Analyses

Du sucre, encore du sucre

sugarUne analyse du projet « Serres », une nouvelle sucrerie à Seneffe-Manage
De quoi s’agit-il ? Suite à la fin des quotas sucriers, le marché européen s’ouvre et de nouvelles raffineries peuvent naître. D’où ce nouveau projet, conçu sous la forme d’une coopérative. Avec Iscal et Tirlemont, ce sera la 3ème sur un minuscule territoire.

Tous les mots sont importants…
Reprenons donc. La fin des quotas sucriers ? Oui, la PAC (politique agricole commune de l’UE) avait pour mission d’une part d’augmenter la productivité des agriculteurs tout en les protégeant. Il s’agit, depuis le début, d’un aveu d’échec de la fameuse inexistante « concurrence libre et non faussée ». Si on protège le marché européen agricole avec des subsides et en interdisant de produire trop en quantité, on garantit une relative « égalité » au sein de l’union, mais on fait une concurrence complètement déloyale vis-à-vis, par exemple, des pays africains qui se retrouvent à acheter nos produits moins chers que ceux qu’ils produisent eux-mêmes. Pour être sûr de dominer le marché agricole, l’augmentation de la productivité permet d’être moins cher. Mais comme tout le monde fait pareil partout sur la planète, il en résulte des crises de surproduction…

Et maintenant que le marché est libéralisé ?
Eh bien, les crises de surproduction vont s’étendre à l’intérieur de l’UE également, et plus seulement UE contre le reste du monde. Raison pour laquelle ni Iscal ni Tirlemont ne « voit d’un bon œil » (pour reprendre les termes de l’article de La Libre) le nouveau projet de sucrerie dans un marché déjà saturé.

Alors, les quotas, c’était mieux ?
Disons que les quotas renvoient à une idée de planification. En soi, c’est assez logique : autant planifier les besoins et produire en fonction – ce qui est une dimension importante de tout projet résolument socialiste. Ça a plus de sens que de laisser des acteurs économiques se battre en eux, se précipiter sur un marché qui s’ouvre, surproduire, licencier en masse, créer des besoins qui n’en sont pas, pousser à l’obsolescence programmée, sous-payer dans des pays qui n’ont aucun droit du travail, bousiller l’environnement…juste pour faire des profits et assurer sa propre survie (car il ne s’agit même pas d’avidité personnelle – sinon il suffirait d’éliminer les cupides et de les remplacer par des gens sensés !)

Mais ?
Oui, il y a un « mais ». C’est que l’UE, en pratiquant les quotas, le fait dans un système capitaliste global auquel elle ne se soustrait pas. Elle cherche donc à « avoir le beurre et l’argent du beurre » : protéger son marché interne, ses agriculteurs, etc. tout en surproduisant et en exportant au plus bas prix ses excédents. Le principe contribue donc à maintenir une bonne partie de la planète dans l’extrême pauvreté.

Bon, mais ici, c’est différent, Serres la nouvelle sucrerie sera organisée en coopérative !
J’ai envie de dire : « oui, et alors ? » Coopérative ou pas, cette dernière s’inscrit aussi dans un système concurrentiel. Coopérative ou pas, elle devra être rentable. Or, le marché est déjà saturé. Par conséquent, les dispositions qu’elle devra prendre vont nécessairement ressembler à celles que prend n’importe quel autre acteur économique : exploitation du personnel, rognage sur les coûts, etc. Et si ce ne sont pas eux les perdants, ce seront forcément les acteurs déjà présents sur le marché. De ce point de vue, dire comme le fait Jean-François Gosse, président du cabinet de conseil qui a incité à la création de ce « truc », qu’ils ne sont pas dans un principe « de concurrence frontale » est horriblement hypocrite. Surtout quand on sait que Serres vise un marché de proximité…

D’accord, mais le nombre de coopérateurs assure au moins de justes salaires aux travailleurs et empêche, a priori, une rémunération extrême de l’actionnariat comme dans les entreprises qui ne sont pas organisées en coopérative ?
Ça, c’est en principe. Quand on regarde dans le détail, on s’aperçoit que l’ensemble de la participation des coopérateurs s’élève à 55%. Certes, c’est une majorité. Mais il reste encore 45% pour – éventuellement – une participation publique et…des investisseurs privés ! Ces derniers, évidemment, ne seront pas là pour faire du social, tout « ESS » (économie sociale et solidaire) que soit le principe de coopérative. Et avec 45% des voix, il ne faut plus convaincre grand monde des « bonnes » stratégies (entendez « stratégies de rentabilité ») à adopter pour assurer la viabilité du projet. Je pourrais aussi vous citer d’autres « coopératives » qui sont exactement dans le même questionnement, qui ont dû « rogner sur leurs valeurs », s’assurer des subsides publics ou franchement augmenter leurs prix (ne touchant plus qu’une clientèle privilégiée) pour survivre.

Pour le reste, l’approche soi-disant écologique ne relève que du « greenwashing » pitoyable qui masque mal un projet pleinement capitaliste.

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Les dirigeants : pourquoi de tels salaires?

Je me suis posé une question très naïve : pourquoi les dirigeants de grandes entreprises ont-ils des salaires aussi élevés? Les deux réponses habituelles ne me convenaient pas.

Une réponse typique, disons « de droite », consiste à dire que ces dirigeants ont d’énormes responsabilités, ils peuvent être révoqués, c’est grâce à eux et leur stratégie que l’entreprise fait du bénéfice, etc. Oui, ok, mais cela justifie-t-il des salaires AUSSI élevés, des parachutes dorés même s’ils se plantent, etc.? Je pense que non.

Une réponse typique, disons « de gauche », consiste à dire que ces dirigeants se gavent sur le dos des travailleurs exploités et qu’ils n’ont aucune raison – sinon l’indécence – à agir de la sorte. C’est une réponse un peu « psychologisante » dont une perspective « matérialiste » (au sens de Marx) ne peut se satisfaire. Peut-être sont-ils indécents, mais cela comporte malgré tout une incohérence strictement économique :

Sans entrer dans le détail des différents statuts des dirigeants (qui peuvent aussi être associés ou être rémunérés avec des stock-options, etc.), on comprend vite qu’un salaire élevé a un impact sur le bénéfice de l’entreprise. Or, celle-ci est censée maximiser ses profits – raison pour laquelle elle cherche à raboter tous ses coûts dont les salaires des employés… Pourquoi pas, alors, le salaire des dirigeants?

Je vous propose l’explication suivante.

Marx, et à sa suite Friedmann, ont dénoncé la « division du travail » (voulue par Taylor), c’est-à-dire ne faire faire aux ouvriers que de petits gestes répétitifs pour gagner en temps et donc en productivité. Une façon de faire qui a plusieurs conséquences dont le fait que les ouvriers sont aisément remplaçables : leurs compétences importent peu (il ne faut pas être bac+10 pour tourner toujours le même écrou). La « dépossession » de son travail, Marx l’a appelée « aliénation ».

Pour un dirigeant d’entreprise, c’est très différent. Le dirigeant a une mission de gérance, doit mettre en place une stratégie, il doit avoir « du génie », être un « artiste de l’exploitation ». À ce jeu, il y en a de meilleurs (que les grandes entreprises s’arrachent) et de moins bons. Et pour les meilleurs, on sait qu’il est rentable de mettre le prix.

Le boulot propre à celui qui aliène les autres est, par nature, tout sauf aliénant (si on met l’éthique de côté). Pas étonnant que ceux-là persistent à encourager la « valeur travail »…

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Revues de presse

#1 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi?
(Désolé, c’est un peu long, mais ça vaut le coup. Pas autant qu’une photo de mon fils, mais quand même!)

TANDIS que Stéphane Moreau a été évincé du CA de Nethys (oui, bon, ok, il en est finalement devenu le Directeur, pas de quoi fouetter un chat…) :

L’économie mondiale est pleine d’amour, il y a donc eu plusieurs mariages. Ou plutôt, le capitalisme, c’est avant tout « Mange ou crève » :
– Bpost a racheté Radial (et en est très très fier, après ses échecs répétés auprès de PostNL l’année passée)
– Pfizer cherche à céder sa division sans ordonnances (le fameux tour de passe-passe qui permet à deux sociétés concurrentes de se vendre des départements l’une l’autre pour rester tout aussi gros mais supprimer la concurrence)
– Ferrero (la pâte à tartiner gavée à l’huile de palme qui rend vos enfants obèses) rachète Ferrara (les bonbons). Je sais, ça sonne comme une blague…
– Airbus s’allie à Bombardier (souvenez-vous, la semaine passée, Trump dénonçait le dumping de l’avionneur canadien « subsidié » – c’est donc la réponse du berger à la bergère en mode « rivalité USA-UE »)
– Total s’apprête à remplacer Shell en Irak (c’est pas demain la veille que le pétrole irakien sera…irakien! Entre-temps, le pays est toujours en guerre et pour mourir les gens ont le choix entre la dalle et les balles…

Les licenciements collectifs (ma partie préférée)
– Coca-Cola Belgique annonce vouloir supprimer 60 emplois
– RTL, sous la menace de 105 licenciements secs, découvre ce qu’est une AG du personnel et annonce un préavis de grève (ça doit leur faire tout bizarre…)
– 200 agences AXA banque vont fermer (pas de licenciements nous promet-on, on prend les paris?)
– Après le mariage Alstom/Siemens voici trois semaines, ce dernier annonce aujourd’hui « des milliers de pertes d’emploi » (fusion et licenciements collectifs sont les deux mamelles nourricières des actionnaires)
– Entre 400 et 700 licenciements chez Tesla (on leur suggère la procédure Renault?!)
– Air Berlin a annoncé la suppression de 1400 emplois

Dans les divers :
– La Wallonie vient d’accorder 25 licences d’armes pour vendre à…l’Arabie Saoudite. (Oui, oui, cette belle démocratie où on lapide, où on torture, où on réduit les travailleurs en esclavage…et par laquelle transitent les armes pour l’EI)
– C’est presque passé inaperçu : le scandale Kobe Steel, du nom de cette entreprise nippone du métal qui a menti sur les caractéristiques techniques -en les enjolivant of course- de ses produits qui se retrouvent dans…les avions, les voitures, etc. (Vous y penserez lors de votre prochain City-trip avec Ryanair?)
– Blokker a cédé Intertoys à Alteri (c’est la suite logique de la descente aux enfers de l’enseigne)
– Après l’échec de Dockx, Bruxelles ville rempile avec un énième shopping mall : The Mint (faudra bien ça, ce consumérisme pue tellement de la g*****)
– La SNCB a jeté à la poubelle pas moins de 50 millions d’€ (nouveau système de départ des trains HS, nouveau système de vente de billets HS) – La patronne Dutordoir « regrette mais assume ». Ouf, ça va alors…
– La Chine s’apprête à conclure des contrats pétroliers libellés en Yuans (ce qu’avait tenté Saddam Hussein en Euros juste avant d’être envahi par les USA, entre nous soit dit! Source en fin d’article)
– Dans des documents internes secrets, Monsanto reconnaît le lien entre glyphosate et cancer. (Comme quoi, finalement, le privé est aussi capable de faire une vraie recherche scientifique!)
– Apple a reconnu avoir fait des mises à jour faisant dysfonctionner les écrans d’Iphone réparés chez un revendeur non agréé. (Comme disait Stallman : « If you can’t open it, you don’t own it », les Apple fans sont les plus grands locataires de tous les temps.)
– 30.000 pensionnés (+ de 65ans) aiment tellement travailler qu’ils continuent à le faire. Juste pour le plaisir hein, n’allez pas croire qu’il y a une paupérisation des vieux.

Là-dessus, dormez tranquille. Tout est calme dehors. À part au parc Maximilien où les réfugiés continuent à faire tâche, mais nos forSSes de l’ordre vont vite remédier à cela.

La flemme de mettre toutes les sources, mais pour ce qui est le plus susceptible de poser problème :
Une raison de l’invasion US en Irak – https://www.counterpunch.org/…/the-usa-attacked-iraq-becau…/
Les armes saoudiennes dans les mains des groupes armés –
http://www.aljazeera.com/…/saudi-arabia-uae-implicated-arms…

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Revues de presse

#0 Revue de presse

Et la semaine passée, il y a eu quoi ?
Toujours plus gros…

– BNP et Commerzbank vont sans doute lier leurs destins
– Total marche sur les plates-bandes d’EDF et Engie pour distribuer de l’énergie
– Roularta revend à Persgroep ses parts dans VTM mais lui rachète ses parts dans la presse francophone : on reste aussi gros mais on évite la concurrence !
– Orange achète A&S Partners et A3Com
– Apple rachète les parts des cartes mémoire Toshiba (qui disparaît peu à peu)
– …comme risque de disparaître rapidement sous forme de chancre urbain le cinéma Dockx déjà en vente

Concurrence libre et non faussée ?

– Esthée Lauder, l’Oréal et Dior sous le coup d’une enquête pour entente en Grèce
– Amazon et Apple sous le coup d’une enquête de l’UE pour pratiques fiscales frauduleuses (pas de chance, ce sont des entreprises US…)
– La même UE qui décide de suspendre son enquête sur la fusion Bayer/Monsanto (par chance, c’est une giga-entreprise UE…)
– Plainte anti-dumping déposée contre la Chine et qui concerne les vélos électriques (le dumping, on ne l’aime que quand on en profite)

Les licenciements collectifs de la semaine…

– L’entreprise de Herstal Truglo-Rona va fermer, 105 emplois à la trappe
– La compagnie aérienne Monarch dépose le bilan, Easyjet se frotte les mains
– Le plan de licenciements de RTL va effectivement toucher la rédaction : 30 emplois menacés !

Pendant ce temps, la fusillade à Las Vegas à fait prendre 3% au marché des armes.

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