Analyses

Comprendre les fusions d’entreprises (partie 4)

Pour la partie 1, voir ici
Pour la partie 2, voir ici
Pour la partie 3, voir ici

  • Et en attendant, on nous suggère des tas de « pseudo-solutions » qui donnent l’impression que ça ira quand même…
  • Encore une chose dont on parlera plus tard, les solutions ?
  • Oui ! Mais tu remarqueras qu’il y a deux sujets que j’avais reportés et qu’on a déjà abordés : le fait que les fusions d’entreprises créent de la misère – or on a notamment parlé des licenciements collectifs – et le fait que les fusions d’entreprises, et donc la tendance « monopoliste » du capitalisme, ne représentent qu’une étape parmi d’autres – or on a maintenant parlé des délocalisations, du bon usage de l’immigration, de la flexibilité au travail, etc.
  • Je le reconnais bien volontiers. Mais il y a une chose dont on n’avait pas parlé et qui me semble super importante, c’est la question de la concurrence. Dans mon esprit, des entreprises qui se font concurrence, c’est positif pour tout le monde.
ping_pong

Ping-Pong, qui va gagner la compétition?

  • Pour moi, c’est un « faux choix ». On aurait tendance à croire que la concurrence est bonne, puisque je critique ici la tendance au monopole depuis le début de notre conversation…
  • En effet.
  • Mais ce serait mal me comprendre.
  • Comment ça ?
  • Ce que je critique, fondamentalement, c’est le caractère libre du marché, et la propriété privée.
  • Tu me fais peur là. Tu voudrais que le marché ne soit pas libre ? Tu es contre la liberté ?
  • Je ne suis pas contre le principe de liberté, j’y suis même très attaché. Mais comme j’ai pu le montrer, la liberté appliquée aux choix économiques crée la misère dont on parle depuis le début. Je t’ai montré aussi qu’avec une propriété qui ne soit pas privée, mais publique, on n’aurait pas la nécessité de faire des profits qui est la mère de tous les problèmes.
  • Donc une propriété de l’État ?
  • Appelle-le « État » si tu veux, après tout c’est le seul mot « adapté » pour l’instant. Pour tout ce qui concerne les besoins fondamentaux des gens : l’énergie, les transports, l’agriculture, les télécommunications, l’eau, la sécurité, etc.
  • Mais ne pourrait-on pas arriver au même genre de résultats avec une « vraie » concurrence ? Je veux dire que si les entreprises se battent « loyalement », elles devront nécessairement faire de mieux en mieux et de moins en moins cher, tout bénéfice pour tout le monde, non ?
  • Pour tout le monde ? Comment fait-on de moins en moins cher à part en licenciant, en réduisant les salaires, etc. ? Quant au « de mieux en mieux », ce n’est simplement pas vrai.
  • Quoi ? L’obsolescence programmée ?
  • Par exemple, oui. Apple vient de se faire prendre la main dans le sac à réduire intentionnellement la vitesse de ses anciens Iphone. Et les imprimantes Epson sont sous le coup d’une enquête judiciaire pour des raisons similaires. Puis on a pas suffisamment parlé des scandales de falsification de données techniques par Toray, Kobe Steel ou encore Mitsubishi (excuse du peu !) sur leurs matériaux. Du coup, on va prendre l’avion, rouler dans des voitures, etc. dont la fiabilité des matériaux ne correspond pas à ce qu’elle devrait être sur papier. Rassurant, non ?
  • Oui, bon, tu as raison. Et ils font ça pourquoi ? Pour obliger les gens à acheter à chaque fois de nouveaux produits ? Ou pour en vendre plus et moins cher en diminuant les coûts ?
  • T’as tout compris. Pour garantir leurs futurs profits. C’est toujours le même principe. Et, à nouveau, ce n’est pas par méchanceté. C’est pour survivre.
  • Donc une « vraie concurrence » est inutile ?
  • Qu’appelles-tu « vraie concurrence » ?
  • Bah une concurrence qui ne se traduit pas en tendance monopolistique… Et qui soit « libre » et « non faussée » !
  • Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que cette concurrence-là n’existe qu’en théorie. En pratique, non. Et on ne peut évacuer le processus économique sous-jacent qui va vers une concentration, vers des fusions.
  • C’est obscur.
  • Imagine qu’un nouveau marché s’ouvre. Comme le marché d’Internet il y a quelques années. En une fois, beaucoup d’acteurs économiques se précipitent sur ce marché pour faire du business. Un regard extérieur pourrait se dire : « Voilà une véritable illustration d’un marché où la concurrence est libre et non faussée ».
  • Et ce ne serait pas le cas?
  • Libre, sans aucun doute. Non faussée, j’en doute. Chaque acteur vient avec ses capitaux qu’il a acquis par ailleurs, son expérience, ses talents, ses avantages fiscaux selon l’endroit où il est et où il va, etc. Bref, très rapidement, le marché va se concentrer et, 30 ans plus tard, pour faire simple, il ne restera que les GAFAM : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.
  • D’accord, ça c’est le mécanisme qu’on a vu et revu.
  • Et ce n’est pas tout !
  • Il y a pire encore ?
  • Une fois que les marchés sont concentrés, non seulement la concurrence est objectivement réduite à néant mais elle est en plus jetée à la poubelle par ce qu’on appelle des cartels, c’est-à-dire des accords sur les prix, par exemple.
  • Ah, ça c’est un sujet que tu m’avais dit qu’on aborderait !
  • Et les accords entre grosses entreprises ne s’arrêtent pas aux prix – même si on en sait quelque chose en Belgique, rien que pour les opérateurs téléphoniques ! Les constructeurs automobiles allemands ont aussi vraisemblablement collaboré sur les logiciels permettant de truquer les tests pollution de leurs voitures.
  • Ce qui est fou, c’est que ces accords n’annulent pas pour autant des stratégies véritablement concurrentielles. Tout est valable, en même temps !
  • C’est très juste. Non seulement ils veulent profiter de se mettre d’accord entre eux, mais en plus par ailleurs ils usent de tous les moyens pour gagner sur les autres.
  • Comme par exemple ?
  • Eh bien, on le sait, les entreprises les plus grosses n’hésiteront pas à profiter des lois sociales très laxistes dans certains autres pays. Ce qui mène à un véritable esclavage moderne. Il y a eu ce building abritant des ateliers de production pour Benetton et d’autres marques, au Bangladesh, qui s’était écroulé. On peut dire que la famille de Bernard-Henri Lévy, pour le commerce du bois, est une famille d’esclavagistes. Pareil pour Bolloré. Pareil pour les entreprises d’extraction de minerais au Congo. Si les gens avaient conscience de ce qui passait là-bas… Mais on préfère ne pas savoir.
  • Dans ce que tu dis, il y a deux choses : l’exploitation des gens et l’exploitation des matières premières.
  • En effet. Esclavagisme, colonialisme, néo-esclavagisme, néo-colonialisme : tout ça ressort des mêmes principes fondateurs, l’obligation de faire des profits.
  • Sans compter qu’on n’exploite pas que les gens et les sols, mais aussi tout l’environnement et même les animaux !
  • Bien entendu, pas besoin de rappeler le changement climatique, le cheptel de poissons qui diminue, les tortues qui disparaissent prises dans les filets de la pêche en eaux profondes, l’élevage industriel. Je dis ça je dis rien mais le génome du cochon est particulièrement proche de celui de l’Homme. Dès qu’on a essayé de distinguer complètement l’Homme de l’animal, on s’est retrouvé dans l’embarras. Il y a des animaux qui n’ont pas de cordes vocales adaptées mais qui sont capables de rudiments de langage et de grammaire – comme certains grands singes, une catégorie dont nous faisons partie ! Des animaux rient, aiment, etc.
  • Tu vas te la jouer Vegan ?!
  • Chacun « joue » la partition qu’il veut sur ce point. Je pense juste – point Godwin ! – que si on ne peut accepter des camps d’extermination pour des êtres vivants comme les humains, il n’y a pas de raison objective de l’accepter pour d’autres espèces. Je ne suis pas opposé au fait de manger de l’animal, après tout on est loin d’être la seule espèce à le faire, mais le processus de mise à mort industriel, avec son cortège de souffrance, me paraît indigne de ceux qui ont fait du substantif « homme », le substantif « humanité ».
  • Par rapport à l’environnement, tu ne crois pas que l’innovation technologique va permettre de s’en sortir ?
  • Je veux bien y croire, mais pour l’instant c’est un vœu pieux. Regarde par exemple l’informatique : son coût environnemental est tout simplement prodigieux. On parle de « clouds » comme si les données flottaient dans les airs ! C’est complètement stupide. Des fermes de serveurs immenses consomment une énergie gigantesque pour stocker des vidéos de chatons sur Youtube.
  • Tu deviens réac, là !
  • Non, je fais un peu de provoc. Elle devient longue cette discussion ! Je dis une chose : puisqu’on nous promet que les nouvelles technologies pourront amener de la croissance et des profits « propres », faisons un moratoire de l’industrie polluante jusqu’à ce qu’on y arrive. On arrête les frais, basta !
  • Ça n’est pas possible et tu le sais…
  • Et pourquoi donc ?
  • Parce que toute l’économie s’écroulerait.
  • Et pourquoi s’écroulerait-elle ?
  • C’est toi qui me l’as expliqué, parce qu’elle est obligé de faire du profit.
  • Voilà, tu fais les inférences tout seul maintenant !

Suite dans la partie 5.

***

Merci au tipeur grunge_puppet_fatal86 !
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3 réflexions sur “Comprendre les fusions d’entreprises (partie 4)

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