moins cher. Voilà pourquoi les études scientifiques sont si importantes : ce sont elles qui permettent de décider de la solidité d’une hypothèse. Ainsi, dans la suite de l’article, je ne me contenterai pas de « faire confiance » à une personne, même convaincante, mais je me fierai à des études qui respectent le protocole expliqué ci-dessus de mise à l’épreuve des hypothèses. Et il se peut qu’une étude citée soit un jour retirée parce qu’elle ne respecte finalement pas la rigueur attendue. C’est rare, mais ça arrive.

Ça veut dire que ce qu’on croyait juste hier pourrait être contredit par de nouvelles études demain. Et c’est extrêmement frustrant bien sûr. À quoi bon mettre sa confiance dans une parole qui est susceptible de changer le lendemain ? Mais le contraire est encore pire : qui ferait confiance à quelqu’un affirmant qu’il ne changera pas d’avis même si on lui prouvait qu’il avait tort ? Imaginez un juge qui, mis devant les preuves de l’innocence de l’accusé, le condamnera quand même parce que la culpabilité de cet homme était son hypothèse de départ ? Ainsi, de premières études et l’expérience de terrain ont pu laisser penser que la chloroquine était efficace mais les différentes méta-analyses (des études rassemblant les données de plusieurs autres études) ont montré que, non, le protocole Raoult ne l’était pas (voir par exemple la revue systématique du British Medical Journal).

La science est capable de dire : « On n’est pas sûr, donc on continue à chercher ». La science est imparfaite, mais elle restera toujours plus fiable que l’absence de science ; de même qu’un tribunal est imparfait mais qu’il restera toujours plus souhaitable que l’absence de jugement.

Il faut bien comprendre que la science n’est pas l’affaire d’individualités, le caractère séduisant d’un discours ou d’une personne ne garantit en rien sa pertinence. ; chaque nouvelle connaissance s’appuie sur les recherches de milliers, de millions, d’autres chercheurs en d’autres lieux, à d’autres époques. Newton le disait déjà et d’autres sans doute avant lui.

Les recherches sont maintes et maintes fois remises sur le métier et les conclusions s’affinent de plus en plus. S’affinent. Ça veut dire qu’il n’y aura pas de « grande révolution ». Les révolutions, même paradigmatiques, dans l’histoire des sciences sont non seulement immensément rares, mais qui plus est ne remettent en question que de façon marginale les conclusions précédentes. Si Einstein a bouleversé la physique, jusqu’à contredire radicalement la perspective de Newton, il n’en reste pas moins vrai que la plupart du temps les équations de Newton continuent de très bien fonctionner. Affiner, plus que révolutionner. Et c’est bien la première fois qu’on me prendra en flagrant délit de soutenir la voie de la réforme !

Par exemple, il n’y aura pas d’étude révolutionnaire prouvant, en une fois, la validité du protocole Raoult. Il faut bien comprendre ici l’effet statistique. Ce qui prouve l’absence d’intérêt de la chloroquine pour soigner et guérir le COVID, ce n’est pas une étude, c’est un ensemble d’études. Peut-être y a-t-il une étude ici ou là qui montre un effet significatif de la chloroquine, de la même façon que vous pourriez jouer à la roulette et voir la bille s’arrêter six fois d’affilée sur une case rouge. Est-ce à dire que vous devriez jouer le rouge ? Non. Ce qui compte, c’est l’effet statistique. Si, au bout de la soirée, la distribution des couleurs est normale, c’est-à-dire que la bille est tombée à peu près autant de fois sur le rouge que sur le noir, vous savez qu’il n’y aurait eu aucune raison de jouer le rouge plus que le noir. Si au bout de la journée, la bille est tombée beaucoup plus souvent sur le rouge, alors vous pourriez commencer à suspecter un effet de la roulette, peut-être truquée. Si cette tendance se confirme après une semaine, votre méfiance devrait être de plus en plus grande… Mais dans le cas qui nous occupe, la case « chloroquine » n’est pas sortie plus souvent que n’importe quelle autre case placebo. Fin de l’histoire.

Il en va de même avec les témoignages et les événements (presque) isolés, du style « je connais deux trois journalistes qui ont été sauvés par l’ivermectine », comme l’affirmait Martin Zizi dans un entretien avec BAM. Outre le fait qu’on aimerait bien savoir comment ce monsieur est capable, à distance, de faire le lien de causalité entre les soins, la guérison et la prise du médicament, on est face ici à un biais cognitif relatif à la force de conviction d’un témoignage.

Photo de Lukas provenant de Pexels

Bien sûr, vous trouverez toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui pense avoir été sauvé avec de l’hydroxychloroquine, ou qui aurait eu une thrombose après la vaccination (témoignages souvent difficiles, voire impossibles, à recouper), ou encore cette maison de repos dans laquelle plusieurs personnes vaccinées ont malgré tout contracté le COVID (amené par un.e membre de la famille ou un.e soignant.e peut-être non-vacciné.e, soit dit en passant). Outre les « détails » qui n’en sont pas (depuis combien de temps étaient-iels vacciné.es ? Combien de doses ? Les symptômes sont-ils graves ?), on note le caractère exceptionnel de ce genre de récit. Trois ou quatre EHPAD concernées sur 7500, ça fait 0.05%. Autant dire rien du tout, d’un point de vue statistique. C’est aussi mon plus gros problème avec des organes de presse alternative qui ont fait leurs choux gras d’une couverture hyper critique et, de mon point de vue, frisant avec le complotisme, lors de cette crise COVID en faisant la part belle aux opinions, aux témoignages de non expert.es et sans aucune rigueur scientifique.

Je veux être clair : les craintes quant aux positions de nos gouvernements et aux pratiques des industries pharmaceutiques sont tout à fait légitimes. Il est absolument nécessaire d’être vigilant quant à ce que les mesures prises soient en accord avec les nécessités sanitaires. Par ailleurs, il y a une multitude d’arguments contre la vaccination qui sont absolument pertinents. Si mon hypothèse de départ est « la vaccination est efficace, il faut l’appliquer massivement », je dois aussi chercher à la réfuter, la mettre à l’épreuve. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé dans cet article de regrouper les arguments opposés à la vaccination que j’ai pu trouver et de voir ce que les études en disent.

J’ai divisé les arguments en trois grandes catégories : 1) La première porte sur l’efficacité des vaccins et les questions qui en découlent sur l’immunité naturelle, les contaminations qui continuent, les nouveaux variants, les traitements médicamenteux ; 2) la seconde porte sur les risques liés à la vaccination – car un vaccin très efficace peut aussi être dangereux. J’y aborde le développement du vaccin, les effets secondaires, la pharmacovigilance, le caractère inédit de vaccins à ARN ; 3) La dernière partie aborde les questions éthique et politique, le rapport à la liberté, la censure, la stigmatisation des personnes non-vaccinées, la confiance à accorder à des personnes qui ne la méritent pas.

Ce travail est un point à un instant « t ». Il est susceptible d’évoluer, également en fonction des commentaires dans lesquels je demanderai aux lecteurices de rester courtois. Bonne lecture.

Efficacité

Le vaccin ne protège pas contre les formes graves

C’est une première idée reçue : les études et les chiffres sont très clairs. Un article du Lancet de mai 2021 conclut que deux doses du vaccin Pfizer sont hautement efficaces, quel que soit le groupe d’âge, et cela « pour empêcher les infections symptomatiques et asymptomatiques, les hospitalisations, les formes graves et la mortalité, ceci incluant le variant B.1.1.7 », aussi appelé variant alpha. L’incidence du virus était inversement proportionnelle à l’étendue de la vaccination – ce qui a amené les chercheur.es à affirmer, dans leurs conclusions, que la vaccination « peut aider à contrôler la pandémie ».  

Un article du Monde du 27 juillet 2021 revient en particulier sur la mortalité et montre que les pays qui ont le plus vacciné sont aussi ceux où l’on meurt le moins, malgré l’arrivée du variant delta – ce qui complète les informations du paragraphe précédent. Notons qu’aucun de ces pays, par ailleurs, ne semble avoir atteint un taux de vaccination suffisant pour assurer une immunité collective, quand bien même les frontières seraient fermées. A contrario, on note une flambée des cas dans les pays qui n’ont pas accès aux vaccins et une mortalité importante. Autrement dit, c’est encore une fois le capitalisme qui tue massivement. Le problème, ce n’est pas le vaccin, c’est la propriété privée des vaccins.

Le vaccin n’empêche pas les contaminations

Un argument qui revient souvent est le suivant : à quoi bon s’injecter un truc dans le corps si ledit truc est incapable d’arrêter les contaminations ? L’argument pose problème. Diriez-vous qu’il n’y a pas d’intérêt à mettre sa ceinture de sécurité alors que celle-ci ne pourra vous sauver à coup sûr en cas d’accident ? Bien sûr que non.

Comme la ceinture de sécurité réduit fortement la gravité d’un accident que vous pourriez subir, si les vaccins réduisent la quantité de contaminations d’une part, et leur qualité – c’est-à-dire la charge virale -, alors ils sont bénéfiques.

L’article du Lancet cité plus avant indiquait déjà que le vaccin est efficace contre les infections, mais cet article ne portait pas précisément sur la question de la transmission. Un article récent paru dans News Medical Life Sciences, une revue de vulgarisation, indique qu’il y a aujourd’hui peu d’études permettant de répondre à la double question de la transmission du virus par des personnes vaccinées et de la charge virale contenue dans une potentielle transmission.

Notons malgré tout des indices empiriques pertinent, comme le dernier rapport de la DREES montrant que 80% des nouveaux cas positifs concernent des personnes non-vaccinées, ce qui se traduit d’ailleurs dans la part des hospitalisations, dont les soins critiques et les décès, des chiffres qui donnent, en miroir, une idée de l’efficacité des vaccins dans la transmission d’une charge virale suffisante pour déclarer des symptômes.  

Les quelques études produites (on trouvera, sur cette question, une revue de littérature de juin 2021 tout à fait pertinente publiée par la Santé publique de l’Ontario, et on peut également se référer à ce récent preprint) indiquent une réduction de la transmission au sein des ménages et parmi les soignant.es qui sont vacciné.es, là où des études précédentes indiquent une réduction de la charge virale, ce qui participe à réduire les risques de propagation virale. Des personnes qui auraient pu se retrouver en soins intensifs ne feront par exemple qu’une version légère de la maladie. Encore une fois, vous trouverez sans aucun doute des contre-exemples, mais ce qui importe, comme dit plus haut, c’est l’échelle globale, pas l’un ou l’autre contre-exemple instrumentalisé pour servir une cause.

Un autre article en preprint, cette fois mis en ligne par l’Institut Pasteur fin juin 2021, basé sur une modélisation mathématique et un scénario de vaccination où 70% des 18-59 ans sont vaccinés, anticipe une transmission du virus 12 fois plus élevée chez les personnes non-vaccinées que chez les individus vaccinés. L’article indique que « de toutes les mesures considérées, incluant des tests répétés et des mesures non pharmaceutiques (NDA comme la distanciation sociale, les couvre-feux, le confinement, etc.), la vaccination des non-vacciné.es reste la plus efficace ». Par ailleurs, « vacciner les enfants est important pour les protéger des effets délétères des mesures non pharmaceutiques » – comme le port du masque, les contacts sociaux réduits, etc.

Autrement dit, se vacciner permettrait à la fois de réduire la circulation du virus, sa dangerosité et les effets négatifs des lockdown, distanciation, événements annulés, etc.

On pourrait se demander ce que change le variant delta dans ce contexte. Sur base des données disponibles, le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies (ECDC) indique que le variant delta serait de 40 à 60% plus contagieux que le variant alpha. Dans la mesure où une personne complètement vaccinée est presque aussi bien protégée du delta que de l’alpha, on voit combien la vaccination est essentielle. Il est sans doute trop tôt pour avoir des publications valables concernant l’efficacité des vaccins concernant la transmission et la charge virale appliquées spécifiquement au variant delta.

On va nous sortir une troisième dose, puis une vaccination annuelle

Il faut d’abord être très clair quant au fait que plusieurs doses et « rappels » pour des vaccins, ça n’a rien d’exceptionnel. Des rappels sont ainsi recommandés pour réactiver les défenses immunitaires contre la coqueluche, la diphtérie et le tétanos. On ne doit pas y voir « l’inefficacité » des vaccins, mais au contraire leur efficacité dans leur capacité à pousser notre organisme à nous défendre.

D’autre part, des vaccins annuels existent, comme ceux contre les virus de la grippe qui se modifient en permanence. Une situation comparable avec le coronavirus ne serait pas surprenante et ne permet pas, non plus, de conclure à une inefficacité des vaccins. Un article très intéressant, publié par la revue Nature, revient en détails sur les challenges, les possibilités, les difficultés et les promesses de l’adaptation des vaccins aux potentiels futurs variants.

Outre ces éléments, une troisième dose peut être l’indice de trois choses :

1) une efficacité moindre que prévue, notamment vis-à-vis des nouveaux variants. Nous avons déjà exploré cette question supra pour les variants connus, mais on ne peut évidemment anticiper l’efficacité des vaccins sur les variants futurs ;

2) l’immunité acquise grâce au vaccin peut décroître avec le temps. Il existe peu d’études – logiquement, puisqu’on ne peut aller plus vite que le temps ! – permettant d’en savoir plus et nous sommes ici dans l’incertitude, bien qu’un article lui aussi paru dans la revue Nature fin juin 2021 semble aller dans le sens d’une immunité durable ;

3) la grande cupidité des industriels qui trouvent dans la crise une très bonne façon de se remplir les poches. Pfizer pourrait pousser à l’exigence d’une 3ème dose, indépendamment des exigences sanitaires. Pourquoi ? Pour le fric. Ainsi la firme Pfizer anticipe un chiffre d’affaires record de 78 milliards d’€ et voit déjà son bénéfice net trimestriel s’élever à 5,5 milliards d’€. Sachant que c’est la collectivité des pays riches qui paie, que tout cela a été possible grâce à des chercheur.es initialement formé.es avec de l’argent public, avec de nombreuses études pour contrôler, évaluer, mesurer les vaccins réalisées également avec de l’argent public et sachant que les pays qui n’ont pas les moyens (parce qu’on les leur vole) sont laissés de côté sans état d’âme, il y a de quoi être profondément révolté.es.

Avec ces trois éléments bien en tête, nous serons en mesure de jouer, si nécessaire, notre devoir de citoyen.ne.

Que fais-tu d’Israël où ça remonte en flèche malgré le vaccin ?

Le cas d’Israël est particulièrement intéressant et interpellant, dans la mesure où c’est un pays où l’on a vacciné massivement et très vite. On trouvera plusieurs ressources qui abordent la question d’Israël qui voit un nouveau pic dans ses contaminations malgré une vaccination massive. Associated Press a analysé la situation fin juillet 2021, le Washington Post à peu près au même moment. On est ici typiquement dans une « guerre des chiffres » et donc un risque d’instrumentalisation de ceux-ci.

Que pouvons-nous dire aujourd’hui ?

Source : ourworldindata.org
  1. Depuis la fin mars 2021, le taux de vaccination en Israël stagne et, à l’heure d’écrire ces lignes, 62 % de personnes sont complètement vaccinées en Israël, ce qui est insuffisant pour une immunité collective, même vis-à-vis des premières estimations, avant le variant delta, estimant à 70% le taux de vaccination minimal. À celleux qui se poseraient la question, le taux de vaccination complète auquel arriver pour atteindre cette immunité est impossible à anticiper, notamment parce qu’il dépend de données indisponibles, comme les nouveaux variants, la contagiosité malgré le vaccin, etc.
  2. Lorsque la vie « normale » reprend, les contacts sociaux reprennent également et avec eux, la diminution des gestes barrière. Par conséquent, le virus peut à nouveau circuler plus facilement.
  3. Il semble que la plus grande contagiosité du variant delta ait des effets importants sur le pic de contaminations que connaît Israël aujourd’hui ; presque toutes les nouvelles contaminations sont dues à ce variant.
  4. Par contre, s’il est vrai que le nombre de cas réaugmente en Israël, la courbe de la mortalité n’est jusqu’ici pas corrélée à celle des cas. Autrement dit : certes le virus circule, ce qui est essentiellement dû à la contagiosité du variant delta, mais grâce au vaccin, il ne fait presque plus de dégâts. On ne peut mettre en cause ici l’efficacité du vaccin mais seulement une éventuelle (et j’insiste sur « l’éventuelle ») immunité qui décroît, voir à ce propos l’excellent thread sur Twitter de Dvir Aran, relayé par la vidéo de la tout aussi excellente chaîne Osons causer.
  5. Il faut tenir à l’œil l’immunité éventuellement décroissante et la mettre en lien avec les autres données à notre disposition qui, parfois, se contredisent (voir la section précédente sur la possible nécessité d’une troisième dose).  

En Angleterre, il y a plus de morts vaccinés que non vaccinés ?

Dans un rapport officiel paru fin juin 2021, à la page 14, on peut lire qu’il y a eu plus de morts du COVID parmi les personnes vaccinées que parmi les personnes non vaccinées : un total de 50 morts chez les vacciné.es de plus de 50 ans et de 38 morts chez les non vacciné.es. N’est-ce pas ici une preuve empirique très claire de l’inefficacité des vaccins ?

En fait, pas du tout. Nous avons ici à faire avec un biais de raisonnement bien connu. Tout dépend du nombre de personnes vaccinées, comme l’explique très bien le journal le Monde. Ainsi, dans la mesure où il y a beaucoup plus de personnes vaccinées (plus de 20 millions pour au moins une dose) que de personnes non vaccinées (0,78 millions), ces mêmes chiffres indiquent qu’une personne non vaccinée a vingt fois plus de risques de décéder du variant delta qu’une personne vaccinée (0,26 décès pour 100.000 personnes contre 4,89 décès pour 100.000 personnes).

Je ne peux que conseiller aux lecteurices d’aller voir la vidéo de M. Phi sur la loi de Bayes pour comprendre le biais de raisonnement caché derrière cet argument, et pour ne plus se faire avoir la prochaine fois.

De toute façon, les vaccins ne sont pas efficaces contre les variants

Deux éléments ici : 1) Les vaccins sont-ils efficaces contre les actuels variants ? ; 2) Les vaccins seront-ils efficaces contre les prochains variants ?

Une étude de référence, parue fin juillet 2021 dans le New England Journal of Medicine et financée par le service public anglais, donne des indications sur la première de deux questions. Comme toujours, une étude doit être corroborée par d’autres études et comparée avec les données empiriques à disposition (notamment en gardant à l’œil le cas d’Israël, en tant que pays ayant vacciné très tôt, et pour lesquels des questions se posent – pas tant sur l’efficacité du vaccin que sur le maintien dans le temps de l’immunité acquise).

Cette étude est pertinente parce qu’elle analyse les deux types de vaccins conçus pour lutter contre le COVID : le vaccin à ARN messager (BNT162b2) et le vaccin à vecteur viral vivant non réplicatif (ChAdOx1 nCoV-19).

Quels sont les résultats ? D’abord que l’efficacité des deux vaccins était significativement moindre après une seule dose parmi les personnes contaminée par le variant delta que par le variant alpha. En revanche, l’efficacité du vaccin à ARN après deux doses reste extrêmement haute pour les deux variants (93,7% pour l’alpha, 88% pour le delta). Pour le vaccin à vecteur viral vivant non réplicatif, l’efficacité après deux doses était de 74,5% pour le variant alpha et de 67% pour le variant delta.

L’article indique donc qu’il n’existe « que des différences modestes dans l’efficacité des vaccins avec le variant delta comparée au variant alpha après l’injection des deux doses ». Les auteur.es concluent sur la nécessité de maximiser la vaccination avec deux doses, surtout parmi les populations les plus vulnérables.

Qu’en sera-t-il de l’efficacité des vaccins sur les prochains variants ? Hé bien, malheureusement, il est impossible d’anticiper quoi que ce soit. Deux théories s’opposent à ce sujet : la première voudrait que la vaccination produise de nouveaux variants ; la seconde, au contraire, indique qu’en réduisant la circulation du virus par la vaccination, on diminue d’autant la capacité du virus à muter. C’est cette question que je propose d’analyser maintenant.

Vacciner produit de nouveaux variants

Si vacciner produit de nouveaux variants, il y aurait peu de sens à vacciner massivement. En effet, on se retrouverait dans une course contre la montre perpétuelle. Si, au contraire, vacciner permet de réduire la production de nouveaux variants, alors la vaccination est cruciale parmi les stratégies à adopter.

Charles Darwin, père de la théorie de l’évolution
Source : Wikicommons

Première question : est-ce que l’absence de vaccination empêche l’apparition de nouveaux variants ? La réponse ici est très claire : non, pas du tout. Parce qu’il s’agit ici d’un phénomène connu de l’évolution. Comme le rappelle l’Alliance Globale pour les Vaccins et l’Immunisation, un partenariat public-privé sur les questions d’immunisation, les virus mutent continuellement : « La plupart de ces mutations n’ont pas de conséquences [mais], occasionnellement, une mutation renforce la capacité du virus à se répliquer, à se transmettre ou à échapper à notre système immunitaire ». Ainsi, « parce que les virus porteurs de telles mutations ont plus de succès, ils ont tendance à concurrencer les autres virus et à se propager dans la population humaine ». On comprend donc que, vaccins ou pas, de nouveaux variants apparaissent. D’ailleurs le variant alpha, d’abord appelé « variant britannique » est apparu avant la vaccination des populations.

Deuxième question : quel rôle la vaccination peut-elle jouer face à cette tendance naturelle des virus, comme tout organisme, à muter ? Hé bien comme l’explique un article de la mi-mars 2021 de la revue Nature, « au plus le virus prend de temps pour se transmettre, au plus il faudra de temps pour que de nouveaux variants émergent et se propagent ». Or, on l’a vu, les données laissent penser que la vaccination diminue à la fois la charge virale et la contagiosité, réduisant par conséquent la circulation du virus et donc sa capacité à produite de nouveaux variants. En effet, l’Organisation Mondiale de la Santé l’explicite : « Quand un virus circule largement dans une population et cause de nombreuses infections, la probabilité que le virus mute augmente. Au plus le virus a d’opportunités de se propager, au plus il se réplique – et au plus il a d’opportunités de subir des changements ». Évidence mathématique.

En dépit de cette évidence « mathématique » et contre l’avis des scientifiques et des institutions citées ci-dessus, certain.es comme Christian Vélot, biologiste et homme politique, membre du conseil scientifique du CRIIGEN, expliquent que se faire vacciner serait, au contraire, faire preuve d’une irresponsabilité collective. Selon lui, « il faut laisser un échappement contre de nouveaux variants [avec] des personnes non vaccinées ».

La chaîne Youtube de la Tronche en Biais revient sur cet argument dans une vidéo du 23 juillet 2021 et c’est sur base de cette vidéo que j’y réponds ici. Avec une perspective évolutionniste, Christian Vélot suppose que la vaccination sélectionnerait les variants les plus résistants, et donc potentiellement les plus dangereux, en éliminant ceux contre lesquels elle peut lutter. Une proposition tout à fait censée. Par conséquent, il faudrait y réfléchir à deux fois avant de se faire vacciner.

Qu’en penser ?

D’abord, comme on a commencé par le dire, avec ou sans vaccination, il y a une compétition entre les variants viraux. À coté de cet aspect fondamental, il existe trois scénarios : 1) la vaccination est trop faible pour avoir un effet sur les variants ; 2) la vaccination est assez étendue pour effectivement induire une pression de sélection sur les variants qui peuvent lui résister ; 3) la vaccination est grandement étendue, la circulation du virus largement réduite et, comme dit plus haut, la probabilité qu’un tel variant apparaisse est minime.

Autrement dit, il faut absolument viser le plus haut niveau de vaccination possible et non pas le contraire, tout en maintenant les gestes barrière. Ces deux mesures ensemble limitent très fortement la circulation du virus et donc sa capacité à muter. Cette argumentation théorique, comme le dit Thomas Durand de la Tronche en Biais, trouve par ailleurs son illustration empirique : « Dans l’histoire du COVD19, les variants les plus dangereux […] sont apparus dans des populations non vaccinées ou très peu vaccinées ». Une étude, toujours en preprint, indiquerait que « les pays qui vaccinent le plus voient la diversité des virus diminuer, autrement dit, plus on vaccine, moins il y a de variants ». Et Durand de conclure que les « non vaccinés représentent un réservoir à mutants et donc une menace pour les vaccinés qui ne sont jamais immunisés à 100% ». C’est l’hésitation vaccinale qui est dangereuse et non la vaccination.

Pourquoi vacciner tout le monde ? Vacciner les plus faibles suffirait

La conclusion de la section précédente est déjà une réponse à cette question : vacciner le plus de monde possible est une barrière contre la production de nouveaux variants et contre la circulation du virus. Cet argument à lui seul devrait suffire.  

Toutefois, un autre aspect fondamental est qu’une vaccination la plus étendue possible protège également les personnes qui, pour des raisons médicales, ne peuvent être vaccinées ou voient l’efficacité de la vaccination moindre sur elles. Il y a bien sûr les personnes allergiques aux vaccins, les cas sont exposés sur la page du CDC avec les différentes possibilités qui leur sont offertes. 

Un article de mars 2021, paru dans Clinical Immunology, invite également à la prudence les jeunes patientes déjà affectées ou qui ont des prédispositions aux troubles auto-immunes ou auto-inflammatoires, en ce qui concerne le vaccin à ARN : « Selon les données épidémiologiques, ces sujets peuvent développer l’infection [auto-immune] de manière asymptomatique ou pauci-symptomatique ». Ainsi, « l’administration d’un vaccin à base d’acide nucléique peut plutôt exposer ces personnes à des effets secondaires immunologiques indésirables ».

Vacciner seulement « les plus faibles » laisse également penser que la maladie du COVID ne pose problème que lorsqu’elle tue. C’est une aberration. Au-delà des morts, les malades même jeunes peuvent avoir des séquelles sur le long terme – ce qu’on appelle le « COVID long », ce qui discrédite les propos de Martin Zizi sur ce point. Et, bien entendu, il est impossible d’anticiper en quelle mesure une jeune personne non vaccinée sera plus ou moins sensible à la maladie.

Ne négligeons pas les très rudes problèmes de santé mentale conséquents aux COVID longs, lesquels concernent également des personnes qui n’ont pourtant pas subi un COVID « sévère ». L’institut John Hopkins explique que « le SRAS-CoV-2 peut attaquer le corps de diverses manières, causant des dommages aux poumons, au cœur, au système nerveux, aux reins, au foie et à d’autres organes ». Les problèmes de santé mentale peuvent être causés par « le deuil et la perte d’un.e proche, de la douleur ou de la fatigue non résolues, ou d’un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) après un traitement dans l’unité de soins intensifs (USI) ». Les symptômes durables les plus courants sont « la fatigue, l’essoufflement, la toux, les douleurs articulaires et thoraciques ». D’autres problèmes incluent « des problèmes cognitifs, des difficultés de concentration, une dépression, des douleurs musculaires, des maux de tête, un rythme cardiaque rapide et une fièvre intermittente ».

Enfin, dans la mesure où on voit bien que la courbe des hospitalisations remonte elle aussi, n’oublions pas que l’occupation des lits d’hôpitaux pose problème parce que les patients COVID requièrent des soins qui pourraient être dédiés à d’autres types de malades et coûtent également de l’argent public – quand bien même ces hospitalisations ne mèneraient pas à un décès.

On est déjà tous immunisé.e

Un autre argument voudrait qu’il n’est pas nécessaire de se faire vacciner puisque nous aurions déjà une immunité naturelle.

Photo de cottonbro provenant de Pexels

Dans le premier scénario, notre système immunitaire, indépendant d’une infection préalable au COVID, se défend comme il le fait avec n’importe quelle autre maladie. Infecté, on peut faire la maladie mais le corps a les ressources pour la contrer. Pour l’immense majorité de la population, c’est amplement suffisant et on ne manquera pas de présenter des chiffres qui montrent combien le COVID est une maladie « anodine », parce qu’elle n’aura pas tant tué, parce qu’elle tue moins que la pollution de l’air, parce que ce n’est souvent qu’une grosse grippe, etc. Je réponds à cette question « éthique » infra.

Dans le second scénario, nous avons déjà été infecté par le COVID et notre corps a pu produire des anticorps spécifiques face à la maladie. Plusieurs questions se posent à ce stade : 1) L’immunité naturelle est-elle suffisante pour contrer le virus, protège-t-elle longtemps ? ; 2) Est-elle utile pour lutter contre la circulation du virus ? ; 3) Quels sont les avantages et les désavantages d’une immunité naturelle versus une immunité vaccinale ?

  1. Plusieurs études montrent que l’immunité acquise suite à une infection est efficace et durable, en tout cas à moyen terme. Notons cette étude publiée en octobre 2020 par le New England Journal of Medicine et cette autre étude publiée par le Lancet en avril 2021 qui conclut sur le fait que « des antécédents d’infection par le SRAS-CoV-2 étaient associés à un risque d’infection réduit de 84 % ». Autrement dit, « une infection antérieure par le SRAS-CoV-2 induit une immunité efficace contre les infections futures chez la plupart des individus ». Quant aux promesses de l’immunité dite « croisée », à savoir une immunité naturelle acquise sans avoir été exposé au virus, c’était une théorie – notamment – du Pr. Raoult qui lui avait fait dire qu’il n’y aurait pas de seconde vague… On voit aujourd’hui à quel point ce dernier était dans l’erreur.
  • L’immunité naturelle implique donc une infection préalable. Or, une infection préalable suppose, collectivement, que le virus circule – ce qu’il faut éviter au maximum, comme on l’a vu plus haut, pour ne pas favoriser l’émergence de nouveaux variants – mais cela suppose aussi, individuellement, une infection qui potentiellement vous impose des problèmes de santé mentale à long terme, vous envoie à l’hôpital, aux soins intensifs…ou à la morgue. Une fois qu’on a développé cette immunité naturelle, on participe moins à la circulation du virus, ce qui est une bonne chose. Encore faut-il, bien sûr, que cette immunité naturelle soit comparable à l’immunité vaccinale.

Nous pouvons conclure que, dans la mesure où personne ne sait comment son propre corps réagira et quelle sera la qualité de sa propre réponse immunologique naturelle, la vaccination est le choix le plus rationnel.

De plus, il semble que, vacciné ou non, notre corps peut s’adapter, comme le montre une étude parue dans Nature en Janvier 2021. La vaccination n’empêche donc pas le corps de « continuer à travailler ».

L’idée est, par conséquent, de mettre toutes les chances de son côté : 1) Viser un taux mondial de vaccination le plus haut possible, d’autant que, comme le rappelle l’Organisation mondiale de la santé : « La proportion de la population qui doit être vaccinée contre le COVID-19 pour commencer à induire une immunité collective n’est pas connue ». Cette proportion variera certainement « en fonction de la communauté, du vaccin, des populations prioritaires pour la vaccination et d’autres facteurs ». On voit bien avec Israël combien cette question est difficile et pourrait (au conditionnel) contredire les premières projections ; 2) Profiter des capacités de notre corps à se défendre naturellement et à s’adapter aux prochains variants.

À quoi bon se vacciner, il existe des médicaments efficaces comme l’ivermectine et l’amantadine

On ouvre ici un sujet particulièrement sensible et dans lequel il n’est pas facile de se faire un avis. C’est le cas depuis le début de la crise, on se souvient bien entendu du Pr. Raoult et de son « protocole » à base d’hydroxychloroquine.

Commençons par « le plus évident » : les antibiotiques. Pourquoi ne pas les utiliser ? Hé bien avant tout parce que les antibiotiques sont utiles contre les bactéries et non contre les virus. Dans le cas du COVID, qui met en jeu un virus, il n’y a de sens à utiliser les antibiotiques que dès l’instant où une infection bactérienne s’est ajoutée à l’infection virale.

Ivermectine
Source : Wikicommons

Venons-en maintenant aux médicaments les plus controversés. On commence avec l’ivermectine qui, selon M. Wathelet (rien à voir avec moi…), est efficace contre le COVID. L’Organisation mondiale de la santé, contrairement à ce qu’on pourrait croire, a adressé sérieusement cette question et conclut que « les preuves actuelles quant à l’usage d’ivermectine sur des patients COVID ne sont pas concluantes ». L’usage d’ivermectine devrait être, pour l’instant, « réservé à des essais cliniques ». On peut trouver la justification complète de l’OMS, qui est en soi intéressante, ici. L’article scientifique justifiant principalement cette décision a été publié par le British Medical Journal et date de mars 2021 ; concernant l’ivermectine en particulier, ce papier conclut à des effets « évalués comme étant de très faible certitude pour tous les résultats critiques, y compris la mortalité ».

L’OMS « refuse-t-elle » d’explorer la piste de l’ivermectine ? Pas du tout. Elle dit juste que « ce n’est pour l’instant pas concluant ». Grosse différence. Serait-ce pour « protéger » l’industrie pharmaceutique et s’assurer qu’elle conserve ses profits ? Ce serait surprenant dans la mesure où des études précédentes ont montré qu’un médicament rapporte en général plus qu’un vaccin. Ce n’est pas pour rien que Pfizer et Moderna cherchent à encore honteusement augmenter leurs profits en augmentant les prix de leurs vaccins respectifs.

Mais qu’en est-il des « preuves scientifiques » amenées par M. Wathelet sur l’efficacité de l’ivermectine ? On se trouve ici dans un cas classique de confrontation des sources entre lesquelles il faudra bien choisir. M. Wathelet cite notamment une méta-analyse de janvier 2021 concluant à un apport significatif de l’ivermectine. Qu’en penser ?

  1. D’abord, qu’en effet, l’ivermectime a montré une certaine efficacité in vitro, comme en témoigne cet article publié en juin 2020 dans Antiviral Research. Mais on avait pareil résultat avec l’hydroxychloroquine – des effets qui n’ont pas été confirmés in vivo (ce qui est fréquent).
  2. En fait, les études publiées actuelles sur l’ivermectine montrent des résultats jusqu’ici en conflit, comme on peut le voir avec la revue de littérature systématique très récente sur ce sujet et publiée par Cochrane Library fin juillet 2021. On attendait une étude de grande ampleur concluant à l’efficacité de l’ivermectine et de grands espoirs ont été placés dans l’étude d’Elgazzar et al. publiée en preprint en décembre passé, laquelle annonçait de grands résultats sur un nombre important de participant.es. Nous y reviendrons.
  3. Dans un même temps, les études sur l’ivermectine, un médicament de réemploi à bas coûts, ont été essentiellement réalisées dans les pays à bas revenus, avec un accès réduit aux vaccins. Les pays occidentaux semblent quant à eux ne pas beaucoup s’y intéresser, à part l’analyse de plus grande ampleur du BMJ citée plus haut et une lettre qui traite, entre autres, de l’ivermectine et des problèmes de politisation et de communication liées à cette dernière. À part ça, Nature n’a publié, à ma connaissance, aucune étude sur l’ivermectine, le New England Journal of Medicine non plus, rien dans PLOS et, enfin, rien dans le Lancet. De quoi clairement alimenter la suspicion.
  4. L’affaire « ivermectine » a rebondi il y a quelques jours à peine. Dans un article du 2 août 2021, Nature rapporte que la fameuse étude preprint d’Elgazzar et al. a été retirée de la plateforme ResearchSquare pour cause de plagiat et de manipulation de données, ce qui a constitué un séisme dans la communauté scientifique et constitue un véritable camouflet pour les défenseurs de l’ivermectine. Or, ce n’est pas la première fois qu’on assiste à pareille manipulation, en particulier sur l’ivermectine, souligne Nature : Andrew Hill, spécialisé dans les médicaments de réemploi, « pense que bon nombre des autres documents d’essai sur l’ivermectine qu’il a numérisés sont susceptibles d’être erronés ou statistiquement biaisés. Beaucoup reposent sur des échantillons de petite taille ou n’étaient pas randomisés ou bien contrôlés ». Il ajoute qu’en 2020 « une étude observationnelle du médicament a [aussi] été retirée ».
  5. Or, il apparaît que l’étude d’Elgazzar et al. compte pour beaucoup dans la méta-analyse citée par Marc Wathelet et vers laquelle on m’a régulièrement renvoyé. Ajoutons que cette méta-analyse a plus de 6 mois et demi, n’est pas publiée et a peu de chance de l’être un jour étant donné la controverse expliquée ci-dessus. Elle reste un preprint, citant d’autres preprint dans l’étude maintenant retirée. Enfin, cette méta-analyse émet elle-même, dans ses propres conclusions, des réserves, indiquant que « de nombreuses études incluses n’ont pas été évaluées par des pairs et les méta-analyses sont sujettes à des problèmes de confusion. L’ivermectine doit être validée dans des essais randomisés plus vastes et contrôlés de manière appropriée avant que les résultats ne soient suffisants pour être examinés par les autorités réglementaires ». Dont acte.
  6. On peut finalement ajouter que l’ivermectine est toujours à l’étude, dans des essais cliniques, dont on espère qu’ils seront plus sérieux que ceux déjà réalisés. On peut à ce sujet lire cette revue de littérature, voir les controverses en cours et les essais cliniques la concernant.

L’ivermectine n’est pas le seul médicament de réemploi qui attire l’attention. Le Dr. Martin Zizi a également évoqué l’amantadine, laquelle sert à traiter dans certains pays la maladie de Parkinson. Selon lui, le fait même d’étudier l’amantadine pour le COVID a été balayé d’un revers de main – une assertion contraire à la vérité, comme en témoignent plusieurs essais cliniques actuels pour lesquels on recrute des participants et que l’on peut retrouver ici, ici et ici.  

Toutefois, en racontant l’anecdote de 22 patients atteints de Parkinson et du COVID avec comorbidités et qui ont « à 100% survécu » grâce à l’amantadine, M. Zizi n’est-il pas pris dans un « biais du témoignage » ? En effet, l’étude soi-disant « de qualité » vers laquelle il renvoie est en fait une étude par questionnaire et se base sur un échantillon absolument non représentatif (22 personnes !), qui ne permet aucunement de conclure. No comment.  

Réfléchissons : si les patient.es atteint.es de Parkinson ne mourraient pas du COVID, nous devrions en trouver des traces à l’échelle de tous les pays utilisant l’amantadine, et pas seulement chez ces 22 patient.es. Or, il n’y a qu’à se rendre sur le site de l’Association américaine pour Parkinson, sachant que l’amantadine est bien utilisée aux USA pour traiter cette maladie. Que pouvons-nous y trouver comme information ? Hé bien, il y a des recommandations COVID spécifiques pour ces malades, dont on voit bien qu’ils ne sont pas épargnés. D’ailleurs, dans la F.A.Q. du site, à la question de savoir si l’amantadine fonctionne contre le COVID, la réponse est très claire : « Nous n’avons pas de preuve que l’amantadine agisse contre le COVID, vous devriez donc continuer à considérer qu’elle n’a pas d’effet contre le coronavirus ».

À quoi sert d’essayer de maitriser ce virus, c’est une zoonose !

Selon certain.es spécialistes, comme Martin Zizi déjà cité, il ne serait pas pertinent d’essayer de maîtriser le virus parce que, comme il est déjà présent partout et tout le temps chez plein d’espèces, il mute tout le temps aussi – il faudrait donc ne protéger par le vaccin que les personnes les plus faibles et laisser l’immunité naturelle agir pour les autres.

Que dire à cela ?

J’ai déjà répondu plus haut aux questions de la vaccination « sélective », de « l’immunité naturelle » et de l’apparition de « nouveaux variants ». Du reste, s’il est vrai que la pandémie vient très probablement à la base d’une transmission de l’animal vers l’homme (comme une chauve-souris), le CDC (Center for Disease Control and Prevention) affirme qu’il n’y a jusqu’ici pas de preuve que les animaux puissent jouer un rôle significatif dans la pandémie. Le risque que les animaux propagent l’épidémie chez les humains est considéré comme étant faible.

Ça ne veut toutefois pas dire qu’on est tranquille. Il faut absolument éviter nos liens avec la faune sauvage et arrêter, notamment, la déforestation massive. En revanche, ce problème n’est pas spécifique au COVID19. C’est une épée de Damoclès connue et continue pour toutes sortes de maladie. En ce qui concerne le COVID, la transmission se fait aujourd’hui entre les êtres humains. Quant à laisser l’immunité naturelle chez les autres, hé bien on a vu ce que ça donnait : 4,26 millions de morts du COVID dans le monde à l’heure d’écrire ces lignes. Défendre un tel modèle de santé, c’est adopter une position libertarienne et considérer que seul.es les plus fort.es méritent de vivre.

Risques

Le vaccin a été développé trop vite, on manque de recul et on nous injecte de l’ADN !

Akhenaton, du groupe IAM
Source : Wikicommons

Bon, on l’a vu, les vaccins sont hautement efficaces. Pour autant, ça ne veut pas dire qu’ils sont sans risques. Il nous faut maintenant explorer les différents arguments selon lesquels les vaccins sont perdants dans une balance bénéfices-risques ; autrement dit, qu’on s’expose à un plus grand danger en se vaccinant qu’en risquant un COVID sans vaccination. Le pari qu’a fait le chanteur Akhenaton, opposé à la vaccination obligatoire…jusqu’à se retrouver hospitalisé et en détresse respiratoire à cause de ce satané COVID. Il s’en est heureusement sorti.

Le premier des arguments est sans doute l’idée selon laquelle les vaccins ont été développé trop vite et que, par conséquent, on n’a pas assez de recul.

Concernant la « nouveauté » des vaccins, il faut sans doute distinguer les trois types de vaccins contre le covid :

  1. Le vaccin atténué ou inactivé (Sinovac, Sinofarm)
  2. Les vaccins à vecteur viral vivant non réplicatif (AstraZeneca, Johnson & Johnson, Spoutnik V)
  3. Les vaccins à ARN messager (Pfizer/BioNTech, Moderna)

Que savons-nous de ces vaccins ? Pour cette partie, je me réfère à un article de vulgarisation publié par France Culture début avril  2021.

La première catégorie regroupe des vaccins qui sont des agents infectieux qu’on a tués ou affaiblis par divers procédés pour qu’ils ne déclenchent pas la maladie – ou seulement de façon bénigne – tout en provoquant une défense immunitaire. La seconde catégorie, les vaccins à vecteur viral vivant non réplicatif, eux aussi très bien connus et utilisés depuis longtemps, utilisent un virus « vivant » pour susciter la réponse immunitaire, mais qu’on a rendu inoffensif en l’empêchant de se répliquer. On lui a « greffé » le code de la protéine contre laquelle on veut lutter et le corps créera, en conséquence, les anticorps adaptés.

Protéine Spike du SARS-cov-2
Source : Wikicommons

Concernant la troisième catégorie, celle qui pose le plus question, que savons-nous ? Ces « vaccins à acides nucléiques consistent à faire produire directement un fragment de l’agent pathogène par le corps humain ». Autrement dit, le vaccin à ARN va fournir des « instructions d’assemblage » à nos cellules pour qu’elles construisent elles-mêmes la fameuse protéine Spike et les anticorps contre cette dernière. À noter que la protéine Spike est inoffensive quand elle est seule mais qu’elle est la « porte d’entrée du coronavirus dans nos cellules », ce qui explique l’intérêt de la faire produire par le corps. L’ARN messager ne va pas jusque dans le noyau des cellules, il ne modifie donc pas notre ADN, comme l’explique Bruno Pitard, directeur de recherche au CNRS, dans ce même article de France Culture.

Voilà pour les grands principes.

Qu’en est-il maintenant du recul que nous avons ? Dans sa dernière vidéo, la Tronche en Biais revient très précisément sur cette question.  Concernant les deux premières catégories qui regroupent les vaccins « classiques », il est important de savoir que nous avons « 225 ans de recul sur [ce] principe de […] vaccination » et qu’il n’y a « jamais eu d’effet au-delà de deux mois après la vaccination ». Voilà qui devrait déjà rassurer toustes celleux qui se posent des questions sur les effets « à long terme » – en tout cas pour les vaccins « classiques ».

En ce qui concerne les vaccins à ARN, Thomas Durand rappelle quelques éléments « historiques » que je complète en partie :

  1. La « nouveauté » des vaccins à ARN est à nuancer. Les recherches sur ces vaccins ont commencé dans les années ’80.
  2. Une technique très proche a été utilisée en 1993 contre le virus de la grippe chez les souris, voir la publication parue dans European Journal of Immunology ; elle annonce déjà la pertinence de cette technique pour de futurs vaccins.
  3. Une publication de 2002, parue dans The Journal of Clinical Investigation, explore la possibilité de ces vaccins contre le cancer et montre déjà l’efficacité du procédé et son inocuité.
  4. Les premiers essais cliniques datent de 2003, voir les travaux de Weide et al. ici, et ici, et les injections d’ARN depuis des années contre le cancer ici et une publication de 2004 de Steve Pascolo, également coauteur des études précédemment citées, parue dans Expert Opinion on Biological Therapy.   
  5. Il existait déjà de très nombreux essais cliniques de vaccins ARN contre des maladies virales.
  6. En 2018, Nature expliquait déjà à quel point cette technologie était avancée, focalisant notamment sur les « bonnes pratiques », la régulation, etc.

On est loin, très loin, d’une technologie inventée de façon précipitée pour les seuls besoins du profit de Pfizer et au mépris de la santé publique. Pour autant, c’est vrai aussi qu’ils sont nouveaux sous cette forme et avec une telle ampleur.

Or, on entend régulièrement que les phases de développement ont été bâclées. Antoine Flahault, médecin épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève explique que « ce sont les phases administratives de mise en œuvre des essais cliniques, pas les phases d’éthique » qui ont été compressées. Comment est-ce possible qu’on ait pu aller cette fois plus vite ? Hé bien parce que la pandémie a permis de recruter très rapidement énormément de patients – la quantité étant nécessaire pour lisser les résultats statistiques, notamment sur les effets indésirables : « [P]our recruter 30 000 personnes, et pour voir qu’il y a une différence entre le groupe placebo et le groupe vaccin, il faut qu’il y ait une sacrée épidémie : si le virus ne circule pas, ou peu, cela devient très difficile ».

Enfin, il y a déjà 1,7 milliards de personnes complètement vaccinées dans le monde, plusieurs mois de recul…et un important dispositif de pharmacovigilance.

Ce n’est pas surveillé…alors qu’il y a des effets secondaires importants

Distinguons ici 1) les lieux où s’opère la pharmacovigilance ; 2) ce qu’elle montre aujourd’hui. Ce qui frappe, dans les deux cas, c’est le très haut niveau de transparence des données et leur grande accessibilité. Malheureusement, comme pour les autres questions ici traitées, chercher et savoir où chercher prend énormément de temps et demande des compétences de compréhension à la lecture, souvent en anglais.

Parmi la documentation pertinente sur les données concernant l’ensemble de la population mondiale, je renvoie à l’énorme manuel de surveillance des vaccins COVID. Déjà publié en 2020 par l’OMS, ces 232 pages regroupent tout ce qu’il faut savoir sur les vaccins, leurs types, les questions de sécurité, les lignes de conduites pour la récolte et l’analyse des données, les questions de communication, etc. Qu’un travail comme celui-ci ait été produit aussi vite est absolument fascinant. Je rêverais que l’on puisse profiter d’une telle efficacité collaborative dans un monde débarrassé du profit privé.

Toujours lié à l’OMS, le réseau de la sécurité sur les vaccins regroupe un ensemble de sites faisant de la pharmacovigilance ; pour les informations à proprement parler, vous pouvez visiter la bibliothèque open-source de communication sur la sécurité des vaccins : pour chaque question, vous trouverez des vidéos explicatives, des articles ou différentes ressources.

Un semblable niveau de transparence existe à l’échelle européenne. Par exemple, l’Agence européenne du médicament (EMA) répertorie tous les vaccins, les autorisations de mise sur le marché et les questions liées à leur sécurité. Pour une information détaillée sur les raisons présidant à l’autorisation des vaccins et le processus en détails, vous pouvez visiter cette partie du site. On y explique par exemple le principe de « rolling view », utilisé pour les vaccins COVID, et qui permet d’aller plus vite dans le processus en évaluant les données à mesure qu’elles sont disponibles pendant le développement du processus.

Au niveau de la France, un groupement d’intérêt scientifique (GIS) appelé EPI-PHARE a été mis en place dans le cadre d’un dispositif renforcé de surveillance des vaccins contre le COVID. L’idée est la suivante : comme des décès et des hospitalisations surviennent constamment, indépendamment de la vaccination et en particulier chez les personnes les plus fragiles, il faut estimer ce qui statistiquement relève de la « normale » de ce qui est « hors-norme » – afin d’envisager l’effet propre des vaccins.  

D’autre part, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) publie des rapports de pharmacovigilance reprenant les suivis des cas d’effets indésirables. Vous pouvez par exemple consulter ici le dernier rapport, reprenant les données du 16 au 27 juillet 2021 et ici un résumé des éléments importants à destination des journalistes. Rien n’y est « caché » et on retrouve ainsi quelques mots sur l’analyse des rares cas de troubles menstruels survenus après la vaccination, laquelle « a conduit le comité de suivi à considérer qu’il s’agit d’un signal potentiel qui concerne également Comirnaty [NDA, les vaccins à ARN], dont le profil est similaire ». Difficile d’être plus transparent.

Alors, qu’en est-il de ces fameux effets secondaires ?

Hé bien, les formes graves des effets secondaires sont extrêmement rares. Ça ne veut pas dire que vous ne connaîtriez pas « quelqu’un qui » (après tout il y a pratiquement chaque semaine un.e gagnant.e au Loto), ça veut juste dire qu’il y a très très très peu de chance que cela vous tombe dessus ou sur un.e de vos proches (comme il y a, spoil alert, très très très peu de chances que vous gagniez au Loto). Toute personne qui gagne au Loto y a effectivement joué, mais très peu de joueur.euses gagnent – ce qui peut se traduire par « toute personne ayant des effets secondaires graves a été vaccinée mais très peu de vacciné.es ont des effets secondaires graves ». Autrement dit, la balance bénéfices-risques penche clairement en faveur de la vaccination : vous risquez plus en ne vous vaccinant pas qu’en vous vaccinant.

Parmi les effets graves, on parle surtout des très graves troubles thromboemboliques. En France et sur la dernière période de suivi, il y a eu deux nouveaux cas de thrombose atypique qui ont été rapporté, portant le total à 58 cas, dont 13 décès, sur près de 33 millions de vacciné.es. Mais attention, le risque de thrombose en attrapant le COVID est quant à lui de huit à dix fois plus grand qu’après la vaccination, comme le montre une étude d’Oxford. Autrement dit, si vous avez peur d’avoir une thrombose, il vaut mieux vous faire vacciner que le contraire.

Les myocardites sont parmi les autres effets secondaires rarissimes mais graves parce qu’ils impliquent souvent une hospitalisation. Sept cas sont recensés dans le dernier rapport mais « les données disponibles suggèrent que l’évolution de la myocardite ou de la péricardite après la vaccination est identique à l’évolution de la myocardite ou de la péricardite en général », ce qui implique que le rapport de causalité entre vaccination et myocardite ne peut ici être établi.

Je pense que sur la question des effets secondaires comme sur celle de l’efficacité de traitements médicamenteux, il faut faire très attention aux biais du témoignage, appelés aussi la preuve anecdotique. Par exemple, il existe des groupes Facebook qui permettent de recenser les « effets indésirables » suite aux vaccins COVID. Mais comment savoir qu’un effet ressenti est bien le résultat du vaccin ?

Un trouble érectile, exemple pris au hasard, s’il survenait en temps normal pourrait être attribué à l’angoisse ou à la fatigue mais risque d’être perçu comme la conséquence de la vaccination si il apparaît dans les jours suivant cette dernière ! À l’échelle d’une population, lorsqu’un même effet se répète dans des conditions similaires, la corrélation et, éventuellement, la causalité peuvent être établies. Mais à l’échelon individuel, c’est impossible.

Ce genre de groupe Facebook est alors dangereux, parce qu’il donne l’impression, avec l’accumulation d’exemples non significatifs (sachant qu’ils nous arrivent à toustes tout le temps « des trucs »), que les autorités ne tiennent pas compte de la réalité de terrain.

Certaines craintes tout à fait légitimes ne se sont d’ailleurs pas vérifiées dans les faits. Notamment la possibilité que les vaccins à ARN messager puissent provoquer des maladies auto-immunes. Dans un article déjà cité plus haut de Nature, en 2018, il est dit qu’une « préoccupation possible pourrait être que certaines plates-formes de vaccins à base d’ARN induisent de puissantes réponses d’interféron de type I, qui ont été associées non seulement à l’inflammation mais aussi potentiellement à l’auto-immunité. Ainsi, l’identification des individus à risque accru de réactions auto-immunes avant la vaccination par l’ARN peut permettre de prendre des précautions raisonnables ». À nouveau, rien de caché.

Que sait-on depuis ?

D’abord que, contrairement, à ce que M. Zizi raconte, il n’y a pas de problèmes auto-immunitaires et il ne risque pas d’y en avoir. En fait, ils sont même absents des rapports qu’on vient de voir… Dans une interview accordée à Associated Press, le Dr. Drew Weissman explique que les vaccins ARN contre le COVID utilisent en fait un nouvel ARN qui ne produit pas de maladies auto-immunes. Toutefois, le principe de précaution veut malgré tout que les personnes à risque ne choisissent pas ce vaccin, raison pour laquelle la vaccination de celleux qui peuvent se le permettre est encore plus importante. Je ne serais pas complet sur la question des maladies auto-immunes sans rappeler que le COVID lui-même pourrait en causer, si l’on en croit cette publication preprint (à prendre avec précaution puisqu’elle n’a pas été revue par les pairs).  

Éthique et politique

Et la liberté dans tout ça ?

John Stuart Mill, philosophe de la liberté
Source : Wikicommons

Le vulgarisateur en philosophie M. Phi vient à peine de sortir une vidéo traitant précisément de cette question. En effet, évaluer combien la restriction de nos libertés à travers l’obligation vaccinale est légitime ou non est absolument essentielle.

Que dit M. Phi dans cette vidéo ?

1) D’abord, il rappelle que la liberté envisagée comme un absolu n’a pas de sens. Par exemple, toute loi restreint des libertés et c’est très bien ainsi. Nous n’avons par exemple pas la liberté de tuer et je suppose que personne n’y verra un mal.

2) Il en découle que les choix de société sont toujours le résultat de compromis entre « plusieurs libertés ». La liberté est donc à envisager selon les contextes et la liberté de choisir les moyens de se soigner, en contexte sanitaire « normal », doit être a priori garantie. On sera, je pense, toustes d’accord sur ce point également. Mais alors, qu’est-ce qui pourrait justifier l’obligation d’opter pour l’un ou l’autre soin ?

3) M. Phi propose ici de se référer au philosophe libéral de la liberté, John Stuart Mill. Ce dernier propose qu’une certaine liberté soit garantie si et seulement si elle ne nuit pas aux autres.

Le principe de « tort minimal » est assorti de trois conditions qui doivent être remplies pour que l’usage de la contrainte soit considéré comme légitime : a) il faut donc que l’absence de contrainte cause du tort ; b) que la contrainte permette d’éviter et/ou de limiter ces torts tout en n’en causant pas d’autres comparables ; c) qu’il soit impossible d’user d’autres moyens.

Lorsqu’on s’arrête sur ces différents critères, on comprend que les sections précédentes de cet article nous permettent d’y répondre.

  1. L’absence de contrainte cause du tort puisque l’hésitation vaccinale empêche d’atteindre l’immunité collective, permettant au virus de continuer à circuler, ce qui cause directement du tort à celleux qui ne peuvent se vacciner (parce qu’elles sont allergiques, trop fragiles – notamment sous traitement pour un cancer, à risque pour des réactions auto-immunes, etc.) et offrant toute latitude au virus pour continuer à muter en risquant de produire encore et encore de nouveaux variants qui risquent, eux, de résister de mieux en mieux aux vaccins actuels.
  2. L’obligation vaccinale donne de l’espoir quant à l’atteinte de l’immunité collective, diminue comme on l’a vu la puissance du virus et sa contagiosité : les torts sont donc limités et/ou évités. L’analyse des risques et des effets secondaires permet là encore de conclure, pour l’instant, que d’autres torts comparables mais différents ne sont pas en jeu.
  3. L’absence, dans l’état actuel des connaissances, de traitements médicamenteux ; et la fausse piste que représente l’immunité naturelle nous mènent à conclure qu’il n’y a pas, aujourd’hui, d’autres moyens sérieux d’arriver aux mêmes résultats.

Il en résulte que l’obligation vaccinale semble être, en effet, légitime, dans ce cas très précis, et cela indépendamment des précédentes décisions déplorables, honteuses, catastrophiques de nos gouvernements.  

Pourquoi ne pas laisser tranquilles celleux qui refusent ? Marre d’être stigmatisé.es !

En miroir de la section précédente, prendre au sérieux les données vues supra et la dimension éthique de la vaccination obligent à repenser l’acte même de ne pas se faire vacciner. Il me semble – et je sais que je risque de tendre une partie de mon audience sur ce point – que refuser la vaccination sans raison de santé est alors un acte d’égoïsme, contraire à l’idée que je me fais de la solidarité.

Que cela ne nous empêche bien sûr pas de prendre garde aux mesures qui restreignent nos libertés sans respecter les critères vus ci-dessus. Lorsque des lois « d’exception » sont introduites, il y a toujours « un effet d’opportunité » dangereux pour la démocratie et un risque que celles-ci soient utilisées dans un sens différent de ce pour quoi elles ont été conçues et/ou subrepticement inscrites ensuite dans le droit commun – on l’a vu sur les questions de terrorisme. Il faut donc rester très attentif à ce que toute mesure exceptionnelle demeure exceptionnelle, sauf justification précise ; d’ailleurs, les couvre-feux ont heureusement été pour la plupart levés, de même finalement que l’obligation du masque en extérieur et c’est très bien ainsi, tant que la situation sanitaire n’évolue pas trop.

Comprenons bien que considérer la contrainte seule comme étant l’indice d’une dérive n’est pas rationnel. En société, un grand nombre de choses sont obligatoires (le respect du code de la route par exemple) ou interdites (blesser volontairement autrui par exemple). La contrainte ne « produit » pas naturellement un État fasciste…et je m’étonne d’ailleurs de ce qu’il y ait une telle levée de boucliers face aux vaccins ou au port du masque des mêmes personnes qui semblaient fort peu choquées de ce que des policiers brutalisaient des manifestant.es ou qu’un État puisse laisser crever des sans-papiers dans une église. Ce sont pourtant là des marques très inquiétantes de fascisation.

Ce qui doit présider à l’accord ou le désaccord avec une contrainte, ce n’est pas le fait de contraindre mais les arguments qui l’appuient, autrement dit la question de l’efficacité du vaccin et des risques vus plus haut.

On censure les vrais chercheurs, les autres ont peur et se taisent

D’abord il faut relativiser. Les pseudo « vrai.es chercheur.es » dont il est question ont été et sont présents dans les médias dominants. Outre l’incontournable Didier Raoult omniprésent et proche des milieux de pouvoir, Martin Zizi a eu des échos à la RTBF, dans le Vif, sur Euronews, dans la Libre, etc ; Marc Wathelet dans la DH ; Philippe Poindron sur Sud Radio et sur CNews ; Jean Michel Claverie sur BFM, France Soir, les Échos ; Laurent Toubiana sur Sud Radio et ses avis ont été analysés par le Monde. On voit bien que la « censure » est très relative… Sans compter les opinions à l’emporte-pièce des Pascal Praud et consorts.

Mais la question est de savoir quelle proportion accorder à quel discours. Est-ce que la neutralité journalistique, par exemple, consiste à donner autant de place à la théorie de l’évolution et aux théories créationnistes ? Ce qu’on constate, c’est en effet que la position « pro-vaccin » est dominante non pas tant chez celleux qui dominent l’espace médiatique, mais au sein des institutions sanitaires (comme l’OMS), politiques (gouvernements, parlement) et académiques (universités, recherche).

Ce qui doit présider à la place à donner dans les médias à l’une ou l’autre théorie est, sur les questions de santé, sa solidité scientifique – laquelle comme dit plus haut dépend moins de l’avis « d’un.e expert.e » que l’on peut facilement opposer à un.e autre, mais du consensus scientifique. Ainsi, l’accumulation de chercheur.es « hétérodoxes » sur la question des vaccins n’est en fait rien à côté des centaines de chercheur.es « fourmis » qui font leur taf, produisent des articles, des méta-analyses, etc. et qui nourrissent, ensemble, ce fameux consensus à travers les publications scientifiques que j’ai citées tout au long de ce dossier dans le New England Journal of Medicine, le Lancet, dans Nature, dans le British Medical Journal, etc.

À celleux qui pensent que je dis et fais ici le contraire de ce que j’ai fait pour mes autres travaux, notamment sur la Chine, je voudrais montrer que c’est faux. D’abord, ici comme sur la Chine, je me réfère aux sources les plus solides, lesquelles proviennent souvent des médias mainstream (par exemple lorsque l’ICIJ publie un document volé sur les camps de Ouïghours en Chine, j’utilise ce document dans mon analyse, idem lorsque je cite le NYTimes, le Washington Post, etc.) ; je ne considère pas a priori le critère « mainstream » ou « alter » comme suffisant pour adopter ou rejeter une position ; je recoupe entre elles les sources ; je les mets en liens et je les interprète en fonction de mon cadre théorique, à savoir la critique du capitalisme. Même démarche.

Ainsi, les conclusions ne sont que superficiellement opposées : dans le premier cas, les médias mainstream apparaissent comme fournisseurs de fake news, dans le second cas ils apparaissent comme étant en grande partie fiables. Mais, en réalité, les mouvements de fonds sont les mêmes : la concurrence qui produit tant de misère est aussi celle qui a permis à des industries pharmarceutiques de produire le plus rapidement possible un vaccin apparemment efficace et statistiquement inoffensif. Les profits, quant à eux, sont toujours privatisés et viennent encore remplir les poches des plus fortuné.es. Same shit.

Pourquoi croire cette fois les élites qui se moquent de nous ?

On doit reprocher au monde politique d’avoir définancé les hôpitaux, d’avoir menti sur les masques, d’avoir d’abord minimisé la dangerosité du virus contre les expert.es, d’avoir mis autant de temps pour prendre des décisions courageuses dans le seul but de protéger son économie, de faire des profits odieux sur le dos de la santé des gens, d’avoir obligé les ouvri.ères à continuer de travailler lorsqu’elleux se protégeaient, d’avoir accusé la Chine et d’avoir menti à son propos, de s’être très opportunément déresponsabilisé, d’avoir refusé la remise en question et d’avoir omis de dire « nous ne savons pas » quand en effet ils ne savaient pas. Il y a énormément de reproches à formuler à l’égard du monde politique. Aucun doute là-dessus.

Mais si on laisse aller la maladie, en quoi le peuple sera-t-il vengé ? Ne sont-ce pas justement les plus faibles qui seront, à nouveau, les premières victimes ? À commencer par le personnel médical qui ne voudrait pas d’une nouvelle surcharge. La lutte contre les politiques désastreuses de nos gouvernements n’est pas antinomique avec la vaccination ; elle est, au contraire, complémentaire.

Personnellement, j’aurais préféré bénéficier du vaccin chinois ou du vaccin cubain, dans l’espoir que les profits reviendraient plus probablement aux peuples que celui que j’ai reçu et qui enrichit les super riches, celui de Pfizer. Mais même la Chine semble reconnaître la très haute efficacité des vaccins à ARN et vient de conclure un accord avec la société allemande BioNTech.

C’est très dur, presque insupportable de devoir s’en remettre à des gens qui n’ont que le profit pour seul horizon, mais considérer qu’ils mentent, c’est remettre en question le travail et la probité de milliers de chercheur.es qui collaborent. Imaginer qu’ils agissent de concert pour faire le mal n’est absolument pas envisageable : un complot n’est possible que lorsqu’il ne réunit qu’un nombre restreint de personnes. D’ailleurs, les autres pays du bloc « anti-impérialiste » ont aussi développé leurs vaccins… N’oublions pas non plus qu’une entreprise comme Pfizer signe son arrêt de mort si elle avait mis sur le marché un produit véritablement dangereux. Ce dernier élément n’est pas convaincant à lui seul (il y a eu des précédents avec les cigarettiers, l’entreprise DuPont, etc.) mais renforce malgré tout le caractère improbable d’une grande machination.

Merci à toustes pour votre lecture. Je pense qu’il est important de partager ce dossier pour éclairer toustes celleux qui se posent des questions sur la vaccination contre le COVID. N’hésitez pas à intervenir en commentaires, en restant courtois.es.

Un immense merci à mes tipeurices pour leur soutien : fillon, marsxys, g106973983737661016119 et smart684. Si vous aussi pensez qu’un tel travail mérite un soutien financier, vous pouvez vous rendre sur ma page Tipeee.

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Analyses

Contre le genre et la race, tout contre

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Résumé

Prenant acte d’une opposition de plus en plus explicite d’un marxisme orthodoxe vis-à-vis des questions de genre et de race – au sens sociologique, (1) je propose une typologie des tensions mutuellement exclusives qui distinguent de fait ces épistémologies ; (2) en m’appuyant sur le concept marxiste de « rapports de production », je montre que l’apparition de classes sociales est un des effets du capitalisme et non « la » cause unique à laquelle seraient subordonnés le genre et la race, lesquels sont à envisager comme des exploitations systémiques ; (3) j’établis un plan d’actions concrètes sur base de ces propositions théoriques.   

Introduction

Note préalable : Je souhaite ici m’interroger publiquement. Ce texte est une image à l’instant « t » de l’état de réflexions en cours. Je prends donc acte de ce qu’il s’agit d’un processus de réflexion, sujet à évolutions. Non que je me renie anticipativement, mais que les positions soit se complexifient, soit mutent sous le joug d’arguments qui s’imposent.

Je précise que si j’écris ce texte, il serait incorrect et injuste de me considérer comme en étant le seul auteur. Je dois énormément aux nombreuses discussions avec Barbara Dupont, du blog « D’où », qui a été à l’origine de mes premières remises en question. C’est avec elle que j’ai commencé, il y a un peu plus de deux ans, à en apprendre plus sur les féminismes et les questions raciales, à lire, à écouter des podcasts, à opérer des rapprochements avec les cadres théoriques qui me portent. Et c’est aussi en échangeant avec elle lors de l’écriture de cet article, puis en tenant compte de ses commentaires sur des versions précédentes, que je peux aujourd’hui en proposer une première formalisation.

Merci également à Fabio Bruschi pour sa relecture experte, riche de commentaires qui auront complété et nourri la proposition théorique que je fais ci-dessous. Merci aussi pour ses suggestions de lectures, toujours pertinentes.

Photo de Yaroslav Shuraev provenant de Pexels

Je vois de plus en plus la gauche radicale anticapitaliste et marxiste s’attaquer frontalement au « féminisme » (voir par exemple Cespedes & Chaigneau, 2021), souvent avec un bien commode singulier, et aux positionnements parfois appelés « identitaires[1] » (LGBTQia+, questions raciales, etc.), comme dans cet article du Monde diplomatique (Beaud & Noiriel, 2021) dont la thèse naviguant entre tautologie et homme de paille est très joliment critiquée ici (Ajari, 2021). Sur les questions raciales notamment, on y vilipende « l’américanisation des polémiques publiques » – comme si le racisme institutionnel, pour n’évoquer que cette oppression, n’était pas d’actualité en France ou en Belgique. Faut-il rappeler les scores du RN et le succès de Zemmour en France ? Les sondages d’opinion mettant le Vlaams Belang et la NV-A en tête en Belgique ?

Il faut dire que l’avalanche de bullshit notamment proféré au nom « du » féminisme n’aide pas à une prise en compte sérieuse, par une gauche marxiste obtuse, des questions de genre et de race. Je vois de nombreuses autrices, se réclamant d’un certain féminisme, défendre des positions ridiculement antiscientifiques (Retta, 2021) ou des magazines féminins comme « Elle » misérablement surfer sur la vague verte de l’écoféminisme lunaire (Fonters, 2021, c’est même pas une blague…) – participant d’ailleurs à l’invisibilisation, hors des cercles spécialisés, du féminisme matérialiste.

Sommes-nous donc irréconciliables ?

La pensée mainstream, dominante, se délecte de ces oppositions entre « radicaux », dans une pure logique de la division qui consolide son règne. La ministre française de l’éducation peut alors instrumentaliser le faux concept de « l’islamogauchisme » (Zappi et al., 2021), tout en faisant pression sur la recherche universitaire…tandis que l’extrême-droite se voit ainsi adoubée mine de rien, ce qui laisse penser que ses figures les plus charismatiques comme Marion Maréchal Le Pen sauront en tirer un profit maximum à moyen terme.

Qu’une partie des réflexions « identitaires » vienne des campus US n’arrange rien à l’affaire. Chez les communistes et apparenté.es, on craint plus que tout – et à raison – « l’influence américaine » mais, ce faisant, on met dans un même sac des champs disciplinaires présentant pourtant de profondes divergences et donc des solidités théoriques et méthodologiques hétérogènes comme les cultural studies, les gender studies et les différents courants féministes, les pensées décoloniale et anticoloniale, les masculinity studies…mais aussi leurs incarnations militantes : l’écriture inclusive, la non-mixité, les quotas de genre et raciaux, etc. Ces dernières incarnations font l’objet de débats vigoureux et très polarisés au sein de la société, alimentant même des volontés de légiférer (comme la proposition de loi de Jolivet sur l’écriture inclusive ou cet amendement pour dissoudre les associations organisant des réunions non mixtes entre personnes racisées).

Ce qu’il faut penser de l’articulation entre les positions, théoriques et militantes, citées plus haut est loin d’être trivial. En filigrane : des façons de comprendre et de se représenter le monde qui sont fondamentales et qui, bien souvent, sont effectivement mutuellement exclusives. Le défi pour les classes progressistes défendant des valeurs d’égalité est de se situer vis-à-vis de ces « curseurs » théoriques s’opposant afin de pouvoir ensuite traduire en actions politiques des positions épistémologiques. Autrement dit : sur quelle base conceptuelle puis-je appuyer mon action ?

C’est dans leur nature de…

Ou l’essentialisme contre la construction sociale

La première et reine de ces contradictions est l’opposition entre essentialisme et construction sociale. L’essentialisme postule que « l’essence précède l’existence ». Typiquement, les tenant.es de cette position considéreront, par exemple, qu’il est « dans la nature des femmes » d’agir d’une certaine façon (parce qu’elles disposent d’un « logiciel inné d’instinct maternel » par exemple ; ne riez pas, certain.es y croient). Celleux qui défendent la construction sociale estiment au contraire que si nous agissons d’une certaine manière, c’est parce que la société nous a conditionné.es à répondre aux stéréotypes, ici, de la masculinité ou de la féminité.

On voit combien ces deux positions sont antagonistes car comme on ne peut agir collectivement que sur les inégalités résultant de construits sociaux et non sur la nature des personnes (voir sur ce point l’excellent Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (Rousseau, 1754, p.21 dans ce lien), ce qui entrera dans la catégorie « construction sociale » est déterminant quant aux moyens à notre disposition pour lutter.

Or, comme les rapports économiques (et, de ce fait, la lutte des classes) ne peuvent être que des construits, certain.es marxistes ont tendance à la considérer comme la source de toutes les oppressions. D’autre part, si l’on pense que les différences biologiques entre « hommes » et « femmes » (pour s’arrêter à la binarité considérée classiquement) ont d’évidentes implications sur les comportements, ça devient bien pratique d’imaginer qu’on ne « peut rien faire » à sa domination en tant que « masculin biologique » (une position d’ailleurs contestée par une chercheuse brillante comme Odile Fillod sur son site Allodoxia).

Notons qu’il y a des courants féministes qui se réclament aussi de l’essentialisme (le propre, par exemple, du « féminin sacré ») mais la plupart, au contraire, rappellent qu’il s’agit de constructions sociales et que, à considération et contexte égal, femmes et hommes développent de semblables qualités intellectuelles, comportementales, etc.

Dire, c’est faire ? Vraiment ?

UNSPECIFIED – CIRCA 1865: Karl Marx (1818-1883), philosopher and German politician. (Photo by Roger Viollet Collection/Getty Images)

Ou l’idéalisme contre le matérialisme

La seconde grande opposition est d’ordre philosophique et est héritée du travail intellectuel de Marx et ses proches critiquant les jeunes hégéliens (Marx & Engels, 1845). Il s’agit ici, en posant les bases du matérialisme historique, de rejeter la posture idéaliste. Pour le dire simplement, l’idéalisme envisage qu’en changeant les idées, les opinions, les façons de voir, on change le réel. Ainsi, pour supprimer le racisme, il suffirait de ne « plus voir les couleurs », en « pensant écologie » on règle le problème du changement climatique, etc. Les théories pseudo-scientifiques comme la psychanalyse, les lois de l’attraction et autres absurdités du développement personnel relèvent toutes de ces catégories. Or, comme le soulignait déjà Marx, « la proclamation des droits égaux n’aboutit pas à leur réalisation pour la majorité de la population » (Marx cité par Pestieau, 2018).

Le matérialisme, au contraire, pose que c’est en changeant le réel, en participant à la transformation sociale effective et matérielle, qu’on modifie les façons de penser. Ainsi, c’est en assurant que les institutions et les personnes cessent leurs pratiques racistes qu’on finira par « ne plus voir les couleurs » – un objectif donc et non un postulat.

On pourrait toutefois y voir une forme d’aporie, parce que pour savoir comment changer le réel, il faut avoir une idée de ce qu’on veut changer et où on veut aller – sans quoi l’épaisse bibliographie de Marx lui-même serait bien peu utile. Malgré tout, critiquer l’idéalisme, c’est reconnaître que ce ne sont pas les représentations qui nous enchaînent mais la traduction matérielle de ces représentations ou, pour le dire dans les mots de Fabio Bruschi : « Au final l’opposition est moins entre idées et réel, mais entre idées capables de devenir des forces réelles et idées qui prétendent changer quelque chose en changeant « simplement » les esprits ».

À ce titre, et peut-être de façon contre-intuitive pour la plupart de mes lecteurices, l’écriture inclusive relève pour moi clairement d’une action de « type matérialiste » : c’est en agissant directement sur les rapports sociaux dans notre façon d’écrire et de parler (c’est-à-dire en agissant sur la superstructure) qu’on change les représentations et, ici, qu’on donne leur place aux femmes et/ou aux gens hors binarité (comme d’ailleurs le disait très justement Mona Gérardin (2021) dans le podcast Fracas). La langue fait advenir, rend possible des imaginaires, participe à rendre naturel, attendu, évident, une présence – ici des femmes – dans la sphère publique. La langue agit sur le réel comme le réel agit sur la langue ; c’est là tout l’intérêt de la fiction, de la poésie…et même de la théorie qui permet de construire des catégories insoupçonnées (comme dans cet article). Ainsi, le langage inclusif reconnaît la matérialité de la langue, comme en fait l’expérience le.la migrant.e qui ne parle pas celle du pays qui (ne) l’accueille (pas) et qui voit les portes (très matérielles) se fermer à cause de ça, comme toute personne ne maîtrisant pas le bon registre de langage se trouve dominé.e sur le marché de l’emploi, du logement, etc.

Ainsi donc, la langue est part intégrante de notre « être social ». Quand Marx (1859) dit que « ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être ; c’est inversement leur être social qui détermine leur conscience », on comprend aisément que la langue est matérielle et que les représentations sont secondes.

Il ne s’agit donc pas du tout de s’arrêter à la sphère des discours et des représentations mais bien de considérer comment une praxis (les différences de salaires entre hommes et femmes, par exemple) se transforme en pensée dominante (« les hommes sont plus compétents ») et comment le contraire (obliger à la parité dans les conseils d’administration, par exemple) se transformera subtilement en évidence (« hommes et femmes sont aussi compétent.es »).

Peu importe les bonnes intentions des oppresseurs, peu importe le discours de tel ou tel grand patron, de tel ou tel « homme woke », les rapports d’exploitation ne peuvent évoluer que par la lutte de terrain, la langue en étant une des scènes mais non la seule. Comme me le partageait Barbara Dupont, « aussi bonnes soient elles, les intentions ne sont que des potentialités [qu’on] brandit comme si elles étaient déjà une forme de changement, d’encouragement dans le bon sens, alors qu’en tant qu’intentions, elles n’ont absolument aucun effet tangible ».

Ou l’universalisme contre le communautarisme

Je poursuis avec l’opposition entre communautarisme et universalisme. Le communautarisme, côté pile, renvoie à une différenciation volontaire de la part de groupes exploités. Le communautarisme est souhaitable parce qu’il permet à ces groupes de s’entraider, construire des réseaux de soutiens, s’organiser dans la lutte, etc. Les fameuses réunions en « non-mixité », entre personnes racisées, poursuivent exactement cet objectif. En les criminalisant par la loi, l’État patriarcal, raciste et capitaliste a très bien compris leur pouvoir subversif et cherche par conséquent à s’en préserver pour assurer la pérennité de ses moyens d’oppression.

Il me semble pourtant que le communautarisme a aussi des écueils : en se concentrant fort légitimement sur la lutte contre sa propre domination (ou contre l’une de ses dominations vécues), chaque groupe dominé prend le risque de s’isoler dans sa lutte, perdant ainsi en masse critique capable de peser dans le rapport de forces. Est-ce à dire qu’il finirait par s’opposer à d’autres groupes par « enfermement identitaire » pour reprendre les termes méprisants de Beaud et Noiriel (2021) cités – et critiqués – plus haut ? Comme dans tout « dilemme du prisonnier », il arrive certes que les intérêts de groupes singuliers s’opposent parfois à l’intérêt collectif. Mais, comme le propose Fabio Bruschi dans un échange personnel, si « les idées dominantes sont les idées de la classe dominante » (Marx & Engels, 1845), cela veut dire que les représentations dominantes de l’intérêt général sont en effet des sublimations de l’intérêt particulier des groupes dominants. Or, en permettant d’approfondir l’intérêt particulier de certains groupes dominés, le « communautarisme » peut avoir pour conséquence de critiquer et transformer les représentations mêmes de l’intérêt général, en les rendant plus proches d’une réelle universalité.

Et justement, l’universalisme, côté face, reconnaît une commune appartenance à l’ensemble du genre humain, laquelle appartenance doit permettre des textes aussi englobants que la déclaration universelle des droits de l’homme, visant de ce fait l’égalité entre toustes. La première internationale de l’OIT en serait une autre incarnation, parce qu’elle considère que seuls les mouvements de masse, transcendant les frontières, sont à même de peser dans le rapport de force contre les capitalistes. À noter que, d’une certaine façon, cet internationalisme est aussi un communautarisme puisqu’il ne rassemble que les « personnes concernées », à savoir les ouvrier.es. Au contraire, l’universalisme qui voudrait mettre, a priori, un signe d’égalité entre toustes, favorise de facto les dominant.es parce que, précisément, le monde est profondément inégalitaire. Cela reviendrait à dire que 2 = 1. Comme on l’a dit plus haut : désigner une réalité par des mots ne la fait pas magiquement exister dans les faits. On ne « décrète » pas l’égalité, on lutte pour l’obtenir.

Paradoxalement, il faut bien souvent du communautarisme pour atteindre l’universalisme – et c’est bien cette temporalité particulière que semblent régulièrement oublier les « marxistes orthodoxes ». Entre elleux, les dominé.es peuvent s’émanciper des puissant.es pour ensuite espérer jouer jeu égal et viser « l’universel », de la même façon qu’on vous dit de mettre d’abord votre masque d’oxygène dans l’avion avant d’aider votre enfant à enfiler le sien… A contrario, la critique du « communautarisme » revient souvent à un communautarisme de fait, entre hommes riches et blancs, comme le montre très bien « D’où » dans ce texte fondamental (Dupont, 2021).

Ainsi, l’universalisme comme fin, oui, trois fois oui, mais le souhaiter comme objectif n’implique pas de faire semblant qu’il serait un déjà-là qui opportunément occulte les rapports d’exploitation. C’est tout le problème des antiracistes qui « ne voient pas les couleurs », ou les adorateurs d’un « féminisme qui est avant tout un humanisme » : ces phrases masquent mal que la classe des blancs systémiquement opprime les personnes racisées et que la classe des hommes systémiquement opprime la classe des femmes (pour prendre ces seuls exemples). Le danger est à nouveau réel de prendre la finalité pour un postulat.

Une objective subjectivité

Ou l’objectivisme sociologique contre le point de vue situé

Comme toujours dans les débats épistémologiques, la connaissance des faits sociaux oppose généralement deux camps : une posture réaliste qui considère que les faits sociaux existent indépendamment de leur observateurice et une posture subjectiviste qui estime qu’on ne peut les dissocier de qui les observe.

Il y a pourtant ici un espace d’entente possible entre les marxistes et les « identitaires ». Les chercheuses et chercheurs parmi les féministes et les antiracistes marxistes ne s’y d’ailleurs pas trompé. Pourquoi ? Parce que l’école de Francfort, d’inspiration marxiste, a mis en évidence avec Horkheimer (1974 [1937]) la théorie critique, laquelle pose que la connaissance n’est pas extérieure à la réalité, qu’elle se doit d’être transformatrice et de tenir compte de cellui qui pense ainsi que des intérêts qu’iel poursuit. Dans le camp d’en face, on retrouve l’approche durkheimienne consistant à « traiter les faits sociaux comme des choses » (Pinto, 2021). Dans ce cas, les outils méthodologiques de la sociologie « suffiraient » à garantir la distance neutre d’avec son objet de recherche : la « société est extérieure à ce qui se passe dans nos esprits singuliers » (Pinto, 2021).

Pourquoi ce débat apparemment très théorique est-il important ? Parce qu’il dit quelque chose de qui est légitime dans la prise de parole, dans la production de connaissances, dans la prise de décision – notamment lorsqu’il est question d’exploitation. Des débats qui ont des conséquences très concrètes, par exemple sur les plateaux télés (des hommes blancs, comme Zemmour, ne sont pas légitimes pour parler de l’oppression vécue par les femmes noires), mais aussi lorsqu’il s’agit de penser qui fait les lois, qui rédige les manuels scolaires, etc.

Les personnes dominées se caractérisent notamment par leur relative absence des lieux décisionnels des « appareils idéologiques d’État » (médias, école, politique, église – au sens d’Althusser (1970)). Par conséquent, si on peut démontrer qu’on ne tient pas compte d’elleux en leur absence, ni d’un point de vue théorique, ni d’un point de vue politique fondé sur ces théories (ne fut-ce que parce que les phénomènes de dominations raciale et patriarcale persistent), alors il faudra considérer que « l’objectivisme sociologique » est une imposture et que tout est organisé pour reproduire en l’état les dominations dont nous sommes témoins. Et avec la possibilité de conclure que la parole des non-concerné.es est tout simplement incapable de rendre compte fidèlement des situations d’oppression.

C’est à Donna Haraway (Haraway, 2007 [1991]), à la suite de Sandra Harding, que l’on doit la radicalisation de la prise en compte du sujet connaissant au service de la construction d’une objectivité sociologique. Son concept de « savoirs situés » (voir le chapitre éponyme dans son livre Cyborg manifesto) est une critique explicite de l’objectivisme qui, mettant à distance les faits sociaux, invisibilise les auteurices, leur permettant ainsi de ne pas être redevables. On « oublie » alors que les chercheur.es sont celleux qui répondent aux questions, mais surtout qui décident de celles qu’il faut poser. Or, par définition, on ne peut poser une question…qu’on ne se pose pas ! Le risque est énorme de ne pas voir ses propres biais. Et c’est ainsi qu’un penseur aussi essentiel que Karl Marx n’aurait pas vu le travail gratuit – donc le travail volé – des femmes dans la sphère domestique…

File:Donna Haraway and Cayenne.jpg. (2021, May 13). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 17:59, June 16, 2021 from https://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=File:Donna_Haraway_and_Cayenne.jpg&oldid=560004694.

Au contraire, un « point de vue situé » précisément produit, selon Haraway (1991), de l’objectivité. Le point de vue situé responsabilise. Il ne prétend pas dire au-delà de ce qu’il permet, par l’expérience, de connaître. Cette posture est modeste, elle ne prétend à aucune « transcendance ». L’idée est avant tout de « faire confiance au point de vue des assujettis » (p.118), d’autant que ces dernier.es, parce qu’iels font quotidiennement l’expérience d’être réduit.es au silence, sont « moins susceptibles d’autoriser le déni » (p.119) accompagnant la production de savoir. Ainsi, une chercheure faisant une étude sur les violences des hommes au sein du foyer posera d’autres questions, trouvera d’autres chemins pour faire émerger la parole, interprétera autrement les silences, etc. Son « point de vue situé », loin d’être un handicap, devient un véritable atout pour sa recherche – tandis qu’on observe au contraire une « crispation » vis-à-vis de la libération de la parole des femmes victimes, bien trop souvent jugées coupables a priori (de mensonge, d’exagération, de provocation, etc.). On voit combien le fossé est grand.

Toutefois, le « point de vue situé » pose d’autres problèmes. Le danger est « d’idéaliser et/ou de s’approprier la vision des moins puissant.es alors qu’on revendique de voir à partir de leur position » (p.119). Tous les hommes se déclarant « féministes » ou « alliés » profitent de leur maîtrise des codes, des théories, des pratiques militantes féministes, mais certains de surcroît utilisent cette maîtrise pour gagner encore en pouvoir. On comprend alors l’importance de « l’expérience encorporée », au sens d’Haraway (1991). Il ne s’agit pas seulement de voir « avec les yeux de », mais de vivre, dans sa chair, « l’expérience de ». Or, on ne s’invente pas noir.e, femme[2] ou ouvrier.e. En miroir – et ça continue de se compliquer, il ne « suffit » pas d’avoir l’expérience de la domination pour être capable de produire du savoir sur cette domination : « Nous ne sommes pas directement présents à nous-mêmes » (1991, p.121). Les outils méthodologiques de la production de savoir demeurent, pour moi, essentiels.

Que penser de tout ça ? Je vois une filiation entre le « point de vue situé » d’Haraway et le concept de « savoir local » de l’anthropologue culturel Clifford Geertz (2012), lequel considère (1) qu’il faudrait cesser de vouloir être prédictif car, après tout, si chaque situation est singulière, rien ne permet d’élaborer une théorie générale ; (2) qu’il faut prioritairement s’intéresser aux représentations des acteurs sociaux, au sens qu’iels donnent à leur vécu. J’y vois par conséquent aussi la plus grande faiblesse : le risque de nier les structures. En évacuant les structures au profit d’un réseau de vécus singuliers, ces auteurices font courir le risque de manquer les mécanismes généralisant[3], ce par quoi un fait est décrit, par la sociologie, comme étant « social ». Or, comme le disait Durkheim (1919), un fait social est un phénomène « suffisamment fréquent dans une société pour être dit régulier et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif ; c’est-à-dire qui est au-dessus des consciences individuelles et qui les contraint par sa préséance ». Le rôle de ces sociologues sera donc de partir des « points de vue situés », certes irréductibles à leurs similarités, mais admettant que ces dernières pourtant autorisent la montée en généralité en cristallisant par l’exemple l’effet des structures. On ne peut mener presque huit milliards de batailles individuelles (contre qui ?).

En résumé, il me semble que le point de vue situé permet une richesse interprétative et une honnêteté dont ne peuvent se targuer les tenant.es de l’objectivité sociologique si et seulement si ce point de vue situé s’accompagne d’une rigoureuse méthodologie. Quant aux sociologues « détaché.es » de leurs objets, je voudrais leur demander combien de fois leur « objectivité » n’a-t-elle pas été l’argument parfait pour ne pas avoir à écouter les personnes concernées et, par conséquent, pour ne pas avoir à remettre en cause leurs propres privilèges ? La question, finalement, serait donc moins de savoir s’il est possible de rendre compte d’une réalité de domination sans la subir elle-même, mais de se demander si celleux qui prétendent le faire le font vraiment dès l’instant où rendre cette description fidèle, c’est potentiellement se mettre soi-même en difficulté.

Les roux sont-ils dominés de façon systémique ?

Ou le concept de « discrimination » contre celui « d’exploitation »

Dans la section précédente, j’ai amorcé une distinction entre phénomènes de domination et phénomènes de domination systémique. D’une certaine façon, toutes les dominations ne seraient pas de même nature. Qu’y a-t-il de commun et qu’est-ce qui diffère entre les discriminations vécues par les personnes racisées, les personnes handicapées, les femmes, les travailleureuses du sexe, les roux.sses, les enfants, les ouvrier.es, les personnes trans, etc. ?

Le marxisme considère que les inégalités (et la domination qui en découle) naissent de la lutte dans les rapports de production. Comme c’est bien le mode de production capitaliste qui régit nos sociétés, en finir avec ce dernier permettrait, par effet domino, de résoudre ces inégalités. C’est dans cet esprit que Mao dédiait le chapitre XXXI de son Petit Livre rouge aux femmes (1964, p.101) et que la Russie soviétique espérait rebattre les cartes de la famille patriarcale. Le féminisme matérialiste, qui a également construit sur l’héritage marxiste, reconnaît bien sûr un caractère systémique au patriarcat et en interrogeant le travail domestique, ce sont encore les rapports de production qui sont interrogés.

À ce stade, plusieurs questions. Une domination systémique indépendante des rapports de production est-elle envisageable ? Un phénomène de domination peut-il être « plus ou moins systémique », comme s’il s’inscrivait dans un continuum allant de la domination d’un.e seul.e à celle de l’ensemble d’une classe ? Ou faut-il comprendre la notion de système comme exclusive : une domination est systémique, ou ne l’est pas – comme les classes sociales au sens de Marx ?

Une approche quantitative des dominations, comme dans cette définition québécoise du racisme systémique (p.6), renvoie à l’idée de continuum : au plus la domination est étendue, se retrouve en plusieurs lieux de la société, au plus elle tend à être systémique – là où elle le serait devenue effectivement si elle touchait l’ensemble de la société. Le problème de cette perspective « totalisante », c’est qu’elle ne permet pas de rendre compte des exceptions : quelques femmes sont effectivement au pouvoir, certaines personnes racisées n’ont sans doute effectivement pas l’impression de subir du racisme. D’autre part, cette perspective n’articule pas dominants et dominé.es, comme si les discriminations s’apparentaient à une maladie pouvant venir et disparaître, sans cause apparente.

Une approche qualitative consiste plutôt à interroger la relation qui unit dominant.es et dominé.es au regard de l’oppression visée, l’une faisant exister l’autre et les liant par un rapport de causalité[4]. Par exemple, la classe bourgeoise tire son existence de l’exploitation d’une classe prolétaire, qui n’a que sa force de travail. Supprimez le rapport d’exploitation, supprimez la domination, et vous supprimerez de fait l’accumulation de profit et, par suite, la bourgeoisie. Exploiteureuses et exploité.es s’en trouvent changé.es.

Depuis l’esclavage jusque l’emploi de sans-papiers sous-payés, du personnel d’entretien des villes et des entreprises, d’ouvriers racisés dans le secteur de la construction ou de femmes racisées dans le travail de care, etc., le racisme considéré comme étant un système fait voir là encore qu’une classe blanche exploite les personnes racisées, au meilleur profit de la bourgeoisie. Remplacez « Irlandais » par « immigré ou racisé » dans le texte de Marx et Engels (1843-1850) ci-dessous et voyez comme c’est éclairant : « L’ouvrier anglais moyen déteste l’ouvrier irlandais en qui il voit un concurrent qui dégrade son niveau de vie. Par rapport à l’ouvrier irlandais, il se sent membre de la nation dominante et devient ainsi un instrument que les aristocrates et capitalistes de son pays utilisent contre l’Irlande. Ce faisant, il renforce leur domination sur lui-même. » Ainsi, la domination n’est pas seulement domination, elle est exploitation.

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De la même façon, le patriarcat relègue les femmes dans la sphère du travail domestique « privé » ou du travail domestique « marchandisé » dans des conditions salariales et de travail minables. Ceci a des conséquences énormes sur les possibilités de valorisation du capital puisqu’une partie des coûts de la reproduction de la force de travail ne sont pas assumés sous la forme du salaire. Ainsi encore, la domination n’est pas seulement domination, elle est exploitation.

Dans ce cas, le statut des exceptions change puisque le propre d’un système, c’est de ne pas en admettre (vivre hors-système est impossible). Le matérialisme dialectique fait voir que les exceptions ne sont qu’apparentes : on ne s’extrait pas des rapports d’exploitation. Par exemple, une femme au pouvoir a bien dû être « acceptée » par le patriarcat mais demeure dominée en tant que femme partout ailleurs, et probablement aussi dans l’exercice de son pouvoir. Ces cas particuliers peuvent d’ailleurs être vus comme renforçant les systèmes qu’ils paraissent contredire, en servant notamment de caution : « Regarde, elle y est bien arrivée, elle! » Focalisant sur les cas particuliers, on passe d’ailleurs sous silence les rapports de proportion (Wathelet & Dupont, 2020) qui sont caractéristiques des faits sociaux (selon la définition vue plus haut). La chose paraît entendue en ce qui concerne les trois grandes dominations que sont la classe, le genre et la race : elles appartiennent toutes trois à des systèmes d’exploitation.

Qu’en est-il des autres discriminations ? Tout d’abord, j’insiste sur le fait que le caractère non systémique d’une discrimination ne la rend pas moins grave pour qui en est victime. Il s’agit essentiellement de dire que distinguer discriminations systémiques et non systémiques a pour avantage principal d’informer sur les moyens de lutte : par exemple, on ne changera pas les rapports de production en ne faisant que de la « sensibilisation » ; cependant, un travail de sensibilisation peut profondément augmenter le niveau de connaissance et d’acceptation de groupes discriminés. Loin de considérer que tout va bien sur ce point, il semble que l’homosexualité est, par exemple, beaucoup plus acceptée en France et en Belgique aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a vingt ans, ce qui se traduit notamment dans la loi. Il n’est pas irrationnel d’espérer semblable évolution concernant la liste des nombreuses discriminations évoquées plus haut, dont la rousseur ! Ce n’est pas dans l’objectif de cet article de décider une fois pour toutes du caractère systémique ou non de telle ou telle forme de domination. Je m’efforce plus modestement de proposer que le caractère systémique des dominations est à trouver dans leur ancrage dans les rapports de production.

Comme le pointaient déjà Marx et Engels à propos de la détestation des ouvriers anglais pour les ouvriers irlandais, il existe non seulement des rapports de forces entre oppresseurs et opprimé.es (bourgeois.es VS prolétaires, blanc.hes VS noir.es, etc.) mais aussi entre les opprimé.es (hommes pauvres VS femmes riches, femmes blanches VS femmes noires, etc.). L’appartenance à l’une ou l’autre de ces catégories implique de se trouver à des « intersections » (Crenshaw, 2015 [1991]), parfois contradictoires, entre plusieurs oppressions systémiques ou non et souvent cumulatives. Ainsi, un homme noir violent fait subir à sa femme noire le cruel choix, si elle porte plainte, d’augmenter les stéréotypes raciaux et, si elle se tait, de continuer à souffrir de la domination masculine ; une femme noire riche se voit reprocher sa richesse et se voit refuser sa souffrance liée au racisme – comme l’illustraient récemment les commentaires subis par Meghan Markle à la suite de son passage chez Oprah Winfrey, etc.

L’intersectionnalité en tant que concept fait en revanche courir le risque de réduire à des singularités chaque situation d’oppression, au même titre que ne le faisait la théorie du point de vue situé : en cherchant à chaque fois le « carrefour spécifique des dominations », on serait tenté d’y trouver une réponse ad hoc qui de facto empêche de voir les systèmes et leurs dépendances dans leur entièreté. Ainsi, l’efficacité de l’intersectionnalité comme outil dans la praxis militante (par exemple pour répondre concrètement à des difficultés du type : comment tenir compte de la place particulière et protéger une femme sans-papier dans une manifestation ?) pourrait ne pas trouver son miroir en tant que concept sociologique généralisant – ce pour quoi du reste l’intersectionnalité n’a pas été conçue.  

Que faire ?

Il me semble que la critique marxiste des questions identitaires, dans son « réductionnisme de classe » (Ajari, 2021), peut confondre « classe » et « rapports de production », alors que la première notion n’est jamais qu’une conséquence de la seconde.

Sans rapport de production « capitaliste », il n’y aurait tout simplement pas une bourgeoisie d’un côté et une classe prolétaire de l’autre (une société non capitaliste n’implique pas, non plus, des rapports de production égalitaire – il n’y avait pas de « bourgeoisie » en tant que telle dans un mode de production comme le servage, et les femmes y étaient tout aussi dominées). Et donc, faire de la classe sociale la mère de toutes les inégalités systémiques supposerait de subordonner les luttes féministes et raciales à ces questions d’appartenance de classe. Ce qui n’a pas de sens sur le terrain : même chez les plus dominé.es des ouvriers, une femme sera toujours plus dominée encore que son mari, comme l’exprime très bien le slogan féministe : « Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ? » Une telle subordination implique de facto un morcellement des luttes – comme le craignent par ailleurs les communistes.

Si, au contraire, l’on considère que classe, genre et race participent tous trois à l’exploitation au sein et à cause d’un certain rapport de production, on peut alors mettre en place des mécanismes de soutien, de partages, de collaborations dans les luttes, sans « parler à la place de », et en tenant compte des intersections particulières dans lesquelles se trouvent les personnes concernées.

Que le mode de production capitaliste ait trouvé dans le racisme et dans la domination masculine (qui le précède) des possibilités d’expression de sa propre nécessité relève sans doute de la contingence. Il aurait très bien pu s’accommoder d’autres discriminations qu’il aurait transformées en exploitation, mais le fait concret, matériel, est là – pour des raisons d’opportunités historiques sans doute : les dominations raciale et patriarcale le renforcent. Pour reprendre les termes de Félix Boggio Ewanjé-Épée : « Ce qui est né de façon contingente va non seulement devenir structurel mais ne peut que se renforcer si on laisse faire le marché libre […] » (à lire dans l’ouvrage de Lordon, 2021). Et qu’est-ce que le « marché libre » sinon, précisément, le rapport de production énoncé plus haut ?

D’ailleurs, il semble que l’impérialisme soit le quatrième rapport d’exploitation systémique régulièrement oublié par la fameuse triade « classe, genre, race ». Lénine (1916) a très bien montré comment les guerres étaient conséquentes du mode de production capitaliste et, ce faisant, on voit également très bien l’articulation entre des capitalistes pour qui rien ne se perd : non contents de leur seule prédation en Afrique, ils exploitent la misère ainsi créée dans les mines puis par les effets conjoints du racisme et de l’immigration s’emploient à achever leur œuvre de destruction (et ce n’est qu’un parmi de multiples exemples).

Bien, mais qu’est-ce que cela signifie ? Que si, par magie ou par révolution (!), les rapports de production venaient subitement à changer, nous assisterions à l’avènement d’une société sans classes, sans sexisme et sans racisme – voire sans guerres ?

Certes non.  

D’abord, comme dit précédemment, il n’est pas dit qu’une société hors capitalisme ne reproduirait pas d’autres formes d’inégalités systémiques basées sur les rapports de production, comme dans une société esclavagiste par exemple. Il n’est donc pas dit que cette société serait sans classe. Et il en va de même pour le genre et la race. Mais si les rapports de production devenaient effectivement égalitaires, alors les conséquences sur la classe, le genre et la race changeraient eux aussi de nature. Loin de penser que ces catégories dominées disparaitraient sans laisser de trace, il apparaît qu’elles « glisseraient » vers la catégorie des discriminations non systémiques et que l’évolution des mentalités, grâce à la sensibilisation, l’éducation, etc. pourrait, à mesure, les éliminer.

En ce qui me concerne, je présente ci-dessous les positions que je tiens aujourd’hui. Ces positions sont indissociables de ma place dominante au sein des rapports de production (si je ne suis pas propriétaire de mes moyens de production, je suis en tout cas un homme blanc) et de ma domination vis-à-vis des discriminations non systémiques : je suis titulaire d’un doctorat, je suis hétérosexuel, je dispose d’un réseau social conséquent, j’ai un salaire confortable, j’ai une famille aimante, je ne souffre pas de troubles mentaux ni de handicaps physiques, etc. J’ai d’ailleurs peu de responsabilité personnelle dans un « confort de vie » que je dois essentiellement au hasard de ma naissance.

En revanche, je nourris l’intention (et on a vu plus haut que l’intention seule est bien peu…) (1) d’œuvrer activement à la réduction de mes propres privilèges en ce qui concerne les différents « marchés des discriminations non systémiques » et (2) de lutter activement contre les rapports de production capitalistes qui produisent inévitablement une société honteusement inégalitaire.

Ainsi donc :

1) Je m’oppose fermement à une radicalité de gauche qui minimise les oppressions raciale et patriarcale, en ce que ces dernières, par leur caractère systémique, alimentent directement l’exploitation dans les rapports de production.

2) Tout en reconnaissant leur nature différente, je m’associe aux luttes contre toutes les formes de discriminations non systémiques qui produisent quotidiennement une terrible souffrance. Á ma mesure, en tant que président d’un master en éducation aux médias, je suis régulièrement amené à travailler sur ces questions. Par exemple, comment lutter contre les discriminations liées à l’usage des réseaux sociaux, comme le revenge porn ou le cyberharcèlement ? Comment adresser la médiatisation du rapport au corps ? Etc.

3) Je dénonce les organisations ou personnes financées et instrumentalisées par le capitalisme. Quand je vois que Soros finance le féminisme, je ne peux m’empêcher de penser qu’il instrumentalise une cause qui lui serait éminemment dommageable si son caractère systémique, articulé donc aux rapports de production, était reconnu.

4) « Le » féminisme n’existe pas. Il y a autant de féminismes que de perspectives « de gauche ». Rien n’est plus éloigné, par exemple, du féminisme matérialiste de Monique Wittig ou Colette Guillaumin que l’idée, disons, d’un « féminin sacré », non-scientifique, – de la même façon qu’il n’y a pas grand-chose de commun entre mon blog du radis et le réformisme des partis « dits » socialistes. Il faudrait donc que la gauche radicale, révolutionnaire, cesse de moquer des théories et des luttes que vraisemblablement elle ne connaît pas et qu’elle se mette à lire (et je parle pour moi également) Donna Haraway, Sandra Harding, Gail Pheterson, Jules Falquet, Silvia Federici, etc.

5) Je pense que les conditions sociales des individus déterminent leur être social. Je défends donc un matérialisme de construction sociale qui refuse d’enfermer les personnes dans une « essence » qui ne trouve aucune confirmation scientifique. Je défends l’opportunité des groupes opprimés à se rassembler entre eux, je pense que nous devons même les y aider, et je défends l’idée que les expert.es concerné.es par des oppressions seront toujours plus convaincant.es que des expert.es tout court. Enfin, j’appelle à ce que les groupes opprimés puissent s’accorder sur l’édification, ensemble, d’une société dont les rapports de production soient égalitaires.

6) Avec Lénine (1902, p.92), je pense fondamental de travailler sur le plan théorique et de s’organiser sur le plan pratique : l’assaut « est l’attaque d’une troupe permanente et non l’explosion spontanée d’une foule. Précisément parce que la foule peut broyer et refouler la troupe permanente, il faut absolument que notre travail d’“organisation” rigoureusement systématique dans la troupe permanente “marche aussi vite” que l’élan spontané […] ». Ainsi, il nous faut prévoir « des moments de luttes collectives, de luttes de masse » et « réclamer la concentration de tous les efforts en vue de rassembler, d’organiser et de mobiliser une troupe permanente » (Lénine, 1902, p.92). C’est ce dernier point qui ressemble le plus à une « convergence des luttes » ;

7) Enfin, je pense que nous ne pouvons être complaisant.es entre nous mais que nous n’avons pas non plus la marge de nous nuire mutuellement, et certainement pas en public. Notre exigence ne peut être sélective et ne concerner que les adversaires politiques. En miroir, nous devons rester conscient.es de ce que nous sommes toujours déjà dans des processus d’apprentissage, qu’il nous faut accompagner les jeunes militant.es, les guider et non les juger. Nous sommes chacun.e disciple d’un.e autre.


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Références

Ajari, N. (2021). Impasses du réductionnisme de classe. Sur un texte de Beaud et Noiriel. Blogs de Mediapart. https://blogs.mediapart.fr/norman-ajari/blog/040121/impasses-du-reductionnisme-de-classe-sur-un-texte-de-beaud-et-noiriel

Althusser, L. (1970). Idéologie et appareils idéologiques d’État. (Notes pour une recherche). In Positions (pp. 67–125). Les Éditions sociales.

Beaud, S., & Noiriel, G. (2021). Impasses des politiques identitaires. Le Monde Diplomatique, 3. https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/BEAUD/62661

Cespedes, V., & Chaigneau, L. (2021). POSTMODERNISME & INTERSECTIONNALITÉ = Anticommunisme de gauche. https://www.youtube.com/watch?v=8bdc1eaC0ZI&ab_channel=LoïcChaigneau-IHT

Crenshaw, K. (2015). On Intersectionality: The Essential Writings of Kimberle Crenshaw. New Press.

Dupont, B. (2021). D’où c’est toujours les mêmes qui décident? D’où. https://doulapage.com/2021/03/27/dou-cest-toujours-les-memes-qui-decident/

Durkheim, E. (1919). Les règles de la méthode sociologique.

Fonters, A. (2021). “ELLE” S’ENGAGE POUR L’ËCOFËMINISME. Elle. https://articles.cafeyn.co/5d873e/elle/2021-05-28/elle-sengage-pour-lecofeminisme

Geertz, C. (2012). Savoir local, savoir global: les lieux du savoir. Presses universitaires de France.

Gérardin-Laverge, M. (2021). Quand les luttes féministes s’emparent du langage. Fracas. https://open.spotify.com/episode/2uD1NGcIE6JnEX1zuqABR9?si=8f8VRS6CSGadbuFDLX11Tg&utm_source=whatsapp&nd=1

Haraway, D. (2007). Le manifeste cyborg et autres essais. Exils Editeur.

Horkheimer, M. (1974). Théorie traditionnelle et théorie critique. Gallimard.

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Marx, K., & Engels, F. (1845). L’idéologie allemande.

Pestieau, D. (2018). Marx, luttes de classes et antiracisme. Lava. https://lavamedia.be/fr/marx-luttes-de-classes-et-antiracisme/#easy-footnote-5-9360

Pinto, L. (2021). SOCIOLOGIE – La démarche sociologique ». In Universalis. https://www.universalis.fr/encyclopedie/sociologie-la-demarche-sociologique/

Retta, M. (2021). The Astrological Is Political. The Nation. https://www.thenation.com/article/culture/alice-sparkly-kat-interview/

Rousseau, J.-J. (1754). Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes. Les échos du maquis. https://philosophie.cegeptr.qc.ca/wp-content/documents/Discours-sur-linégalité-1754.pdf

Wathelet, E., & Dupont, B. (2020). Approches des terrains sociaux et culturels.

Zappi, S., Darame, M., Faye, O., & Le Nevé, S. (2021). « Islamo-gauchisme » : Frédérique Vidal suscite un tollé dans le monde universitaire et un malaise au sein de la majorité. Le Monde2. https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/18/polemique-sur-l-islamo-gauchisme-la-ministre-de-l-enseignement-superieur-recadree-par-l-executif-et-les-chercheurs_6070388_823448.html

Zédong, M. (1964). Le petit livre rouge : Citations du Président Mao Zédong.


[1] À ne pas confondre avec les « identitaires » au sens de « nationalistes », qu’on associe plutôt aux mouvements d’extrême-droite.

[2] Les femmes trans ne « s’inventent pas femmes » ; leur expérience de femme est au contraire si « encorporée » que la tension entre leur genre assigné à la naissance et le genre dont elles ont l’expérience est intenable.

[3] Je ne voudrais toutefois pas faire un « sophisme de l’épouvantail ». Haraway n’est pas aussi explicite que ce que je ne le laisse ici entendre quant au caractère non systémique de sa perspective, mais on peut malgré tout lire un tel tropisme dans ses positions épistémologiques (elle oppose par exemple « théorie maître » et « récits en réseau »).

[4] Notons que, pour les marxistes, ce rapport de causalité touchera nécessairement aux rapports de production.

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Analyses, Réactions

En débat sur RTL, quelles sont mes sources?

J’étais en débat sur RTL avec Samuel Cogolati (Ecolo – Belgique), Philippe Hensmans (Amnesty International Belgique) et Nabil Boukili (PTB), je partage ci-dessous les sources des informations que j’ai avancées sur le plateau. Je le dis : « Il faut se réapproprier les outils de l’esprit critique ».

Voir la vidéo originale ici : https://fb.watch/53AmTFdQ34/ à partir de 1h33

🔥🔥 MERCI pour vos très nombreux témoignages de soutien suite à ce débat. 🔥🔥 Vous remarquerez que, pour éviter la délicate situation de « parole contre parole », toutes les sources qui suivent appartiennent au « camp occidental ». On ne m’accusera donc pas de « propagande pro-chinoise ».

1) 3’20 ; « plus de 250 attaques terroristes au Xinjiang »
Source : Global Terrorism Database https://www.start.umd.edu/gtd/search/Results.aspx?search… Rectificatif : il s’agit du nombre d’attaques en Chine et pas seulement au Xinjiang, même si la majorité de ces attaques ont bien eu lieu dans cette région.

2) 3’33 ; « ce sont les USA qui bombardaient des camps d’entraînement ouïghours à la frontière sino-afghane »
Source : NBC https://www.nbcnews.com/news/amp/ncna845876…

3) 3’33 ; « avant que les USA ne décident de probablement soutenir [les Ouïghours] »
Source : Lawrence Wilkerson (ex-chef d’équipe de Colin Powell), Ron Paul Institute http://www.ronpaulinstitute.org/…/what-is-the…/… (à partir de 20’58)

4) 4’04 ; « 20000 jihadistes ouïghours radicalisés en Syrie »
Source : Lawrence Wilkerson, Ron Paul institute (même lien que pour le point 3)

5) 5’16 ; « le chiffre de 1 million de Ouïghours dans les camps vient de Adrian Zenz »
Source : Rapport de Zenz lui-même https://www.academia.edu/…/NEW_Sept_2018_Thoroughly…

6) 5’32 ; « Zenz est un fondamentaliste chrétien d’extrême-droite »
Source : The Wall Street Journal https://www.wsj.com/…/the-german-data-diver-who-exposed…

7) 5’40 ; « un article du Standaard discrédite Zenz »
Source : De Standaard https://www.standaard.be/cnt/dmf20210210_98292303

8 ) 5’45 ; « esclavage dans les champs de coton, cette assertion provient également de Zenz »
Source : Rapport de Zenz lui-même https://victimsofcommunism.org/…/coercive-labor-in…/

9) 6’18 ; M. Cogolati affirme que « l’ONU dit qu’il y a un million de Ouïghours dans les camps »
Faux. Il ne s’agit pas d’une position officielle de l’ONU mais seulement celle d’une membre d’une commission, Gay McDougall, sur base de rapports non cités (c’est-à-dire ceux de Zenz), comme en témoigne le PV de cette réunion. Source : ONU https://www.ohchr.org/…/NewsE…/Pages/DisplayNews.aspx… Dire que « l’ONU a dit que… » est aussi stupide que dire « la justice a innocenté machin » juste parce que l’avocat de la défense a plaidé l’acquittement !

10) 7’21 ; M. Cogolati affirme que je « tente de décrédibiliser toutes les victimes de violences sexuelles et de torture »
Odieusement faux. Je renvoie prioritairement à mon article traitant de l’affirmation par Gulbahar Haïtiwaji selon laquelle elle et ses codétenues auraient été stérilisées. Je vous laisse juger par vous-même de ma façon d’en parler. Source https://leblogduradis.com/…/jai-lu-rescapee-du-goulag…/ Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de m’exprimer depuis longtemps et publiquement : Sur le sexisme de Bégaudeau : https://leblogduradis.com/…/francois-begaudeau…/ Sur Julian Assange (et on m’en veut terriblement pour ça d’ailleurs…) : https://leblogduradis.com/…/julian-assange-oui-mais-non/ Sur l’écriture inclusive : https://leblogduradis.com/…/tu-vas-arreter-avec-ton…/ …sans compter mes nombreux posts FB sur ces questions.

11) 7’07 ; M. Cogolati affirme que ses sources sont « attestées par Amnesty ».
Vrai. Quant à ce qu’il faut penser de la rigueur d’Amnesty sur ces questions, je renvoie à mes articles détaillés, dont la synthèse se trouve ici : https://leblogduradis.com/…/les-mensonges-damnesty…/

12) 15’13 ; J’ai mis en évidence une « typologie des mensonges d’Amnesty sur la Chine ».
Source : l’ensemble de mon dossier « Il est évident que la Chine », à retrouver sur mon blog https://leblogduradis.com/

13) 15’26 : « Amnesty dit que l’Islam est opprimé en Chine »
Source : Rapport d’Amnesty sur la Chine (2019) https://web.archive.org/…/asia-and…/china/report-china/

14) 15’29 : « L’ethnie chinoise, Hui, n’a pas de problème avec la pratique de sa religion »
Sources : elles sont nombreuses dans l’article Wikipédia les concernant (un article par ailleurs critique envers la Chine) https://en.wikipedia.org/wiki/Hui_people#Current_situation

15) 16’16 : M. Hensmans me discrédite quand je dis qu’Amnesty a basé son rapport sur le témoignage de huit Ouïghours.
Voici pourtant la preuve de ce que je dis, source : Rapport d’Amnesty International (voir le « disclaimer », p.5) https://www.amnesty.org/…/Docu…/ASA1791132018ENGLISH.PDF J’analyse par ailleurs ce texte dans mon article ici : https://leblogduradis.com/…/il-est-evident-que-la-chine-4/ Quant au fait qu’Amnesty ait récolté « des centaines de témoignages », je n’en doute pas, mais si elle ne les présente pas, il est difficile de les analyser !

16) 17’26 : Je dis qu’il y a « plein de problèmes en Chine ».
Source : mon premier article d’analyse du livre « Rescapée du goulag chinois » https://leblogduradis.com/…/jai-lu-rescapee-du-goulag…/ Il n’a jamais été question pour moi de nier les problèmes de droits humains en Chine (ou ailleurs !)

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