Analyses

Il est évident que la Chine. (5)

Je n’avais plus sorti un épisode en bonne et due forme depuis un petit temps mais, cette fois, il s’agit bien du dernier article qui analyse les affirmations d’Amnesty International quant à la situation des droits de l’homme en Chine. La série va donc se conclure la prochaine fois avec une synthèse et une prise de distance critique. Ce ne sera pas de trop car, depuis l’épisode 4, les attaques contre la Chine n’ont cessé de se multiplier tandis que les quelques rares voix invitant, ici en Belgique ou en France, à faire preuve de prudence quant aux infos sur la Chine, se voyaient traitées de complotistes, de soutiens aux dictatures.

Sur les Ouïghours, on a par exemple appris que la Chine pratiquait des stérilisations forcées sur les femmes, volait puis revendait des organes, que le ramadan était interdit, que des mosquées et des tombes étaient détruites. On a aussi appris que TikTok espionne les mineurs d’âge, que la Chine cyberespionne une entreprise belge, que le coronavirus est une arme biologique employée par le parti communiste, que la Chine « interdit la réincarnation » et les films sur les voyages dans le temps (voir l’émission du 11/08 sur La Première RTBF), que la Chine désinforme sur le coronavirus, que la Chine s’ingérerait dans l’élection présidentielle aux USA, que la Chine « impose sa propagande sur les réseaux sociaux », que la répression fait rage à Hong-Kong, qu’on y empêche les Catholiques de prier, que la Chine prend « possession du consulat des USA à Chengdu » (et tant pis si l’info est incroyablement trompeuse, je vous en laisse juge avec la capture d’écran  du Monde du 27/07 ci-dessous lisez le titre…puis le chapeau !).

…on reproche même à la politique de sauvegarde du panda (qui a fonctionné !) de ne pas avoir favorisé d’autres carnivores (comme si je reprochais à mon lave-vaisselle de ne pas avoir eu d’influence positive sur ma machine à laver !)

Tout ça ne semble pourtant pas freiner la Chine qui, entre-temps, a vu Huaweï devenir leader mondial tandis qu’une sonde était lancée vers Mars…

Il y a, parmi toutes les informations contre la Chine, une série qui ont déjà été débunkées. La plupart des fake news parmi ces infos au minimum orientées sont tellement absurdes qu’une recherche rapide permet de se convaincre de leur fausseté…mais mentez, il en restera toujours quelque chose. Dans la plupart des cas par contre, comme elles reposent uniquement sur des témoignages, il est tout simplement impossible d’enquêter au-delà de la confiance que l’on peut accorder à l’un et l’autre des témoins. Pour ma part, je ne ferai pas ce boulot-là, je ne tiens pas à refaire un autre dossier de cinquante pages. Mais je suis sûr que vous aurez acquis les bons réflexes de critique des sources et que vous procéderez aux vérifications requises.

L’immense majorité des allégations proviennent des USA. Toute ressemblance avec une guerre froide est évidemment loin d’être fortuite, comme nous l’avons vu dans les articles précédents et comme nous le verrons encore aujourd’hui.

J’ai eu l’occasion, depuis le dernier épisode, de répondre malgré tout à certaines des accusations contre la Chine, notamment en publiant un article de déconstruction du documentaire produit par Arte « Tous surveillés, 7 milliards de suspects », que vous pouvez lire ici. J’ai également publié une réponse au community manager d’Amnesty qui avait été contacté par une de mes lectrices au sujet de mes articles.

Reprenons maintenant le temps de l’analyse en détails. Nous en étions à l’affirmation suivante :

Demande de la Haute Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies pour un accès total au territoire afin d’enquêter sur le Xinjiang (source)

La source est une déclaration conjointe de 20 organisations. Si elle n’apporte aucune information supplémentaire quant à ce qui est reproché à la Chine, elle nous intéresse surtout pour ses signataires, comme nous le verrons plus bas.

Après avoir balayé d’un revers de main, encore une fois, le problème que représente le terrorisme islamiste dans le Xinjiang, le contenu de la déclaration affirme que « l’objectif apparent » de la « répression radicale » dans cette région est « d’éradiquer l’identité distincte des musulmans et de garantir leur loyauté envers le gouvernement et le Parti communiste chinois ».

Je dresse la liste exhaustive, ci-dessous, de toutes les organisations signataires de ce courrier. Leur analyse, comme vous allez le voir, est éclairante.

  • Amnesty International – ONG qui est le sujet de ces articles, notamment financée par le département d’État des USA, comme démontré dans un article précédent et en dépit de ce qu’elle aime affirmer à l’entame de tous ses dossiers.
  • Chinese Human Rights Defenders – ONG basée à Washington (USA), à la source de l’information non sourcée des « un million de Ouïghours enfermés ».
  • Christian Solidarity Worldwide – ONG notamment basée à Washington (USA), Londres, Bruxelles. Organisation opaque quant à ses financements (on trouve au moins des financements du gouvernement britannique). 
  • Citizen Power Initiatives for China – ONG basée à Washington (USA), anciennement appelée « initiatives for China » et dont les liens avec le département d’État des USA sont explicites ; notamment financée par la NED.
  • Freedom House­ – ONG basée à Washington (USA), financée par le gouvernement des USA, notamment par la NED, mais aussi par USAID et la fondation Soros (Bensaada, 2015).  
  • Human Rights in China – ONG basée à New-York (USA), financée par la NED, la fondation Soros, etc. L’article Wikipedia fournit les sources.
  • Human Rights Watch – ONG basée à New-York (USA), financée entre autres par la fondation Soros ; le département d’État des USA n’est jamais loin non plus, comme le souligne Bensaada (2015).
  • Humanitarian China –  ONG fondée à San Francisco (USA). Vous pouvez vous amuser à retracer ses financements à partir de sa page « sponsors », en passant outre l’opacité des liens morts, des acronymes ne renvoyant à rien, d’une ONG qui se finance elle-même, etc.
  • International Campaign for Tibet – ONG basée à Washington (USA), financée notamment par la fondation Richard Gere et par la NED.
  • International Federation for Human Rights – FIDH  – ONG basée à Paris (France) qui se distingue par son absence totale de transparence quant à ses financements qui incluent des donations de gouvernements, de fondations, d’entreprises privées, etc.  
  • International Service for Human Rights – ONG basée à New-York (USA) financée par énormément de gouvernements du « camp occidental », ainsi que d’autres ONG déjà massivement évoquées ci-dessus, comme la fondation Soros (Open Society Foundations).
  • International Tibet Network – Ce réseau est une fédération de 180 organisations, basée à San Francisco (USA), largement financée par la NED
  • PEN America – ONG basée à New-York (USA) « célébrant la liberté d’expression ». Vous pouvez jeter un œil à la structure de ses financements ici.
  • The Rights Practice – ONG basée à Londres (UK) et financée par la NED, la fondation de Soros, le département d’État des USA et une multitude de gouvernements du « camp occidental ».
  • Safeguard Defenders – ONG « enfant » de China Action, fondée par le Suédois Peter Dahlin et l’États-Unien Michael Caster. Comme souvent pour les organisations européennes (celle-ci étant enregistrée en Espagne), la structure de financements est opaque.
  • Unrepresented Nations and Peoples Organization – ONG basée à Bruxelles, mais notamment financée par les USA. Une enquête plus approfondie serait nécessaire pour comprendre comment elle sert les intérêts des groupes séparatistes. Par exemple, l’East Turkestan (région chinoise) est représenté à l’UNPO par le World Uyghur Congress dont j’ai déjà eu l’occasion de parler et qui est ouvertement séparatiste. L’UNPO est par ailleurs exclusivement financée par ses membres, ce qui veut dire que, dans le cas de cas des Ouïghours, c’est entre autres à nouveau la NED (USA) qui finance l’UNPO. Une recherche similaire pourrait être faite quant à chacun de ses membres et donnerait probablement des résultats similaires.
  • The Uyghur American Association – ONG basée à Washington, notamment financée, encore une fois, par la NED (voir la page 27 de ce document). Elle est également membre du World Uyghur Congress, lui-même membre de l’UNPO citée plus haut. L’enchevêtrement de toutes ces ONG montre l’étendue du réseau d’influence des USA en Chine.
  • Uyghur Entrepreneurs Network – Fédération d’entrepreneurs basée en Virginie (USA). Selon leurs propres mots, ils travaillent en collaboration avec le Uyghur Human Rights Project (voir ci-dessous) et la Uyghur American Association, dont nous avons déjà dit qu’elle était financée par la NED.
  • Uyghur Human Rights Project – est une organisation états-unienne, « enfant » de la Uyghur American Association. Comme les associations précitées, elle est également financée par la NED.
  • World Uyghur Congress­ – Directement liée aux organisations précédentes, l’ONG World Uyghur Congress est une organisation encore une fois abondamment financée par la NED, à hauteur de 27 millions de $.

Que pouvons-nous en comprendre ?

Sur les 20 associations, 19 peuvent être directement liées aux États-Unis. Seule la FIDH, basée à Paris, ne peut l’être – non parce qu’elle ne recevrait pas de financements états-uniens mais parce qu’on ne peut en apporter la preuve vu son opacité en matière de financements.

Au moins 11 d’entre elles sont financées par la NED (National Endowment for Democracy), qualifiée d’organisme-écran de la CIA par son ancien président Allen Weinstein. Dans une interview de 1991, celui-ci déclarait en effet : « Une grande partie de ce que nous faisons aujourd’hui était réalisé secrètement il y a 25 ans par la CIA. La plus grande différence est que lorsque de telles activités sont menées ouvertement, l’agitation potentielle est proche de zéro. L’ouverture est sa propre protection. »

Pour rappel, la CIA est l’agence de renseignements des USA, impliquée dans toutes les opérations en territoires étrangers. C’est elle qui fomente les coups d’État, renverse les gouvernements et, pour le dire clairement, assure aux USA de conserver leur hégémonie. Suite à cette enquête, je me permets le raccourci suivant : la CIA se trouve au moins en partie derrière les attaques ciblées contre la Chine. 

Je ne dis pas que tout ce que disent ces organisations est faux, mais qu’elles jouent dans un jeu géopolitique qui n’est pas celui de la défense des droits humains mais bien celui d’une guerre froide sino-US. L’analyse des ONG qui cosignent ici cette déclaration conjointe sur le Xinjiang à la Commission sur les droits humains des nations unies permet de prendre la mesure de la forme concrète que prend l’ingérence états-unienne.

Le fait important n’est pas tant qu’il y ait des ONG US qui dénoncent les exactions en Chine mais qu’elles sont presque exclusivement US et rendent compte des seuls points de vue et intérêts occidentaux. Comme exprimé dans de précédents articles, il est patent de constater l’absence totale de signataires venant de pays musulmans – alors qu’on parle ici des droits de ces derniers en Chine !

D’ailleurs, que penseriez-vous si la Chine était à la source de tous les financements séparatistes et critiques aux USA ? Si la Chine arrosait de yuans les organisations des communautés autochtones, les associations latinos ou afro-américaines ? Comment le comprendriez-vous ?

Le manque d’information et la discrimination pousse les personnes transgenres à se tourner vers des traitements non encadrés et dangereux (source)

Comme dans de très nombreux pays sur la planète, il y a certainement beaucoup à faire pour l’écoute, la prise en charge et le suivi des personnes transgenres en Chine. Mais que dit Amnesty exactement ? Quelle serait la responsabilité de l’État chinois ? À quel point les discriminations sont-elles institutionnalisées ?

Lorsqu’on lit le dossier d’Amnesty, on apprend qu’il y a « trois obstacles principaux » pour « accéder aux soins » : 1) Un manque d’information ; 2) des conditions strictes pour accéder au traitement ; 3) de la stigmatisation et de la discrimination, en particulier des membres de la famille. À noter que les résultats auxquels arrive Amnesty se basent sur des recherches quantitatives existantes (notamment provenant de l’université de Pékin, just saying) et sur 15 témoignages (on n’est pas fan-fan des questions de représentativité et de saturation des données chez Amnesty !).

Affirmer qu’il y a une intention malveillante derrière le manque d’information semble difficile, bien qu’il faille évidemment encourager la Chine à s’améliorer. De la même façon, le caractère conservateur de la société chinoise (s’il est avéré – souvenons-nous du plébiscite populaire vis-à-vis du mariage pour tous) peut difficilement être seulement imputable au gouvernement.

Qu’en est-il maintenant des conditions d’accès aux soins ? Notons d’abord que, pour un pays qui pèche à informer, stigmatiserait et discriminerait, il existe tout de même des lignes de conduite officielles sous forme de « normes de gestion des procédures de réaffectation sexuelle », à destination des services de soins de santé. Quels sont donc les critères pour accéder aux traitements, notamment chirurgicaux ?

  1. Il faut d’abord avoir été diagnostiqué de « transsexualisme », encore classé comme maladie mentale dans la 3ème édition du CMD (Chinese classification of Mental Disorders). À savoir que l’OMS a retiré le transsexualisme des maladies mentales seulement en 2019, année de référence pour notre analyse d’Amnesty.
  2. La personne ne peut être mariée.
  3. Il faut avoir atteint l’âge de 20 ans – ce qui ne semble pas choquant vu l’importance de la décision à prendre.
  4. Il faut être dans état de santé permettant l’intervention chirurgicale.
  5. Le casier judiciaire doit être vierge (pour éviter que des criminels se soustraient à la justice grâce à un changement d’identité ?)
  6. Il faut avoir signifié sa volonté de subir une intervention depuis au moins cinq ans – pour faire la preuve d’une décision mature.
  7. Il faut le consentement de la famille, indépendamment de l’âge.
  8. La psychiatrie et la psychologie, pendant une période minimale d’un an, n’auront pu suffire.

Je suis loin d’être un spécialiste de la question mais je me demande toutefois lesquels de ces critères poseraient véritablement un problème en matière de droits de l’homme.

Le point 7 mériterait sans doute d’être débattu. Pourtant, le rôle de la famille est éminemment important quant à la transidentité, quelle que soit l’origine de la personne transgenre, notamment lorsque qu’une opération se révèle être finalement une solution insatisfaisante (avec parfois une volonté de détransitionner). Les cas sont complexes, souvent singuliers – voir par exemple le compte Instagram @post-trans. Enfin, ce point est à contextualiser dans une société où le collectif prime sur l’individu, ce qui peut nous déplaire « culturellement », mais ne saurait être vu comme une atteinte aux droits de l’homme.   

Ainsi, il me semble parfaitement malhonnête de sous-entendre que l’État chinois « pousserait » les personnes transgenres à adopter des traitements dangereux. Amnesty, d’une certaine façon, instrumentalise politiquement une problématique sociale complexe, douloureuse, certainement pas triviale mais dont il appartient à la société civile chinoise, dans le cadre des débats existants et à venir, de faire évoluer le cadre légal.

Chen Jianfang, une femme œuvrant en faveur des droits civils et politiques, a été officiellement arrêtée en juin pour « incitation à la subversion de l’État » (source)

Chen Jianfang a semble-t-il été arrêtée suite à la publication en ligne, le 14 mars 2019, d’un article commémorant la mort par pneumonie de son amie militante Cao Shunli cinq ans plus tôt – suite à plusieurs mois de détention (sans que le rapport de cause à effet ne soit avéré). Je n’ai pas trouvé copie de ladite lettre, ce qui rend difficile toute investigation ultérieure sur ce cas précis.

Toutefois, les revendications de Chen Jianfang méritent qu’on s’y arrête un instant. Selon Amnesty, sa carrière militante a commencé en 2000, à la suite de la « confiscation de terres arables de son village à des fins de réaménagement ». Un article passionnant de He Bochuan, à remettre dans son contexte de 2007, revient sur les crises agraires en Chine. En 1932, la réforme agraire avait fait la renommée du parti communiste chinois, mais la réquisition des terres à des fins de profit immobilier depuis plusieurs décennies maintenant (jusque 2008 en tout cas) a clairement été à l’encontre du projet socialiste. Ce sujet a mis particulièrement mal à l’aise les autorités chinoises, conscientes du problème énorme que représentait la diminution des terres arables tout en ayant peu de pouvoir sur les autorités locales qui bénéficiaient directement des transactions. Des audits menés entre 2009 et 2010 ont montré le caractère illégal (voir la loi ici et surtout ici) de nombreuses réquisitions. 

Notons qu’en février 2019 justement, soit quelques jours avant l’arrestation de Chen Jianfang (qui entre-temps avait « étendu » son répertoire de revendications, il ne faut pas y voir de lien), les autorités chinoises ont communiqué une « ligne rouge » quant au minimum de terres cultivables en-dessous desquelles la Chine ne pouvait se permettre de descendre sous peine d’être dans l’incapacité de nourrir sa population. Un article de CGTN (proche du gouvernement) revient sur cette politique ainsi que sur des éléments historiques déjà évoqués dans l’article de Bochuan ci-dessus.

Arrestation des journalistes Wei Zhili, Ke Changbing et Yang Zhengjun (source)

La source évoque seulement les deux premiers journalistes, Wei Zhili et Ke Changbing, lesquels étaient rédacteurs de « Nouvelle Génération », une plateforme d’information sur le droit du travail, spécifiquement à destination des travailleurs migrants.

Je n’ai pas réussi à recouper l’information via des canaux officiels. Rien sur China Daily ou sur CGTN. Comme pour d’autres informations défavorables à la Chine, le South China Morning Post s’en fait l’écho. Cet article, coécrit par un journaliste américain, Keegan Elmer, et une journaliste chinoise, Guo Rui, donne une série d’informations très intéressantes quant aux associations et acteurs de terrain donnant des armes aux travailleurs pour faire valoir leurs droits.

Il semble que la Chine pratique ici une politique de censure et de répression d’autant plus honteuse que le propos même d’une société supposément dirigée par et au service du peuple (tel que le déclare sa constitution) est censée lui donner le pouvoir ! Comme le rappelle les magnifiques films de Jean-Michel Carré (qui donnent la parole exclusivement à des Chinois – dont beaucoup sont critiques), il y a là un véritable défi pour les autorités chinoises qui font ici la démonstration d’une grande incohérence entre leur objectif politique et les actions posées.

Toutefois, des événements récents sont ici à prendre en considération concernant les droits et la protection des travailleurs. Par exemple, le CLEISS (Centre des Liaisons Européennes et Internationales de Sécurité Sociale –  organe public et officiel français) rapporte les éléments suivants pour 2020 en ce qui concerne la Chine :

  • Tous les hôpitaux devront devenir des structures à buts non lucratifs (une consultation d’un généraliste est au minimum 20 fois moins chère dans le public que le privé – 15 CNY contre minimum 300 CNY)
  • La New old-age insurance (système de pensions) visera l’ensemble de la communauté rurale – la communauté urbaine bénéficiant déjà d’un système semblable
  • Une couverture santé universelle couvrira l’ensemble de la population

Trois employés d’une ONG, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong, détenus au secret pour subversion (source)

Pourquoi des employés d’une ONG non politique (s’occupant essentiellement de discriminations envers les personnes atteintes du VIH ou de l’hépatite B) sont-ils arrêtés ?

L’affaire ne fait aucun sens a priori mais bien plus quand on creuse un peu. Il semblerait en fait que la Chine ait craint – et comment ici la blâmer, au vu de l’implication des ONG US vue ci-dessus ? – que leur ONG, Changsha Funeng, ne serve d’énième cheval de Troie pour une ingérence extérieure. En effet, selon The Guardian, s’appuyant sur les propos de Yang Zhanqing co-fondateur de cette ONG et aujourd’hui résidant aux USA, Cheng Yuan, Liu Yongze et Wu Gejianxiong avaient monté une organisation à Hong-Kong via laquelle ils recevaient des fonds étrangers.

Encore une fois : être financé par les ennemis de votre gouvernement n’est pas de nature à lui inspirer les meilleurs sentiments à votre égard – quel que soit d’ailleurs le pays concerné. Il ne faut en effet pas oublier qu’en situation de guerre (même froide, c’est-à-dire évitant les affrontements directs), la politique en est nécessairement modifiée. Par exemple, impliqué dans un conflit, un pays ne pourra faire autrement qu’user de la propagande de guerre. Aux innombrables fake news occidentales sur la Chine, cette dernière répond par la censure, une limitation de la liberté d’expression, une attention aigüe aux financements extérieurs. 

L’épouse d’un avocat défenseur des droits humains, Wang Quanzhang, a affirmé avoir eu des difficultés à trouver un logement à cause de pressions des autorités sur les propriétaires (source)

Wang Quanzhang avait été condamné à 4 ans et demi de prison pour subversion de l’État en janvier 2019. Il était accusé de plusieurs éléments qu’il a niés (et, bien entendu, nous sommes dans l’incapacité de refaire le jugement…). Outre des actes de rébellion contre la police, on note – avec un sentiment de déjà-vu – le fait qu’il aurait monté une organisation hors du territoire chinois pour solliciter des financements étrangers.

Il a été libéré en avril 2020, soit après avoir purgé le quart de sa peine, et a été placé en quarantaine étant donné la crise du coronavirus. Cet article de la BBC fait état de craintes quant à une quarantaine qui serait une « excuse » pour le garder encore prisonnier et l’empêcher de retrouver sa famille, évoque de possibles mauvais traitements en prison, etc. Pourtant, un article de La Croix, datant d’à peine quelques jours plus tard, annonce que l’avocat a bel et bien pu retrouver sa famille le 27 avril, soit après les deux semaines de quarantaine. Plus question ici de mauvais traitements, de torture ou qu’il serait « gravement blessé ». L’avantage de telles insinuations, c’est que le cerveau des lecteurs oublie qu’elles ne sont que des suppositions, non pas des affirmations, et qu’il sera encore temps, plus tard, de ne pas avoir à revenir dessus.

Ce qui est sûr, c’est que sa précédente arrestation ne lui a pas ôté sa motivation militante puisque ce 10 juillet 2020, Wang Quanzhang publiait une pétition cherchant à faire annuler (overturn) le verdict de subversion de l’État suivant lequel il avait été condamné… Il a également intenté des poursuites contre les policiers et les fonctionnaires du tribunal qui ont traité son affaire.

Données contradictoires

Terminons, enfin, notre analyse de l’article d’Amnesty International en pointant quelques contradictions qui s’y trouvent.

Par exemple, on y dit que la peine de mort est « très fréquente » mais que les informations qui y sont relatives sont « classées secret d’État ». Sans statistiques officielles (et sans statistiques tout court), comment est-il possible de faire une telle affirmation ? C’est impossible, tout simplement. Ça ne veut pas dire que la peine de mort n’y serait pas pratiquée massivement, ça veut juste dire qu’une fois encore, Amnesty affirme sans preuves, sur base de suppositions. Même Wikipedia reprend les affirmations d’Amnesty…faites au doigt mouillé.

Amnesty avance également le nombre de « 20 nouveaux cas de disparitions forcées », pour lesquels elle a fait une demande d’informations via le Groupe de travail des Nations unies ad hoc. Or comment est-il possible d’affirmer qu’une disparition est « forcée » si la personne n’a pas encore réapparu pour pouvoir le confirmer ? On me dira que j’exagère, qu’il est « évident » que lorsqu’il s’agit de défenseurs des droits de l’homme, les disparitions sont politiques. Ce serait en effet logique mais mon problème est, encore une fois, qu’Amnesty ne s’embarrasse d’aucune forme de précaution, d’aucune forme de conditionnel. Elle affirme sans être sûre, alors qu’elle est si puissante que c’est elle qui informe gouvernements et organes de presse. Et l’enjeu n’est pas  mince étant donné la quantité de fake news sur la Chine dont Amnesty elle-même s’est fait la messagère.

Dans ce 5ème et dernier épisode sur le contenu de l’article d’Amnesty International sur les droits de l’homme en Chine, qu’avons-nous appris ?

1) Sur les 20 ONG co-signataires d’une demande d’enquête dans le Xinjiang, on peut apporter la preuve que 19 sont financées par les USA ; surtout la NED, paravent de la CIA. Amnesty se garde bien d’être explicite à ce propos.

2) Les « preuves » que la Chine institutionnalise la discrimination envers les personnes transgenres ne résistent pas à l’analyse. Amnesty ment lorsqu’elle affirme que les « discrimination et la réprobation sociales » envers les LGBTI sont « généralisées ».

3) La militante Chen Jianfang a été arrêtée ; son cas permet de revenir sur l’histoire difficile des réformes agraires en Chine depuis 1932 et du détournement des idées progressistes communistes initiales.

4) La Chine réprime les acteurs de terrain qui font un travail d’information sur le droit des travailleurs – ce qui contrevient frontalement à l’idéal chinois d’un gouvernement pour et par le peuple ; la couverture sociale sera toutefois en 2020 étendue aux classes rurales.

5) L’arrestation de membres d’une ONG « non politique » s’explique par le fait qu’ils recevaient des fonds de l’étranger, ce qu’Amnesty ne dit pas.

6) Wang Quanzhan a, entre autres, été condamné au motif (que l’intéressé nie) d’avoir sollicité des fonds de l’étranger, ce qu’Amnesty ne dit pas non plus. Il est sorti de prison après avoir purgé un quart de sa peine, sans que les médias ne relèvent de mauvais traitements

7) Plusieurs informations contradictoires illustrent en outre le manque de rigueur d’Amnesty qui n’hésite pas à affirmer ce qu’elle peut tout au plus supposer.

Dans le dernier article de notre série sur la Chine, nous conclurons ce dossier. Ce sera non seulement l’occasion de faire la synthèse de ce que nous aurons appris en soulignant ce qu’il est possible de reprocher à la Chine de façon certaine et en mettant en évidence ce qu’Amnesty affirme sans preuves, ses demi-vérités et ses mensonges. Nous replacerons enfin tous ces éléments dans le contexte d’une géopolitique globale, notamment face aux États-Unis. 

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Analyses, Réactions

Trois questions à Edwy Plenel

Ce lundi 17 décembre 2018, pour la première conférence de son cycle baptisé « Warm up », la section Presse-information de l’IHECS (Institut des hautes études des communications sociales) recevait Edwy Plenel, fondateur et président de Mediapart. L’occasion pour Le blog du radis de mieux cerner Mediapart.

Ancien directeur du journal le Monde, Edwy Plenel peut s’enorgueillir d’un bilan exceptionnel comme journaliste et comme chef d’entreprise. D’un point de vue journalistique d’abord, Mediapart est reconnu pour avoir révélé de grandes affaires : du scandale des caisses d’épargne à l’affaire Karachi, de Cahuzac à l’affaire libyenne. D’un point de vue commercial également, sa réussite est totale car dans un environnement hostile où Internet ne semblait viable que dans la gratuité, Mediapart a fait le choix payant…d’être payant. Et ainsi garantir, a priori, son indépendance.

EmmanuelPlenel

Votre serviteur pose ses questions à Edwy Plenel qui a bon dos!

Mediapart selon Plenel

Prenant directement ses distances avec son passé trotskyste, Plenel introduit sa prise de parole en rappelant qu’il ne décrit pas Mediapart comme un journal de gauche. Il ne s’agit pas tant de critiquer la dualité gauche-droite que d’en extraire le journaliste qui serait au-dessus/à côté de cette dualité. Il définit plutôt son journal comme prenant radicalement au sérieux l’idéal démocratique qu’il comprend comme étant un idéal d’égalité. Que la valeur « d’égalité » soit au cœur même d’une politique dite « de gauche » n’aura échappé à personne, mais ce ne sera ni la première ni la dernière contradiction de Plenel ce jour-là.

L’intérêt essentiel de sa conférence pour les étudiants aura été de remettre l’investigation au centre de la motivation journalistique tout en rappelant que le droit de savoir est un enjeu essentiel en démocratie. Ça ne mange pas de pain mais à une époque où on leur parle surtout de contrats précaires, de polyvalence non spécialisée, de formats courts, etc., je suppose qu’entendre ce discours est crucial pour eux.

Ce qui étonne plus est son corporatisme. Ainsi, ce n’est pas tant qu’il y aurait des journalistes défendant des idées (voire des intérêts) différentes et s’insérant, de ce fait, dans des groupes sociaux distincts qu’un groupe social distinct des autres qui serait celui des journalistes ! Vraiment ? Pourtant, les journalistes ne partagent pas tous les mêmes valeurs et le seul point commun d’être « journaliste », en soi, ne dit pas grand-chose. Sauf que, comme nous le verrons, Plenel (ab)use de ce tenu pour acquis afin de justifier une absence de positionnement clair. Mon propos est qu’entretenir cette confusion lui permet, justement, d’aller dans le sens du vent, voire de pratiquer l’enfumage intensif.

Positionnement politique et éthique de Mediapart

J’ai donc adressé à Edwy Plenel trois questions visant à lui donner la possibilité de clarifier son positionnement politique et éthique.

1) « Vous avez précisé en début de conférence que Mediapart n’était pas un journal de gauche, mais un journal qui défendait la démocratie et donc l’égalité. Or, le capitalisme produit nécessairement des inégalités. Êtes-vous donc un journal anticapitaliste ? »

La réponse de Plenel est un exemple type de la langue de bois. Il commence en disant : « bien sûr que le capitalisme n’est pas spontanément démocratique ». L’adverbe « spontanément » est très important car il suppose qu’en forçant un peu, le capitalisme pourrait bien le devenir. Tout en donnant l’impression d’une critique contre le capitalisme, il affirme ici en fait une position socio-démocrate classique.

Il poursuit en déclarant que le capitalisme n’est qu’une « forme donnée d’économie de marché qui lui précédait. » Il s’agit ici d’un argument par dissociation, comme le soulignait Perelman dans son Empire rhétorique : l’idée est de distinguer économie de marché (qui serait bonne) du capitalisme (qui en serait une version avariée). Il va de soi que je récuse personnellement une telle distinction : dès l’instant où des marchandises s’échangent librement dans un système de propriété privée, la concurrence apparaît inéluctablement et, avec elle, le cortège d’inégalités que nous connaissons. Plenel réaffirme donc, une nouvelle fois, sa pensée socio-démocrate réformiste.

D’ailleurs, cette position se précise lorsqu’il affirme qu’à Mediapart ils critiquent beaucoup le « libéralisme économique, le néolibéralisme, l’ultralibéralisme. […] c’est-à-dire un libéralisme qui a perdu sa moitié […] politique ». Il ajoute que « nous avons des pouvoirs ultra-capitalistes, ultra-autoritaires. » Comprenez bien que le problème, ce sont en fait les préfixes : ultra-, néo-. Sans cela, le capitalisme, ça n’est pas si mal… D’autre part, prôner le libéralisme politique, c’est vanter les mérites de l’individu sur le collectif. Ce qui est un choix tout à fait respectable, mais relève d’un positionnement fort qui, à mon sens, entre clairement en contradiction avec l’idéal d’égalité proclamé plus avant.

Il termine enfin sa réponse par une envolée lyrique contre Trump, Bolsonaro, la Chine, Poutine, etc. en mettant l’ensemble dans un même sac et en rappelant que l’ennemi de tous ces gens était le journaliste – sans distinction. Retour d’un corporatisme aveugle. Fait intéressant, ses derniers mots vont à l’égalité, une nouvelle fois, qui ne doit, je cite, « pas seulement [être] sociale » mais qui doit être une réponse « à toutes les discriminations, de genre, de sexe » dont l’égalité dans la « création ». L’idéal d’égalité via la focalisation sur les discriminations, c’est la gauche Hollande, celle qui permet de passer pour un progressiste sur les questions de société en menant une politique de droite sur le plan économique. D’ailleurs, quelle est cette égalité de créer ? Qu’est-ce donc ça ? Ne dit-on pas liberté de créer plutôt ? Voire même liberté d’entreprendre ?

2) Ma deuxième question à Plenel portait sur les rapports qu’entretient Mediapart avec le pouvoir judiciaire : « Est-il arrivé qu’un magistrat vous donne un filon pour que vous puissiez investiguer et que, grâce à votre enquête, il puisse se saisir de l’affaire ? Ce qui fait craindre un risque d’instrumentalisation du journal. »

Plenel comprend que la question est sensible. D’abord, la réponse fuse, directe, sans ambages : « Non. Ça ne s’est jamais passé. » Dont acte. J’ai des sources qui disent le contraire mais, comme tout ça est invérifiable, partons du principe qu’il ne ment pas. Toutefois, comme il sent que la réponse risque d’être trop courte, il s’embarque ensuite dans un plaidoyer à sa propre gloire, rappelant qu’à Mediapart, ils « follow the money » (sic) et qu’ils ont révélé de nombreux scandales financiers. Ce qui est très noble et tout à fait exact…mais n’a rien à voir avec la question posée. Il plaide ensuite pour un journalisme d’alerte, avec son propre agenda voir ce que les magistrats ne voient pas – tout en reconnaissant qu’il est très facile d’avoir de bonnes relations avec le pouvoir judiciaire pour avoir accès aux dossiers. Lequel, effectivement, se saisit des affaires ensuite, « mais sans avoir eu de filon avant ». Bon.

3) Ma troisième question portait justement sur le lanceur d’alerte, Julian Assange. « Assange est en train de crever à l’ambassade d’Équateur. À quel genre de compromission vous êtes-vous plié pour ne pas avoir à subir le même traitement ? » Il y a une pointe de provocation dans ma question, mais est-ce exagéré quand on sait la relative mansuétude dont il a fait preuve lors de son interview du Président Macron en compagnie de Jean-Jacques Bourdin ? Plenel était resté strictement dans les limites imposées par le genre : un zeste d’irrévérence pour ne pas passer pour un collabo (un petit mot à l’égard de la réception par Macron du Prince d’Arabie saoudite, le mot « répression » lâché quant à Notre-Dame des Landes) mais rien qui puisse remettre structurellement en cause le système économique défendu par Jupiter.

La réponse de Plenel à ma question est en deux temps. D’abord, il rappelle « [qu’] Assange, comme Snowden et Manning resteront trois héros malheureux de cette aire potentiellement démocratique et aujourd’hui régressive ». À propos d’Assange, il dit qu’« évidemment », on lui a fait « payer le prix fort ». Si c’est d’une telle évidence, pourquoi lui, Plenel, n’a-t-il payé le prix fort de rien ? Dans un deuxième temps, il se fend d’une saillie anti-Wikileaks qui aurait diffusé des « matériaux bruts non travaillés, dont on sait maintenant qu’ils auraient été en partie fournis par la Russie. » Faudra m’expliquer en quoi le fait que des matériaux soient diffusés par la Russie est un problème tant que ces informations sont vraies et vérifiées… À moins que l’on suppose que Wikileaks soit « à la solde » d’un pays qui est le seul à avoir accordé l’asile à Snowden ?

Si Plenel « touche du bois » quant « à mon souhait qu’il soit un jour mis en résidence, interné ou emprisonné » (sic – mais on dira que c’est une réponse provocante à une question provocante !), la question est en substance la suivante : est-il possible, sans censure ni autocensure, de tout dire, même à Mediapart ? Il me semble que si Mediapart peut « tout dire », c’est parce que ce que Mediapart veut dire n’est en réalité pas très dérangeant.

Fake news, objectivité, réalité, vérité

Au-delà du positionnement politique de Plenel dont on a compris qu’il était socio-démocrate, c’est-à-dire relevant d’un capitalisme réformiste, il est intéressant de se pencher sur sa façon de voir le journalisme.

Considérons d’abord ce que j’ai appelé au début de cet article son corporatisme. Pour Plenel, le journalisme est un métier, lequel suppose des compétences qui ne sont pas à la portée du premier venu. Ainsi, il ne croit pas au « journalisme citoyen » et dresse une barrière entre « amateurs » et « professionnels ». C’est le même principe qui sous-tend le site du Monde Les décodeurs et leur Decodex : comme le citoyen lambda n’est pas capable de se faire son propre jugement, des professionnels seront là pour lui dire ce qui est bon ou pas et ce qui est vrai ou faux. Le journaliste est là pour prêcher la bonne parole, pour lui apporter, comme dirait la campagne belge anti-fake news, une information « d’origine contrôlée ».

Je suis férocement opposé à une telle conception. La guerre en Libye, les armes de destruction massive en Irak, le charnier de Timisoara ou, encore hier, les images falsifiées de France 3 sur les « gilets jaunes », c’est ça, l’origine contrôlée? Et si, à la place de lire la presse « contrôlée pour vous », vous commenciez à contrôler vous-même la presse, quelle qu’elle soit? Exercer son esprit et ses compétences critiques, n’est-ce pas comme ça qu’on est garant de la démocratie?

C’est le propos que j’ai toujours défendu, notamment à travers cet article, une introduction à la critique des sources et une déconstruction d’un exemple parmi d’autres des « fake news » du quotidien, colportées par la presse mainstream autant que par les presses alternatives. Pour moi, l’information n’est PAS un pré carré! Nous dire ce qu’on doit penser, ce n’est pas émanciper, c’est soumettre! L’enjeu démocratique est moins dans un journalisme « univoquement professionnel » que dans la capacité de chaque citoyen à pouvoir lui-même déconstruire les messages éventuellement contradictoires qui lui sont adressés. D’ailleurs, l’information n’est pas le seul fait des journalistes : elle provient également du monde académique, du monde associatif, des intellectuels, du monde politique, etc.

Enfin, à travers sa conférence, Plenel a partagé sa vision sur la nature des faits. Il reprend à son compte le vocable des « fake news » et le rôle des journalistes pour lutter contre ces derniers. Qu’implique la notion de fake news ? Qu’il y a des faits et que, en tant que tels, il serait possible d’en dire une vérité. Or, si la nature des faits est indiscutable (« il se passe des choses », c’est la réalité), la seule évocation de ces faits est déjà de l’ordre du discours (donc de la mise en correspondance située entre ce qui est dit et ce qui est réel, c’est-à-dire la vérité). De ce point de vue, la distinction entre éditorial, articles d’investigation, brèves, etc. relève plus d’une stratégie de mise en visibilité plus ou moins grande de l’opinion de l’auteur qui s’appuie sur des cadres théoriques rigoureux ou, au contraire, sur des clichés éhontés.

Conclusions

Edwy Plenel et, avec lui, Mediapart, défend un journalisme corporatiste, ancré dans une tradition socio-réformiste du capitalisme. Il excelle dans l’investigation et la publicité de scandales qui sont toutefois toujours présentés comme des effets conjoncturels, des dysfonctions d’un système qui, par nature, pourrait ne pas être mauvais.

Mediapart est à la presse écrite ce que Cash investigation est au reportage télévisuel : sous couvert d’être les chiens de garde de la démocratie, ils laissent penser, en creux, qu’il n’y a pas de causes structurelles aux déviances qu’ils se font un point d’honneur à dénoncer. D’ailleurs, Élise Lucet ne disait-elle pas auprès de cette bande de joyeux Youtubeurs du JTerre qu’elle était convaincue que « les entreprises sont sensibles aux modes de pression » et que, sous pression, elles changeront ? Comme si ces mêmes entreprises avaient tout le loisir d’être éthiques et que leur ignominie était un choix.

 

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Analyses

Comprendre les fusions d’entreprise (partie 5)

Pour la partie 1, voir ici
Pour la partie 2, voir ici
Pour la partie 3, voir ici
Pour la partie 4, voir ici

  • Et les États là-dedans ? Je veux dire : on a quand même du pouvoir comme citoyen ! C’est un peu notre responsabilité si on élit des gens qui agissent contre nos intérêts.
  • Il suffirait d’élire des gens « biens » ? Des politiques qui « tiendraient leur parole » ?
  • Mais oui ! Ce n’est pas si bête quand même…
  • Ou alors, ils ne peuvent tout simplement pas tenir parole. Regarde, Nicolas Hulot a fini par démissionner…

GM

General Motors

  • Oui, enfin, un ministre de l’écologie qui avait neuf voitures, bonjour l’intégrité quand même !
  • N’empêche. Il aurait pu continuer à être ministre. Or, même lui, avec le peu d’exigence qu’il avait de lui-même a fini par avaler trop de couleuvres !
  • Comment peut-on l’expliquer ?
  • Comme pour les patrons de l’industrie ou de la finance : l’absence de choix.
  • Je ne comprends pas.
  • Pour des tas de raisons, politiques et hommes d’affaires partagent les mêmes intérêts. Certains passent d’un milieu à un autre indifféremment, comme Barroso ex-Président de la Commission européenne passé chez Goldman Sachs. On appelle ça les « revolving doors ». Soit parce que comme ils se fréquentent sans cesse, ils deviennent amis. Voire même ils ont fait leurs études ensemble, ils appartiennent au même milieu socio-économique et socio-culturel.
  • Ok, mais ça ne fait pas tout…
  • C’est déjà beaucoup. Ils se fréquentent lors de repas d’affaires, au dîner du Siècle, au Bilderberg, dans la franc-maçonnerie, dans les divers dîners où on retrouve des politiques, des hommes d’affaires, des journalistes, etc.
  • Tu verses dans le complot là, non ? Tu vas bientôt me parler des Juifs ?
  • Mais non, pas du tout. Dans tous les milieux, il y a ce genre de rassemblement. Compare ça à la pétanque du dimanche midi sur la place du village ! Sauf que là, la différence, c’est qu’ils ont beaucoup plus de pouvoir. Et ils s’arrangent donc collectivement pour le conserver.
  • Je ne sais pas. Cette explication presque psychologisante me dérange un peu. Il doit bien y avoir des raisons plus…rationnelles.
  • Assurer ses intérêts présents et futurs est très rationnel. C’est le principe même du lobbyisme. Cela dit, tu as raison. Il y a des mécanismes purement économiques.
  • Que veux-tu dire ?
  • La plupart croit vraiment dans le dogme du libéralisme économique voulant que l’entrepreneuriat privé crée de l’emploi et que, par ruissellement, l’ensemble de la société en profitera. Les yeux fixés sur le PIB, qui ne s’intéresse qu’à la création de richesses et non à sa distribution, ils pensent qu’une augmentation de la production profite nécessairement à tout le monde.
  • Et donc ils favorisent les cadeaux économiques, comme les diminutions de taxes aux grandes entreprises, en pensant que de ce fait ils font d’une pierre deux coups ?
  • Voilà, on peut dire ça. Mais évidemment, on a tendance à croire avant tout à ce qui nous arrange.
  • Sauf que les grandes entreprises, corsetées par l’obligation de profit, elles n’en profitent pas pour engager des gens mais pour gagner en compétitivité.
  • Et comprends bien que comme on l’a dit plusieurs fois, c’est très sensé ! L’entreprise en question gagne alors la guerre économique, mais pour un temps très limité seulement, puisque très vite, les autres pays se calquent sur ces nouvelles normes et c’est la collectivité qui paie le prix fort.
  • Dis, c’est quoi la différence entre la productivité et la compétitivité en fait ?
  • La productivité, c’est arriver à faire plus avec moins. Produire plus de voitures avec moins d’ouvriers par exemple.
  • Et la compétitivité ?
  • C’est arriver à être « plus productif » que les autres !
  • Comme c’est relatif, c’est un jeu qui ne s’arrête jamais du coup…
  • En effet.
  • Et donc, aucun politique ne peut sortir de ce jeu-là ?
  • Tant qu’on reste dans le jeu capitaliste, non. Du coup, les gens croient de moins en moins à la politique. De moins en moins dans un pays qui serait géré par les pouvoirs publics.
  • Tu veux dire que ça participe à la croyance que seul le privé est capable de bonne gestion et qu’il faudrait donc qu’un pays soit géré comme une entreprise ? C’est complètement paradoxal.
  • Tout à fait. Et c’est exactement sur ce mythe-là qu’un Emmanuel Macron a été élu. Peu importe au final que cette vision puisse contribuer au problème plutôt qu’à la solution…c’est de l’ordre de la pensée magique.
  • Je vois. Au moins l’État est capable de prendre les bonnes décisions, au plus on considère que diminuer son pouvoir est la solution. Alors que c’est le problème.
  • Et tout ça est très cohérent avec un monde individualiste où il faut « performer ». Les notions de « collectif » nous passent complètement au-dessus aujourd’hui. Je voyais la une du Monde récemment sur le climat. Individuellement, les gens ne s’en foutent pas mais, collectivement, personne ne se bouge. Même pas moi.
  • Je suppose que les gens se sentent impuissants. Les décisions difficiles doivent être prises en amont, par le pouvoir politique.
  • …dont on vient de dire qu’il n’en avait plus les moyens !
  • Pourtant, c’est comme ça que fonctionne la démocratie ! Tu ne voudrais quand même pas d’une dictature !
  • Les dictatures s’accommodent très bien d’une pensée capitaliste. À ton avis, par qui Hitler faisait-il construire ses voitures ?
  • Je ne sais pas…
  • General Motors. Et le contraire est vrai aussi : rien n’indique qu’une société où l’économie serait publique ne puisse être démocratique.
  • Oui, bon, historiquement, tu conviendras que ce n’est pas gagné.
  • De quoi parles-tu ? De Cuba qui subit un embargo scandaleux et terrifiant depuis 1962 par les USA ? De l’URSS qui s’est construite en temps de guerre ? De la Chine de Mao ? Tout ça est vraiment comparable ?
  • Tu ne vas pas défendre Staline ! Et Mao !
  • Ni Reagan, ni Obama, ni Trump, ni l’UE ! Qui sait ce que Lumumba aurait pu faire s’il n’avait été assassiné ? De qui parles-tu ? D’Allende, de Torrijos, d’Arbenz, de Chavez, de Mossadegh, de Zelaya…tous morts. De mort suspecte pour la plupart. Ou renversés par des Coups d’état. Des USA en général. C’est trop facile de jeter l’opprobre sur une théorie politique en pointant le doigt vers une mise en pratique qui, souvent, a été mise en difficulté par ceux-là mêmes qui la critiquent.
  • On appelle ça l’argument de l’homme de paille, non ?
  • Ça y ressemble bien, oui. Puis de toute façon, ces mêmes démocrates qui sont censés nous diriger avec tellement d’éthique s’embarrassent peu des dictatures quand ça les arrange. On parlait des liens entre GM et les Nazis, mais ça vaut encore pour nos dirigeants avec l’Arabie saoudite ou le Qatar.
  • Je n’arrive pas à comprendre l’intérêt qu’ils ont à défendre des pays pareils. On ne partage rien avec eux ! Leurs idées rétrogrades, la lapidation…
  • Mais ce n’est pas la question. La question, c’est le business. L’Arabie saoudite est le deuxième importateur d’armes au monde.
  • Ils en font quoi de ces armes ?
  • Ils font la guerre. Ils financent le terrorisme.
  • Attends, il ne faut pas exagérer non plus. On ne peut quand même pas affirmer qu’il n’y avait pas de guerres avant le capitalisme et que toutes les guerres d’aujourd’hui sont des guerres du capitalisme.
  • C’est une bonne remarque. Je serais curieux de savoir ce que d’autres en pensent. Effectivement, il y a toujours eu des guerres. Chaque système économique a produit ses propres inégalités, ses propres luttes intestines mais aussi ses propres croyances. Les esclaves se sont révoltés, les cerfs ont cherché à avoir plus de droits. La révolte des paysans qui ont tenté de prendre Londres en 1381 a été écrasée…
  • Où veux-tu en venir ?
  • Il faut bien comprendre qu’il y a une évolution dans les rapports de production. D’une certaine façon, si on défend des valeurs d’égalité bien sûr, le servage représente un « mieux » par rapport à l’esclavage. Et le capitalisme est aussi un « mieux » par rapport au servage.
  • Te voilà en train de défendre le capitalisme ?
  • Non, pas du tout. Je montre simplement qu’il ne faut pas être binaire. L’historicité est importante. Il est aussi ridicule d’idéaliser les rapports de production précédents que de penser qu’il n’est pas possible de faire mieux que le capitalisme.
  • Ceux qui disent que le capitalisme est indépassable se trompent à ton avis ?
  • Bien entendu. Dans sa forme impérialiste, celle qu’on vit aujourd’hui, il est même plutôt récent.
  • Impérialiste ? Que veux-tu dire ?
  • On en revient à ta question initiale sur les guerres. Quand des patrons n’arrivent plus à exploiter leur propre main d’œuvre, ils exploitent la main d’œuvre ailleurs. Et les sols avec les matières premières.
  • Oui, et puis quoi ? Les colonies par exemple ?
  • En effet. Mais souviens-toi du principe de compétitivité : tous les acteurs économiques, pour ne pas disparaître avalés par les autres, sont obligés de faire pareil et même de faire plus que les autres. Avec comme conséquence un partage de la planète entre les seules grandes puissances du moment.
  • On peut dire que la conférence de Berlin illustre bien ce que tu dis ?
  • Tout à fait. Et la suite, tu la connais. L’Allemagne, arrivée plus tard dans le jeu colonial, s’est sentie flouée. La Première guerre mondiale, que si peu de gens arrivent à expliquer, n’est jamais qu’une nécessité de renégocier les territoires partagés précédemment.
  • Attends, quoi ? Là, je ne te suis plus.
  • C’est pourtant simple : si vous êtes six, vous divisez le gâteau en six ! Mais imagine qu’un septième arrive et que personne ne veut lui donner un morceau de sa part ?
  • S’il veut être sûr de manger, il se battra pour…
  • Tu as compris le principe des guerres impérialistes.
  • Et tu sous-entends qu’on pourrait appliquer cette grille de lecture à tous les conflits mondiaux ?
  • Si on n’occulte pas toutes les autres raisons, comme l’Histoire des peuples concernés, leurs croyances, leur culture, les conditions météorologiques, etc., oui. La forme que prennent les conflits est contingente mais que le capitalisme soit un mécanisme fondamental des guerres est évident.
  • Olà, évident ? Il faudrait pouvoir le prouver !
  • Comment reconnaît-on une bonne théorie ?
  • Je ne sais pas.
  • À sa capacité d’explication, certes, mais aussi à sa capacité de prédiction, comme le dirait le sociologue Karl E. Weick. Autrement dit, si on est en mesure de prédire les guerres et leurs conséquences grâce à cette théorie, on a de bonne chance de croire que cette théorie est performante.
  • Et c’est le cas ?
  • Oui, ça l’est. Par exemple, seuls les théoriciens qui défendaient ce genre de théories ont pu, dès le départ, prédire que la guerre en Libye serait un fiasco. Ce sont les mêmes qui dénonçaient les mensonges des armes de destruction massive en Irak bien avant que les médias mainstream reconnaissent qu’ils s’étaient fait berner.
  • Mais on dit aussi que cette théorie, pour faire simple disons la perspective marxiste-léniniste, est une mauvaise théorie parce qu’elle serait infalsifiable. Autrement dit, on arriverait toujours à tout expliquer avec cette théorie, une chose et son contraire !
  • Je ne pense pas que ce soit vrai. Je dis la chose suivante : si un gouvernement élu est capable de changer les règles du jeu capitaliste avec des réformes sans subir d’attaques de quelque nature par les autres pays capitalistes et sans le recours à la lutte sociale, je serai d’avis que cette théorie ne tient pas.
  • Donc cette théorie est falsifiable ?
  • Pour moi, oui. Puisqu’on est en mesure d’énoncer une situation fictive qui la rendrait caduque.
  • Ça me paraît un peu compliqué, je crois que je devrais revenir là-dessus plus tard. Mais je pense comprendre dans les grandes lignes.

Suite dans la partie 6

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Analyses, Articles parus sur d'autres médias

Ce que cachait la popularité d’Obama à Cuba

Je tombe récemment sur une analyse à mon avis très pertinente du Youtubeur « le Stagirite » portant sur la fameuse « épidémie » de complotisme. Le Stagirite s’est employé à déconstruire ce « pseudo-sondage » en montrant que celui-ci ne tient pas la route… J’en profite pour republier une semblable déconstruction que j’avais pu faire concernant la pseudo popularité d’Obama sur l’île de Cuba il y a maintenant trois ans. Si l’événement lui-même n’est plus d’actualité, il me semble que le processus critique qui sous-tend l’analyse est, lui, intemporel. Bonne lecture.

cuba

Cuba Libre

Le 8 avril 2015, l’AFP informe qu’un sondage « secret » mené à Cuba révèle l’énorme popularité de Barack Obama sur l’île (80% d’opinions favorables). Les chiffres sont comparés à l’opinion très partagée des Cubains vis-à-vis de leur Président, Raul Castro (47%). La lecture de l’enquête devrait ainsi être unanime : Cuba est une dictature dont le peuple veut se sortir le plus rapidement possible ! Mais faut-il croire ce sondage ? Réponse en trois étapes : Qui a fait le sondage ? Comment a-t-il été réalisé ? Quels sont les résultats mis en exergue ?

Qui a réalisé ce sondage?

Le sondage a été réalisé par Bendixen et Amandi International, une entreprise privée étatsunienne basée à Miami. La question essentielle est la suivante : une telle entreprise peut-elle réaliser une enquête neutre et fiable ?

En réalité, Bendixen et Amandi Inernational est une entreprise de communication et de consultance (1) dont l’objectif est de fournir des « solutions » à des « clients » (2) , certainement pas de produire une vérité sociologique. Dans le cas du sondage cubain, les « clients » sont Univision Noticias, un gigantesque réseau médiatique hispanophone aux USA et le quotidien renommé The Washington Post. Ce sont eux qui ont commandé le sondage. Pour autant, qui peut expliquer pourquoi des médias d’une telle importance n’ont pas fait cette demande à un laboratoire de recherche universitaire, dont l’objectivité est assurée par un ensemble de procédures complexes qui garantissent notamment l’indépendance entre le sujet d’une recherche, les chercheurs et le commanditaire (3) ? Cela aurait été bien utile car les conflits d’intérêts sont ici évidents. La liste des clients de Bendixen et Amandi International parle d’elle-même : la Banque mondiale en fait partie, différentes multinationales comme Coca-Cola, mais aussi l’Open Society Institute de George Soros et…le candidat présidentiel Barack Obama ! Le même qui sera plébiscité par cette enquête-ci quelques années plus tard ! Bendixen et Amandi International sait plaire à ses clients…

On peut aussi se demander quelle est la « solution » que devait apporter l’entreprise à travers cette enquête. Certes, au vu des résultats publiés et largement diffusés par tous les médias occidentaux, l’image du Président américain ressort largement valorisée tandis que celle du dirigeant cubain est écorchée. Ce n’est pas la première fois non plus que de telles enquêtes d’opinion sont utilisées pour déstabiliser un Président latino. On pense par exemple au sondage de ce début d’année annonçant une cote de popularité au plus bas pour le Président vénézuélien Maduro. Réalisé par l’entreprise privée Datanalisis (dirigée par un ancien directeur de banque), il avait été relayé par Globovision, le média privé violemment anti-chaviste (4). Ce sondage précédait de quelques semaines l’allocution de Barack Obama dans laquelle il désignait le Venezuela comme une « {menace extraordinaire et inhabituelle pour la sécurité nationale} » (5) – avant de procéder à différentes sanctions économiques.

Dans le cas du sondage cubain, il y a également une dimension temporelle importante. L’enquête sort quelques jours avant le sommet « historique » de samedi passé où Barack Obama et Raul Castro devaient se rencontrer (6) . Or, les résultats du sondage sont parfaitement taillés pour influer sur le cours des négociations. D’autre part, est-ce qu’une enquête réalisée par une entreprise privée d’un des deux négociateurs dans le pays de l’autre et à son insu, laquelle conclut à l’incroyable popularité du premier, est vraiment le meilleur moyen d’entrer sainement dans des négociations « historiques » ?

Cependant, si la « solution » apportée par Bendixen et Amandi est pour partie une construction positive de « l’image » d’Obama, l’enquête sait aussi se faire factuelle. On y lit notamment une question qui ressemble plus à une étude de marché qu’à une enquête d’opinion : « {Considérant l’expansion des relations commerciales, quels produits ou services américains voudriez-vous le plus trouver à Cuba ?} » (7) Voilà qui a le mérite d’être clair – car l’éventuelle fin de l’embargo étatsunien signifie aussi l’ouverture d’un nouveau marché que le plus important acteur capitaliste au monde ne peut pas négliger.

Comment le sondage a-t-il été réalisé?

S’il y a lieu de douter des intentions de Bendixen et Amandi International lorsque l’entreprise effectue ce sondage, il n’en reste pas moins que le plus efficace est encore de juger directement sur pièce la méthodologie de recherche employée. On sait que les qualités essentielles d’une bonne recherche scientifique sont sa transparence et sa complétude. En effet, non seulement le lecteur doit pouvoir comprendre toutes les étapes de la recherche mais, en plus, il doit disposer de toutes les informations nécessaires pour pouvoir en jauger la validité. Est-ce le cas ici ?

Trois documents concernant le sondage sont à disposition du visiteur sur le site de l’entreprise : le premier consiste en une présentation de la synthèse des résultats de l’enquête, le second est un document succinct présentant la méthodologie et le troisième est le questionnaire adressé aux répondants avec les réponses condensées en pourcentage. Malheureusement, les données mises à disposition sont non seulement incomplètes mais elles sont aussi floues sur des aspects fondamentaux. D’abord, il manque un élément essentiel : à quelle question le sondage devait-il répondre ? Le titre « Enquête nationale sur les Cubains vivant à Cuba » ne donne aucune information. Or, sans connaître la question de recherche, comment comprendre les questions posées ? Par exemple, quel est le lien entre la perception d’Obama par les Cubains et les produits américains que ces derniers voudraient voir arriver sur le marché de leur pays ? Comment s’assurer de la cohérence de ces questions ? Pire, comment être sûr qu’elles ne visent pas un objectif particulier et partisan ?

Certains éléments sont même contradictoires : par exemple, Bendixen et Amandi International expliquent dans leur méthodologie que l’enquête téléphonique a été rejetée au profit de rencontres en face-à-face (en dépit des difficultés que cela supposait) car seulement 15% des Cubains auraient le téléphone (8). Pourtant, à la question de savoir s’ils ont le téléphone, les répondants répondent « oui » pour 60% d’entre eux (9). Si les répondants disent la vérité, c’est que l’échantillon des Cubains rencontrés n’est pas représentatif de l’ensemble de la population cubaine et de facto met en péril la scientificité de l’enquête. S’ils mentent en ces proportions, comment s’assurer qu’ils ne mentiront pas aux autres questions ? L’exemple des téléphones n’est pas anodin car il est plus facile de « faire dire » à quelqu’un ce qu’on veut entendre dans une rencontre en face-à-face que par téléphone et d’en éliminer ensuite les preuves. D’ailleurs, on ne sait pas si les rencontres ont été enregistrées ou si seuls les formulaires complétés constituent les données finalement traitées.

Poursuivons malgré tout en considérant que l’entreprise de consultance est de bonne foi (après tout, ils auraient pu cacher l’information concernant les téléphones !). La méthodologie indique un échantillon de 1200 ménages rencontrés en 10 jours et détaille un processus de rencontres aléatoires au porte-à-porte (appelé « grille Kish »). Ainsi, des sondeurs mandatés par Bendixen et Amandi International ont parcouru l’ensemble de l’île de Cuba, à la recherche de 1200 ménages d’accord pour répondre à des questions parfois embarrassantes sur la perception qu’ils ont de la réalité de leur pays. Une telle manœuvre est-elle possible « en secret », sans jamais éveiller les soupçons des autorités (10) et tout en se disant que, toujours d’après l’enquête, un Cubain sur deux demeure favorable à Castro ? Il eût pourtant fallu d’une seule personne seulement pour les dénoncer et mettre en péril toute l’enquête !

Admettons cependant une telle démarche en dépit de sa haute improbabilité et essayons de compléter les informations manquantes dans la méthodologie fournie par l’entreprise de consultance : comment les sondeurs se sont-ils présentés auprès des répondants ? Ont-ils précisé l’identité et la nature du commanditaire du sondage ? Ont-ils précisé la question de recherche – manquante – à laquelle l’enquête devait répondre ? S’ils se sont effectivement présentés complètement et honnêtement, combien de refus auront été essuyés (11) ? Cette question est d’autant plus fondamentale que les répondants auraient, pour 75% d’entre eux, affirmé « {ne pas pouvoir s’exprimer librement} » et devoir « {être prudents} » sur ce qu’ils disent (12) . Apparemment, ça ne les a pas empêchés de s’ouvrir complètement à de parfaits inconnus… Et si les sondeurs ne se sont pas présentés complètement, qu’ont-ils dit ? Ont-ils menti ? S’ils ont travesti la vérité sur ce point, comment faire confiance aux autres données récoltées ? Il semble que toutes ces questions auraient mérité des réponses détaillées dans la méthodologie fournie par les consultants.

À ce stade, c’est tout simplement la réalité du sondage qui est mise en question. Mais de la même façon qu’il était impossible pour les Irakiens de « prouver » l’absence d’armes de destruction massive sur leur sol (comment donner la preuve que quelque chose n’existe pas ?), il est impossible de « prouver » que le sondage est une invention (13) . Poussons dès lors l’exercice jusqu’au bout en analysant les questions elles-mêmes, lesquelles font aussi partie de la « solution » apportée au « client », que le sondage ait existé ou non puisque les résultats, eux, sont présentés comme bien réels et agissent par conséquent comme s’ils l’étaient.

Quels sont les résultats?

L’enquête aborde essentiellement des questions économiques et politiques. Le problème le plus important tient au fait que la synthèse présente les questions comme ouvertes – c’est-à-dire en laissant la liberté de la réponse – alors que le questionnaire les présente comme fermées (le répondant doit alors choisir parmi plusieurs réponses). Or, cette différence mène à d’importantes contradictions : par exemple, aucun des verbatim (14) (pourtant tous très critiques envers le système économique) repris dans la synthèse n’évoque l’embargo…alors que 96% des gens, selon le sondage lui-même, souhaiteraient la fin de celui-ci ! Ainsi, l’économie cubaine apparaît comme désastreuse dans son principe, sans que ne soit établi de lien avec l’embargo dans les faits. Cette ellipse est très pratique car elle permet ensuite de présenter le capitalisme étatsunien sous un jour extrêmement favorable : les Cubains reçoivent de l’argent de leurs parents exilés aux USA, ils veulent que des produits américains soient disponibles sur leur sol et ont, dans leur grande majorité, une âme d’entrepreneurs.

Ce faisant, l’enquête passe très vite sur les dimensions du régime cubain plébiscitées par la population : les soins de santé recueillent 68% d’opinions favorables et l’enseignement 72% mais ces chiffres ne seront pas détaillés ! Les questions portent plutôt sur la politique. Les groupes d’opposition (sans que des exemples précis ne soient donnés) sont considérés positivement. Le « manque de liberté » est évoqué tout au long de l’enquête mais, là non plus, il n’y a pas d’exemples précis et, finalement, Barack Obama recueille 80% d’opinions favorables. À ce propos – et tout en insistant sur la probabilité que ces chiffres soient créés de toute pièce, faut-il s’étonner de la popularité du premier Président des USA qui ouvrirait la voie du dialogue depuis 53 ans (15) , qui plus est dans une situation économique difficile dont la responsabilité essentielle doit être imputée à la fonction de cette même personne ? Quant au « manque » de popularité de Raul Castro (47% d’opinions favorables), qu’en penserait François Hollande qui rechute (16) à 30% d’opinions favorables en février 2015, malgré « l’effet Charlie » (17) ?

Conclusions

Au terme de l’analyse du sondage réalisé par Bendixen et Amandi International, on peut émettre quelques hypothèses vraisemblables sur la « solution » qu’apporte l’entreprise de consultance à ses clients étatsuniens. De manière générale, cette enquête (partiellement vraie ou complètement fausse) est un élément qui participe à un mouvement global de positionnement des USA face aux futures négociations avec Cuba.

Il s’agit d’abord, d’un point de vue économique, de présenter le peuple cubain comme lassé du système communiste et désireux d’entrer de plein pied dans le capitalisme cher aux USA. Ainsi, ce sont les valeurs de la consommation et de l’entrepreneuriat individuel qui sont mises en exergue. De ce point de vue, les USA se posent également comme un partenaire économique potentiellement privilégié avec une série de produits qu’ils pourraient exporter sur l’île. Il s’agit ensuite de montrer combien les Cubains sont favorables aux pays traditionnellement considérés comme « ennemis » par le gouvernement des USA (Venezuela, Bolivie, Russie, etc. (18) ) tout en insistant sur une perception positive des groupes d’opposition, ce qui peut légitimement faire craindre un scénario de financement et de formation de ces derniers par les USA comme récemment en Ukraine, au Venezuela ou à Hong-Kong (19).

Fruit d’un travail d’occultation de la vérité, de réarrangement des impératifs scientifiques et avec la complicité plus ou moins ignorante des médias traditionnels dominants, le sondage de Bendixen et Amandi International est un cas d’école de médiamensonge typique de la propagande étatsunienne.

Source: Investig’Action

Notes
1. Et non pas un « institut de recherche » comme la présente The Washington Post ici : http://www.washingtonpost.com/world/the_americas/poll-shows-vast-majority-of-cubans-welcome-closer-ties-with-us/2015/04/08/6285bfe4-d8c3-11e4-bf0b-f648b95a6488_story.html

2. Voir la section « about us » sur leur site Internet : http://bendixenandamandi.com/about

3. Le CIS (Centro de Investigaciones Sociologicas, Mexico) présenté comme « partenaire scientifique » pour ce sondage n’est non plus lié à aucune université. Il s’agit aussi d’une entreprise privée qui répond à des commandes extérieures.

4. http://www.acrimed.org/article3196.html

5. http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-paul-baquiast/120315/le-venezuela-extraordinaire-menace-pour-les-etats-unis

6. http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20150412.OBS6983/rencontre-obama-castro-que-ce-sont-ils-dit.html

7. Voir la question 53 : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Cuba_Final_Toplines.pdf

8. Voir la note méthodologique : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Final_Methodology_for_Poll_of_Cubans_Living_in_Cuba.pdf

9. Voir les questions 63 et 64 : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Cuba_Final_Toplines.pdf

10. Qui plus est sachant qu’une enquête « test » aurait été réalisée plus tôt. Voir la méthodologie : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Final_Methodology_for_Poll_of_Cubans_Living_in_Cuba.pdf

11. The Washington Post évoque le chiffre de 61% de refus, voir ici : http://www.washingtonpost.com/world/the_americas/surveying-cubans-under-the-castro-government/2015/04/08/c42ff560-da4a-11e4-8103-fa84725dbf9d_story.html Comment s’assurer que ces ménages qui ont refusé ne dénonceront pas les sondeurs ? Comment s’assurer, également, que les 39% restants sont représentatifs de l’ensemble de la population ?

12. Voir la question 31 : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Cuba_Final_Toplines.pdf

13. Les hypothèses suivantes sont plausibles : l’échantillon a été beaucoup plus petit que 1200 ménages ; le sondage a pu être réalisé de façon non aléatoire ou auprès de Cubains expatriés ; certains résultats ont pu être réarrangés ; le sondage a aussi pu être inventé de toute pièce.

14. Un verbatim est un extrait d’entretien transcrit mot pour mot.

15. Les USA mettaient en place l’embargo sur Cuba en février 1962.

16. Il avait atteint 18% d’opinions favorables !

17. http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/0204146193628-popularite-apres-leffet-charlie-rechute-brutale-pour-hollande-et-valls-1091613.php

18. Voir les questions de 32 à 43 : http://bendixenandamandi.com/wp-content/uploads/2015/04/Cuba_Final_Toplines.pdf

19. Voir les agissements de la NED (National Endowment for Democracy) : http://www.investigaction.net/Hong-Kong-un-virus-sous-le.html?lang=fr

Source: [Journal de Notre Amérique n°3->http://investigaction.net/Le-Journal-de-Notre-Amerique-no3.html%5D, Investig’Action, Avril 2015.

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Revues de presse

#7 Revue de presse (le retour)

C’est la reprise avec la première revue de presse de 2018. Et ça décape.

Au chapitre des fusions, rachats, etc., déjà beaucoup d’infos. Je vous engage très vivement à jeter un œil à ma série « comprendre les fusions d’entreprises » pour être averti sur ce qui suit.

En Belgique, IBA (protonthérapie) a perdu un tiers de sa valeur. Eh oui, pas facile de jouer au bœuf capitaliste quand on n’est encore qu’une grenouille. Surtout après avoir vendu du rêve l’an passé puis avoir dû licencier massivement cette année-ci. Telenet pourrait bien avoir des appétits sur Voo. Novo Nordisk cherche à racheter la société belge Ablynx, moyennement motivée par l’affaire. Négociations également en suspens pour le rachat de Dole par le Belge Greenyard. Par contre, Kinepolis rachète bien « des » cinémas aux Pays-Bas. Enfin, la société japonaise Takeda cherche à racheter la biotech belge TIGenix.

newyear

Menu de l’année nouvelle

Henri Selmer Paris, leader du saxophone haut de gamme, a été cédé au fond Argos Soditic. Finie l’entreprise familiale, le capitalisme aura eu sa peau, toujours la même musique en somme. Le géant Quicksilver (mon adolescence) rachète Billabong. Et paf. Volkswagen s’allie avec Aurora pour les voitures autonomes, Thomas Cook et Lufthansa rachètent les miettes d’Air Berlin. Ces dernières semaines ont aussi vu la naissance d’un « géant » des jeux en ligne, avec GVC qui a racheté Ladbrokes Coral. Suite à la fusion Airbus/Bombardier, Boeing était obligé de répondre et cherche à racheter le Brésilien Embraer…qui fait de la résistance. Les analystes de Citigroup voient bien Apple avaler prochainement Netflix. Et là, on vous parlera encore une fois de la naissance d’un géant. Si Rabelais était vivant aujourd’hui, c’est la pomme qui mangerait Gargantua.

Enfin, last but not least, Trump vient d’autoriser le forage sur 90% du territoire côtier des USA, contre 6% précédemment. Pour créer quoi ? Une superpuissance énergétique. C’est la Pachamama qui va être content à force de roter du gaz…

Licenciements collectifs / embauches

D’abord une bonne nouvelle, les licenciements collectifs ont été en forte baisse en 2017. Évidemment, quand on suit cette actualité-là au quotidien, on a l’enthousiasme modeste : si c’était en baisse en 2017, faut pas demander ce que c’était avant. Et puis garder son esprit critique aussi. Ces chiffres-là ne disent rien des non-engagements, des départs non remplacés, de ce qui se passe à l’étranger, etc.

D’ailleurs – ne soyez pas schizophrènes – voyons ce que l’actu nous dit à ce propos. D’abord, et c’est tout neuf d’aujourd’hui, on craint le pire pour Carrefour en termes d’emplois. Le groupe risque d’annoncer des licenciements collectifs prochainement. Toujours pas, non plus, de repreneurs pour le site de Caterpillar. Ensuite, un total de 10.831 faillites ont été prononcées en 2017 (augmentation de près de 8% par rapport à 2016). Bah alors, ça ne vous dit plus rien le « tout à l’entrepreneuriat » ? Rah, ce que vous pouvez être passif ! En 2018 et 2019, 1300 membres du personnel de la Défense seront « affectés » (comme « affection » au sens de maladie, hein, pas au sens de « free hug ») par une restructuration. Déjà qu’ils avaient privatisé la sécurité de certaines bases (ô ironie du sort !) Et on voit la création d’une coopérative à Herstal, par ceux-là mêmes qui avaient été licenciés collectivement. Comme je le rappelais dans ce texte, se constituer en coopérative n’implique pas de pouvoir se soustraire aux lois du marché, de la concurrence et des rachats en tout genre. Ils risquent d’en faire l’amère expérience.

Go Pro supprime plus de 20% de ses effectifs (250 personnes) et retire son drone du marché. Le capitalisme, c’est comme la musculation : pour être imposant, il faut savoir alterner périodes de prises de poids et périodes de sèches. Preuve en est aussi avec Allergan (pharmacologie, connue pour le Botox) qui supprime un millier d’emplois.

Mais en même temps…on nous annonce que Lufthansa va embaucher en quantité (tu m’étonnes, c’est plus une compagnie aérienne, ça devient Pac-Man à force de manger tout ce qui est sur son chemin…) On nous annonce aussi un taux de chômage allemand au plus bas depuis les années 1990 (tu m’étonnes, avec des jobs à 1€ pour les chômeurs longue durée et les migrants, t’as intérêt à accepter tout et n’importe quoi, à commencer par l’humiliation). Et on annonce une pénurie de main d’œuvre en Belgique pour l’année qui vient. Bonne nouvelle ? Attendez ! De quoi parle-t-on ? Des ingénieurs hautement qualifiés d’une part, des travailleurs très peu qualifiés d’autre part ! Vous en tirerez les conclusions tout seuls sur le « ventre mou » du marché de l’emploi…

On aura beaucoup parlé de l’extrême richesse des riches d’entre les riches ces dernières semaines avec une croissance de 23% de la fortune des 500 plus riches sur terre en seulement un an ! Pas seulement Jeff Bezos (CEO d’Amazon) qui a détrôné Bill Gates à ce jeu…mais souligner aussi que nos patrons du Bel 20 sont eux de mieux en mieux payés (on s’inquiétait pour eux !) Ainsi, ce « Jackpot day » du 10 janvier, les patrons du Bel 20 auront déjà gagné en dix jours ce qu’un travailleur moyen gagne en un an.

Oui, je sais, c’est normal, ils ont plus de res-pon-sa-bi-li-tés. Contrairement, mettons, au hasard, à une sage-femme, un ouvrier du gaz ou un instituteur. Balzac disait que derrière chaque grande fortune se cache un crime. Je dirais même qu’il y en a plusieurs. À méditer au moment où on rappelle dans un livre que Ferdinand Porsche s’est allègrement servi du système nazi, que, la même semaine, Volkswagen reconnaît avoir dénoncé des opposants politiques à la dictature militaire brésilienne – toujours dans le but de maximiser les profits évidemment – et que, en Chine, Samsung est visé par une plainte pour violations des Droits de l’Homme (des mômes au travail).

Dans la famille « rapport aux nouvelles technologies », Zuckerberg présente ses excuses quant aux « fake news » qui pulluleraient sur Facebook, Macron veut les punir par la loi… J’ai tellement hâte d’assister aux tribunaux de la Vérité qui m’expliqueront pourquoi les armes de destruction massive ce n’était pas une « fake news » et pourquoi le Blog du Radis en est rempli. Le bitcoin joue au yo-yo. C’est pas une info en soi, mais c’est l’occasion de (re)lire l’article que j’avais publié à ce sujet. Si vous voulez voir à quoi ressemble cette instabilité en direct, vous pouvez aller voir ici. Les failles informatiques des micro-processeurs d’Intel rendent suspecte la vente par son CEO d’un gros paquet d’actions de son entreprise alors qu’il était vraisemblablement déjà au courant du problème. Délit d’initiés donc. C’est élégant. Et pas une semaine sans parler de Google dont on apprenait récemment qu’à travers sa maison-mère Alphabet, ils avaient planqué 16 milliards d’€ aux Bermudes, via une société écran, échappant de cette façon à l’impôt.

De bonnes semaines aussi en termes d’obsolescence programmée : des actions sont entreprises à Paris contre Apple, et Epson se trouve aussi dans le collimateur de la justice. Sachez donc que vos vieux Iphones ont été intentionnellement ralentis pour vous en faire acheter un nouveau. C’est élégant, bis. Pendant ce temps, Fiat Chrysler rappelle 1.8 millions de pick-ups et Aldi rappelle des amuse-bouches à cause de la présence de Listeria. Miam, miam.

Et comment être sûr que nous, les gens, ne posions pas trop de questions et n’y comprenions rien aux mécanismes fondamentaux qui sont à l’œuvre derrière ces anecdotes ? En assurant que les études universitaires en économie continuent ad nauseam leur même refrain libéral et capitaliste, en reléguant – au mieux – dans les marges, toute théorie contradictoire. Il fût une époque où ce cher Althusser appelait ça des « appareils idéologiques d’État ». Mais c’était y’a longtemps, et le gars était néo-marxiste. De quoi perdre toute sa crédibilité, non ?!

Bonne semaine, vive 2018, joie, santé, hauts les cœurs.

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Merci au tipeur grunge_puppet_fatal86 !
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