Revues de presse

#5 Revue de presse

On commence par un « divers », par pure conscience professionnelle consistant à suivre mes dossiers :

  • 20% des Turcs et Maghrébins de Belgique affirment avoir été victime de discriminations lors d’une recherche d’emploi. T’as pigé Sammy Mahdi, Président des jeunes CD&V ? Ce que j’aime beaucoup, c’est que les médias qui relaient cette info n’ont pas cru bon de faire le lien avec les dernières émeutes à Bruxelles – ce que j’ai tenté de faire dans mon article publié il y a quelques jours. Ce qui est fou aussi, c’est que ces 20% ne concernent que ceux qui peuvent l’affirmer ! Le vrai chiffre est certainement beaucoup plus élevé, comme pourraient le confirmer tous ceux qui ont travaillé, par exemple, dans l’immobilier locatif (là je parle de discrimination au logement, évidemment)… Cette moyenne est aussi beaucoup plus grande que la moyenne européenne, ce qui fait de nous, cocorico, un pays particulièrement raciste.
  • Une info à compléter avec celle-ci : en Belgique, trois travailleuses sur 4 ont subi de la discrimination, des préjudices ou des tensions au travail sur base de leur grossesse ou maternité. Voilà, voilà. Et si t’es une femme maghrébine ? Bah, tu vas te cacher. Mais pas sous une burqa, hein, parce que là aussi tu vas te faire emmerder.
sunshine

There’s more sunshine than rain!

Fusions / Acquisitions / Concurrences, etc.

  • Encore des bonnes nouvelles pour Monsanto/Bayer : tandis que l’UE a prolongé de 5 ans l’autorisation du glyphosate, les autorités US de la concurrence ont bien entendu approuvé la fusion entre les deux géants.
  • C’est sous le titre « ArcelorMittal vient au secours d’une PME française » que le journal Les Échos annonce le rachat complet de Lorraine Tubes par le géant de l’acier. Qui leur explique que ça n’a rien d’une faveur, bien au contraire ? Moi, je suis fatigué…
  • CVS au USA, c’est comme les « bics » en Belgique : la marque est tellement associée au produit qu’on en oublie que c’est une marque. Imaginez alors l’importance de l’annonce de CVS Health qui a annoncé la reprise de l’assureur Aetna pour 58 milliards d’euros ! Monopoles, monopoles, monopoles.
  • Les promoteurs immobiliers français Nafilyan & Partners ont été rachetés par Immobel.
  • Ponant, une compagnie française, double la taille de sa flotte en rachetant Pasteels-Navicruise (croisière haut de gamme). Un marché naval en pleine concentration également, comme on l’a vu récemment. Euronav annonce d’ailleurs 20 millions de plus-values sur un seul tanker qui en vaut deux fois plus. 20 millions directement volés aux travailleurs, by the way.
  • Ikea poursuit sa diversification en ouvrant deux hôtels en Belgique. Comme un accordéon, le capitalisme inspire en concentrant des activités économiques, en rachetant et en se diversifiant et expire en revendant des départements, en licenciant, en délocalisant.
  • Ice-watch annonce un partenariat avec Moulinsart. Ice-Wath dont je rappelle qu’ils ont racheté la société française Patton en 2014.
  • Au chapitre des perdants : Toshiba se retire du nucléaire en Grande-Bretagne, après avoir revendu son département cartes mémoire à Apple il y a quelques semaines. Le chant du cygne ? La mort d’une géante naine ? Pas pour rien que même les plus gros s’efforcent de toujours grossir : on ne le dira jamais assez, ce n’est pas par cupidité, c’est par volonté de survie.

Licenciements collectifs, réductions de personnel

  • General Electric veut supprimer 4500 emplois en Europe. Craintes à Charleroi. Il s’agit de licenciements sur le seul secteur des activités Energie Alstom. Pour rappel, GE avait racheté Alstom en 2015. Et comme on le sait : rachat un jour suppose licenciements collectifs le lendemain…
  • 4400 agents en moins à la SNCB d’ici 2020. Ça pourrait ne choquer personne : finalement, on ne parle pas de licenciements secs. On oublie alors deux choses : c’est autant de personnes qui ne seront pas engagées alors que le chômage demeure un problème fondamental pour les gens au quotidien et pour les caisses de l’État ; ensuite, c’est encore plus de pression sur les travailleurs SNCB qui restent alors que 80.000 Belges sont en burn-out chaque année. Heureusement que la SNCB continue d’offrir un service au top, que le budget est par ailleurs maintenu et qu’on ne prépare pas du tout les futures privatisations. Comment ? C’est tout le contraire ?
  • Alors ça c’est amusant : la direction de Truflo Rona, qui a annoncé début octobre son intention de fermer le site d’Herstal (105 emplois à la poubelle, quand même) s’est elle-même « cambriolée » pour honorer une commande de pièces bloquées lors des négociations avec les syndicats.

Divers

  • Un petit divers sans importance : le travail des enfants au Ghana. Figurez-vous que Barry Callebaut (le chocolat, là, celui qui est juste devant vous sous forme de Saint-Nicolas pour vos mioches) veut éradiquer le travail des enfants…pour 2025! On rappelle à cette entreprise que c’était une promesse pour 2020 ? On rappelle que ce qui est présenté comme une initiative spontanée si positive dans La Libre est juste affreusement hypocrite parce que si cette entreprise ne volait pas le travail des ouvriers en les sous-payant, ils n’auraient pas besoin de faire bosser leurs gosses ?
  • Le G20 découvre qu’il y a un problème de surcapacité (comprenez : crise de surproduction) avec l’acier ! Bon, leur compréhension du phénomène, comme souvent dans ces cas-là, c’est que c’est à cause de la Chine. Pour les autres, les crises de surproduction du capitalisme ont été décrites il y a pas moins de 170 ans par un homme barbu qui n’était pas le Père Noël.
  • 150 millions de vues pour une pub Samsung sur Youtube. Si vous vous demandez comment c’est possible, rappelez-vous les fermes à clics. Certains estiment que plus de 50% des données sur le web serait juste…des fakes. Tout ça pollue l’environnement et crée de l’esclavage moderne. Mais bon, ça se passe loin d’ici, donc on s’en fout.
  • L’accord de Bâle III a été signé ce jeudi, lequel devra imposer des conditions pour ne plus revivre la crise financière de 2008. On rit avant ou après avoir analysé sérieusement ce texte ? (Quelqu’un s’y colle ? Je suis preneur, mais j’ai piscine.)
  • Macron, en petite visite de courtoisie au Qatar, y a signé jeudi des contrats de plus de dix milliards d’euros (essentiellement des avions de combat). Pour plus de paix dans le monde car, comme le dit l’adage « qui vis pacem para bellum ». Heureusement que le Qatar est une vraie démocratie, comme le rappelle Amnesty dans son rapport.
  • Le géant chinois de l’automobile BYD s’installe en grande pompe au Maroc. Il semble que la question de l’impérialisme de la Chine doive se poser de plus en plus, sinon comme fait avéré, peut-être comme fait en devenir.
  • Le Président Maduro a annoncé un projet de cryptomonnaie, le Petro, pour lutter contre l’hyperinflation. J’espère revenir prochainement avec des infos de mon envoyé spécial à Caracas (ahaha, j’adore dire ça…)
  • On nous annonce qu’un Brexit « dur » (comprenez : fin du libre-échange, retour aux règles classiques de l’OMC) serait dommageable pour le secteur belge de la viande. M’enfin, c’est bien le libre-échange alors ? Disons que s’il y a du protectionnisme, autant que ce soit chez soi plutôt que chez les autres…
  • ABinbev est accusé d’abus de position dominante en Belgique dans le secteur de la bière, et donc accusé de nous faire payer trop cher son (infâme) breuvage (qui, soit dit en passant, augmente encore de 3% – le prix, pas le degré d’alcoolémie)… Dites, les gars, reprocher à un monopole d’abuser de sa position de monopole, c’est pas comme lâcher un pédophile dans un jardin d’enfants en s’étonnant qu’il est le premier à vouloir changer les couches ?! Pour rappel, la Ginette, la Triple Karmeliet, la Kwak et d’autres encore n’ont plus rien d’artisanal, sont des purs produits ABinbev, hein, au cas où vous vous posiez la question.
  • Trop bien, on a droit maintenant au « Startup manifesto », pour que tout le monde devienne en-tre-pre-neur. Dites, juste une question super naïve : lorsque tout le monde sera entrepreneur, c’est qui qui va bosser dans l’usine ? Parce que si c’est l’entrepreneur lui-même, il ne serait pas « plus ouvrier qu’entrepreneur », mais sans la protection sociale ? Autrement dit, c’est pas un peu la fabrique de la précarité, ça, qu’on nous vendrait avec du strass un peu puant ?
  • Les premiers vols du low cost d’Air France « Joon » ont eu lieu la semaine passée. Un dossier que j’ai pas mal suivi à l’époque. La Direction avait renvoyé dos à dos les syndicats et les pilotes dans une pure stratégie « diviser pour régner », que j’avais illustrée grâce au paradoxe du prisonnier.

C’est tout pour cette semaine. On me dit qu’il n’y aura que des bonnes nouvelles la semaine prochaine. À moins que ce soit encore une Fake News.

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Analyses, Réactions

Les robots ne prendront (malheureusement) pas notre travail

Dans un article récent paru dans La Libre, l’auteur s’étonne de ce que les robots et l’intelligence artificielle n’apparaissent pas dans les statistiques sur la productivité du travail. En effet, si les robots sont « partout » et le seront de plus en plus, il est logique de penser qu’ils remplaceront le travail humain. Or, si les robots remplacent le travail humain, ils devraient démultiplier la capacité de produire. Problème : la croissance de la productivité n’a jamais été aussi faible ! Paradoxe…

machine

Moulding machine in a marble yard in Long Island City

Deux interprétations « conventionnelles » sont possibles et développées dans l’article auquel je me réfère : soit les révolutions technologiques sont, en fait, « moins révolutionnaires que prévu » et que « les précédentes », soit elles « mettraient du temps à se traduire en gain de productivité ». Pas très convaincant tant les progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique semblent énormes tout en se démocratisant.

Je vous propose une troisième lecture, qui ne contredit pas, par nature, ces deux premières explications mais, d’une certaine façon, les rend inopérantes.

Et si c’était tout autre chose ?

Tout d’abord faut-il se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « productivité ». La productivité répond à la question : à quel point un facteur de production doit-il contribuer au résultat final ? Par exemple, combien de voitures un ouvrier à temps plein est-il capable d’assembler en une journée ? On parle de gain de productivité quand la contribution diminue pour une production stable ou quand la production augmente pour une contribution stable. En clair : un gain de productivité, c’est arriver à faire plus avec moins.

Évidemment, elle se calcule par rapport à une date antérieure. Et, autre point important, la productivité est en lien avec la compétitivité, c’est-à-dire la capacité à être plus productif que son voisin… C’est là que se pose une question absolument essentielle, même si elle est contre-intuitive : les acteurs économiques ont-ils intérêt à augmenter la productivité ? Ma réponse qui, je le concède, est iconoclaste, est de dire : « non, ils n’ont pas intérêt ! »

Alors quoi ?

En fait, les acteurs économiques ont intérêt à augmenter la compétitivité. C’est-à-dire à être plus productif que leur voisin. La nuance est subtile, mais elle est importante. Il s’agit moins d’être productif dans l’absolu que d’être productif si le concurrent l’est moins que nous.

Le problème, c’est que sur l’ensemble des marchés, les acteurs économiques n’ont pas intérêt à être plus productifs : car un gain de productivité grâce aux robots mène à des licenciements. (Je parle donc bien de l’ensemble des marchés : sur un marché en particulier, on assiste régulièrement à des licenciements qui sont toujours reçus comme d’excellentes nouvelles par les actionnaires parce que les licenciements supposent plus de profits.) L’ensemble des licenciements mènent à une perte généralisée du pouvoir d’achat de consommateurs qui n’ont plus les moyens d’acheter ce que les robots ont produit. Arrive un moment où même la pub, les Black Friday, les crédits à la consommation et j’en passe n’arrivent plus à faire acheter des gens qui n’en ont plus les moyens. Il en résulte des crises de surproduction : il y a beaucoup trop de produits par rapport à la demande.

Soyons clairs : énormément de jobs aujourd’hui pourraient déjà être remplacés par des robots, avec une explosion de la fameuse « productivité ». S’ils ne le sont pas, c’est parce que personne n’y gagnerait. En fait, on remplace les humains par des robots qu’à des « moments précis » où, précisément, la surproduction ne guette pas, comme on le voit dans cet article à propos d’Amazon.

D’accord, mais comment être plus compétitif ?

Dans un système capitaliste, ce qui permet d’être à la fois productif, à la fois compétitif (donc faire plus de profit que l’autre)…c’est le travail humain, pas les robots ! Et voilà pourquoi les robots ne remplaceront jamais les humains. Ou, si cela arrive, c’est qu’on ne sera plus dans un système capitaliste. Je m’explique.

Le travail humain est le seul travail que l’on peut « exploiter », le seul travail dont on puisse tirer une « plus-value ». En effet, on ne peut « exploiter » une machine : la machine ne fera jamais que ce qu’on lui demande. Si deux entreprises utilisent les mêmes machines, toutes autres variables étant égales par ailleurs (taille de l’entreprise, stratégies marketing, compétences des dirigeants, etc.), elles produiront rigoureusement la même chose. C’est très différent pour le travail humain. D’abord, en une journée de travail, un ouvrier produit plus que ce qui est nécessaire à la reproduction de sa force de travail. Autrement dit, il produit plus que son salaire qui doit lui permettre de se loger, se nourrir, se soigner, etc. Cet excédent, c’est la plus-value. Le profit du patron se trouve là. Ensuite, on peut toujours « mieux exploiter » que son voisin : moins de « charges » sociales, augmentation des cadences, de la durée de travail, baisses de salaires, délocalisation, droit du travail rogné, etc.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que si la présence des robots ne se généralise pas, l’exploitation des travailleurs, elle, se généralise bien. Depuis la fin des trente glorieuses, dont les raisons sont à trouver dans la reconstruction après la deuxième guerre mondiale et dans la crainte occidentale du communisme, ce n’est qu’une longue liste de droits sociaux qui vont en s’amenuisant. Le dernier acquis social ? Les 35 heures en France en…1998 ! Soit il y a 20 ans !

Conclusions

Chaque acteur économique, dans son coin, est tenté par l’usage de robots. En effet, l’avantage concurrentiel à très court terme est évident : je produis plus et moins cher, donc je peux vendre plus, je fais plus de profits et je gagne la guerre économique. Sauf qu’un acteur économique n’est jamais dans son coin : tous font pareil, plus ou moins en même temps, et se tirent collectivement une balle dans le pied. Collectivement, les (gros) acteurs économiques savent qu’il leur faut garder du travail humain pour continuer à faire du profit.

Ajoutons que seuls les très gros acteurs économiques ont les moyens de remplacer la main d’œuvre par des robots. La tendance aux monopoles fait que ces acteurs sont déjà très peu nombreux sur chaque marché. Chaque mois, de nouvelles affaires concernant des « ententes » entre les grandes entreprises sortent dans les médias. On peut imaginer aisément que les ententes ne concernent pas seulement les prix mais aussi des stratégies comme celle-ci. Il vaut mieux collectivement faire un peu moins de profit à court terme, que foncer tête baissée tout seul dans une course qui mène tout le monde à sa fin ! Même le pire capitaliste sait se montrer solidaire (avec les autres capitalistes) quand il le faut !

La notion de profit est essentielle car sans nécessité de profits, nécessité de plus-values, nous pourrions déléguer aux machines beaucoup de ces tâches et travailler moins pour…vivre un peu plus.

 

 

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Revues de presse

#4 Revue de presse (enfin!)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? En mode « colère ». Désolé.

En vrac

Être ouvrier tue. Au sens propre chez ArcelorMittal, suite à une explosion à Gand ; au sens propre à la SNCB quand un wagon fou percute des cheminots. Morts nettes, rails sales, j’ai la nausée. Entre-temps, atteinte au droit de grève avec l’instauration du service minimum sur le rail et une nouvelle augmentation de prix pour un service qui n’en finit plus de se dégrader (foi de navetteur). Les données de 57 millions d’usagers d’Uber ont été volées, l’entreprise qui va acheter des « dizaines de milliers » de voitures autonomes à Volvo, histoire de se passer de ses encombrants chauffeurs (pourtant surexploités). Encore des ouvriers en trop. Tués aussi, d’une façon…plus propre. Vive le Black Friday pour enfin consommer tout ce que notre monde surproduit, un « black Friday » vraiment noir en Égypte. Encore des morts nettes. 235 morts nettes. 235 ! Putain. Avec des armes vendues par qui ? Par notre balance commerciale positive ?

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Maine Central Railroad wreck. High tread.

Edouard Philippe veut baisser les cotisations sociales des entreprises (une vraie politique de gauche est « en marche », niark !) ; les riches fument de moins en moins, les pauvres de plus en plus – quels abrutis ces pauvres ! ; l’ex-Directeur du FMI, Rato, sera jugé pour escroquerie en Espagne (des ennuis avec la justice, un « must » pour le FMI, n’est-ce pas DSK ?) ; instrumentalisation des services secrets par De Decker dans le scandale financier du Kazakhgate qui touche maintenant Airbus ; les coursiers de Deliveroo vont faire grève pour protester contre la fin du statut d’employé ; Altice dégringole en Bourse, géant aux pieds d’argile.

Toujours en vrac, on se rappelle que les Rohingyas vivent sur un territoire…riche en pétrole. Je dis ça, je dis rien ; le glyphosate a été prolongé par l’UE pour cinq ans. Zavez bien lu : à la suite des scandales à répétition, le glyphosate est malgré tout PROLONGÉ. Alors, Mélanie Laurent et les autres thuriféraires d’un « Demain » si merveilleux, zêtes où ?! ; L’UE qui a cumulé les coups tordus ces derniers jours avec le recalcul de l’impôt des sociétés : la gauche parle de 200 milliards de pertes. Peanuts, quoi. Le peuple n’a pas besoin de ce fric, anyway ; Macron en Afrique affirme qu’il n’y a pas de « politique française en Afrique ». Non, t’as raison Manu. Pas de politique, juste du vol. Du viol. Du sang. Parfois délégué à Bolloré, mais on ne va pas s’encombrer de détails, hein ! ; Le japonais Toray touché par un scandale sur la falsification de données, après Mitsubishi et Kobe steel – un scandale passé inaperçu dont j’avais eu l’occasion de parler.

Securitas va protéger…l’armée. Quand le recours au privé devient carrément croquignolesque. Ça se passe à la caserne d’Heverlee ; Ryanair compte « sanctionner » les équipages qui ne vendent pas assez de leurs foutus billets de loterie foireux, leurs parfums et autres saloperies ; Apple reconnait enfin des conditions de travail déplorables chez Foxconn. À leur décharge, ça ne fait que cinq foutues années qu’on en parle dans les médias mainstream ; Standard and Poor’s déclare le Venezuela en défaut partiel sur sa dette. Ça vous dit quelque chose, ces agences noyées jusqu’au cou dans des scandales de conflits d’intérêts et qui voyaient en Lehman Brothers une entreprise tellement solide avant qu’elle se casse la gueule et provoque la crise de 2008 ?

Fusion/acquisition/concurrence/etc.

  • Lafarge (Albert Frère) a financé l’État islamique en Syrie pour conserver ses positions sur le terrain. Business is business, bro !
  • Un petit bijou d’article des Échos sur les fusions et les prises de capital dans le milieu de la construction en France. Sont concernés : le holding HLD, la famille Dentressangle, Kiloutou, la famille Mulliez, etc. L’article est incompréhensible mais donne un bel aperçu des « mouvements » qui permettent à seulement quelques acteurs de grossir aux dépens des autres.
  • Le chinois Alibaba dépense 2,5 milliards d’€ pour monter au capital de Sun Art (Auchan).
  • Un fonds d’investissement US veut acquérir 40% de Belron (Carglass qui appartient à D’Ieteren et dont on sait depuis la revue de presse #2 qu’ils ont aussi acquis Maisoning, dans la construction).
  • Natixis, encore une banque d’investissement, annonce qu’elle va consacrer 1 milliard d’€ à des acquisitions d’ici 2020. À chaque info de ce style, demandez-vous : qui sont les perdants ?
  • Dans la foulée du rachat d’Alpro par Danone, changement de direction en faveur de Sven Lamote. À quand les licenciements collectifs chez Danone ?
  • Il existe une alternative au super nocif glyphosate de Monsanto. Bonne nouvelle ? Ouais. Sauf que l’ANSES, l’organisme de certification de ces produits, refuse toujours l’autorisation de mise sur le marché. Eh quoi, faudrait pas fâcher les copains quand même !
  • L’UE se dote de nouvelles règles anti-dumping. Enfin, contre le dumping qui lui est défavorable, pas l’autre ! Qui est visé ? La Chine bien sûr… Il s’agit ici de lutter contre la concurrence, rien de plus.
  • La fusion ATT/Time Warner est bloquée aux USA. Unbelievable. Enfin, on va suivre ça de près, c’est rare que…ça ne se débloque pas !
  • Solvay s’apprête à vendre son usine de Charleston. Alors on danse…avec les ouvriers « transférés ».
  • Une filiale de HSBC débourse 300 millions d’€ pour éviter un procès. Justice à portefeuilles…
  • Cobelfret prend une participation chez Euronav. Pas besoin d’être sur terre pour faire de la concentration. Ça « marche » sur mer aussi.
  • Qualcomm rejette l’offre de rachat de Broadcom. Thug life chez les gros bras : « Nan, c’est moi le plus gros, c’est moi qui vais te racheter ! » La seule chose dont on soit sûr, c’est que l’un finira par racheter l’autre.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.

  • En Belgique, IBA a licencié 20 personnes. Les mêmes qui annonçaient d’incroyables perspectives de croissance l’an passé.
  • « Restructuration » (je ne m’y fais pas à ce terme à la c**) à Philips Lightning à Turnhout, 78 emplois perdus.
  • Siemens se prépare à des milliers de suppressions d’emploi – sur fond de bénéfices record (en hausse de 11% avec 6,2 milliards d’€ de bénéfices et 83 milliards d’€ de chiffre d’affaires !)
  • Les galeries Lafayette vont céder sous forme de franchise 22 magasins. On parie que ça ne se traduira pas en bonnes nouvelles pour l’emploi ?

À la semaine prochaine pour de vraies bonnes nouvelles?! Hum.

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Analyses

Les dirigeants : pourquoi de tels salaires?

Je me suis posé une question très naïve : pourquoi les dirigeants de grandes entreprises ont-ils des salaires aussi élevés? Les deux réponses habituelles ne me convenaient pas.

Une réponse typique, disons « de droite », consiste à dire que ces dirigeants ont d’énormes responsabilités, ils peuvent être révoqués, c’est grâce à eux et leur stratégie que l’entreprise fait du bénéfice, etc. Oui, ok, mais cela justifie-t-il des salaires AUSSI élevés, des parachutes dorés même s’ils se plantent, etc.? Je pense que non.

Une réponse typique, disons « de gauche », consiste à dire que ces dirigeants se gavent sur le dos des travailleurs exploités et qu’ils n’ont aucune raison – sinon l’indécence – à agir de la sorte. C’est une réponse un peu « psychologisante » dont une perspective « matérialiste » (au sens de Marx) ne peut se satisfaire. Peut-être sont-ils indécents, mais cela comporte malgré tout une incohérence strictement économique :

Sans entrer dans le détail des différents statuts des dirigeants (qui peuvent aussi être associés ou être rémunérés avec des stock-options, etc.), on comprend vite qu’un salaire élevé a un impact sur le bénéfice de l’entreprise. Or, celle-ci est censée maximiser ses profits – raison pour laquelle elle cherche à raboter tous ses coûts dont les salaires des employés… Pourquoi pas, alors, le salaire des dirigeants?

Je vous propose l’explication suivante.

Marx, et à sa suite Friedmann, ont dénoncé la « division du travail » (voulue par Taylor), c’est-à-dire ne faire faire aux ouvriers que de petits gestes répétitifs pour gagner en temps et donc en productivité. Une façon de faire qui a plusieurs conséquences dont le fait que les ouvriers sont aisément remplaçables : leurs compétences importent peu (il ne faut pas être bac+10 pour tourner toujours le même écrou). La « dépossession » de son travail, Marx l’a appelée « aliénation ».

Pour un dirigeant d’entreprise, c’est très différent. Le dirigeant a une mission de gérance, doit mettre en place une stratégie, il doit avoir « du génie », être un « artiste de l’exploitation ». À ce jeu, il y en a de meilleurs (que les grandes entreprises s’arrachent) et de moins bons. Et pour les meilleurs, on sait qu’il est rentable de mettre le prix.

Le boulot propre à celui qui aliène les autres est, par nature, tout sauf aliénant (si on met l’éthique de côté). Pas étonnant que ceux-là persistent à encourager la « valeur travail »…

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Analyses

Nouvelle directive sur le travail détaché

Nouvelle directive sur le travail détaché au sein de l’UE. Je vous fais un résumé rapide. Ce nouveau texte était censé répondre au problème de dumping social (concurrence déloyale) qu’implique le principe de « travail détaché ».

C’est quoi un travailleur détaché?
C’est lorsqu’un travailleur membre d’un des pays de l’UE est, pour un temps déterminé, envoyé bosser dans un autre pays par une entreprise.

Dans quel sens vont les flux?
Le secteur le plus concerné est la construction (plus de 40% du travail détaché). Et le pays qui en envoie le plus est la Pologne.

Qui en profite?
* Le patronat. En effet, la directive prévoit que l’entreprise paie les cotisations sociales dans le pays qui envoie le travailleur.

Qui en est « victime »?
* Surtout les ouvriers des pays où les protections sociales sont plus grandes (France, Belgique, etc.) puisqu’on va leur préférer une main d’oeuvre étrangère qui coûte moins cher
* Les travailleurs étrangers eux-mêmes qui ont un gain « court terme » en ayant du boulot et en étant mieux payé mais qui sont expatriés comme une vulgaire marchandise sur base de leur « moindre coût »
* La solidarité entre travailleurs de l’UE puisque leur mise en concurrence est au coeur de ce genre d’accord

Que dit le nouvel accord?
Deux « bonnes nouvelles » :
* Avant, les travailleurs détachés pouvaient être payés au « salaire minimal ». Maintenant, le principe « à travail égal, salaire égal » devra être respecté.
* Le temps théorique maximal d’un détachement est passé à 12 mois avec prolongation jusqu’à 18 (contre 24 auparavant).

Ce nouvel accord est une bonne nouvelle, du coup?
En mauvais français, on dirait qu’il est « moins pire ». Mais le principe fondamental de dumping social est inchangé :

* Les entreprises continuant de payer les cotisations sociales dans le pays émetteur, il leur est toujours largement plus profitable d’engager des travailleurs détachés de pays à bas coûts plutôt qu’une main d’oeuvre domestique
* Le secteur du transport routier est exclu de l’accord
* On voit mal comment ce nouvel accord va empêcher les anciens dysfonctionnements comme la non-déclaration de travailleurs…
* …le contournement des règles liées au droit du travail
* le principe des « fausses » entreprises basées, par exemple en Pologne, et qui n’ont qu’une boîte aux lettres permettant du coup de virtuellement envoyer des travailleurs en payant moins d’impôts.

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