Analyses, Réactions

NewB, l’ambulance et le cheval de Troie

[EDIT du 30/11/2019] Attention, un paragraphe très important a été ajouté ici plus-bas. J’y déconstruis le principe « un homme une voix » qui ne peut s’appliquer au cas de NewB comme on pourrait le croire. Un argument supplémentaire de poids en défaveur de ce projet décidément bien moins éthique qu’il n’y semble de prime abord.

« Je rêve d’une banque… », aurait dit Gad Elmaleh. Y’en a qui rêvent, y’en a d’autres qui la font, répondront les Belges de NewB. À grand renfort de campagne radiophonique, d’affichage Publifer dans les gares et de matraquage publicitaire sur Facebook, la coopérative d’économie sociale ambitionne de lever 30 millions d’€ d’ici au 27 novembre 2019. Tout ça pour créer ce qu’on appelle tous (ou presque) de nos vœux, j’ai nommé une «  banque éthique et durable au service d’une société respectueuse de la planète et des droits humains » (c’est eux qui le disent).

Pourtant, il reste des esprits chagrins qui osent encore la critique, même là ! Et, devinez quoi ? J’en fais partie. Du coup, on m’accuse de tirer sur l’ambulance, m’voyez. Alors, j’me fends d’un petit article sur le Radis, histoire de montrer qu’au jeu des métaphores, je trouve celle du cheval de Troie plus bien adaptée. Allons-y.

Opération séduction : check

Il faut dire que le projet a tout pour attirer le chaland conscient-de-tout-ce-qui-tourne-pas-rond, qui a envie de « faire quelque chose », de ne pas « juste » critiquer. Au chapitre de ce qui séduit, on retrouve toute l’étendue du champ lexical de l’économie sociale : la « transparence », l’« éthique », la « durabilité », le « respect », les « droits humains », la « planète », la logique de « projets », le « local », etc. Un vrai catalogue.

Oui, so what ? Pourquoi serait-ce critiquable ? N’est-ce pas formidable une banque où la tension salariale ne varie que de 1 à 5, où le retour sur investissement est limité à seulement 6%, où le droit de vote n’est pas proportionnel au capital investi, où la transparence est totale sur l’organisationnel et sur la nature des investissements qui seront « exclusivement éthiques ».

Autant d’éléments a priori opposés à la mécanique capitaliste où les propriétaires-actionnaires explosent leurs propres rémunérations au détriment des travailleurs, où les plus gros sont les vrais décideurs, où les sociétés écrans superposées assurent une parfaite opacité, où la pression organisationnelle nourrit chaque jour un peu plus l’aliénation et les burnouts et où, bien entendu, les investissements les plus profitables sont aussi les plus destructeurs pour l’environnement et les personnes. NewB serait donc, à ce titre, révolutionnaire, non ?

Théorie de l’entrisme

Est-il possible de s’opposer à un système de l’intérieur ? La question de l’entrisme est un classique des sciences politiques et implique deux mouvements opposés de « contagion » qu’on peut illustrer par des métaphores.

La première consiste à dire qu’on fait entrer le « ver dans la pomme », donc la banque éthique dans le système capitaliste pour tuer ce dernier de l’intérieur. Dans cette perspective, NewB serait une « solution » et mériterait un soutien indiscutable. Tout le monde verrait « que ça marche », les capitalistes prendraient peur et, pour ne pas perdre de parts de marché, commenceraient à imiter l’ESS (l’économie sociale et solidaire). Un gigantesque cercle vertueux se met en place, les banques deviendraient propres et, sans risque et sans effort, le système capitaliste serait réformé pour le meilleur.

Ok, on garde l’idée pour Walt Disney et on se penche sur la métaphore inverse. Je propose l’image de la « grenadine » qui ne pourra colorer l’eau dans laquelle on la dilue si on ne plonge qu’une goutte dans ce qui s’apparente à une citerne…

Alors, NewB, ver ou grenadine ? Il y a des éléments très concrets qu’il est possible d’analyser pour choisir entre ces deux métaphores.

Question de rentabilité

Un des arguments avancés par les soutiens de NewB est que la banque n’aura pas à dégager de « profits » mais pourra se contenter d’être « solvable ». Un premier problème, c’est que jusqu’ici les pertes s’accumulent, comme le rappelle un article de l’Echo, depuis la constitution de la société en 2011, avec 10.732.632 €  de pertes selon les comptes arrêtés au 30 juin 2019. Pour les profits, on repassera…mais pour la solvabilité aussi ! On me traitera d’esprit chagrin, on me dira que c’est normal « dans un premier temps ». N’empêche que les investisseurs ont plutôt intérêt à être conscients que tout ça devra être renfloué et que même leur marge « limitée à 6% » risque bien d’être un gouffre où ils perdent tout avant de songer à quelque retour. Il n’y qu’à voir les avertissements que NewB a été contrainte de bien exposer en même temps que son appel.

Pourquoi autant de difficultés pour obtenir l’agrément bancaire ? Et pourquoi autant de difficultés à être rentable ? Pour une simple raison : si être « éthique et durable » était économiquement viable en système capitaliste, ça fait longtemps que les plus gros capitalistes seraient devenus des parangons de vertus sociale et environnementale ! Z’imaginez la pub que ce serait si une organisation privée pouvait faire la démonstration d’une telle impeccabilité sans le risque d’une Élise Lucet à ses basques pour démonter le pot-aux-roses ? Autrement dit, l’éthique, le durable, tout le catalogue vu plus haut, entrent nécessairement en tension avec les objectifs économiques.

Il faut bien comprendre que la rentabilité et même la forme juridique de coopérative n’exclut pas les organisations des impératifs du mode économique capitaliste. Pour reprendre la métaphore exprimée plus haut, les valeurs de l’économie sociale sont diluées par la logique économique, une goutte de grenadine dans un bassin d’orage. Comme me le disait un acteur important de l’ESS : « C’est vrai qu’il faut parfois rogner sur ses valeurs ».

Capitalisme : ennemi ou partenaire ?

L’entrisme suppose plusieurs étapes : reconnaître l’ennemi, en apparence jouer son jeu et finalement le détruire quand il a la garde baissée. C’est la métaphore du ver dans la pomme.

Toutefois, à force de faire le jeu du capitalisme, le capitalisme devient ton partenaire. C’est ainsi que NewB a désigné Belfius personne morale agissant comme tiers-dépositaire responsable du cantonnement des fonds dans le cadre de l’offre. C’est ainsi que NewB collabore avec Rabobank Nederland pour le traitement bancaire des transactions réalisées avec sa carte de crédit prépayée, mais aussi avec Mastercard qui bénéficiait en 2017 d’une note de crédit de 80000€ en défaveur de NewB (là, c’est carrément l’ESS qui finance le capitalisme le plus abject !) C’est ainsi que NewB est entrée dans le capital de Monceau assurances dans une pure logique de fusion d’entreprises que je ne cesse de dénoncer (NewB distribue des produits d’assurances de Monceau)…

On découvre de surcroît dans le prospectus lié à l’offre que NewB « a contacté des organismes parapublics, des universités, des fondations, des sociétés commerciales actives ou non dans la finance au sens large et d’autre types d’entités pour leur expliquer le projet et leur proposer d’investir dans le capital de NewB » (p.48). La finance au sens large ? Késako ? Donc, si NewB promet de n’investir qu’éthiquement, elle sera moins regardante quant à l’origine des capitaux de ses propres coopérateurs ! Toute cette éthique, on en a plein les mains, je ne sais plus qu’en faire !

Parce que, voyez-vous, c’est là que se trouve un autre élément primordial. Qui, dans le système capitaliste, est à même d’investir dans un projet comme celui-là ? Depuis mon article sur le film « Demain », j’explique que c’est bien le capitalisme qui finance ce genre « d’alternatives », comme je dénonçais récemment que le capitalisme finance les pseudos mouvements sociaux radicaux comme Extinction Rebellion. On me rétorquera qu’il y a des ONG parmi les investisseurs, l’État, des gens comme vous et moi avec des idéaux. Certes. Et alors ? Les ONG fonctionnent comme des multinationales (je vous conseille l’excellent sketch de Jeremy Ferrari sur Action contre la faim) ; l’État en système capitaliste n’est que le bras exécutif du capitalisme (de façon très claire quand on voit le principe des revolving doors, mais aussi en termes de classe sociale, de cumuls de mandats d’administrateurs, quand on voit les lois votées toujours en faveur des plus riches ou des grosses entreprises, etc.) et, parmi les gens comme vous et moi, seuls les privilégiés du système ont des capitaux en excédents qu’ils peuvent se permettre d’investir !

Ainsi, on comprend que NewB n’est pas du tout une alternative au système mais constitue, au contraire, l’ouverture d’un nouveau marché bien intégré au mode de production capitaliste, exactement comme l’est le commerce équitable, le bio, etc. Si la viabilité d’un tel modèle est précaire, il est absolument certain que sans la perfusion du capitalisme, il serait totalement impensable. NewB a besoin de l’investissement du capitalisme dans son entreprise. Dès lors, elle ne peut évidemment se targuer d’être anticapitaliste, tout simplement parce que NewB ne serait possible qu’uniquement dans la mesure où elle demeure une marge, accessible à un public particulier, et non une norme bien trop peu profitable économiquement.

Or, rappelons-le : si les « concessions » faites au capital impliquent de modifier la nature « révolutionnaire » de NewB, alors l’action d’investir dans ce projet de banque est non seulement illusoire, mais elle est surtout contre-productive. Elle est un pansement permettant au système de perdurer et non une alternative qui s’y oppose et engage dans la lutte.

La banque, une bonne porte d’entrée ?

C’est qu’on a tendance à confondre système bancaire et capitalisme. À force de dénoncer les dérives des banques et de la finance, on en vient à prendre l’un pour l’autre. Or, il n’en est rien. L’instrument fondamental du capitalisme, c’est la propriété lucrative privée et la nécessité de profits qui en découle. Pour survivre, chaque entrepreneur-investisseur doit être plus concurrentiel que son voisin et dégager plus de profits. Sinon, il risque le rachat ou la faillite. Généralement, il le fait en diminuant ses coûts. Mais il peut aussi le faire en innovant, avec une offre – même de niche – qui n’existait pas auparavant, ce qui semble être le choix de NewB.

Bien sûr, le système bancaire facilite les processus propres au capitalisme, mais il n’en est pas la cause. Agir sur la banque, c’est agir sur une conséquence seulement – et penser qu’on peut utiliser l’un pour toucher l’autre, c’est faire preuve de beaucoup de naïveté, comme un certain Pascal Canfin, auteur d’un petit ouvrage intitulé « Ce que les banques ne vous disent pas », et qui, aujourd’hui, est eurodéputé de Macron !

Les « dérives » de la banque et de la finance privées ne sont que les symptômes de la maladie qu’est le capitalisme. NewB ne change rien à ces règles. Au contraire, elle s’inscrit dans ce système et tente d’en jouer le jeu.

Oui mais tout n’est pas à jeter quand même !

On serait tenté de se dire que « c’est mieux que rien ». Je pense le contraire. Quand on m’accuse de « tirer sur l’ambulance », on postule que le malade vaut la peine d’être sauvé ! Raison pour laquelle je suggère de plutôt voir NewB comme un cheval de Troie : c’est beau, sexy, attractif et on ne demande qu’à l’accueillir. Mais, quand on y regarde de plus près, on réalise que le principe même ne diffère en rien, comme on l’a vu plus haut, de ce contre quoi elle est censée lutter. Faire vivre NewB, c’est faire entrer le loup dans la bergerie, c’est accepter l’idée selon laquelle on ne pourrait « faire mieux » que reproduire toujours les mêmes erreurs. Exit la posture révolutionnaire ! Exit les propositions économiques de Bernard Friot ! Exit les exigences du CNR au sortir de la seconde guerre mondiale !

Pour faire un parallèle : quelle est la meilleure façon d’assurer qu’un SDF reste à la rue? En lui offrant une petite pièce. Jamais assez pour s’en sortir (c’est-à-dire pour changer de système) mais parfait pour rester dans la même situation, ni pire, ni meilleure à long terme. Est-ce que le SDF sera content de pouvoir se payer une bière ou un café? Oui. Est-ce moralement acceptable de lui offrir cette bière ou ce café? Sans doute. Est-ce qu’on participe, collectivement, par la charité, à ce que les gens à la rue le restent? Aussi, malheureusement. NewB est une forme de charité appliquée au secteur bancaire.

Sans compter qu’il y a encore beaucoup de choses à dire sur le caractère « sexy » de NewB.

[EDIT 30/11/20149] En ce qui concerne le principe « un homme une voix », on en conclut un peu vite que tous les coopérateurs auraient le même poids dans les prises de décision. C’est complètement faux. Lisez plutôt cet extrait du prospectus (p.11) : « Les Parts de NewB de chaque catégorie donnent le droit de participer à l’Assemblée Générale des Coopérateurs et d’y exercer un droit de vote. Chaque Coopérateur, dispose d’une voix, quels que soient la catégorie et le nombre de Parts qu’il possède. Les décisions de l’Assemblée Générale doivent cependant […] être approuvées à la fois par (i) une majorité absolue des voix présentes et représentées des Coopérateurs de catégorie A, une majorité absolue des voix présentes et représentées des Coopérateurs de catégorie B et une majorité absolue des voix présentes et représentées des Coopérateurs de catégorie C. Les trois (3) actionnaires du groupe Monceau sont les seuls Coopérateurs de catégorie C et peuvent dès lors s’opposer au vote d’une décision. »

La voilà la grande et belle démocratie de la coopérative NewB! Dans les faits, le plus gros coopérateur a un droit de veto. C’est aussi simple que ça! Et ce plus gros contributeur était jusqu’ici l’acteur capitaliste par excellence : Monceau. Entre-temps, d’autres coopérateurs de part « C » se sont rajoutés, essentiellement des acteurs financés par la collectivité (universités, finance.brussels, etc.) Si on peut être en partie rassuré par le fait que Monceau ne pourra plus avoir seul la majorité absolue, demandons-nous s’il est normal que de l’argent public soit ainsi privatisé par une banque! Demandons-nous, comme je le fais aussi dans cet article, ce que veut dire « public » dans un État capitaliste où les classes dirigeantes partagent les intérêts du privé. Les choix des universités en matières économiques mériteraient un article en soi…

En ce qui concerne les salaires, on apprenait en 2017 déjà que le coût salarial annuel pour le comité de direction était de 165.000€ (loin des barèmes du non-marchand, n’est-ce pas !). Mais il y a encore plus amusant pour une organisation qui place l’éthique au sommet de ses valeurs. Par exemple, NewB a créé un « Comité de nomination et de rémunération » chargé entre autres de la « politique de rémunération de NewB ainsi que de sa cohérence ». Ce comité est composé de trois personnes dont Bernard Bayot qui se trouve être, en même temps, le Président du Conseil d’administration. Ou comment décider de sa propre rémunération, quoi ! Les onze administrateurs seront en effet rémunérés (jusqu’ici, ils ne l’étaient pas), pour une manne de maximum 100.000€, soit un peu moins de 10000€/administrateur/an. Au regard des standards bancaires, c’est rien. Au regard de l’ESS, c’est énorme. À chacun de juger…

On se demande aussi comment NewB tracera la ligne entre ce qu’elle considère comme « éthique et durable » et ce qui ne le serait pas (surtout dans la mesure où, comme dit plus haut, elle est prête à accepter des capitaux venant de la finance « au sens large »). Les éoliennes, c’est durable ? Les voitures électriques, durable ? Le bio qui vient de l’autre bout du monde ? Le commerce équitable qui se fiche des ouvriers agricoles et ne rémunère correctement que le producteur, éthique ? Qu’est-ce qui fondamentalement peut être considéré comme « éthique et durable » dans un monde où la rentabilité (ou même la solvabilité) seule pousse à « rogner sur les valeurs », même des plus vertueux ?

Le fantasme du projet « pur »

Oui mais voilà, immergés, contraints et forcés, dans un système prédateur, avons-nous d’autres choix que de parier sur des initiatives du type NewB ? Il est clair que s’exclure complètement d’un système au seul motif qu’on est en désaccord avec celui-ci mène tout droit à une vie d’ermite sans aucune utilité sociétale. Autrement dit : nous nageons nécessairement en pleines compromissions.

Au nombre de ces compromissions, lesquelles seraient acceptables ? Ne vaut-il mieux pas investir dans NewB plutôt qu’acheter Coca-Cola ? Je crois qu’il s’agit d’une fausse alternative. Les deux participent d’un même mouvement, comme j’ai tenté de le montrer dans cet article. Nous devrions alors nous reporter sur d’autres types d’actions, à visée structurelle. Des actions portant sur les causes dont la première est la propriété lucrative privée.

Voilà pourquoi je rappelle à qui veut l’entendre les quelques propositions du (feu) programme du Conseil national de la résistance : évincer les monopoles, empêcher les grandes puissances économiques et financières de diriger l’économie ; il faut y ajouter la planification économique, la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt collectif, la production nationale et, surtout, la nationalisation des grands moyens de production. Autant dire qu’un tel programme est incompatible avec le capitalisme. Atteindre des objectifs comme ceux-là consiste moins à être « pur et irréprochable » que de penser les conditions d’une société égalitaire, pour tous. Une telle démarche implique de refuser la facilité, de ne pas se laisser aveugler par des projets qui semblent très séduisants mais qui, au final, servent la cause combattue.

Il faut accepter qu’il n’y a pas de solution prête-à-embrasser. Qu’avant toute chose, il faut augmenter le niveau de conscience politique général, faire un effort incessant de pédagogie, continuer sans relâche l’étude des mécanismes du mode de production dans lequel nous vivons ; il faut faire collectif, profiter des manifestations pour parler entre nous, déconstruire les fausses bonnes idées. Le travail intellectuel est aussi crucial que l’action sur le terrain et c’est à l’endroit de leur convergence que naissent les alternatives que le capitalisme ne pourra pas récupérer car elles seront construites sur ses cendres et non sur ses deniers.  

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Merci à tous les contributeurs de ma page Facebook qui ont, par leurs commentaires, alimenté la réflexion – dans un sens comme dans l’autre.

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Analyses

Du sucre, encore du sucre

sugarUne analyse du projet « Serres », une nouvelle sucrerie à Seneffe-Manage
De quoi s’agit-il ? Suite à la fin des quotas sucriers, le marché européen s’ouvre et de nouvelles raffineries peuvent naître. D’où ce nouveau projet, conçu sous la forme d’une coopérative. Avec Iscal et Tirlemont, ce sera la 3ème sur un minuscule territoire.

Tous les mots sont importants…
Reprenons donc. La fin des quotas sucriers ? Oui, la PAC (politique agricole commune de l’UE) avait pour mission d’une part d’augmenter la productivité des agriculteurs tout en les protégeant. Il s’agit, depuis le début, d’un aveu d’échec de la fameuse inexistante « concurrence libre et non faussée ». Si on protège le marché européen agricole avec des subsides et en interdisant de produire trop en quantité, on garantit une relative « égalité » au sein de l’union, mais on fait une concurrence complètement déloyale vis-à-vis, par exemple, des pays africains qui se retrouvent à acheter nos produits moins chers que ceux qu’ils produisent eux-mêmes. Pour être sûr de dominer le marché agricole, l’augmentation de la productivité permet d’être moins cher. Mais comme tout le monde fait pareil partout sur la planète, il en résulte des crises de surproduction…

Et maintenant que le marché est libéralisé ?
Eh bien, les crises de surproduction vont s’étendre à l’intérieur de l’UE également, et plus seulement UE contre le reste du monde. Raison pour laquelle ni Iscal ni Tirlemont ne « voit d’un bon œil » (pour reprendre les termes de l’article de La Libre) le nouveau projet de sucrerie dans un marché déjà saturé.

Alors, les quotas, c’était mieux ?
Disons que les quotas renvoient à une idée de planification. En soi, c’est assez logique : autant planifier les besoins et produire en fonction – ce qui est une dimension importante de tout projet résolument socialiste. Ça a plus de sens que de laisser des acteurs économiques se battre en eux, se précipiter sur un marché qui s’ouvre, surproduire, licencier en masse, créer des besoins qui n’en sont pas, pousser à l’obsolescence programmée, sous-payer dans des pays qui n’ont aucun droit du travail, bousiller l’environnement…juste pour faire des profits et assurer sa propre survie (car il ne s’agit même pas d’avidité personnelle – sinon il suffirait d’éliminer les cupides et de les remplacer par des gens sensés !)

Mais ?
Oui, il y a un « mais ». C’est que l’UE, en pratiquant les quotas, le fait dans un système capitaliste global auquel elle ne se soustrait pas. Elle cherche donc à « avoir le beurre et l’argent du beurre » : protéger son marché interne, ses agriculteurs, etc. tout en surproduisant et en exportant au plus bas prix ses excédents. Le principe contribue donc à maintenir une bonne partie de la planète dans l’extrême pauvreté.

Bon, mais ici, c’est différent, Serres la nouvelle sucrerie sera organisée en coopérative !
J’ai envie de dire : « oui, et alors ? » Coopérative ou pas, cette dernière s’inscrit aussi dans un système concurrentiel. Coopérative ou pas, elle devra être rentable. Or, le marché est déjà saturé. Par conséquent, les dispositions qu’elle devra prendre vont nécessairement ressembler à celles que prend n’importe quel autre acteur économique : exploitation du personnel, rognage sur les coûts, etc. Et si ce ne sont pas eux les perdants, ce seront forcément les acteurs déjà présents sur le marché. De ce point de vue, dire comme le fait Jean-François Gosse, président du cabinet de conseil qui a incité à la création de ce « truc », qu’ils ne sont pas dans un principe « de concurrence frontale » est horriblement hypocrite. Surtout quand on sait que Serres vise un marché de proximité…

D’accord, mais le nombre de coopérateurs assure au moins de justes salaires aux travailleurs et empêche, a priori, une rémunération extrême de l’actionnariat comme dans les entreprises qui ne sont pas organisées en coopérative ?
Ça, c’est en principe. Quand on regarde dans le détail, on s’aperçoit que l’ensemble de la participation des coopérateurs s’élève à 55%. Certes, c’est une majorité. Mais il reste encore 45% pour – éventuellement – une participation publique et…des investisseurs privés ! Ces derniers, évidemment, ne seront pas là pour faire du social, tout « ESS » (économie sociale et solidaire) que soit le principe de coopérative. Et avec 45% des voix, il ne faut plus convaincre grand monde des « bonnes » stratégies (entendez « stratégies de rentabilité ») à adopter pour assurer la viabilité du projet. Je pourrais aussi vous citer d’autres « coopératives » qui sont exactement dans le même questionnement, qui ont dû « rogner sur leurs valeurs », s’assurer des subsides publics ou franchement augmenter leurs prix (ne touchant plus qu’une clientèle privilégiée) pour survivre.

Pour le reste, l’approche soi-disant écologique ne relève que du « greenwashing » pitoyable qui masque mal un projet pleinement capitaliste.

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Analyses

Les dirigeants : pourquoi de tels salaires?

Je me suis posé une question très naïve : pourquoi les dirigeants de grandes entreprises ont-ils des salaires aussi élevés? Les deux réponses habituelles ne me convenaient pas.

Une réponse typique, disons « de droite », consiste à dire que ces dirigeants ont d’énormes responsabilités, ils peuvent être révoqués, c’est grâce à eux et leur stratégie que l’entreprise fait du bénéfice, etc. Oui, ok, mais cela justifie-t-il des salaires AUSSI élevés, des parachutes dorés même s’ils se plantent, etc.? Je pense que non.

Une réponse typique, disons « de gauche », consiste à dire que ces dirigeants se gavent sur le dos des travailleurs exploités et qu’ils n’ont aucune raison – sinon l’indécence – à agir de la sorte. C’est une réponse un peu « psychologisante » dont une perspective « matérialiste » (au sens de Marx) ne peut se satisfaire. Peut-être sont-ils indécents, mais cela comporte malgré tout une incohérence strictement économique :

Sans entrer dans le détail des différents statuts des dirigeants (qui peuvent aussi être associés ou être rémunérés avec des stock-options, etc.), on comprend vite qu’un salaire élevé a un impact sur le bénéfice de l’entreprise. Or, celle-ci est censée maximiser ses profits – raison pour laquelle elle cherche à raboter tous ses coûts dont les salaires des employés… Pourquoi pas, alors, le salaire des dirigeants?

Je vous propose l’explication suivante.

Marx, et à sa suite Friedmann, ont dénoncé la « division du travail » (voulue par Taylor), c’est-à-dire ne faire faire aux ouvriers que de petits gestes répétitifs pour gagner en temps et donc en productivité. Une façon de faire qui a plusieurs conséquences dont le fait que les ouvriers sont aisément remplaçables : leurs compétences importent peu (il ne faut pas être bac+10 pour tourner toujours le même écrou). La « dépossession » de son travail, Marx l’a appelée « aliénation ».

Pour un dirigeant d’entreprise, c’est très différent. Le dirigeant a une mission de gérance, doit mettre en place une stratégie, il doit avoir « du génie », être un « artiste de l’exploitation ». À ce jeu, il y en a de meilleurs (que les grandes entreprises s’arrachent) et de moins bons. Et pour les meilleurs, on sait qu’il est rentable de mettre le prix.

Le boulot propre à celui qui aliène les autres est, par nature, tout sauf aliénant (si on met l’éthique de côté). Pas étonnant que ceux-là persistent à encourager la « valeur travail »…

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Revues de presse

#1 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi?
(Désolé, c’est un peu long, mais ça vaut le coup. Pas autant qu’une photo de mon fils, mais quand même!)

TANDIS que Stéphane Moreau a été évincé du CA de Nethys (oui, bon, ok, il en est finalement devenu le Directeur, pas de quoi fouetter un chat…) :

L’économie mondiale est pleine d’amour, il y a donc eu plusieurs mariages. Ou plutôt, le capitalisme, c’est avant tout « Mange ou crève » :
– Bpost a racheté Radial (et en est très très fier, après ses échecs répétés auprès de PostNL l’année passée)
– Pfizer cherche à céder sa division sans ordonnances (le fameux tour de passe-passe qui permet à deux sociétés concurrentes de se vendre des départements l’une l’autre pour rester tout aussi gros mais supprimer la concurrence)
– Ferrero (la pâte à tartiner gavée à l’huile de palme qui rend vos enfants obèses) rachète Ferrara (les bonbons). Je sais, ça sonne comme une blague…
– Airbus s’allie à Bombardier (souvenez-vous, la semaine passée, Trump dénonçait le dumping de l’avionneur canadien « subsidié » – c’est donc la réponse du berger à la bergère en mode « rivalité USA-UE »)
– Total s’apprête à remplacer Shell en Irak (c’est pas demain la veille que le pétrole irakien sera…irakien! Entre-temps, le pays est toujours en guerre et pour mourir les gens ont le choix entre la dalle et les balles…

Les licenciements collectifs (ma partie préférée)
– Coca-Cola Belgique annonce vouloir supprimer 60 emplois
– RTL, sous la menace de 105 licenciements secs, découvre ce qu’est une AG du personnel et annonce un préavis de grève (ça doit leur faire tout bizarre…)
– 200 agences AXA banque vont fermer (pas de licenciements nous promet-on, on prend les paris?)
– Après le mariage Alstom/Siemens voici trois semaines, ce dernier annonce aujourd’hui « des milliers de pertes d’emploi » (fusion et licenciements collectifs sont les deux mamelles nourricières des actionnaires)
– Entre 400 et 700 licenciements chez Tesla (on leur suggère la procédure Renault?!)
– Air Berlin a annoncé la suppression de 1400 emplois

Dans les divers :
– La Wallonie vient d’accorder 25 licences d’armes pour vendre à…l’Arabie Saoudite. (Oui, oui, cette belle démocratie où on lapide, où on torture, où on réduit les travailleurs en esclavage…et par laquelle transitent les armes pour l’EI)
– C’est presque passé inaperçu : le scandale Kobe Steel, du nom de cette entreprise nippone du métal qui a menti sur les caractéristiques techniques -en les enjolivant of course- de ses produits qui se retrouvent dans…les avions, les voitures, etc. (Vous y penserez lors de votre prochain City-trip avec Ryanair?)
– Blokker a cédé Intertoys à Alteri (c’est la suite logique de la descente aux enfers de l’enseigne)
– Après l’échec de Dockx, Bruxelles ville rempile avec un énième shopping mall : The Mint (faudra bien ça, ce consumérisme pue tellement de la g*****)
– La SNCB a jeté à la poubelle pas moins de 50 millions d’€ (nouveau système de départ des trains HS, nouveau système de vente de billets HS) – La patronne Dutordoir « regrette mais assume ». Ouf, ça va alors…
– La Chine s’apprête à conclure des contrats pétroliers libellés en Yuans (ce qu’avait tenté Saddam Hussein en Euros juste avant d’être envahi par les USA, entre nous soit dit! Source en fin d’article)
– Dans des documents internes secrets, Monsanto reconnaît le lien entre glyphosate et cancer. (Comme quoi, finalement, le privé est aussi capable de faire une vraie recherche scientifique!)
– Apple a reconnu avoir fait des mises à jour faisant dysfonctionner les écrans d’Iphone réparés chez un revendeur non agréé. (Comme disait Stallman : « If you can’t open it, you don’t own it », les Apple fans sont les plus grands locataires de tous les temps.)
– 30.000 pensionnés (+ de 65ans) aiment tellement travailler qu’ils continuent à le faire. Juste pour le plaisir hein, n’allez pas croire qu’il y a une paupérisation des vieux.

Là-dessus, dormez tranquille. Tout est calme dehors. À part au parc Maximilien où les réfugiés continuent à faire tâche, mais nos forSSes de l’ordre vont vite remédier à cela.

La flemme de mettre toutes les sources, mais pour ce qui est le plus susceptible de poser problème :
Une raison de l’invasion US en Irak – https://www.counterpunch.org/…/the-usa-attacked-iraq-becau…/
Les armes saoudiennes dans les mains des groupes armés –
http://www.aljazeera.com/…/saudi-arabia-uae-implicated-arms…

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Revues de presse

#0 Revue de presse

Et la semaine passée, il y a eu quoi ?
Toujours plus gros…

– BNP et Commerzbank vont sans doute lier leurs destins
– Total marche sur les plates-bandes d’EDF et Engie pour distribuer de l’énergie
– Roularta revend à Persgroep ses parts dans VTM mais lui rachète ses parts dans la presse francophone : on reste aussi gros mais on évite la concurrence !
– Orange achète A&S Partners et A3Com
– Apple rachète les parts des cartes mémoire Toshiba (qui disparaît peu à peu)
– …comme risque de disparaître rapidement sous forme de chancre urbain le cinéma Dockx déjà en vente

Concurrence libre et non faussée ?

– Esthée Lauder, l’Oréal et Dior sous le coup d’une enquête pour entente en Grèce
– Amazon et Apple sous le coup d’une enquête de l’UE pour pratiques fiscales frauduleuses (pas de chance, ce sont des entreprises US…)
– La même UE qui décide de suspendre son enquête sur la fusion Bayer/Monsanto (par chance, c’est une giga-entreprise UE…)
– Plainte anti-dumping déposée contre la Chine et qui concerne les vélos électriques (le dumping, on ne l’aime que quand on en profite)

Les licenciements collectifs de la semaine…

– L’entreprise de Herstal Truglo-Rona va fermer, 105 emplois à la trappe
– La compagnie aérienne Monarch dépose le bilan, Easyjet se frotte les mains
– Le plan de licenciements de RTL va effectivement toucher la rédaction : 30 emplois menacés !

Pendant ce temps, la fusillade à Las Vegas à fait prendre 3% au marché des armes.

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