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Patagonia, le capitalisme au service du bien commun?

Avec l’affaire Patagonia, on a enfin l’impression qu’un milliardaire, Yvon Chouinard, prend la mesure de l’urgence climatique et décide de mettre son argent au profit de l’environnement.

En est-on si sûr ?

QUI POUR REPRENDRE LE BUSINESS?

Le type a 83 ans. Il doit donc trouver une façon de céder son entreprise. La question est de savoir comment le faire sans perdre d’argent et en s’assurant une bonne publicité.

Une première possibilité consiste à vendre son entreprise. Mais, s’il le fait, l’entreprise ne sera plus entre les mains de sa famille et de ses proches. Certes, il gagnera un gros montant d’argent mais cet argent ne va pas lui-même continuer à générer de l’argent supplémentaire. Cette solution n’est donc pas optimale.

Il pourrait également introduire son entreprise en bourse. Toutefois, cette solution n’est bonne que lorsque l’entreprise a besoin de liquidités pour accomplir des investissements importants. Une entreprise de vêtements comme Patagonia a sans doute très peu à attendre en terme de retours sur investissements – puisqu’il y a peu de chance d’avoir de véritables révolutions dans la conception de vêtements dans les prochaines années. Introduire son activité en bourse n’a donc pas beaucoup d’intérêt dans ce cas.

AUX MAINS DE LA FAMILLE, SANS PAYER L’HÉRITAGE

Patagonia décide alors de faire gérer son entreprise par un trust et une ONG. Je n’en ai pas la certitude car je ne connais pas bien la fiscalité états-unienne, mais il me semble que cette technique permet d’éviter le paiement de droits successoraux (voir par exemple https://www.moneyhelper.org.uk/…/using-a-trust-to-cut…) qui seraient probablement beaucoup plus élevés que les 17,5 millions que la famille a dû payer dans ce cas-ci. Qui plus est, il semble que les enfants d’Yvon Chouinard aient refusé l’idée d’hériter de l’entreprise.

Il faut bien comprendre que ce Trust est seul décisionnaire en matière de gestion financière de l’entreprise – puisque seuls ses membres auront le droit de vote. Dans quel genre d’activités ce trust va-t-il investir ? Nul ne sait. Ce trust sera aux mains de qui? De la famille et des proches d’Yvon Chouinard (voir l’article du Times https://www.google.com/…/patagonia-climate-philanthropy…) qui n’auront donc pas dû payer ces fameux droits de succession! Peut-être comprenons-nous ici pourquoi les enfants ont refusé l’héritage.

MASQUER LES BÉNÉFICES PRIVÉS SOUS COUVERT D’ÉCONOMIE SOCIALE

En ce qui concerne l’ONG qui porte le nom de « Holdfast collective », non seulement on ne sait pas comment elle va utiliser l’argent pour les causes environnementales (et faut-il que ces investissements soient absolument irréprochables pour que le montage ait un sens), mais elle a pour particularité de pouvoir donner sans aucune limite à des partis politiques ( https://www.google.com/…/patagonia-climate-philanthropy…)…et de pouvoir faire des bénéfices privés !

Comment ça?

En fait, il semblerait que les associations comme Holdfast collective (de type 501 C4 « social welfare ») ne permettent de défiscaliser les dons que dans des cas très restrictifs. Ici, le choix a été fait de pouvoir continuer à faire des bénéfices et à donner à des partis politiques mais doit donc abandonner l’idée de ne payer aucun impôt (voir https://www.irs.gov/pub/irs-tege/eotopici03.pdf).

SUIVRE L’EXEMPLE DE BILL GATES

Mais regardez bien à quel point la mécanique est cynique et subtile à la fois : si on ne sait pas ce qui sera fait de cet argent par cette ONG, il n’est pas impossible que l’ONG engage…Patagonia dans ses missions (!), lesquelles pourraient donc permettre à l’entreprise originelle de faire encore plus d’argent.

Ce genre de montage financier a été vu de nombreuses fois, notamment dans le cas de la Fondation Bill et Melinda Gates (voir ici : https://youtu.be/Dqzt6yAmdDE ). C’est comme ça que Bill Gates, tout en donnant l’impression d’être le plus grand philanthrope du monde, a augmenté considérablement sa fortune grâce à la « charité »…dont on voit qu’elle n’a rien changé à la marche tragique du monde, by the way.

LE GREENWASHING, C’EST TOUT BÉNEF

Ce qui est très pratique, c’est donc de pouvoir faire de plus en plus de bénéfices sans avoir à investir, ni à ouvrir l’investissement à des personnes étrangères à l’entreprise elle-même. On comprend que l’objectif environnemental est bien loin, alors que la dimension marketing est évidente. Il me semble que l’aspect greenwashing est éclatant.

Quand on voit le traitement massif par la presse de cette décision, il est tout à fait possible d’envisager que les ventes des produits Patagonia pourront avoir explosé, renforçant d’autant les profits de l’entreprise, et sans avoir dû payer chèrement sa place dans les pages de publicité.

Rappelons enfin que, dans tout système capitaliste, ce qu’on appelle « bénéfices » est surtout la traduction d’une distribution très inégale des revenus du travail effectué par tous les collaborateurs et collaboratrices de l’entreprise. Ainsi, ce profit est avant tout du travail volé aux travailleurs et travailleuses.

ALORS, LE PRIVÉ AU SECOURS DE LA PLANÈTE ?

Ce qui me semble également dangereux, c’est quand un tel événement nous incite à penser que nous devrions compter sur les entreprises privées et non plus sur l’État et donc sur la collectivité pour répondre aux plus grands enjeux de notre époque. Alors que ce sont précisément ces mêmes entreprises privées qui détruisent les peuples et la planète.

Attention, je ne suis pas en train de projeter des intentions malveillantes sur le patron de Patagonia. Il est même possible que lui-même y croie vraiment et qu’il ne soit pas cynique. Mais la question de l’intention est distincte des effets matériels et concrets des décisions prises.

Alors, non, la solution aux drames climatiques et aux inégalités produites par le capitalisme ne viendra pas de quelques milliardaires soi-disant philanthropes, mais d’un changement fondamental du paradigme économique. Refusons de nous laisser aveugler par de tels comportements, et choisissons un modèle de société dans laquelle les entreprises sont publiques, pour le public, et au bénéfice des gens et de l’environnement.

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Exigeons la paix. Désertons.

Dès que je fus en âge de comprendre, on m’a appris qui étaient les gentils et qui étaient les méchants. Puis, j’ai appris qu’à leurs propres yeux, les méchants étaient les gentils et que nous, les gentils, nous étions les méchants. On m’a dit qu’ils se trompaient : c’était de la propagande.

La propagande des autres, donc, celle qui est visible, dénoncée, moquée, raillée parce que jamais subtile ; mais la propagande se vend au plus offrant, elle est infidèle et apatride ; la propagande, c’était elle aussi qui m’avait caché les millions de Soviétiques ayant donné leur vie pour nous sortir de la guerre ; elle qui avait mis sous le tapis des regards internationaux 70 années de coups fourrés des USA en Amérique latine et qui regardait ailleurs quand le drapeau étoilé s’écrasait par deux fois sur Hiroshima et Nagasaki.

La propagande désignait d’autres cibles quand je voulais connaître l’identité des néo-esclavagistes en Afrique. Elle a tronqué pour moi les discours de Xi Jinping, de Hassan Nasrallah, de Bachar Al-Assad, de Vladimir Poutine, de Tito, de Chavez, etc. Elle m’a, ce faisant, ôté mon droit démocratique à exercer librement mon esprit critique – tout en dénonçant à force grands cris la censure chez les autres.

Moi ce que j’en dis, c’est qu’il nous faut EXIGER la paix.

La propagande m’a caché Gladio, le « tibetan program » de l’agence de renseignement américaine – Voldemort de FB dont on ne peut dire le nom. Pourquoi ai-je appris si tard ce qu’avait été la Baie des cochons, l’opération Northwoods et l’embargo pour affamer un peuple ?

Beaucoup savent aujourd’hui que de couveuses il n’y avait pas, que de charnier il n’y avait pas, que d’armes de destruction massive il n’y avait pas.

Mais combien savent que mon pays, la Belgique, était prêt à vendre son citoyen Bahar Kimyongur au dictateur turc ? Pourquoi avait-on moqué sans expliquer les raisons et les dynamiques des cercles d’affaires et de pouvoir, du Siècle, du Bilderberg, de la solidarité entre élites partageant les mêmes loges maçonniques ? Pourquoi tout avait été si aisément rassemblé dans le même vocable méprisant : « Théorie du complot ».

J’ignorais, moi, que des ONG fussent financées par les gouvernements pour en renverser d’autres. On ne m’a pas appris à l’école le rôle de l’opération Tpajax, l’affaire Lavon, les attaques terroristes de la DRS pendant la guerre d’Algérie, le faux « marxist leninist party of the Netherlands ». La surveillance massive et mondiale du programme Prism dénoncé par Snowden, le Cherry Blossom project ou le Huston Plan n’ont pas fait les titres si longtemps et Assange peut bien crever avec Wikileaks. Qui se souvient de l’affaire des Contra en Iran? Qui pour expliquer l’opération CHAOS comprenant les projets Resistance, Merrimac, HTLINGUAL ? Qui pour faire la lumière sur MKUltra et sur COINTELPRO ?

Pourquoi des scandales aussi énormes n’auront jamais atteints vos oreilles?

« Plus jamais ça », me disait-on mais, toute ma vie, j’ai toujours vu ça. La guerre était partout : au Congo, dans le Golfe, en Palestine occupée, en Afghanistan, en Iraq, en Libye, en Syrie, en Ukraine – pour ne citer que les plus gros. À chacune de ces interventions, on a lu les gloses de beaucoup trop de politiques et de journalistes jouant à « qui a commencé » dans l’unique but de servir l’a priori et non la vérité, dans un pur raisonnement panglossien, en saccageant l’histoire, en caricaturant les positions, en refusant de faire parler le contexte.

Qui trinque? Les peuples, toujours.

Aujourd’hui, on essaie de nous vendre la guerre contre la Russie et la Chine. Refusons-la. Désertons avant même d’être conscrits. Exigeons la paix.

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Sortir du capitalisme, seule réponse à l’urgence climatique

L’explosion des émissions de gaz à effets de serre commence avec la révolution industrielle. Ce qui permet cette révolution, c’est le marché libre, c’est-à-dire la possibilité pour des entrepreneurs individuels d’exploiter des travailleur•euses et ceci en compétition avec d’autres entrepreneurs. Autrement dit la révolution industrielle dépend directement du mode de production capitaliste, dont le marché libre est la condition initiale. À la source de l’explosion des GES (gaz à effets de serre), il y a donc le capitalisme.

Or, pour lutter contre les GES, il faut des décisions structurelles, c’est-à-dire qui touchent des secteurs entiers, à l’échelle mondiale. Les efforts individuels ne suffiront pas quand vous prendrez votre vélo tandis que Bezos prendra son yacht ou son jet. Par décisions structurelles, j’entends, par exemple, des quotas (au minimum) sur la production de viande, une limitation du transport maritime, aérien et terrestre, la fin des centrales à charbon, etc.
Puisque le pouvoir politique est le seul habilité à prendre des décisions pour l’ensemble d’une société, seuls les pouvoirs politiques sont à même de prendre conjointement ces décisions sur la production mondiale, au sein d’instances internationales.

Pourquoi ne le font-ils pas?
Parce que ces industries sont aux mains d’acteurs privés – le fameux marché libre. Ces acteurs luttent pour leur propre survie. Chaque entrepreneur•e individuellement a intérêt à polluer, alors que collectivement l’humanité a intérêt à cesser d’émettre des GES.

Est-il envisageable que de tels accords (par exemple de quota de production) apparaissent malgré tout au sein du système capitaliste ?

1) Si oui, ce sera très certainement trop tard (ça l’est déjà) puisque l’intérêt des acteurs privés n’est pas celui-là

2) Si tel était le cas, ça irait avec une hausse des prix (ce qui est rare est cher en système capitaliste) et donc ne pourrait qu’accroître les inégalités au sein des pays et internationalement.

Par conséquent, la seule solution est de retirer des mains du privé toutes les industries majoritairement responsables des émissions de GES. Il en résulte que la première exigence écologique est la sortie du capitalisme.

Elle se traduit par la nationalisation des grands secteurs productifs, une mise en commun internationale des ressources, la décision de quotas de production, l’interdiction stricte de bénéfices privés sur la production de biens et services, un moratoire international sur la production de biens non nécessaires, un financement public massif dans la recherche scientifique liée à la limitation de l’émission de GES, l’interdiction stricte des pratiques de spéculation, etc.

Le mode de production capitaliste exploite les personnes racisées (esclavage, néo-colonialisme, prisonnier•es), les femmes (inégalités économiques sur la base du genre), les enfants, menace la paix (guerres impérialistes), les ouvrier•es partout sur la planète (dans les usines et dans les champs) mais aussi… l’environnement.

Lutter pour la vie, c’est lutter contre le capitalisme.

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Manifestement, je serais complotiste!

Neuf questions aux intervenantes

[Billet initialement publié sur Facebook. L’analyse détaillée du second volet est aussi sur le blog par ici.]

J’ai écouté ce matin, avec grand intérêt, la nouvelle « livraison » de l’excellent podcast d’Élisabeth Feytit « Meta de choc ». Le sujet de cette nouvelle série est le complotisme et son invitée est l’autrice des livres « L’ère du complotisme » et « Obsession ». Je précise toutefois que je ne réagis qu’au podcast, je n’ai pas (encore) lu les livres.

Mon intérêt était d’autant plus marqué que ces épisodes adressent une question souvent laissée de côté par la sphère sceptique, la géopolitique. Question qui, comme vous le savez si vous me lisez, me passionne également.

Mais voilà, j’ai été extrêmement déçu – irrité, même – par ce premier volet. J’en profite ici pour adresser quelques questions. Il semble en effet que, selon les critères que l’intervenante prend en compte, j’appartiens à la catégorie de celleux « aveuglé·es par leurs postulats anti-impérialistes » (sic). Quant à moi, j’ai vécu cette première écoute comme une longue entreprise de discrédit, pas toujours rationnelle, de la position anti-impérialiste. Voilà, l’opposition franche est posée, j’en viens à mes questions.

Ceci n’est pas un complot mais une compote. Photo trouvée ici : https://p2.piqsels.com/preview/48/94/348/apple-sauce-chunky-applesauce-bowl.jpg (Non, je n’avais pas de meilleure idée de blague ;))

1) Vous définissez le complot [EDIT] (et votre définition du complotisme est sensiblement la même, vous y ajoutez seulement une notion d’obsession, ce qui est une attaque d’ordre moral et non d’ordre factuel – or, on ne reproche pas à Eric Jonckheere d’être « obsédé » contre Éternit!]] comme une référence à « une collusion d’intérêts qui se ferait de façon cachée ». Je suppose donc que s’il s’agit de désigner des collusions d’intérêts qui ne sont pas cachées, on ne pourrait considérer comme « complotiste » cette désignation. Or, l’anti-impérialisme rend essentiellement compte de collusions qui ne sont pas cachées :

a) d’abord à travers une lecture théorique qui montre que ces collusions sont le résultat de dynamiques économiques et non intentionnelles dont la logique est apparente – comme l’ont montré Marx puis Lénine ;

b) ensuite, il existe de nombreuses preuves de « collusions », soit que des archives ont été ouvertes (archives US sur l’embargo de Cuba, par exemple), que les preuves historiques sont suffisantes (Gladio), que des déclarations de responsables politiques en charge l’affirment (Brzezinski sur l’Afghanistan), que des rapports sont explicites (comme celui du Project for a New American Century), etc.

Est-il alors encore pertinent de taxer de « complotisme » les questions posées par l’anti-impérialisme dans les cas de nouveaux conflits ? On peut bien sûr relativiser ces sources, remettre en question leur authenticité ou leur degré d’influence historique. Mais la discussion est alors sensiblement différente de celle portant sur un discours qui serait « caché ».

2) Vous reconnaissez l’existence historique de certains complots et dites quelques mots, notamment, sur le renversement d’Allende fomenté par les USA. En revanche, vous ne dites rien des raisons économiques et politiques ayant poussé les USA à renverser Allende. Or, il est légitime d’estimer que, si de mêmes causes produisent les mêmes effets, les causes du renversement d’Allende peuvent avoir poussé les USA à renverser d’autres gouvernements qui ne leur plaisaient pas en usant de complots similaires. Il semble d’ailleurs que d’autres coups d’État similaires fassent consensus. N’est-il pas important de le rappeler ? Ne faut-il pas considérer, dès lors, qu’il est logique, lorsque des bouleversements géopolitiques sont en cours, de se demander si les USA n’y trouvent pas un intérêt semblable à celui trouvé dans ces différents renversements ? Comment faites-vous pour vous assurer, à chaque nouvelle guerre, qu’il ne s’agit pas d’un « nouveau Chili » ? Pensez-vous que le Chili soit une « aberration historique », un événement nécessairement unique et singulier ? Si oui, qu’est-ce qui vous fait penser une telle chose ?

Salvador Allende – Crédits photos : File:Salvador Allende Gossens-.jpg. (2022, March 28). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 20:20, May 23, 2022 from https://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=File:Salvador_Allende_Gossens-.jpg&oldid=644816873.

3) Peut-être se peut-il que j’interprète mal mais j’ai perçu certaines formes de pensée dichotomique dans votre critique des anti-impérialistes. Comme si dénoncer les ingérences occidentales – notamment états-uniennes (réelles ou supposées, là n’est même pas la question ici) – revenait à donner son blanc-seing à des régimes autocratiques et à dénier toute légitimité aux mouvements démocratiques demandant plus de droits ? Est-il possible d’envisager que ces mouvements ont été potentiellement gangrénés par les extrémistes, comme en témoignent les horreurs commises par les fameux casques blancs ? Est-il possible d’envisager que ces mouvements, tout légitimes qu’ils soient, ont été instrumentalisés notamment par les USA, comme le montre Ahmed Bensaada dans son livre « Arabesque$ » ? Quel est pour vous le niveau de preuve suffisant pour en effet pouvoir parler de « complot » ? Sur ces questions, il n’y a pas de démarche expérimentale possible. Donc, on fait comment ?

4) Vous semblez être sûre de la correspondance de votre position avec les faits, notamment sur la Syrie. Pouvez-vous expliquer votre méthode ? Par exemple, comment vous êtes-vous assurée que votre ami prêtre en Syrie était plus crédible que les discours anti-impérialistes « complotistes », tout en ignorant le terrain et la langue ? Je pose la question parce que, pour ma part, j’ai aussi un témoignage personnel : celui de restaurateurs syriens près de chez moi. Ils sont aussi chrétiens et m’ont dit que, sans Assad, leur communauté aurait été décimée par l’État islamique, qu’heureusement Assad avait été là ! Alors, qui croire ? Et pourquoi ? Comment faire quand des témoignages s’opposent ? Doit-on, par exemple, passer sous silence le soutien précoce à Assad par la population syrienne, objectivé par un sondage qatari paru dans le Gulf Times en décembre 2012 ?

5) Ne pensez-vous pas que votre développement est tautologique en ce que vous partez de la prémisse que vous avez « raison » (vous savez ce qui relève du complotisme et ce qui n’en est pas – AKA votre position) pour conclure sur le fait que les autres ont tort… Pensez-vous que la focale mise sur la « sémantique » ou sur le « discours » est à même, méthodologiquement, de sortir de cette tautologie dans la mesure où toute nouvelle analyse de ce que disent les anti-impérialistes (comme par exemple ce long post) pourra de facto entrer dans l’une de vos catégories préconstruites ?

6) Une réflexion récurrente serait, selon vous, complotiste par sa seule récurrence ; ce que vous appelez « mantra » ou « obsession ». Or si l’on considère qu’une même cause produit de mêmes effets, il est logique de chercher s’il n’y a pas des points communs entre plusieurs événements géopolitiques apparemment différents. Par exemple, si l’on considère la volonté de maintien de son hégémonie par les USA comme cause de son implication dans différents coups d’État (dont celui contre le Chili d’Allende), alors il est logique de se demander de façon récurrente si chaque coup d’État ne serait pas potentiellement (j’insiste sur le fait que c’est une éventualité à réfuter et non une certitude à confirmer) une énième itération de cette volonté hégémonique ?

7) S’il peut arriver que certains questionnements que vous nommez « complotistes » soient des raisonnements motivés, est-ce bien différent dans votre camp politique ? Ne pensez-vous pas que les a priori (qu’ils se révèlent pertinents ou non par la suite) sont autant le fait de celleux qui voient des complots partout que de celleux qui n’en voient nulle part ? Que si les un·es semblent vouloir, à tout moment, nier la légitimité de l’ordre existant, les autres semblent avoir un tropisme tout aussi pernicieux tendant à vouloir maintenir ce même ordre ?

8 ) De façon plus générale, ceci traversant l’ensemble de ce premier volet et sur base de l’ensemble des points développés ci-dessus, qu’est-ce qui justifie l’emploi au singulier du terme « complotisme » ? Cela a-t-il du sens de mettre dans une même boîte les complotismes que vous dites d’extrême-droite et « d’extrême-gauche » ? De comparer Qanon avec l’anti-impérialisme ? Lors même que le critère principal – à savoir le caractère « caché » des complots – est valable chez les premiers mais pas chez les seconds ?

9) Vous projetez une intention malveillante chez celleux que vous appelez « idéologues du conspirationnisme », mais vous ne citez pas de nom. Vous dites que ces derni·ères « exploitent les fragilités des gens ». Ainsi, vous supposez a) qu’iels se savent mentir, b) qu’iels le font à dessein pour faire du tort. Cette remarque est-elle vraiment généralisable ? Ne peut-on imaginer que, selon les thématiques, certain·es croient pour de bon ce qu’iels avancent, sont de bonne foi et, qui plus est, ont « de bonnes raisons du croire » (raisons avec lesquelles vous pourriez, bien entendu, être en désaccord) ?

Je serais ravi d’échanger autour de ces questions, notamment en attendant le second volet de cette série vendredi prochain. Lequel volet, peut-être, apportera également des réponses aux questions posées ci-dessus.

Pour écouter l’émission et vous faire votre propre avis : https://metadechoc.fr/podcast/complotisme-si-loin-si-proche/

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Méta de choc et complotisme : la géopolitique, l’échec de la pensée critique?

Étant donné la longueur de l’analyse, je rouvre mon blog pour ce billet. 😉

Le second volet du podcast Meta de choc « Complotisme : si loin, si proche » d’Élisabeth Feytit est sorti ce vendredi. Ai-je été plus convaincu par le volet 2 que je ne l’ai été par le volet 1 (dont vous trouverez l’analyse ici)? Malheureusement non et je vais vous expliquer pourquoi.

Je tiens à préciser, avant de commencer cette critique, que j’apprécie énormément le podcast Meta de choc. C’est avant tout ma déception pour un travail par ailleurs admirable qui me fait réagir. Par ailleurs, les propos tenus dans le podcast rendent compte d’un certain courant de la littérature et de l’expression publique sur le complotisme. Il ne s’agit pas de viser les personnes qui s’expriment dans le podcast mais de déconstruire/d’analyser une posture qui me paraît poser problème.

Soyons de bon compte d’abord : pour celleux qui n’y connaissent vraiment rien, sont toujours utiles un petit retour sur le faux que furent les « protocoles des Sages de Sion », la propagande historique des cigarettiers, quelques banalités en éducation aux médias sur les réseaux sociaux. Pourquoi pas. Au moins sur ces points abordés, je n’ai rien à dire. Mais, à ce prix, on a une fois encore une pensée qui pose énormément de problèmes et ne permet à mon sens pas du tout de cerner ce que « complotisme » veut dire, ni même de savoir si ce terme à quelque valeur que ce soit.

Image d’illustration prise sur le blog de Meta de choc, ici : https://metadechoc.fr/podcast/complotisme-si-loin-si-proche/

Cela commence mal dès la question initiale posée dans ce second volet. Élisabeth Feytit se demande quelle serait « l’origine », « l’initiateur » de ce mode de pensée. Le hic, c’est qu’il ne s’agit pas d’UNE dérive sectaire ! Pas de Raël en vue, pas de Ron Hubbard non plus. En fait, le conspirationnisme (ou complotisme) désigne un « mode de pensée » renvoyant à des faits qui tantôt sont réels, tantôt son fake (puisqu’il y a des complots avérés et d’autres non) – sans que l’on sache a priori, c’est-à-dire lors de la formulation de ladite pensée, à quelle catégorie elle appartiendra ; d’autre part, le conspirationnisme renvoie à des idéologies, des positionnements couvrant l’ensemble du spectre politique – donc pouvant s’opposer. Ce n’est certainement PAS une pensée cohérente – au contraire des « croyances » analysées habituellement dans le podcast. Lui donner un acte de naissance historique est une manœuvre artificielle qui fait courir le risque de tout mettre dans le même sac.

Tout se vaut…tant que c’est l’ennemi

Très vite dans le podcast, anti-impérialisme sera associé à…évangélisme – grâce à l’évocation du cas de Kémi Seba. Que l’anti-impérialisme soit directement lié à la gauche révolutionnaire marxiste, peu suspecte d’être religieuse, ne semble bizarrement pas déterminant. L’intervenante se sert alors de l’exception Kémi Seba comme d’un épouvantail. L’avantage, imparable pour elle, c’est de pouvoir ensuite procéder à une odieuse entreprise de confusion, en mettant dans un même sac et sans sourciller extrême-droite, antisémitisme, anti-impérialisme, anticolonialisme, antisionisme. Parce que, voyez-vous, il y a « continuum entre ces thématiques ». Une confusion « antisémitisme – antisionisme » validée un peu plus tard par Élisabeth Feytit elle-même.

Hein ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?

Marx et Lénine, tous deux d’origine juive, seraient heureux d’entendre ça ! D’ailleurs, l’appellation antisémite et anticommuniste de « judéo-bolchevique » n’entre pas dans le « logiciel » tel qu’exprimé dans le podcast. Zut, on fait quoi alors ? Plus proche de nous, l’Union Progressiste des Juifs de Belgique doit aussi être heureuse d’apprendre qu’elle est suspecte d’être antisémite, parce qu’inscrite dans un « continuum » ! Quelle bêtise. Sans compter qu’il y a  presque un réflexe raciste dans ce discours qui ose affirmer qu’en « Afrique, on a besoin de leaders ». Bah tiens. Les « Africains·es » seront, elleux aussi, content·es de l’apprendre. C’est quoi l’idée derrière, hein ? Pouvez-vous être plus explicite ? En même temps, les leaders africains au service de l’Afrique, l’Occident en a fait quoi ? Qu’est devenu Lumumba ? Sankara ? Assassinés par le « complotisme » ou par les « complots » ? Que la gauche marxiste révolutionnaire ait activement lutté contre Soral et ses copains, jusqu’à lui consacrer un très gros ouvrage juste pour le critiquer, ne semble pas non plus poser de questions.

Soyons clairs : il n’y a AUCUN continuum. Il s’agit d’OPPOSANTS politiques que RIEN ne lie.

Tout est récit : confondre les faits et les discours

Dans cette perspective, la réalité matérielle semble ne plus exister. Il n’y a que des « récits », des « imaginaires », des « discours », des « glissements sémantiques », voire des « hold-up sémantiques », des « symboles cassés » ou au contraire reconstruits, des « idéologies », des « logiciels » de pensée, etc. À quelle matérialité renvoient tous ces concepts ? Peu importe, apparemment. Le discours devient cause et conséquence du réel. « Au commencement était le verbe », n’est-ce pas ?

L’analyse qui s’ensuit est d’une indigence manifeste. « Au plus il y a du symbolisme dans l’actualité, au plus il y aura de complotisme. » Va démontrer une affirmation pareille ! Va la réfuter ! « L’antisémitisme est probablement le discours le plus ancré dans l’histoire de nos sociétés, donc forcément le conspirationnisme est lié à ça. » Va démontrer une affirmation pareille ! Va la réfuter ! Si Thierry Meyssan a eu du succès, c’est parce que le « récit » de Bush n’avait pas convaincu. Va démontrer une affirmation pareille ! Va la réfuter ! Etc.

Marx et Engels ont parfaitement montré, dans ce livre, les dangers de ne voir le monde qu’en termes de « discours »

L’avantage avec une telle façon de voir les choses, c’est précisément que la matérialité des faits passe au second plan. Par exemple, lorsqu’on affirme dans le podcast que le 11 septembre 2001, c’est la fin de deux générations qui n’avaient pas connu la guerre, elle « oublie » opportunément que l’absence de guerres sur NOS territoires ne nous a pas empêchés de massivement la pratiquer…chez les autres. Qui pour oublier le Vietnam et le napalm ? La guerre de Corée ? Les guerres d’indépendance ? Le Congo ? La Rhodésie du Sud ? Les attaques de Cuba, de la république dominicaine, du Panama – et j’en passe – par les USA ? Les souffrances de la Palestine ? La guerre d’Afghanistan ? Les armées occidentales en URSS ? Faut-il ne vivre que dans les discours pour oser affirmer que 2001 marque le retour de la guerre. Ainsi, ce qui est présenté comme « cause » d’une nouvelle perception, AKA « le retour de la guerre », est avant tout une « conséquence » de conflits multiples, et parfois particulièrement sanglants.

Ce n’est PAS du discours. Tout sauf du discours.

Du continuum à la pensée dichotomique

Si, quand l’argument l’arrange, l’intervenante est prête à mettre dans un même sac conceptuel des positions politiques tout à fait opposées, elle sait aussi, là encore quand ça l’arrange, pratiquer la pensée binaire. Ainsi, il y aurait d’un côté les « démocrates » qui ne remettent pas en cause le « système » et de l’autre, des « anti-système » qui tendent vers le « conspirationnisme ». De quel « système » parle-t-on, peu importe apparemment. De quel conspirationnisme parle-t-on, peu importe aussi. L’idée est surtout de construire une opposition artificielle permettant, en miroir, de valider celleux « qui font confiance ».

Jusqu’à un retournement de situation particulièrement surprenant (inquiétant ?) : l’experte nous explique que « le logiciel démocratique a besoin de balises », « de savoir que ça c’est non négociable ». Le doute, la remise en question, l’esprit critique – des notions dont on pensait précisément qu’elles étaient l’indice d’une bonne santé démocratique – deviennent, dans un curieux renversement déjà dénoncé par Charlotte Barbier dans cette conférence, la preuve d’une démocratie qui va mal. L’intervenante ira jusqu’à dire que « le doute est un poison parce que, pour qu’une société fonctionne, elle doit reconnaître des figures d’autorité ». Elle ajoute que « [l]e doute vise à saper la confiance minimale nécessaire ». On croit rêver… Comprenant sans doute l’aberration d’une telle parole, elle est contrainte de compléter : « En dictature ce serait bien, mais en démocratie ça pose problème. » Ah. Et comment-qu’on-sait-qu’on-est-en-démocratie ? Bah parce qu’on y est, non ? C’est simple. Par contre, si les Chinois·es se sentent en démocratie aussi, elleux se trompent, elleux se font avoir par la propagande. Tout ça est d’une telle évidence.

La démocratie, ce n’est PAS la confiance aveugle. C’est, au contraire, le doute rigoureux et la possibilité de demander des comptes.

Révolutions arabes : jamais assez d’ingérences

Le dernier point sur lequel je voudrais revenir est l’approche problématique des mal nommés Printemps arabes. Pour elle, les choses sont limpides : des mouvements démocratiques populaires spontanés, malheureusement non soutenus par l’Occident, ont été réprimés par des dictatures puis des islamistes ont profité du chaos. C’est, en substance, le discours mainstream sur la question. Face à ce discours, le « complotisme » sert à « justifier les dictatures et vilipender les démocraties ». Well, well, well.

Que peut-on dire de cette perspective ? Je ne vais pas revenir précisément sur ces différents points qui mériteraient un article – un livre – rien qu’à ce sujet. Sauf qu’en fait, des livres, il y en a déjà eu. À commencer par ce bouquin de Ahmed Bensaada « Araquesque$ », livre que j’ai eu le plaisir d’éditer chez Investig’Action il y a quelques années. Ce livre revient sur les différents cas égyptien, tunisien, yéménite, algérien, syrien et libyen. Magnifiquement documenté, ce travail explore en détails les liens entre « les mouvements démocratiques » (qui, contrairement à ce qu’affirme le podcast, ne sont ni esseulés et spontanés) et, notamment, « l’administration US ».

J’insiste : PAS de COMPLOT ici. Tout ça est transparent, documenté, connu de toustes, cohérent avec la politique US impérialiste.

Ahmed Bensaada, auteur du livre « Arabesque$, enquête sur le rôle des États-Unis dans les révoltes arabes », image empruntée ici : https://www.aps.dz/algerie/105463-l-universitaire-ahmed-bensaada-plaide-pour-un-encadrement-juridique-du-financement-des-ong

Des exemples ?
Je n’en prends qu’un par pays. Mais sachez qu’il y en a de nombreux. Tous sourcés dans ce livre que je ne peux que vous conseiller. Vous verrez que les sources ne sont pas d’obscurs blogs conspirationnistes. J’insiste aussi pour dire que l’instrumentalisation par les USA des révoltes ne signifie pas que ces révoltes aient été illégitimes. Ça veut juste dire qu’elles ont été instrumentalisées, ni plus, ni moins. Le dire n’implique ni complot (ce n’est pas caché), ni complotisme (pas de récit sans preuve).

Égypte ? Omar Afifi, ex-policier égyptien exilé aux USA depuis 2008, trois ans avant le « printemps », avait déjà publié sur Youtube des vidéos de conseils au parfait révolutionnaire. Afifi a reçu une bourse de la NED (National Endowment for Democracy) en 2008-2009 (voir p.19 de ce document de la NED).

Tunisie ? Slim Amamou, cyberdissident bien connu de la révolution tunisienne, participait dès mai 2009 à des ateliers organisés au Caire par le gouvernement US et par l’Open Society de George Soros (comme en témoigne cet article du Guardian).

Yémen ? Entsar Qadhi a reçu la formation et du financement de l’IRI, le NDI et Freedom House (comme en témoigne cet excellent article du New-York Times).

Algérie ? La contestation a été organisée par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), parmi laquelle on retrouvait la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme. Cette dernière a été financée par la NED américaine (National Endowment for Democracy) en 2002, 2004, 2005, 2006 et 2010, pour un montant minimum de 120000$.

Syrie ? Osama Monajed, figure cyberactiviste importante du début du printemps syrien, déclare, dans un documentaire consacré au « philosophe US des révolutions » Gene Sharp, venir à Boston, au siège de l’Albert Einstein Institution depuis « 2006 ou 2007 ».  

Libye ? Le véritable échec des révolutions « calmes » chères à Popovic, son plus fidèle artisan au service de l’impérialisme. Impossible de donner « UN » exemple emblématique tant ce scénario est plus proche des ingérences militaires que de la révolution non-violente. Je renvoie à la p.159 du livre de Bensaada pour envisager ça en détails.

Bref, l’important est ailleurs : loin de constater un Occident qui aurait fait preuve de lâcheté en ne soutenant pas les révoltes arabes, on fait au contraire face à un Occident (et surtout les USA) artisan des révoltes et s’assurant de les faire évoluer dans son sens. Ces mouvements démocratiques populaires ne sont pas spontanés, ils sont hyper soutenus par l’Occident que ce soit d’une point de vue financier, logistique et idéologique.

Le lien entre islamistes et Occident mériterait, lui aussi, un traitement particulier mais je n’ai pas le temps de le faire ici. Sachez juste que la ligne de démarcation très claire qui s’emploie à décrire de façon simpliste les « bons » et les « méchants » n’a jamais existé. J’en veux pour preuve les fameux « casques blancs syriens », mis à l’honneur à l’époque par Netflix, des « sauveteurs » dont au moins certains étaient des djihadistes financés par l’USAID (une autre agence US), comme le révélait le célèbre journaliste Max Blumenthal dans ces articles (voir ici et ici).

« Les démocraties occidentales n’ont globalement pas répondu à l’appel des révolutionnaires ». Vraiment ? Ainsi, pouvoir affirmer qu’on est « dans une question de droits de l’homme, pas dans une question de c’est l’impérialisme, c’est le système » est vraiment inquiétant. Un pays démocratique est un pays qui peut décider pour lui-même, sans ingérence, sans instrumentalisation. Ça paraît pourtant assez clair.

Conclusions

Je m’arrête ici de cette analyse déjà beaucoup plus longue que souhaité. Que retenir en quelques mots ?

  1. Chercher « un·e initiateur·rice » au complotisme n’a aucun sens ; on ne peut trouver de source unique à un phénomène qui dit une chose et son contraire
  2. Le terme de « complotisme » en tant que concept ne faisant référence qu’à « un certain type de récit » est non-pertinent puisqu’il ne permet pas de discriminer entre des discours fantaisistes et une analyse matérielle du monde
  3. Reprocher le « confusionnisme » des complotistes en le pratiquant avec ardeur soi-même est contradictoire et ne peut que polariser les débats
  4. Une perspective « discursive » du monde (« idéaliste » auraient dit Marx et Engels) fait courir le risque  de nier la réalité matérielle « hors discours », notamment, dans le cas qui nous occupe, les nombreuses guerres, les crimes, les exactions dont l’Occident s’est rendu coupable depuis la fin de la seconde guerre mondiale
  5. Voir le monde en termes binaires « les démocrates » contre les « soutiens aux dictatures » est une insulte à la complexité historique du monde, aux enjeux, aux forces en présence et, au final, à la recherche de vérité
  6. La démocratie exige le doute rigoureux et non la confiance aveugle. L’esprit critique ne se réalise pas dans la soumission à l’autorité, quelle qu’elle soit, d’où qu’elle vienne
  7. L’Occident, et les USA avant tout, a massivement préparé et soutenu les révoltes dites du « printemps » arabe ; ces dernières ont été instrumentalisées, sans que cela ne dise quoi que ce soit de la légitimité desdites révoltes.

J’attends avec effroi le troisième volet. Bien entendu, je reste ouvert à tout débat contradictoire. Jusqu’ici, cet appel n’a pas été entendu.

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