Revues de presse

#5 Revue de presse

On commence par un « divers », par pure conscience professionnelle consistant à suivre mes dossiers :

  • 20% des Turcs et Maghrébins de Belgique affirment avoir été victime de discriminations lors d’une recherche d’emploi. T’as pigé Sammy Mahdi, Président des jeunes CD&V ? Ce que j’aime beaucoup, c’est que les médias qui relaient cette info n’ont pas cru bon de faire le lien avec les dernières émeutes à Bruxelles – ce que j’ai tenté de faire dans mon article publié il y a quelques jours. Ce qui est fou aussi, c’est que ces 20% ne concernent que ceux qui peuvent l’affirmer ! Le vrai chiffre est certainement beaucoup plus élevé, comme pourraient le confirmer tous ceux qui ont travaillé, par exemple, dans l’immobilier locatif (là je parle de discrimination au logement, évidemment)… Cette moyenne est aussi beaucoup plus grande que la moyenne européenne, ce qui fait de nous, cocorico, un pays particulièrement raciste.
  • Une info à compléter avec celle-ci : en Belgique, trois travailleuses sur 4 ont subi de la discrimination, des préjudices ou des tensions au travail sur base de leur grossesse ou maternité. Voilà, voilà. Et si t’es une femme maghrébine ? Bah, tu vas te cacher. Mais pas sous une burqa, hein, parce que là aussi tu vas te faire emmerder.
sunshine

There’s more sunshine than rain!

Fusions / Acquisitions / Concurrences, etc.

  • Encore des bonnes nouvelles pour Monsanto/Bayer : tandis que l’UE a prolongé de 5 ans l’autorisation du glyphosate, les autorités US de la concurrence ont bien entendu approuvé la fusion entre les deux géants.
  • C’est sous le titre « ArcelorMittal vient au secours d’une PME française » que le journal Les Échos annonce le rachat complet de Lorraine Tubes par le géant de l’acier. Qui leur explique que ça n’a rien d’une faveur, bien au contraire ? Moi, je suis fatigué…
  • CVS au USA, c’est comme les « bics » en Belgique : la marque est tellement associée au produit qu’on en oublie que c’est une marque. Imaginez alors l’importance de l’annonce de CVS Health qui a annoncé la reprise de l’assureur Aetna pour 58 milliards d’euros ! Monopoles, monopoles, monopoles.
  • Les promoteurs immobiliers français Nafilyan & Partners ont été rachetés par Immobel.
  • Ponant, une compagnie française, double la taille de sa flotte en rachetant Pasteels-Navicruise (croisière haut de gamme). Un marché naval en pleine concentration également, comme on l’a vu récemment. Euronav annonce d’ailleurs 20 millions de plus-values sur un seul tanker qui en vaut deux fois plus. 20 millions directement volés aux travailleurs, by the way.
  • Ikea poursuit sa diversification en ouvrant deux hôtels en Belgique. Comme un accordéon, le capitalisme inspire en concentrant des activités économiques, en rachetant et en se diversifiant et expire en revendant des départements, en licenciant, en délocalisant.
  • Ice-watch annonce un partenariat avec Moulinsart. Ice-Wath dont je rappelle qu’ils ont racheté la société française Patton en 2014.
  • Au chapitre des perdants : Toshiba se retire du nucléaire en Grande-Bretagne, après avoir revendu son département cartes mémoire à Apple il y a quelques semaines. Le chant du cygne ? La mort d’une géante naine ? Pas pour rien que même les plus gros s’efforcent de toujours grossir : on ne le dira jamais assez, ce n’est pas par cupidité, c’est par volonté de survie.

Licenciements collectifs, réductions de personnel

  • General Electric veut supprimer 4500 emplois en Europe. Craintes à Charleroi. Il s’agit de licenciements sur le seul secteur des activités Energie Alstom. Pour rappel, GE avait racheté Alstom en 2015. Et comme on le sait : rachat un jour suppose licenciements collectifs le lendemain…
  • 4400 agents en moins à la SNCB d’ici 2020. Ça pourrait ne choquer personne : finalement, on ne parle pas de licenciements secs. On oublie alors deux choses : c’est autant de personnes qui ne seront pas engagées alors que le chômage demeure un problème fondamental pour les gens au quotidien et pour les caisses de l’État ; ensuite, c’est encore plus de pression sur les travailleurs SNCB qui restent alors que 80.000 Belges sont en burn-out chaque année. Heureusement que la SNCB continue d’offrir un service au top, que le budget est par ailleurs maintenu et qu’on ne prépare pas du tout les futures privatisations. Comment ? C’est tout le contraire ?
  • Alors ça c’est amusant : la direction de Truflo Rona, qui a annoncé début octobre son intention de fermer le site d’Herstal (105 emplois à la poubelle, quand même) s’est elle-même « cambriolée » pour honorer une commande de pièces bloquées lors des négociations avec les syndicats.

Divers

  • Un petit divers sans importance : le travail des enfants au Ghana. Figurez-vous que Barry Callebaut (le chocolat, là, celui qui est juste devant vous sous forme de Saint-Nicolas pour vos mioches) veut éradiquer le travail des enfants…pour 2025! On rappelle à cette entreprise que c’était une promesse pour 2020 ? On rappelle que ce qui est présenté comme une initiative spontanée si positive dans La Libre est juste affreusement hypocrite parce que si cette entreprise ne volait pas le travail des ouvriers en les sous-payant, ils n’auraient pas besoin de faire bosser leurs gosses ?
  • Le G20 découvre qu’il y a un problème de surcapacité (comprenez : crise de surproduction) avec l’acier ! Bon, leur compréhension du phénomène, comme souvent dans ces cas-là, c’est que c’est à cause de la Chine. Pour les autres, les crises de surproduction du capitalisme ont été décrites il y a pas moins de 170 ans par un homme barbu qui n’était pas le Père Noël.
  • 150 millions de vues pour une pub Samsung sur Youtube. Si vous vous demandez comment c’est possible, rappelez-vous les fermes à clics. Certains estiment que plus de 50% des données sur le web serait juste…des fakes. Tout ça pollue l’environnement et crée de l’esclavage moderne. Mais bon, ça se passe loin d’ici, donc on s’en fout.
  • L’accord de Bâle III a été signé ce jeudi, lequel devra imposer des conditions pour ne plus revivre la crise financière de 2008. On rit avant ou après avoir analysé sérieusement ce texte ? (Quelqu’un s’y colle ? Je suis preneur, mais j’ai piscine.)
  • Macron, en petite visite de courtoisie au Qatar, y a signé jeudi des contrats de plus de dix milliards d’euros (essentiellement des avions de combat). Pour plus de paix dans le monde car, comme le dit l’adage « qui vis pacem para bellum ». Heureusement que le Qatar est une vraie démocratie, comme le rappelle Amnesty dans son rapport.
  • Le géant chinois de l’automobile BYD s’installe en grande pompe au Maroc. Il semble que la question de l’impérialisme de la Chine doive se poser de plus en plus, sinon comme fait avéré, peut-être comme fait en devenir.
  • Le Président Maduro a annoncé un projet de cryptomonnaie, le Petro, pour lutter contre l’hyperinflation. J’espère revenir prochainement avec des infos de mon envoyé spécial à Caracas (ahaha, j’adore dire ça…)
  • On nous annonce qu’un Brexit « dur » (comprenez : fin du libre-échange, retour aux règles classiques de l’OMC) serait dommageable pour le secteur belge de la viande. M’enfin, c’est bien le libre-échange alors ? Disons que s’il y a du protectionnisme, autant que ce soit chez soi plutôt que chez les autres…
  • ABinbev est accusé d’abus de position dominante en Belgique dans le secteur de la bière, et donc accusé de nous faire payer trop cher son (infâme) breuvage (qui, soit dit en passant, augmente encore de 3% – le prix, pas le degré d’alcoolémie)… Dites, les gars, reprocher à un monopole d’abuser de sa position de monopole, c’est pas comme lâcher un pédophile dans un jardin d’enfants en s’étonnant qu’il est le premier à vouloir changer les couches ?! Pour rappel, la Ginette, la Triple Karmeliet, la Kwak et d’autres encore n’ont plus rien d’artisanal, sont des purs produits ABinbev, hein, au cas où vous vous posiez la question.
  • Trop bien, on a droit maintenant au « Startup manifesto », pour que tout le monde devienne en-tre-pre-neur. Dites, juste une question super naïve : lorsque tout le monde sera entrepreneur, c’est qui qui va bosser dans l’usine ? Parce que si c’est l’entrepreneur lui-même, il ne serait pas « plus ouvrier qu’entrepreneur », mais sans la protection sociale ? Autrement dit, c’est pas un peu la fabrique de la précarité, ça, qu’on nous vendrait avec du strass un peu puant ?
  • Les premiers vols du low cost d’Air France « Joon » ont eu lieu la semaine passée. Un dossier que j’ai pas mal suivi à l’époque. La Direction avait renvoyé dos à dos les syndicats et les pilotes dans une pure stratégie « diviser pour régner », que j’avais illustrée grâce au paradoxe du prisonnier.

C’est tout pour cette semaine. On me dit qu’il n’y aura que des bonnes nouvelles la semaine prochaine. À moins que ce soit encore une Fake News.

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#4 Revue de presse (enfin!)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? En mode « colère ». Désolé.

En vrac

Être ouvrier tue. Au sens propre chez ArcelorMittal, suite à une explosion à Gand ; au sens propre à la SNCB quand un wagon fou percute des cheminots. Morts nettes, rails sales, j’ai la nausée. Entre-temps, atteinte au droit de grève avec l’instauration du service minimum sur le rail et une nouvelle augmentation de prix pour un service qui n’en finit plus de se dégrader (foi de navetteur). Les données de 57 millions d’usagers d’Uber ont été volées, l’entreprise qui va acheter des « dizaines de milliers » de voitures autonomes à Volvo, histoire de se passer de ses encombrants chauffeurs (pourtant surexploités). Encore des ouvriers en trop. Tués aussi, d’une façon…plus propre. Vive le Black Friday pour enfin consommer tout ce que notre monde surproduit, un « black Friday » vraiment noir en Égypte. Encore des morts nettes. 235 morts nettes. 235 ! Putain. Avec des armes vendues par qui ? Par notre balance commerciale positive ?

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Maine Central Railroad wreck. High tread.

Edouard Philippe veut baisser les cotisations sociales des entreprises (une vraie politique de gauche est « en marche », niark !) ; les riches fument de moins en moins, les pauvres de plus en plus – quels abrutis ces pauvres ! ; l’ex-Directeur du FMI, Rato, sera jugé pour escroquerie en Espagne (des ennuis avec la justice, un « must » pour le FMI, n’est-ce pas DSK ?) ; instrumentalisation des services secrets par De Decker dans le scandale financier du Kazakhgate qui touche maintenant Airbus ; les coursiers de Deliveroo vont faire grève pour protester contre la fin du statut d’employé ; Altice dégringole en Bourse, géant aux pieds d’argile.

Toujours en vrac, on se rappelle que les Rohingyas vivent sur un territoire…riche en pétrole. Je dis ça, je dis rien ; le glyphosate a été prolongé par l’UE pour cinq ans. Zavez bien lu : à la suite des scandales à répétition, le glyphosate est malgré tout PROLONGÉ. Alors, Mélanie Laurent et les autres thuriféraires d’un « Demain » si merveilleux, zêtes où ?! ; L’UE qui a cumulé les coups tordus ces derniers jours avec le recalcul de l’impôt des sociétés : la gauche parle de 200 milliards de pertes. Peanuts, quoi. Le peuple n’a pas besoin de ce fric, anyway ; Macron en Afrique affirme qu’il n’y a pas de « politique française en Afrique ». Non, t’as raison Manu. Pas de politique, juste du vol. Du viol. Du sang. Parfois délégué à Bolloré, mais on ne va pas s’encombrer de détails, hein ! ; Le japonais Toray touché par un scandale sur la falsification de données, après Mitsubishi et Kobe steel – un scandale passé inaperçu dont j’avais eu l’occasion de parler.

Securitas va protéger…l’armée. Quand le recours au privé devient carrément croquignolesque. Ça se passe à la caserne d’Heverlee ; Ryanair compte « sanctionner » les équipages qui ne vendent pas assez de leurs foutus billets de loterie foireux, leurs parfums et autres saloperies ; Apple reconnait enfin des conditions de travail déplorables chez Foxconn. À leur décharge, ça ne fait que cinq foutues années qu’on en parle dans les médias mainstream ; Standard and Poor’s déclare le Venezuela en défaut partiel sur sa dette. Ça vous dit quelque chose, ces agences noyées jusqu’au cou dans des scandales de conflits d’intérêts et qui voyaient en Lehman Brothers une entreprise tellement solide avant qu’elle se casse la gueule et provoque la crise de 2008 ?

Fusion/acquisition/concurrence/etc.

  • Lafarge (Albert Frère) a financé l’État islamique en Syrie pour conserver ses positions sur le terrain. Business is business, bro !
  • Un petit bijou d’article des Échos sur les fusions et les prises de capital dans le milieu de la construction en France. Sont concernés : le holding HLD, la famille Dentressangle, Kiloutou, la famille Mulliez, etc. L’article est incompréhensible mais donne un bel aperçu des « mouvements » qui permettent à seulement quelques acteurs de grossir aux dépens des autres.
  • Le chinois Alibaba dépense 2,5 milliards d’€ pour monter au capital de Sun Art (Auchan).
  • Un fonds d’investissement US veut acquérir 40% de Belron (Carglass qui appartient à D’Ieteren et dont on sait depuis la revue de presse #2 qu’ils ont aussi acquis Maisoning, dans la construction).
  • Natixis, encore une banque d’investissement, annonce qu’elle va consacrer 1 milliard d’€ à des acquisitions d’ici 2020. À chaque info de ce style, demandez-vous : qui sont les perdants ?
  • Dans la foulée du rachat d’Alpro par Danone, changement de direction en faveur de Sven Lamote. À quand les licenciements collectifs chez Danone ?
  • Il existe une alternative au super nocif glyphosate de Monsanto. Bonne nouvelle ? Ouais. Sauf que l’ANSES, l’organisme de certification de ces produits, refuse toujours l’autorisation de mise sur le marché. Eh quoi, faudrait pas fâcher les copains quand même !
  • L’UE se dote de nouvelles règles anti-dumping. Enfin, contre le dumping qui lui est défavorable, pas l’autre ! Qui est visé ? La Chine bien sûr… Il s’agit ici de lutter contre la concurrence, rien de plus.
  • La fusion ATT/Time Warner est bloquée aux USA. Unbelievable. Enfin, on va suivre ça de près, c’est rare que…ça ne se débloque pas !
  • Solvay s’apprête à vendre son usine de Charleston. Alors on danse…avec les ouvriers « transférés ».
  • Une filiale de HSBC débourse 300 millions d’€ pour éviter un procès. Justice à portefeuilles…
  • Cobelfret prend une participation chez Euronav. Pas besoin d’être sur terre pour faire de la concentration. Ça « marche » sur mer aussi.
  • Qualcomm rejette l’offre de rachat de Broadcom. Thug life chez les gros bras : « Nan, c’est moi le plus gros, c’est moi qui vais te racheter ! » La seule chose dont on soit sûr, c’est que l’un finira par racheter l’autre.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.

  • En Belgique, IBA a licencié 20 personnes. Les mêmes qui annonçaient d’incroyables perspectives de croissance l’an passé.
  • « Restructuration » (je ne m’y fais pas à ce terme à la c**) à Philips Lightning à Turnhout, 78 emplois perdus.
  • Siemens se prépare à des milliers de suppressions d’emploi – sur fond de bénéfices record (en hausse de 11% avec 6,2 milliards d’€ de bénéfices et 83 milliards d’€ de chiffre d’affaires !)
  • Les galeries Lafayette vont céder sous forme de franchise 22 magasins. On parie que ça ne se traduira pas en bonnes nouvelles pour l’emploi ?

À la semaine prochaine pour de vraies bonnes nouvelles?! Hum.

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Message aux lecteurs

Bienvenue sur le radis!

« L’économie politique à la racine, même si ça pique. »

Bon, ça y est. Il y a tout juste une semaine, je vous demandais une idée pour le nom d’un blog. J’ai dû faire un choix parmi toutes les propositions que vous avez soumises – et j’ai bien ri. Vous allez me dire : « Ouais, enfin, tu n’as pas du tout tenu compte de notre avis ». Et je vous répondrai : « Faux! » Ça m’a permis d’évaluer votre perspective sur mes posts : ancrés dans une pensée de gauche, très critique. J’ai aussi pu mesurer – ou pressentir – les attentes.

Bref, je suis super heureux de vous présenter finalement « le radis ». Une sympathique racine, un peu piquante, qui renvoie à l’idée que je me fais de l’analyse médiatique et du traitement de l’actualité économique et politique : nécessité de pousser la déconstruction des phénomènes jusqu’à leurs structures, leurs « racines », même si ce n’est pas « amusant » – même si « ça pique ».

Pour l’instant, je n’ai eu le temps d’archiver que quelques-uns de mes précédents textes. Je vais mettre tout ça à jour petit à petit.

Parmi les grandes catégories du blog :

Analyses : de courts articles analysant une actualité. C’est un travail strictement journalistique de déconstruction, de vulgarisation.
Pensées en passant : très courts aphorismes en réaction à un événement d’actualité, sur tous les sujets de société, économique et politique.
Réactions : des posts en réaction à des articles parus dans la presse, soit pour les déconstruire, soit pour en donner une autre perspective, soit pour les compléter.
Revues de presse : des articles moins articulés, sous forme de listes, des événements de la semaine marquants, essentiellement dans les domaines économique et politique.

radisradisY’a tout un tas de remerciements à faire à ce stade. D’abord, merci à vous qui lisez ce que j’écris, qui m’en parlez quand on se voit, qui réagissez en ligne ou hors ligne pour dire vos accords, vos désaccords. J’en profite aussi pour remercier Inês Monteiro pour le logo (qui claque). Merci enfin à ceux qui vont rejoindre le blog et, j’espère, en devenir lecteurs.

À très vite pour la prochaine #4 revue de presse.

Emmanuel

 

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Revues de presse

#3 Revue de presse

press

Dinner for visiting members of the governing board of the international league of press clubs [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? Vu le nombre d’infos, je fais cette revue de presse un peu plus tôt (et vive les trains!).

Une fois n’est pas coutume, on commence par les « divers »
– Parce que, quand même, sont sortis les « Paradise papers ». Bono, le sponsor d’Anderlecht, Bernard Arnault, l’État belge, Apple, Nike… C’est l’arche de Noé, quoi. Bon, on va être honnête, ça n’étonne plus personne. Comme je le disais la semaine passée avec les résultats virevoltants d’HSBC, c’est que finalement tout le monde s’en fout, si pas tout de suite, au moins plus tard ! Même Me Michel Claise rappelait cette semaine combien aucun effort n’est mis dans la lutte contre la fraude fiscale. Mon souhait n’est pas tellement la mise en lumière d’une fraude, ici ou là, d’un cas limite « légal mais peu éthique ». Mon souhait, et j’insiste là-dessus, c’est qu’on prenne bien conscience de ce qui pousse ces gens-là à mettre leur pognon à l’abri. Et c’est moins la cupidité que l’absolue nécessité de faire du profit. Pour sa propre survie. C’est parce qu’il y a nécessité de maximiser les profits qu’il y a de la fraude. Et pas l’inverse.
– Il n’y aura plus de combustibles fossiles dans les investissements dits « durables » de la KBC. Comprenez bien que la véritable info, c’est de se dire que cette banque trouvait jusqu’ici « durable » d’aller (é)puiser des ressources plus que jamais limitées et ultra-polluantes sous nos pattes !
– L’Iphone X est sorti. Le genre d’info (de pub ?) qui ne m’intéresse aucunement. Sauf que. Un article de La Libre avance qu’Apple débourse 319€ pour chaque appareil qu’il vend à 860€. Soit 170% au-dessus du coût de revient. C’est ce qui s’appelle la « plus-value ». C’est ce qui est directement VOLÉ aux travailleurs d’Apple qui se tuent littéralement, par exemple dans les usines de Foxconn. (Et, ne vous emballez pas, c’est pareil pour Samsung et les autres, je ne suis pas raciste).
– Boeing vend 300 avions à la Chine. Voilà qui donne une idée de la relation amour/haine entre les deux pays, sur fond de Petroyuans… Ce genre de dépendance économique explique à elle seule pourquoi l’oncle Sam n’a pas (encore) été y larguer quelques-unes de ses merveilles technologiques par colis radiocommandé.
– Luc Partoune, directeur général de Liège Airport, avait annoncé qu’il voulait réduire son salaire annuel (passant de 424.000€/an à 310.00€/an à peine). Eh bien, finalement, il ne le fera PAS. Ah la bonne blague ! Quel farceur ce Partoune ! (Juste pour info, il sera quand même un jour obligé de le faire, obligation du décret wallon de 2016 mais entre-temps la majorité politique a changé. Oui, parce que, c’est de l’argent public tout ça. Votre argent. Le mien !)
– Le chiffre d’affaires de Bpost croît (croaaa) de 20% ce trimestre. Dans un contexte où l’entreprise avait annoncé le rachat de Radial (ceci expliquant sans doute cela), où en août, elle avait pris des mesures de « réduction des coûts », où elle a annoncé il y a peu la fin de l’universalité de la délivrance du courrier, où on l’accuse (à juste titre) de profiter de sa position dominante, etc.
– Toujours dans la saison des résultats des entreprises, après Bpost et Ryanair la semaine passée, c’est Ahold Delhaize qui annonce une hausse indécente. Indécente dans le contexte de licenciements et de fusion des années passées, bien entendu. C’est peut-être ça le pire : on éprouve quelque difficulté à reprocher à ces entreprises des mesures antisociales qui, de facto, leur fait effectivement faire du profit.
– On annonçait dans la presse la semaine passée une baisse continuelle du taux de chômage. Quelle belle nouvelle ! La même presse qui s’efforçait de passer sous silence une hausse de +8.4% (par rapport à 2016) des bénéficiaires du CPAS. Alors, à votre avis, simple corrélation ou rapport de causalité ?!
– Le gouvernement catalan dans les bras de la NVA. Ça se passe de commentaires. Je rappelle quand même que le principe d’autodétermination des peuples vaut a priori pour les populations menacées, hein, pas les riches qui veulent garder leur pognon pour eux en désactivant les mécanismes de solidarité.
– La place boursière de New-York fait les yeux doux à Aramco (compagnie pétrolière d’Arabie saoudite) pour que celle-ci fasse son entrée en bourse chez eux. Dans un contexte où la Chine s’apprête à échanger son pétrole en Yuans, on comprend l’empressement des USA… Et les droits humains chez les Saoudiens, on en parle ? Non, bien sûr que non.
– Dans un contexte où des migrants fuient la (nos) guerre(s) au Moyen-Orient et où même une tente Décathlon semble être trop de luxe aux yeux de notre Police, sachez que pour d’autres la citoyenneté s’achète comme un pain au chocolat : pour peu que vous ayez suffisamment d’argent, vous pourriez devenir Portugais, Maltais, Espagnol, Letton ou Bulgare. De quoi ils se plaignent ces Syriens, voilà leur solution.

Fusion/acquisition/concurrence/etc.
– Barefoot et CO.Builders fusionnent. Zavez remarqué comme il est maintenant tenu pour acquis qu’une « start-up » a pour seule vocation de « starter » et jamais de grandir toute seule ? Comme il est acquis qu’elle fusionnera, sera rachetée par plus gros et finira, si tout se passe bien, dans le giron d’un des GAFAM ?
– Les travailleurs belges sont les plus « productifs » après les Suisses (ou pourrait traduire par « les mieux exploités », mais ce serait réducteur, n’est-ce pas ?) mais, par contre, le cabinet PwC (le genre de cabinets très sensibles au respect des droits des travailleurs, hum) nous dit que, patatras, malgré cela, les patrons en « tirent » (c’est le terme employé) un mauvais « retour sur investissement ». Pourquoi ? « Trop de charges ». Les « charges », c’est la fameuse participation des entreprises à la solidarité entre tous. Moi, j’appelle ça un « revenu indirect ». Les patrons, on les entend moins râler sur les charges quand leur burn-out les cloue à la maison et que c’est remboursé par tata mutuelle. Y’aurait presque de quoi se fâcher…
– Prise de participation de Softbank – un fond d’investissement – dans Uber, prémisses d’une entrée en bourse pour la firme de ladite économie « collaborative » (lol, comme on disait dans les années 2000…)
– Proofpoint acquiert Cloudmark. Ça ne vous dit sans doute rien mais ça représente un accord à 110 millions de $…
– Broadcom veut acquérir Qualcomm (fournisseur d’Apple, qui est en train d’acheter NXP). Un mariage qui pèse…130 MILLIARDS de $. Vous voyez cette image d’un requin la gueule ouverte s’apprêtant à ingurgiter un gros poisson lui-même, bouche béante, se précipitant sur un plus petit ? Oui ? Voilà, vous y êtes, bienvenue dans notre monde économique.
– Telenet rachète Nextel dans un souci de « soutenir sa croissance ». Élémentaire.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.
– Opel sort son plan « choc ». Réduction de « coûts » (n’oubliez pas qu’un travailleur, c’est soit une « ressource » – à exploiter donc, comme dans « ressource humaine »-, soit un « coût » -au mieux à éliminer, au pire à limiter), économie d’échelle (mise en commun de plateformes, donc licenciements aussi). Pas encore d’annonces sur le « combien ». On reste attentif. Mais déjà 400 postes en moins chez Vauxhall. Pour rappel, début juillet, l’UE avait donné son feu vert à l’acquisition d’Opel par PSA (Peugeot-Citroën) qui a déjà repris les activités financières du constructeur allemand la semaine passée. Et comme vous le savez tous maintenant : fusion hier égale licenciements demain…
– Licenciement collectif pour les tapis Balta, peu de temps après leur entrée en bourse. 200 personnes à la trappe. Procédure Renault activée. Comme souvent, les « efforts consentis » par les employés avant l’entrée en bourse n’y ont rien changé. (Sans blague… ?)
– Burger King engage 100 personnes à Liège. Chouette, des emplois qualifiés, qui rendent compte des compétences du travailleur wallon et pas des jobs sous-payés qui rendent bêtes dans des chaînes de fast-food étatsuniens… Wait, what ?!

Pendant ce temps, la Belgique envoie des troupes supplémentaires dans cette belle démocratie créée par l’Otan : l’Afghanistan. Ah, heureusement qu’on y est ! La très objective agence Fitch abaisse la note du Venezuela à « C » et le Nutella a encore plus de sucre.

Bonne nouvelle semaine à tous !

Références image :

Rare Book Division, The New York Public Library. (1891). DINNER FOR VISITING MEMBERS OF THE GOVERNING BOARD OF THE INTERNATIONAL LEAGUE OF PRESS CLUBS [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL) Retrieved from http://digitalcollections.nypl.org/items/510d47db-21cf-a3d9-e040-e00a18064a99

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#2 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi ?
Are you ready?

Fusions, acquisitions, vente de départements :
Comme vous commencez à le comprendre, je me concentre sur les fusions qui illustrent l’imposture d’une « concurrence libre et non faussée ». En effet, si les organisations fusionnent, elles tendent vers des quasi-monopoles.
– L’État français vend sa participation dans Renault
– PSA (Peugeot Citroën) acquiert les activités financières d’Opel (oui, parce qu’au cas où vous l’ignoriez, sachez que la plupart des grosses entreprises disposent maintenant de leur propre banque ! Pratique ! Je devrais faire pareil pour financer ma vie perso…)
– Airbus rachète une majorité d’actions Bombardier. Y’avait trop de constructeurs d’avion de toute façon… Ou pas ?
– Bics (Proximus) rachète Telesign pour devenir la première plateforme mondiale de ce type – notez bien la fierté qui couve derrière l’adjectif « première » ; vive la concu…heu, non, en fait non.
– Novartis, le groupe pharma suisse, rachète Advanced Accelerator Applications pour « renforcer » sa position dans l’oncologie. C’est au service de la science, rassurez-vous.
– Brussels Airlines reprend les activités de Thomas Cook airlines. Clap de fin, dernier vol. Le mécanisme est le suivant : une organisation diversifie ses activités pour groooooossir, et quand elle est bien grosse, elle revend ses départements pour éliminer la concurrence. Élémentaire.
– Départ du patron de Deutsche Börse pour délit d’initié. Admirez la pratique : le bonhomme négociait une fusion dont il savait qu’elle allait faire bondir l’action de sa société de trading. Juste avant la signature, il achète un paquet d’actions à bas prix et s’attend à une plus-value à faire pâlir d’envie George Soros. Au final, il est pris la main dans le sac. Les montants sont tellement élevés que les tribunaux allemands lui refusent même une transaction financière « à l’amiable ».
– D’Ieteren rachète Maisoning via Belron (Carglass). Ça, c’est le genre de montage de société comme seuls les latinistes peuvent les comprendre. De tels enchâssements, ça s’invente pas. Bref, après les cahiers Moleskine, le distributeur belge de berlines allemandes continue de se « diversifier ». Pour quoi ? Pour grooooooossir. Et ensuite ? Dégrossir ! Supprimer la concurrence, le trop-plein de personnel et continuer de voir son action grimper aux sommets.
– AB Inbev n’a jamais été aussi haut. Le groupe brassicole « belgo-brésilien » – enfin, la dualité s’annule si l’on considère l’origine sociale très homogène des actionnaires – profite des retombées de sa fusion passée avec SabMiller. C’est un monopole de fait. Mais je suis sûr qu’ils le regrettent. Au fond, ils doivent aimer la concurrence, non ? C’est ce qu’ils prêchent pourtant.
– Engie veut vendre sa division « gaz » à Total. Et voilà, là c’est la phase « dégrossir » pour supprimer les « doublons concurrentiels ».
– Lancement d’Orange Bank. Encore un pur exemple de « diversification » sauvage. Ce ne sont même pas de nouveaux petits acteurs qui entrent sur des marchés, mais de gros acteurs d’autres marchés…
– Bpost, une entreprise sans concurrence ? Vous vous dites : il ne va quand même pas critiquer une entreprise d’État ? Eh bien si ! Une entreprise d’État qui joue le jeu capitaliste en s’efforçant de dégager des bénéfices dans un marché libéralisé agit comme n’importe quelle société capitaliste essayant de supprimer la concurrence. C’est pas joli joli.
– Ryanair a annoncé des résultats fringants en dépit des casseroles accrochées à ses avions ces derniers mois. On pourra continuer à me parler « d’image d’entreprise », ça ne vaut rien comme analyse tant qu’on ne considère pas les données chiffrées qui, seules, ont un impact sur la vie des organisations.
– HSBC multiplie par cinq son bénéfice de ce trimestre. Ah, il est loin le scandale SwissLeaks et la fraude fiscale à 180 milliards d’euros ! Quand je vous disais que seuls les résultats comptent. Puis si l’argent n’a pas d’odeur, il a encore moins de mémoire.
– Les USA ont décrété un embargo contre 39 sociétés russes. On me dit que c’est pour des raisons de « démocratie ». Ouf, pas de quoi s’emballer du coup.
– Il y a eu la fameuse directive sur le travail détaché dont j’ai eu l’occasion de faire une analyse plus détaillée dans un post précédent.
– Yamaha va se mettre à l’automobile. Encore un magnifique exemple de « diversification ».
– Amazon doit rembourser 250 millions d’€ au Luxembourg. Mais ils n’en feront rien évidemment parce que le pays ne leur réclamera rien. Comme l’Irlande n’a toujours rien réclamé à Apple. Alors, qui dirige ? La politique ou les grosses entreprises ? Je vous laisse répondre à cette question tout rhétorique.

Au chapitre des licenciements, luttes sociales, etc.
– Le groupe Nordea a annoncé la suppression de 6000 emplois
– 1000 emplois créés à Zaventem et 300 prévus à Liège Airport. Une bonne nouvelle, non ? Alors, demandons-nous de quels emplois il s’agit : qualifiés, non-qualifiés, très qualifiés ? Tadam, roulements de tambour…pas qualifiés du tout m’sieurs dames ! Les emplois « ventre mou » de la classe moyenne vont en s’amenuisant, et ce n’est pas les succès de l’intelligence artificielle qui vont améliorer les choses
– Suite au cataclysme social horrible de Caterpillar, sachez que l’action du constructeur d’engins de chantier se porte à merveille. Elle décolle, une vraie fusée. Sur le dos de qui à votre avis ?

Quelques divers, rapidement…
– AIG, l’assureur, annonce des pertes énormes à cause des ouragans. Bah oui, à force de jouer avec le feu de l’environnement, les grosses entreprises vont commencer à récolter la tempête dont elles ont semé le vent
– Le Bitcoin a battu un nouveau record, passant la barre des 7000$. Sachant qu’il ne valait que quelques cents à sa création. Ah, il est loin le temps de la convertibilité de la monnaie en or ! Ah, il est loin le temps où la monnaie n’était qu’un outil universel rendant possible des transactions qui ne l’auraient pas été avec le simple troc. Combien de geeks milliardaires grâce à ça ?
– En parlant de convertibilité d’une monnaie en or, j’avais analysé l’annonce super importante des prochains contrats de la Chine en Yuans pour les achats/vente de pétrole. Ce qui risque de changer la face du monde.
– Sinon, sachez que la commission européenne souhaite prolonger pour cinq à sept ans l’autorisation du glyphosate cancérigène. Bah oui, la substance était indiquée sans danger par un rapport de l’UE, copié-collé d’une étude des lobbyistes de Monsanto qui avaient eux-mêmes gardés secrets leurs propres conclusions indiquant l’effective dangerosité dudit produit. Quel merdier.

Allez, c’est tout pour aujourd’hui. Je retourne jouer au billard. Pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici, il y a toujours ma petite analyse de la future création d’une nouvelle raffinerie de sucre à Seneffe. Si vous avez envie de comprendre la fameuse PAC de l’UE.

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Analyses

Du sucre, encore du sucre

sugarUne analyse du projet « Serres », une nouvelle sucrerie à Seneffe-Manage
De quoi s’agit-il ? Suite à la fin des quotas sucriers, le marché européen s’ouvre et de nouvelles raffineries peuvent naître. D’où ce nouveau projet, conçu sous la forme d’une coopérative. Avec Iscal et Tirlemont, ce sera la 3ème sur un minuscule territoire.

Tous les mots sont importants…
Reprenons donc. La fin des quotas sucriers ? Oui, la PAC (politique agricole commune de l’UE) avait pour mission d’une part d’augmenter la productivité des agriculteurs tout en les protégeant. Il s’agit, depuis le début, d’un aveu d’échec de la fameuse inexistante « concurrence libre et non faussée ». Si on protège le marché européen agricole avec des subsides et en interdisant de produire trop en quantité, on garantit une relative « égalité » au sein de l’union, mais on fait une concurrence complètement déloyale vis-à-vis, par exemple, des pays africains qui se retrouvent à acheter nos produits moins chers que ceux qu’ils produisent eux-mêmes. Pour être sûr de dominer le marché agricole, l’augmentation de la productivité permet d’être moins cher. Mais comme tout le monde fait pareil partout sur la planète, il en résulte des crises de surproduction…

Et maintenant que le marché est libéralisé ?
Eh bien, les crises de surproduction vont s’étendre à l’intérieur de l’UE également, et plus seulement UE contre le reste du monde. Raison pour laquelle ni Iscal ni Tirlemont ne « voit d’un bon œil » (pour reprendre les termes de l’article de La Libre) le nouveau projet de sucrerie dans un marché déjà saturé.

Alors, les quotas, c’était mieux ?
Disons que les quotas renvoient à une idée de planification. En soi, c’est assez logique : autant planifier les besoins et produire en fonction – ce qui est une dimension importante de tout projet résolument socialiste. Ça a plus de sens que de laisser des acteurs économiques se battre en eux, se précipiter sur un marché qui s’ouvre, surproduire, licencier en masse, créer des besoins qui n’en sont pas, pousser à l’obsolescence programmée, sous-payer dans des pays qui n’ont aucun droit du travail, bousiller l’environnement…juste pour faire des profits et assurer sa propre survie (car il ne s’agit même pas d’avidité personnelle – sinon il suffirait d’éliminer les cupides et de les remplacer par des gens sensés !)

Mais ?
Oui, il y a un « mais ». C’est que l’UE, en pratiquant les quotas, le fait dans un système capitaliste global auquel elle ne se soustrait pas. Elle cherche donc à « avoir le beurre et l’argent du beurre » : protéger son marché interne, ses agriculteurs, etc. tout en surproduisant et en exportant au plus bas prix ses excédents. Le principe contribue donc à maintenir une bonne partie de la planète dans l’extrême pauvreté.

Bon, mais ici, c’est différent, Serres la nouvelle sucrerie sera organisée en coopérative !
J’ai envie de dire : « oui, et alors ? » Coopérative ou pas, cette dernière s’inscrit aussi dans un système concurrentiel. Coopérative ou pas, elle devra être rentable. Or, le marché est déjà saturé. Par conséquent, les dispositions qu’elle devra prendre vont nécessairement ressembler à celles que prend n’importe quel autre acteur économique : exploitation du personnel, rognage sur les coûts, etc. Et si ce ne sont pas eux les perdants, ce seront forcément les acteurs déjà présents sur le marché. De ce point de vue, dire comme le fait Jean-François Gosse, président du cabinet de conseil qui a incité à la création de ce « truc », qu’ils ne sont pas dans un principe « de concurrence frontale » est horriblement hypocrite. Surtout quand on sait que Serres vise un marché de proximité…

D’accord, mais le nombre de coopérateurs assure au moins de justes salaires aux travailleurs et empêche, a priori, une rémunération extrême de l’actionnariat comme dans les entreprises qui ne sont pas organisées en coopérative ?
Ça, c’est en principe. Quand on regarde dans le détail, on s’aperçoit que l’ensemble de la participation des coopérateurs s’élève à 55%. Certes, c’est une majorité. Mais il reste encore 45% pour – éventuellement – une participation publique et…des investisseurs privés ! Ces derniers, évidemment, ne seront pas là pour faire du social, tout « ESS » (économie sociale et solidaire) que soit le principe de coopérative. Et avec 45% des voix, il ne faut plus convaincre grand monde des « bonnes » stratégies (entendez « stratégies de rentabilité ») à adopter pour assurer la viabilité du projet. Je pourrais aussi vous citer d’autres « coopératives » qui sont exactement dans le même questionnement, qui ont dû « rogner sur leurs valeurs », s’assurer des subsides publics ou franchement augmenter leurs prix (ne touchant plus qu’une clientèle privilégiée) pour survivre.

Pour le reste, l’approche soi-disant écologique ne relève que du « greenwashing » pitoyable qui masque mal un projet pleinement capitaliste.

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Réforme ou révolution : refaire le monde autour d’un verre

Le 21 septembre 2017, le MOC (Mouvement ouvrier chrétien) organisait à Bruxelles un débat posant la question des processus capables de « changer le système ». Autour de la table, trois intervenants pour chacun une position distincte : Carlos Crespo[1] défendait la position dite « réformiste ». Selon lui[2], c’est dans le cadre du système actuel que peut se construire le socle d’un système plus juste lui succédant. Alain Adriaens[3] soutenait quant à lui une position « autonomiste » voulant qu’à travers des initiatives locales et des effets de contagion le changement de système se réaliserait par la base. Enfin, Ugo Palheta[4]soutenait un argument « révolutionnaire », insistant sur le fait que l’antagonisme des intérêts entre classes dominantes et classes dominées n’était pas soluble dans une évolution « au pas à pas ». Le dialogue qui suit est une fiction inspirée de ce débat. Il reprend le cheminement des différentes interventions.


 

« Les derniers rayons du soleil, rasants, soulignent une échancrure entre deux immeubles à appartements. Sur la terrasse du Moeder Lambic, après un court silence d’apaisement, la femme porte un verre à ses lèvres. Tout en souriant au spectacle de la lumière passant au travers de sa Delta, elle lui dit :

Elle : Toi, tu crois qu’on peut changer le système avec des lois ?

Lui : Oui, c’est certain. Regarde, après la guerre, il y a eu les Trente glorieuses. Meilleur niveau de vie, de l’emploi, l’idéal…

Elle : Peut-être. Mais, en même temps, les patrons avaient surtout peur du communisme et il fallait vite qu’on oublie les revendications du Conseil National de la Résistance. C’est pour ça qu’ils ont lâché du lest et accepté tant de concessions.

Lui : Pas faux. Je pense à ça : en plus, il fallait tout reconstruire. Parfait pour avoir de la croissance.

Elle : Voilà. C’est pour ça que je ne suis pas convaincue par l’idée que changer les lois permettra de changer le système.

Lui : Pourtant, c’est la seule solution. Soyons honnête, tu vois les Belges se lancer dans une insurrection et partir à l’assaut du Parlement ?

Elle : Ce serait drôle.

Lui : Peut-être, oui. Mais ça n’arrivera pas. Puis bon, il faut regarder l’Histoire, les révolutions n’ont jamais apporté qu’un changement de maître, pas un changement de système.

Elle : Tu vas un peu vite, là. Je n’ai pas envie d’entrer dans un cours d’Histoire mais c’est un peu facile de dire ça. Je te rappelle qu’il y avait 17 armées étrangères plus l’aristocratie russe pour écraser la Révolution de 1917.

Lui : Et tu vas aussi défendre Staline et Mao ?

Elle : …ou Allende et Chavez ! C’est une fausse question, tu le sais. Il y a des contextes particuliers et des rapports de forces particuliers. Le système tel qu’il est aujourd’hui produit de la misère, énormément de violences directes et indirectes, un désastre environnemental…

Lui : Non mais je sais. Je parle juste de la méthode à employer.

Elle : D’accord. Partons de l’idée qu’on peut changer le système en changeant les lois. Tu fais comment pour que les élites au pouvoir proposent des lois qui vont contre leurs intérêts ? Tu crois pas que le rapport de force est clairement en défaveur des plus faibles ?

Lui : Si, c’est sûr. Mais ce n’est pas impossible. Après tout, Tsipras est arrivé au pouvoir, Mélenchon a failli y arriver. Et tu parlais d’Allende qui a réussi aussi.

Elle : Mouais. Tu fais semblant d’oublier que Tsipras s’est complètement trahi, Mélenchon n’est pas Président et Allende a fini suicidé pour ne pas être assassiné.

Lui : De toute façon, il y a un rejet émotionnel du communisme. Demande aux gens dans la rue.

Elle : Je ne dis pas le contraire. À vrai dire, je ne sais même pas si c’est le communisme la solution, je n’en sais rien. Et ça ne répond pas à la question de savoir comment on peut faire pour y arriver, pour changer le système. Parce que bon, tes changements par les lois, c’est mignon, mais c’est un vrai bouclier percé !

Lui : Tu veux dire quoi ?

Elle : Bah, c’est simple. Avant, les réformistes se battaient pour engranger des acquis sociaux : vacances payées, des journées plus courtes, des meilleurs salaires, etc. Puis après, ils se sont battus pour conserver ces droits. Aujourd’hui, on a le choix : soit ils se battent pour limiter la casse, soit ils se battent carrément pour casser encore plus. Comme Di Rupo et l’exclusion du chômage.

Lui : C’est vrai. Mais je n’ai pas dit non plus que le réformisme d’aujourd’hui se battait adéquatement. Il faudrait un réformisme offensif.

Elle : Et concrètement, ça veut dire quoi ?

Lui : Eh bien, de vraies revendications quoi…

Elle : Du genre des mouvements de masse comme il y a eu contre la Loi travail en France l’an passé ?

Lui : Oui, par exemple.

Elle : Ça a été efficace, tu ne trouves pas ? Des millions de gens dans les rues et le gouvernement qui s’en fiche complètement. Aujourd’hui, c’est même encore pire. Ton réformisme « offensif », s’il est vraiment offensif, il va se heurter directement – physiquement – aux intérêts des puissants.

Lui : Ce qui est peut-être la solution !

Elle : Peut-être, mais surtout, ça n’a plus rien à voir avec du réformisme ! Ça devient une logique insurrectionnelle !

Lui : Mm. Et comme on se le disait, personne n’est prêt à ça aujourd’hui. Rien que le fait que les gens ne se rendent pas compte que leur monde pourrait être meilleur. Je veux dire : même les plus précaires ont les mêmes désirs, la même façon de penser que la culture bourgeoise.

Elle : Le syndrome du larbin ! Tu connais cette vidéo ?

Lui : Oui, c’est exactement ça. C’est Gramsci aussi qui expliquait comment la culture des élites était aussi devenue celle du peuple paradoxalement.

Elle : Sans compter le rôle de l’école qui a repris le flambeau du rôle de l’Église, pour qu’on reste bien dans les clous… J’ai relu récemment le petit texte d’Althusser sur les appareils idéologiques d’État. Il explique ça très bien.

Lui : Avec des désirs de consommation qui ne leur appartiennent pas, ceux qui devraient être le plus proche de l’insurrection en sont super éloignés en fait. Le projet de rupture, dans ce cas, me semble impossible. Par contre, tu vois, les gens sont prêts à des initiatives locales. Je pense que les choses peuvent changer en partant du plus petit. Je veux dire, un potager, c’est déjà ça en moins pour Monsanto !

Elle : Ah, je savais que tu allais venir avec ça ! Toi aussi, tu vas te lancer dans une admiration sans borne pour le film « Demain » ?

Lui : Ne te moque pas. Tu ne peux pas nier l’espoir que ça a apporté chez les gens…

Elle : L’espoir que ça va, tout ira bien, il y aura des solutions et on peut continuer comme si de rien n’était ?

Lui : Tu caricatures et tu le sais. Puis, au sein des mouvements de la Transition, tout le monde ne pense pas pareil. Et contrairement aux « révolutionnaires marxistes », eux au moins ont compris que la logique du travaillisme, du productivisme, a atteint ses limites. Pour les hommes mais aussi pour l’environnement.

Elle : C’est pas faux. Mais là c’est toi qui caricatures. Dans les mouvements révolutionnaires, cette prise de conscience existe aussi. Je te rappelle d’ailleurs que Marx ne voulait pas qu’on « applique » ses théories aveuglément. Il disait qu’il fallait toujours une analyse concrète de la situation concrète. Autrement dit, si le contexte change, il faut changer de perspective. Pour moi, c’est ce qui arrive avec l’environnement.

Lui : Si tu le dis. N’empêche que la Transition, elle, a l’avantage de prendre les choses intelligemment et modestement. D’abord parce que donner de l’espoir permet de « décoloniser les imaginaires » comme dirait Latouche.

Elle : Ton name-dropping ne m’impressionne pas !

Lui : Eh, mais c’est pas le but ! Je t’explique : pour l’instant, on l’a dit plus tôt, il y a trop de gens convaincus qu’ils ont besoin de leur écran large home cinéma, leur dernier IPhone, partir en vacances au bout du monde sans penser à l’empreinte environnementale, etc.

Elle : Oui, et alors ?

Lui : Alors ? Eh bien, avec les initiatives locales, ils reprennent conscience du plaisir de connaître son voisin, du plaisir d’ouvrir son lave-vaisselle et de pouvoir le réparer…

Elle : Du plaisir de réparer son lave-vaisselle ? Tu rigoles, là j’espère ? Chouette, vive l’obsolescence programmée que je puisse réparer mon lave-vaisselle et mes cartouches d’encre d’imprimante !

Lui : Bon, ok, mauvais exemple. Mais tu as compris le principe : dans l’idée de la Transition, il y a cette volonté de se réapproprier ses outils. Et à force de se réapproprier ses outils, son agriculture, sa bière, là, comme celle que tu as presque terminée, eh bien, on change le monde.

Elle : Ça paraît si simple. Tellement simple que c’est n’importe quoi. Tu dis ça pour le local, ok, j’entends, mais pendant ce temps-là Monsanto et les autres font du lobbying et les lois européennes sont de pire en pire. En faisant semblant qu’il n’y a pas de rapport de force, pas de luttes, ton mouvement de la transition ne lutte effectivement pas et les multinationales, ça doit les faire bien rire.

Lui : C’est seulement vrai pour une partie du mouvement. Les moins politisés, là tu as raison. Les autres – et ce ne sont pas que des bobos – sont conscients qu’il faut agir localement mais aussi au niveau des structures. Mais qu’agir sur les structures sans que l’imaginaire des gens n’ait changé, c’est aussi inutile que le contraire !

Elle : Tu marques un point. Je n’ai d’ailleurs pas dit que la logique insurrectionnelle était incompatible avec un changement d’imaginaire, ceci dit. Mais je me demande quand même comment ces tenants de la Transition envisagent de modifier les structures ?

Lui : En étant plus offensif. Directement sur les lieux de pouvoir. Par exemple là où les lobbies agissent, comme à Bruxelles.

Elle : Donc, c’est exactement comme pour le caractère supposément « offensif » du réformisme dont on parlait tout à l’heure… Finalement tu préconises une insurrection, au bon moment !

Lui : Oui. Tu as peut-être raison. Mais moi je cherche des solutions. Jusqu’ici, tu n’as fait que détruire un à un tout ce que je proposais. Tu crois en quoi, toi ? Le Grand Soir ? On fout le feu au parlement, on guillotine les membres du gouvernement, on coupe toute relation internationale et on s’enferme pour créer une bombe atomique, façon Corée du Nord ?

Elle : Dis donc, si tu m’accusais de te caricaturer, tu fais fort là…

Lui : Non mais c’est exprès. Ce que tu as à dire là-dessus m’intéresse, vraiment.

Elle : Écoute, pour commencer, je voudrais dire que je pense que tu as raison.

Lui : C’est-à-dire ?

Elle : Le timing n’est pas bon pour une véritable insurrection. En fait, comme le disait Daniel Bensaïd, la révolution devient de plus en plus nécessaire mais de moins en moins possible. Contrairement à la sortie de la guerre 40-45.

Lui : Et pourquoi ?

Elle : À la sortie de la guerre, l’URSS était très forte. Son pouvoir d’attraction aussi. Du coup, une révolution semblait possible. Mais, en même temps, comme on se le disait avant, la reconstruction avait de telles promesses de croissance que la révolution ne paraissait pas vraiment nécessaire.

Lui : D’accord, mais aujourd’hui, les peuples sont tellement dans la merde qu’ils pourraient très bien se révolter, non ?

Elle : Effectivement, de ce point de vue, la révolution est ultra-nécessaire. Les inégalités nationales et internationales sont monstrueuses ! Tu sais que rien qu’en Belgique francophone, il y a 10% d’illettrisme ? Le pouvoir politique et économique appartient aux mêmes personnes et l’environnement s’en prend plein la gueule.

Lui : Et donc ? Justement, c’est un contexte propice !

Elle : Ça devrait l’être mais ça ne l’est pas. Le pouvoir des classes dominantes semble illimité. On parlait de la loi Travail tout à l’heure… La surveillance est généralisée, les actionnaires surpuissants et on continue à gober toute l’idéologie capitaliste par perfusion télévisuelle, à coup de téléréalités et de TPMP. Dans ce contexte, vas-y pour lancer une insurrection à froid !

Lui : Oui, c’est ce que je disais aussi tout à l’heure.

Elle : Pourtant, il y en a eu des révolutions ! Même récemment. Le Printemps arabe, par exemple.

Lui : Oui, enfin, c’est toi qui me disais l’autre fois que c’était aussi, voire surtout, des changements de régimes organisés de l’extérieur et qu’on s’en rend bien compte en suivant les structures de financements.

Elle : Ok, prenons l’exemple de la révolution cubaine si tu veux. Ou du chavisme. Une révolution n’est en soi pas impossible du tout. Et le plus fou, c’est qu’historiquement ce ne sont pas les pays les plus pauvres qui ont connu des révolutions. Qui plus est, les forces motrices des révolutions, là non plus, ne sont pas les plus pauvres.

Lui : Et c’est censé être une bonne nouvelle ?

Elle : D’une certaine façon, oui. La révolution peut redevenir une solution désirable. Regarde en Allemagne, l’explosion de la précarité avec des jobs sous-payés. Et il est clair que les démocraties parlementaires sont en déclin. Avant, les couches populaires votaient autant que les autres, mais là elles ont compris et s’abstiennent !

Lui : Compris quoi ?

Elle : Qu’on se moquait d’elles ! Que les « représentants » ne représentent qu’eux-mêmes ! C’est-à-dire essentiellement des juristes et des médecins ! Sociologiquement parlant, il n’y a rien de plus homogène qu’un hémicycle ! Les classes populaires l’ont compris et, soit elles ne votent plus, soit elles votent pour des partis non-traditionnels.

Lui : Comme l’extrême-droite. Super !

Elle : Non, pas super. Mais les mouvements de fond prennent du temps, malgré tout. Soit ils seront déçus de l’extrême-droite – parce qu’ils ne se rendent pas compte que la première caractéristique de ces partis est d’être…à droite ! Donc de renforcer une politique favorable aux classes dominantes, comme l’ont fait en leur temps Hitler et Mussolini. Soit ils auront compris que s’ils veulent que les choses changent, ce ne sera pas par la voie du vote.

Lui : L’idée de révolution est donc très actuelle, c’est ça que tu veux dire ?

Elle : Oui, mais l’actualité ne veut pas dire l’imminence. C’est pour ça que le combat « réformiste » est important : pour regagner des droits, donner du courage et de l’espoir, montrer que la solidarité paie. Mais ça peut aller vite aussi, le capitalisme en est arrivé au point où la classe possédante ne peut plus accepter aucune concession.

Lui : D’accord, je vois où tu veux en venir. Et, concrètement, c’est quoi la direction ? D’abord la prise de conscience, non ?

Elle : Oui, certainement. Sans ça, sans la connaissance et la compréhension du monde qui nous entoure, je suis sûre qu’on va droit dans le mur. Mais il faut agir en même temps. C’est en agissant que la conscience s’aiguise. Et s’organiser aussi. C’est comme qu’on profite des bons « timing ».

Lui : Ma bière est plate, la tienne est vide. On en reprend une ? Le soleil s’est couché maintenant.

Elle : Oui, faisons comme lui, changeons de sujet ! »

 

Notes:

[1] Président du MRAX (mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie)

[2] …mais surtout selon les termes du débat voulant que les positions soient distinctes

[3] Membre du mouvement politique des Objecteurs de Croissance

[4] Maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Lille III

 

SOURCE: Investig’Action

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