Revues de presse

#4 Revue de presse (enfin!)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? En mode « colère ». Désolé.

En vrac

Être ouvrier tue. Au sens propre chez ArcelorMittal, suite à une explosion à Gand ; au sens propre à la SNCB quand un wagon fou percute des cheminots. Morts nettes, rails sales, j’ai la nausée. Entre-temps, atteinte au droit de grève avec l’instauration du service minimum sur le rail et une nouvelle augmentation de prix pour un service qui n’en finit plus de se dégrader (foi de navetteur). Les données de 57 millions d’usagers d’Uber ont été volées, l’entreprise qui va acheter des « dizaines de milliers » de voitures autonomes à Volvo, histoire de se passer de ses encombrants chauffeurs (pourtant surexploités). Encore des ouvriers en trop. Tués aussi, d’une façon…plus propre. Vive le Black Friday pour enfin consommer tout ce que notre monde surproduit, un « black Friday » vraiment noir en Égypte. Encore des morts nettes. 235 morts nettes. 235 ! Putain. Avec des armes vendues par qui ? Par notre balance commerciale positive ?

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Maine Central Railroad wreck. High tread.

Edouard Philippe veut baisser les cotisations sociales des entreprises (une vraie politique de gauche est « en marche », niark !) ; les riches fument de moins en moins, les pauvres de plus en plus – quels abrutis ces pauvres ! ; l’ex-Directeur du FMI, Rato, sera jugé pour escroquerie en Espagne (des ennuis avec la justice, un « must » pour le FMI, n’est-ce pas DSK ?) ; instrumentalisation des services secrets par De Decker dans le scandale financier du Kazakhgate qui touche maintenant Airbus ; les coursiers de Deliveroo vont faire grève pour protester contre la fin du statut d’employé ; Altice dégringole en Bourse, géant aux pieds d’argile.

Toujours en vrac, on se rappelle que les Rohingyas vivent sur un territoire…riche en pétrole. Je dis ça, je dis rien ; le glyphosate a été prolongé par l’UE pour cinq ans. Zavez bien lu : à la suite des scandales à répétition, le glyphosate est malgré tout PROLONGÉ. Alors, Mélanie Laurent et les autres thuriféraires d’un « Demain » si merveilleux, zêtes où ?! ; L’UE qui a cumulé les coups tordus ces derniers jours avec le recalcul de l’impôt des sociétés : la gauche parle de 200 milliards de pertes. Peanuts, quoi. Le peuple n’a pas besoin de ce fric, anyway ; Macron en Afrique affirme qu’il n’y a pas de « politique française en Afrique ». Non, t’as raison Manu. Pas de politique, juste du vol. Du viol. Du sang. Parfois délégué à Bolloré, mais on ne va pas s’encombrer de détails, hein ! ; Le japonais Toray touché par un scandale sur la falsification de données, après Mitsubishi et Kobe steel – un scandale passé inaperçu dont j’avais eu l’occasion de parler.

Securitas va protéger…l’armée. Quand le recours au privé devient carrément croquignolesque. Ça se passe à la caserne d’Heverlee ; Ryanair compte « sanctionner » les équipages qui ne vendent pas assez de leurs foutus billets de loterie foireux, leurs parfums et autres saloperies ; Apple reconnait enfin des conditions de travail déplorables chez Foxconn. À leur décharge, ça ne fait que cinq foutues années qu’on en parle dans les médias mainstream ; Standard and Poor’s déclare le Venezuela en défaut partiel sur sa dette. Ça vous dit quelque chose, ces agences noyées jusqu’au cou dans des scandales de conflits d’intérêts et qui voyaient en Lehman Brothers une entreprise tellement solide avant qu’elle se casse la gueule et provoque la crise de 2008 ?

Fusion/acquisition/concurrence/etc.

  • Lafarge (Albert Frère) a financé l’État islamique en Syrie pour conserver ses positions sur le terrain. Business is business, bro !
  • Un petit bijou d’article des Échos sur les fusions et les prises de capital dans le milieu de la construction en France. Sont concernés : le holding HLD, la famille Dentressangle, Kiloutou, la famille Mulliez, etc. L’article est incompréhensible mais donne un bel aperçu des « mouvements » qui permettent à seulement quelques acteurs de grossir aux dépens des autres.
  • Le chinois Alibaba dépense 2,5 milliards d’€ pour monter au capital de Sun Art (Auchan).
  • Un fonds d’investissement US veut acquérir 40% de Belron (Carglass qui appartient à D’Ieteren et dont on sait depuis la revue de presse #2 qu’ils ont aussi acquis Maisoning, dans la construction).
  • Natixis, encore une banque d’investissement, annonce qu’elle va consacrer 1 milliard d’€ à des acquisitions d’ici 2020. À chaque info de ce style, demandez-vous : qui sont les perdants ?
  • Dans la foulée du rachat d’Alpro par Danone, changement de direction en faveur de Sven Lamote. À quand les licenciements collectifs chez Danone ?
  • Il existe une alternative au super nocif glyphosate de Monsanto. Bonne nouvelle ? Ouais. Sauf que l’ANSES, l’organisme de certification de ces produits, refuse toujours l’autorisation de mise sur le marché. Eh quoi, faudrait pas fâcher les copains quand même !
  • L’UE se dote de nouvelles règles anti-dumping. Enfin, contre le dumping qui lui est défavorable, pas l’autre ! Qui est visé ? La Chine bien sûr… Il s’agit ici de lutter contre la concurrence, rien de plus.
  • La fusion ATT/Time Warner est bloquée aux USA. Unbelievable. Enfin, on va suivre ça de près, c’est rare que…ça ne se débloque pas !
  • Solvay s’apprête à vendre son usine de Charleston. Alors on danse…avec les ouvriers « transférés ».
  • Une filiale de HSBC débourse 300 millions d’€ pour éviter un procès. Justice à portefeuilles…
  • Cobelfret prend une participation chez Euronav. Pas besoin d’être sur terre pour faire de la concentration. Ça « marche » sur mer aussi.
  • Qualcomm rejette l’offre de rachat de Broadcom. Thug life chez les gros bras : « Nan, c’est moi le plus gros, c’est moi qui vais te racheter ! » La seule chose dont on soit sûr, c’est que l’un finira par racheter l’autre.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.

  • En Belgique, IBA a licencié 20 personnes. Les mêmes qui annonçaient d’incroyables perspectives de croissance l’an passé.
  • « Restructuration » (je ne m’y fais pas à ce terme à la c**) à Philips Lightning à Turnhout, 78 emplois perdus.
  • Siemens se prépare à des milliers de suppressions d’emploi – sur fond de bénéfices record (en hausse de 11% avec 6,2 milliards d’€ de bénéfices et 83 milliards d’€ de chiffre d’affaires !)
  • Les galeries Lafayette vont céder sous forme de franchise 22 magasins. On parie que ça ne se traduira pas en bonnes nouvelles pour l’emploi ?

À la semaine prochaine pour de vraies bonnes nouvelles?! Hum.

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Analyses

Émeutes à Bruxelles : vite, plus de répression !

Les Paradise Papers ou le financement de Daesh par le groupe Lafarge d’Albert Frère ont vite été relégués au second plan. Pas assez sexy. Pas assez esthétique. LA véritable et seule légitime info de ces derniers jours ? Les émeutes à Bruxelles.

Le discours médiatique a été tout en nuances. Pas la place ici pour en faire l’inventaire exhaustif, je ne retiens qu’une ou deux formules « chocs » : celle du SLFP (syndicat des policiers) déclarant, je cite, que « les jeunes doivent à nouveau avoir peur de la police », celle de notre vice-Premier ministre (notez qu’il y a « vice » dans son titre !) Jambon qui voit dans les émeutes non un incident mais le développement d’un « cancer », volonté politique d’un « plan d’action répressif », appel à la « tolérance zéro », l’affirmation que le temps où « on gâte la jeunesse » est terminé, etc. Ce discours-là a, de plus, été renforcé par un autre discours : celui de Bruxellois partageant – on le suppose- les mêmes origines socio-culturelles (mais pas forcément économiques…) que les fauteurs de trouble et qui ont vivement condamné les émeutes, telle la carte blanche publiée dans Le Soir par Sammy Mahdi, Président des Jeunes CD&V ou la vidéo Facebook de Morad Essebar.

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Émeutes à New-York

Il y a toujours le même schéma. Derrière l’expression : « pas d’excuses », on refuse souvent les explications. Pourquoi ? Parce que ces dernières sont toujours plus nuancées que ce qu’on voudrait et parce que, conséquemment, les réponses ne sont jamais aussi simples qu’un appel à la répression. Disons-le directement : aucune étude n’a été en mesure de prouver que la « tolérance zéro » avait une quelconque incidence sur la diminution de la récidive, comme le rappelait Charlotte Vanneste (ULg). Voilà, c’est dit. On peut passer aux choses sérieuses.

Adolescence et psychologie sociale

Doit-on vraiment rappeler les changements hormonaux chez les adolescents ? Doit-on vraiment oublier si facilement les propres débordements auxquels on s’est livré dans notre adolescence ? Peut-on faire fît, parce que ça nous arrange, des effets de groupe pourtant très bien décrits par les psychologues sociaux depuis les années 50 ? Par exemple, l’expérience de Ash a mis en évidence le conformisme dans un groupe, c’est-à-dire la probabilité que si un abruti fait n’importe quoi, les autres suivront comme des moutons. Mieux, Ash a mis en évidence les facteurs qui renforçaient cette tendance préexistante. On y lit que l’ambiguïté du stimulus a un effet puissant sur les individus qui ne se sentent pas compétents et qui ont alors tendance à suivre le groupe ; la taille, l’unanimité et l’attrait du groupe ainsi que sa cohésion et le besoin d’affiliation renforcent encore le conformisme.

Bien. À partir de ces éléments, serait-on en droit de penser que le contexte sociétal d’exclusion des familles d’origine immigrée est exacerbé par des hormones adolescentes trouvant à s’exprimer dans une cohésion de groupe particulièrement singulière après un match de foot qui voit mettre à l’honneur une population se sentant par ailleurs marginalisée ?

Des émeutes sociales ?

En 2005, lors des révoltes en banlieue parisienne, le politique et les intellectuels à la Finkielkraut s’étaient efforcés d’y voir la marque religieuse[1]. Pure manipulation, il s’agissait d’occulter le caractère social de ces dernières, provoquées par la mort de deux adolescents. Quelques années plus tôt, dans son célèbre titre « Qu’est-ce qu’on attend ? », puis dans « Odeur de soufre », le groupe de rap NTM expliquait sans concession : « Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Juste d’être un peu plus nombreux. Car y’a beaucoup plus de oufs, que d’odeur de bouffe, dans les quartiers de ceux qui souffrent, y’a comme des odeurs de soufre ». Alors, 2017, c’est la version bruxelloise de 2005 ? Ce serait trop facile. Écoutez Vargasss92, le Youtubeur et « star » de Snapchat suite à la visite duquel la seconde émeute a éclaté ! Pas besoin d’un doctorat pour comprendre que son discours est singulièrement vide. Pire, même…

Le tort serait pourtant de croire que l’absence de discours raisonné signifie l’absence de raison. L’expression de la violence n’ayant plus de contenu, c’est la violence elle-même qui devient le contenu de son expression. La violence pour la violence. D’où une difficulté pour la pensée critique : comme défendre une parole qui n’a rien à dire ?

Je vois là la grande victoire d’un système qui a ôté jusqu’à la faculté de penser sa propre condition. Une aliénation particulièrement puissante qui rend aveugle aux yeux mêmes des révoltés le motif de leur révolte. L’impossibilité de formuler une pensée est précisément le projet du Novlangue tel qu’imaginé par Orwell dans 1984 : « Comparé au nôtre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveaux moyens de le réduire. Il différait, en vérité, de presque tous les autres en ceci qu’il s’appauvrissait chaque année au lieu de s’enrichir. Chaque réduction était un gain puisque, moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir. » Cette définition décrit à merveille les discours d’un Vargasss92 et, en ce sens, on comprend que ce dernier travaille main dans la main avec un système dont l’incapacité de réfléchir est une victoire puisqu’elle permet le plébiscite d’une répression très utile lorsqu’il s’agit de faire taire…ceux qui pensent encore !

Des facteurs objectifs de la révolte

Pourtant, il y aurait bien des raisons de se révolter. Puisqu’il s’agit ici essentiellement de confrontations avec la Police, faut-il rappeler les accès de violence de cette dernière, répertoriés par Obspol, le laboratoire lié à la Ligue des Droits de l’Homme? En outre, le chômage des jeunes issus de l’immigration demeure irrévocablement haut et, en miroir, les emplois que les autres occupent sont parmi les moins valorisés. La discrimination à l’embauche persiste au point où un ami avait changé son nom sur son mail pour éviter la consonance arabe. Ceci favorise l’établissement d’économies parallèles qui ne font que reproduire à une échelle plus petite la loi de la jungle capitaliste – surtout lorsque le business est celui de la drogue ou des electros volés. La discrimination au logement est généralisée, là encore renforçant des circuits parallèles où des vendeurs de sommeil se sucrent allègrement sur le dos de familles exploitées. La scolarité est éminemment injuste, ces jeunes étant relégués dans de « mauvaises écoles » là où les enfants des classes supérieures fréquentent Saint-Michel. Le contenu des cours est en plus stigmatisant, les profs étant nourris – à leur corps défendant – aux mamelles médiatiques répétant à l’envi les mêmes sornettes sur leur religion ou leur culture.

Bref. Impossible ici de dresser un portrait complet des causes objectives de la révolte, mais ce simple aperçu donne la mesure de ce qu’une pensée articulée pourrait très bien trouver, dans l’action directe, la voie de son expression. Au contraire de cela, les émeutes des jeunes étaient politiquement vides. Donc inutiles. Donc pire qu’inutiles : dommageables à leur potentielle finalité objective.

 Sources

[1] https://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20091009.OBS4100/alain-finkielkraut-en-2005-l-interview-polemique-a-haaretz.html

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