Analyses

La fin de la neutralité du web ? Et alors ?

Pause clope. Deux employés administratifs, dont l’un semble légèrement irrité. 

  • Bon, j’ai vu que les USA avaient voté la fin de la « neutralité du web ». On s’en fout, ou on s’en fout pas ?
  • On s’en fout un peu. Enfin, sauf si tu racontes des trucs sur Internet en voulant toucher un public Ricain…
  • Bah, j’ai un ou deux mots à dire à Trump !
  • Alors, tu t’en fous pas !
  • Je comprends pas. Explique.
neutrality

Evicted sharecroppers along highway

  • La fin de la neutralité du web, ça veut dire que les fournisseurs d’accès Internet aux USA ne vont plus devoir traiter toutes les données à égalité.
  • C’est pas clair, désolé.
  • Imagine que tu prends l’autoroute parce que tu voudrais parler de vive voix à un ami.
  • Oui…
  • À l’entrée de l’autoroute, on t’arrête. Et là on te demande qui tu es, où tu vas et ce que tu veux dire. Et, c’est à partir de ces trois éléments qu’on peut te laisser passer, te donner une priorité, te ralentir, voire carrément te bloquer…
  • Ah oui quand même ! Donc, par exemple, si je suis roux et qu’ils n’aiment pas les roux, je pourrais être bloqué ?!
  • Hum. Par exemple si ton site web est un site d’opposition politique, on pourrait décider de te bloquer. Pourvu que ce soit « transparent ». Ça, c’est la nouvelle loi US.
  • Transparent ?
  • Oui, « transparent ». Cherche pas à comprendre, c’est un mot qui ne veut rien dire.
  • Donc, si je comprends bien, on pourrait me bloquer ou me ralentir parce que je pose problème en tant que source d’information, parce que mon contenu ne plaît pas ou encore parce que le destinataire ne plaît pas ?
  • Mais ça marche aussi dans l’autre sens. Imagine que ma société qui fournit Internet possède aussi une entreprise qui crée des contenus digitaux. Eh bien je pourrais choisir de mettre ces contenus-là en priorité, en prenant toute la bande passante, quitte à ralentir voire à bloquer les autres contenus. Ou alors, je pourrais faire payer très cher pour que certains contenus aient une bande passante correcte…
  • Un peu comme si on réservait la bande d’autoroute la plus rapide juste pour les grosses berlines allemandes ?
  • Voilà, par exemple. Ça peut aller encore beaucoup plus loin : les fournisseurs pourraient décider d’inclure dans leur offre des sortes de « packs » comprenant l’accès à différents sites comme Facebook, Google, Twitter, etc. mais pas à d’autres concurrents comme Yahoo, Apple, etc.
  • Heu… En fait, il n’y aurait plus « un » Internet, il y aurait « plusieurs Internet », en fonction du fournisseur ?
  • T’as tout juste. C’est le principe même d’Internet, en tant que « réseau unifié de tous les réseaux » qui serait mort.
  • Et on peut dire qu’on est dans ce cas-là ?
  • Aux USA, d’une certaine façon, oui. Évidemment, ils ne sont pas bêtes. On commence avec de vagues garde-fous, d’où le concept fourre-tout de « transparence ». Et petit à petit, tout ça pourra être modifié, amendé, dérégulé. Le plus important, c’est le début. Une fois que la grenouille est dans l’eau, on peut doucement augmenter la température : c’est déjà trop tard pour elle.
  • Et le rapport avec le reste de l’économie? Tu parles beaucoup des fusions d’entreprises par exemple. Qu’est-ce que ça change ?
  • Eh bien disons que la tendance monopolistique va encore renforcer le problème : s’il n’y a qu’un ou deux gros fournisseurs – parce qu’ils ont avalé tous les autres et tous ceux qui émergent -, les ententes entre eux sont plus faciles, ils peuvent encore plus facilement se « partager le marché ».
  • C’est-à-dire ?
  • Regarde par exemple Spotify, Deezer ou Apple music. Certains artistes ont signé des contrats d’exclusivité avec l’un ou avec l’autre. Si tu veux être sûr de pouvoir écouter toute la musique que tu veux, tu devrais t’abonner…à tous les services. C’est moins vrai pour les « stars » (quoique), mais c’est très vrai dès que tu cherches quelque chose de plus spécifique. C’est exactement le même principe ici : tu prends les séries US, je prends le porno !
  • Je vois…
  • C’est pas tout. Ils peuvent décider de commun accord de bloquer certains contenus parce que ceux-ci iraient contre leurs intérêts. Jusqu’ici, Internet a été une bouffée d’air frais pour la diffusion d’idées progressistes, voire anticapitalistes. Mais il va de soi que ces idées vont contre les intérêts de tous les gros acteurs économiques…qui pourraient donc décider, logiquement, de les bloquer. Purement et simplement.
  • Ou de les faire payer très cher !
  • T’as compris le principe !
  • C’est affreux. Et chez nous ? On prend les mêmes risques ?
  • Les langues se délient en effet. Le PDG d’Orange s’était déjà exprimé en faveur de la fin de la neutralité du Web. On n’y est pas encore, mais on peut considérer que c’est une tendance lourde.
  • On peut faire quoi ? Un Internet alternatif ?
  • Pourquoi pas. Mais il ne faut pas oublier que les investissements en termes d’infrastructure sont gigantesques. Ce n’est pas pour rien que ce sont précisément ces acteurs-là qui ont aujourd’hui un tel pouvoir.
  • …le retour de la presse papier ?
  • Qui sait. Ou l’émergence des « Hauts Parleurs » comme l’imagine Alain Damasio dans ce qui est peut-être la plus belle de ses nouvelles.
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Analyses, Réactions

Les robots ne prendront (malheureusement) pas notre travail

Dans un article récent paru dans La Libre, l’auteur s’étonne de ce que les robots et l’intelligence artificielle n’apparaissent pas dans les statistiques sur la productivité du travail. En effet, si les robots sont « partout » et le seront de plus en plus, il est logique de penser qu’ils remplaceront le travail humain. Or, si les robots remplacent le travail humain, ils devraient démultiplier la capacité de produire. Problème : la croissance de la productivité n’a jamais été aussi faible ! Paradoxe…

machine

Moulding machine in a marble yard in Long Island City

Deux interprétations « conventionnelles » sont possibles et développées dans l’article auquel je me réfère : soit les révolutions technologiques sont, en fait, « moins révolutionnaires que prévu » et que « les précédentes », soit elles « mettraient du temps à se traduire en gain de productivité ». Pas très convaincant tant les progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique semblent énormes tout en se démocratisant.

Je vous propose une troisième lecture, qui ne contredit pas, par nature, ces deux premières explications mais, d’une certaine façon, les rend inopérantes.

Et si c’était tout autre chose ?

Tout d’abord faut-il se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « productivité ». La productivité répond à la question : à quel point un facteur de production doit-il contribuer au résultat final ? Par exemple, combien de voitures un ouvrier à temps plein est-il capable d’assembler en une journée ? On parle de gain de productivité quand la contribution diminue pour une production stable ou quand la production augmente pour une contribution stable. En clair : un gain de productivité, c’est arriver à faire plus avec moins.

Évidemment, elle se calcule par rapport à une date antérieure. Et, autre point important, la productivité est en lien avec la compétitivité, c’est-à-dire la capacité à être plus productif que son voisin… C’est là que se pose une question absolument essentielle, même si elle est contre-intuitive : les acteurs économiques ont-ils intérêt à augmenter la productivité ? Ma réponse qui, je le concède, est iconoclaste, est de dire : « non, ils n’ont pas intérêt ! »

Alors quoi ?

En fait, les acteurs économiques ont intérêt à augmenter la compétitivité. C’est-à-dire à être plus productif que leur voisin. La nuance est subtile, mais elle est importante. Il s’agit moins d’être productif dans l’absolu que d’être productif si le concurrent l’est moins que nous.

Le problème, c’est que sur l’ensemble des marchés, les acteurs économiques n’ont pas intérêt à être plus productifs : car un gain de productivité grâce aux robots mène à des licenciements. (Je parle donc bien de l’ensemble des marchés : sur un marché en particulier, on assiste régulièrement à des licenciements qui sont toujours reçus comme d’excellentes nouvelles par les actionnaires parce que les licenciements supposent plus de profits.) L’ensemble des licenciements mènent à une perte généralisée du pouvoir d’achat de consommateurs qui n’ont plus les moyens d’acheter ce que les robots ont produit. Arrive un moment où même la pub, les Black Friday, les crédits à la consommation et j’en passe n’arrivent plus à faire acheter des gens qui n’en ont plus les moyens. Il en résulte des crises de surproduction : il y a beaucoup trop de produits par rapport à la demande.

Soyons clairs : énormément de jobs aujourd’hui pourraient déjà être remplacés par des robots, avec une explosion de la fameuse « productivité ». S’ils ne le sont pas, c’est parce que personne n’y gagnerait. En fait, on remplace les humains par des robots qu’à des « moments précis » où, précisément, la surproduction ne guette pas, comme on le voit dans cet article à propos d’Amazon.

D’accord, mais comment être plus compétitif ?

Dans un système capitaliste, ce qui permet d’être à la fois productif, à la fois compétitif (donc faire plus de profit que l’autre)…c’est le travail humain, pas les robots ! Et voilà pourquoi les robots ne remplaceront jamais les humains. Ou, si cela arrive, c’est qu’on ne sera plus dans un système capitaliste. Je m’explique.

Le travail humain est le seul travail que l’on peut « exploiter », le seul travail dont on puisse tirer une « plus-value ». En effet, on ne peut « exploiter » une machine : la machine ne fera jamais que ce qu’on lui demande. Si deux entreprises utilisent les mêmes machines, toutes autres variables étant égales par ailleurs (taille de l’entreprise, stratégies marketing, compétences des dirigeants, etc.), elles produiront rigoureusement la même chose. C’est très différent pour le travail humain. D’abord, en une journée de travail, un ouvrier produit plus que ce qui est nécessaire à la reproduction de sa force de travail. Autrement dit, il produit plus que son salaire qui doit lui permettre de se loger, se nourrir, se soigner, etc. Cet excédent, c’est la plus-value. Le profit du patron se trouve là. Ensuite, on peut toujours « mieux exploiter » que son voisin : moins de « charges » sociales, augmentation des cadences, de la durée de travail, baisses de salaires, délocalisation, droit du travail rogné, etc.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que si la présence des robots ne se généralise pas, l’exploitation des travailleurs, elle, se généralise bien. Depuis la fin des trente glorieuses, dont les raisons sont à trouver dans la reconstruction après la deuxième guerre mondiale et dans la crainte occidentale du communisme, ce n’est qu’une longue liste de droits sociaux qui vont en s’amenuisant. Le dernier acquis social ? Les 35 heures en France en…1998 ! Soit il y a 20 ans !

Conclusions

Chaque acteur économique, dans son coin, est tenté par l’usage de robots. En effet, l’avantage concurrentiel à très court terme est évident : je produis plus et moins cher, donc je peux vendre plus, je fais plus de profits et je gagne la guerre économique. Sauf qu’un acteur économique n’est jamais dans son coin : tous font pareil, plus ou moins en même temps, et se tirent collectivement une balle dans le pied. Collectivement, les (gros) acteurs économiques savent qu’il leur faut garder du travail humain pour continuer à faire du profit.

Ajoutons que seuls les très gros acteurs économiques ont les moyens de remplacer la main d’œuvre par des robots. La tendance aux monopoles fait que ces acteurs sont déjà très peu nombreux sur chaque marché. Chaque mois, de nouvelles affaires concernant des « ententes » entre les grandes entreprises sortent dans les médias. On peut imaginer aisément que les ententes ne concernent pas seulement les prix mais aussi des stratégies comme celle-ci. Il vaut mieux collectivement faire un peu moins de profit à court terme, que foncer tête baissée tout seul dans une course qui mène tout le monde à sa fin ! Même le pire capitaliste sait se montrer solidaire (avec les autres capitalistes) quand il le faut !

La notion de profit est essentielle car sans nécessité de profits, nécessité de plus-values, nous pourrions déléguer aux machines beaucoup de ces tâches et travailler moins pour…vivre un peu plus.

 

 

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Analyses, Articles parus sur d'autres médias

Bitcoin : monnaie capitaliste

Un événement historique s’est produit mercredi passé : en tant que propriétaire de Bitcoins, vous auriez reçu 10.000$ en vendant un seul d’entre eux ! Sachant qu’il ne valait que 0.001$ en 2009… Pour l’instant, on maîtrise mal les enjeux. Qui gagne, qui perd? Quel est l’avenir du Bitcoin? Cette monnaie est-elle vraiment une alternative au système actuel? Une monnaie pirate, une monnaie de révolté, une monnaie underground? Rien n’est moins sûr. 

Le principe fondamental de l’argent

Imaginons que vous vouliez manger des pois chiches. Ça tombe bien, votre voisin en a justement ! Vous avez un paquet de sucre que vous voudriez échanger contre sa boîte de pois chiches mais, pas de chance, il a aussi du sucre et n’est pas intéressé par le vôtre. Lui, ce qu’il voudrait, c’est des carottes…que vous n’avez pas. Vous risquez bien de ne pas manger de pois chiches ce soir ! Sauf qu’une invention formidable vous permet malgré tout d’effectuer cet échange : l’argent. Comment cela fonctionne-t-il ? Très simple : la valeur de chaque produit est « traduite » en une unité universelle. Ainsi, mon sucre vaudra par exemple 1.5 Radis (le Radis étant l’unité de mesure dans mon exemple) et la boîte de pois chiches 0.70 Radis. Il me suffit de donner ces 0.70 Radis à mon voisin qui pourra les utiliser pour acheter ses carottes.

coins

Diverses monnaies brésiliennes

 

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’argent n’a pas de « valeur en soi ». Mon billet de « Radis » est en papier, et ce n’est pas le caractère – même luxueux – du papier qui lui confère sa valeur. La valeur de mon billet de « Radis » vient de ce qu’il est un « valant pour » : il « vaut pour » n’importe quel produit pouvant s’échanger avec lui.

Et le Bitcoin ?

Le Bitcoin est une monnaie « comme les autres ». Comme mon fictif Radis, des Euros ou des Dollars, il est possible d’utiliser des Bitcoins comme unité universelle permettant d’acheter tout et n’importe quoi : des carottes, des applications sur Internet, de la drogue ou encore d’autres monnaies. Mais, en même temps, ce n’est pas une monnaie « comme les autres ». La différence la plus évidente, c’est que le Bitcoin est une monnaie immatérielle, il n’existe pas de pièces et de billets de Bitcoins. Les achats avec Bitcoins se feront donc toujours via des moyens électroniques. On dit également que le Bitcoin est une crypto-monnaie. Derrière ce terme se cache deux caractéristiques qui peuvent paraître contradictoires : la garantie de l’anonymat d’une part, la garantie de la traçabilité d’autre part. En clair, quand on échange des Bitcoins, on peut être certain que le Bitcoin appartenait bien à quelqu’un d’autre auparavant, même si on n’en connaît pas l’identité. Il n’y a donc pas de fausse monnaie possible.

Ce tour de force, normalement de la responsabilité d’une banque – qui s’assure, lorsque vous faites par exemple un virement à quelqu’un, que vous disposiez bien, en effet, de cet argent – est rendu possible par une invention fascinante : les blockchains. Les blockchains sont, dans ce contexte, des « carnets » dans lesquels sont listés, dans des « blocs » (comme des « pages du carnet ») tous les échanges en Bitcoins effectués sur toute la planète d’une personne vers une autre personne (en fait d’un compte vers un autre compte puisqu’un cryptage permet l’anonymat). La copie de cette « liste » n’est pas gardée en mémoire à un endroit particulier mais de façon décentralisée, chez tous les utilisateurs. Évidemment, comme il y a énormément de transactions en même temps, il y a un risque d’avoir des « listes » légèrement différentes d’un utilisateur à un autre. Pour s’assurer qu’il n’existe « qu’une seule liste », à chaque fois qu’une page (un « bloc ») est remplie, la résolution d’un calcul est exigée. Le « bloc » de celui qui a résolu le calcul, pour peu que le reste du réseau valide en effet son contenu en reconnaissant toutes les transactions qu’il contient, vient compléter le reste de la « liste » (le reste du carnet). C’est sur cette nouvelle base commune que le prochain bloc peut alors être rempli, et ainsi de suite.

C’est aussi à l’occasion de la résolution de ce calcul que de nouveaux Bitcoins sont créés : comme ce calcul demande de grandes ressources, les ordinateurs effectuant ce « travail » sont rémunérés en Bitcoins créés à cette occasion, comme le travail d’extraction de l’or dans une mine. Pas seulement, en fait. Les « mineurs » (c’est par ce terme qu’on nomme les ordinateurs et, par conséquent les personnes qui se trouvent derrière) sont aussi rémunérés en percevant des commissions sur chaque transaction effectuée, comme n’importe quel autre système de paiement par carte où une commission est également prélevée.

Un élément important est qu’on sait que la création de Bitcoins est théoriquement infinie mais est, en pratique, amenée à se tarir : petit à petit, les « mineurs » ne seront plus rémunérés par la création de nouveaux Bitcoins mais majoritairement par des commissions sur les transactions. On sait même précisément quand ce phénomène se produira : lorsqu’il y aura plus ou moins 21 millions de Bitcoins sur le marché.

Pourquoi faire en sorte que de nouveaux Bitcoins ne soient plus créés ? C’est assez simple à comprendre. À mesure que de nouveaux Bitcoins sont créés, la valeur de chacun de ceux-ci diminue. En effet, ce qui est rare est cher. Dans n’importe quelle économie, on ne peut faire « tourner la planche à billets » sans arrêt, sous peine de dévaluer fortement la monnaie et assister à une importante inflation. Certes tout le monde aurait « beaucoup d’argent », mais cet argent ne vaudrait rien du tout ! En ce qui concerne les monnaies traditionnelles, c’est le rôle des banques centrales de contrôler cette inflation via les politiques monétaires. Comme le Bitcoin est décentralisé, il n’y a pas de banque centrale pour le contrôler. La quantité limitée de Bitcoins répond dès lors en partie à ce problème.

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Federal Reserve, Manhattan

Pourtant, aujourd’hui, c’est justement le contraire qui se passe. Alors que des Bitcoins continuent à être créés, ils valent de plus en plus. Essayons de comprendre.

D’abord, s’il est vrai que de nouveaux Bitcoins sont créés, les calculs nécessaires pour y parvenir sont de plus en plus difficiles – ce qui réinstaure un phénomène de « rareté ». Effectuer ces calculs n’est pas à la portée de n’importe qui. Il faut une puissance de calcul gigantesque, des infrastructures importantes, également très gourmandes en énergie. En fait, « miner » du Bitcoin n’est pas très rentable, sauf pour quelques acteurs économiques et dans des lieux singuliers (comme dans les pays où l’électricité est bon marché, par exemple en Chine). Ce qui est rare étant aussi ce qui est cher, cela explique que le Bitcoin continue, sur le long terme, à prendre de la valeur.

Ensuite, comme sur tout marché, la loi de l’offre et de la demande est applicable : tant que des gens voudront acheter des Bitcoins, le Bitcoin continuera de prendre de la valeur. Ce qui est fort demandé coûte plus cher et continue de prendre de la valeur, surtout lorsque le phénomène est associé à de la rareté.

Échange ou spéculation ?

C’est ici qu’il est intéressant de revenir au principe même de l’utilité de l’argent. Si l’argent n’a pas de « valeur en soi » mais n’est qu’un « valant pour », c’est-à-dire un outil pour faciliter les échanges, il n’y aurait aucune raison de thésauriser et donc peu de raison de vouloir accumuler des Bitcoins. Beaucoup des lecteurs du Radis pourront investir leur argent dans une entreprise via des actions, dans une maison, etc. mais savent que laisser de l’argent dormir sur un compte d’épargne rapporte peu. Pourquoi, dans ce cas, y a-t-il une telle demande de Bitcoins aujourd’hui ? Ce serait d’autant moins compréhensible que le Bitcoin est une monnaie comme une autre, avec laquelle on procède à des échanges similaires !

En réalité, l’énorme demande et le succès du Bitcoin ne sont pas liés à sa qualité d’être une monnaie permettant l’échange. Au contraire. Les acheteurs du Bitcoin voient en cette monnaie dont le succès n’est pas (encore) démenti l’opportunité de gagner de l’argent en pariant sur le fait que le cours va continuer de grimper. Pour faire simple, il s’agit de spéculation. Et comme il n’y a pas de banque centrale pour contrôler les cours de façon top-down via des politiques monétaires, il en résulte une extrême volatilité. Par exemple, en trois jours seulement début novembre, le Bitcoin avait perdu 1000$ pour finalement ensuite repartir de façon croissante.

Vous allez me dire : pourquoi pas ? Si certains veulent prendre des risques avec de l’argent fictif qui ne renvoie qu’à lui-même, où est le problème ? Après tout, si le cours chute après l’achat de Bitcoins et que tout est perdu, les spéculateurs n’auront que la monnaie de leur pièce, si j’ose dire. C’est à ce moment, à mon avis, qu’il convient de garder son esprit critique.

Une perspective de gauche sur le Bitcoin

Dans sa philosophie, le Bitcoin est un pur produit du libertarianisme. Cette doctrine pose la liberté de l’individu comme essentielle, l’individu et le droit de propriété sur tout ce qu’il aurait acquis. Une conception qui rejette l’État et toute institution qui viserait à limiter (par exemple, dans le cas du Bitcoin, par une politique monétaire) ou à contraindre les individus dans leurs rapports économiques et sociaux. Éthiquement, le principe de non-agression est d’application : pas question d’agresser physiquement les autres. Mais en pratique, ça ne tient pas la route. Des actions engagées librement causent régulièrement des dommages aux autres sans que la volonté de faire du tort soit explicite. Par exemple, une entreprise « libre », devant réaliser des profits pour survivre, prendra des mesures de réduction de coûts qui toucheront ses employés mais aussi la concurrence. Par conséquent, le libertarianisme favorise surtout une jungle où seuls subsistent les plus forts.

Quel rapport avec le Bitcoin ? Eh bien, le Bitcoin ressemble précisément à cette jungle dépourvue de pouvoir régulateur. Et le Bitcoin n’existe pas non plus hors du contexte capitaliste. Si une série d’acteurs économiques – un ami, une sœur ou que sais-je – décident de spéculer « gentiment » (avec des montants assez bas) sur le Bitcoin, ils prennent leurs propres risques ; mais des acteurs de plus en plus gros proposent maintenant d’investir dans le Bitcoin via des produits financiers particuliers. Certes, étant donné la volatilité de cette monnaie, le risque est grand. Mais est grande aussi l’opportunité de gagner beaucoup en peu de temps. Et c’est bien ça qui les intéresse ! Depuis les débuts du capitalisme, le problème a toujours été de maximiser les profits en trouvant des débouchés pour ses excès de capitaux. Ainsi, les excès de capitaux obtenus grâce au vol des ressources de l’Amérique et les empires coloniaux ont permis à l’Occident de prendre les devants lors de la Première Révolution industrielle. Cette dernière a, évidemment, permis de renforcer l’avantage concurrentiel, produisant de nouveaux capitaux en excès qu’il fallait réinvestir. Un réinvestissement certes, mais toujours dans l’idée de maximiser le profit : d’où l’intérêt de l’exploitation des hommes dans les colonies et ensuite de l’exploitation des matières premières. Mais lorsqu’il n’y a plus ni hommes ni territoires à conquérir, il faut se disputer ce que chacun s’est déjà accaparé et c’est ainsi que naissent les guerres mondiales.

Le Bitcoin est, à ce titre, un excellent moyen pour les capitalistes « libres » d’utiliser leurs excédents de capitaux en espérant de super profits sans lever le petit doigt et, en bons libertariens, sans que leur action soit mises à mal par quelque pouvoir dominant. Difficile à dire si, déjà aujourd’hui, certaines institutions sont prêtes à se mettre en péril en jouant à ce nouveau casino, mais rien n’indique qu’elles ne le seraient pas, bien au contraire. Or, que se passe-t-il lorsqu’une grande institution bancaire met sa propre existence en danger ? Lors de la crise amorcée en 2008, les États ont considéré que les banques étaient « too big to fail ». Ils ont donc été obligés de les renflouer, pour « limiter la casse ». Une nouvelle fois, on assisterait à une privatisation des profits (tant que ça marche, les acteurs privés qui en ont les moyens se remplissent les poches) et une socialisation des pertes (quand ça foire, les acteurs publics sont obligés d’en payer le prix, ce qui a des conséquences directes sur les budgets nationaux, notamment en termes de dépenses sociales). À noter que ce genre de problèmes émerge de causes combinées : pas seulement une perte de confiance subite dans le Bitcoin, mais une conjonction de facteurs qui se renforcent mutuellement avec un événement déclencheur comme l’a pu l’être la crise des subprimes en 2008.

Une dernière réflexion me semble importante : on pourrait croire que les Bitcoins se créent dans un éther sans l’intervention de personne. Rien de plus faux. Les machines qui permettent de réaliser les calculs sont remplis de métaux, dont des minerais de conflits (ce sont des ordinateurs qui travaillent). À la base, de vrais mineurs, ouvriers, en chair et en os, sous-payés pour leur travail et très loin des opportunités de la spéculation. Ces mêmes machines consomment également énormément d’énergie et constituent de ce fait un coût environnemental sérieux. De mon point de vue, le Bitcoin s’inscrit parfaitement dans la logique capitaliste et, s’il constitue une prouesse technique et résulte d’une conception brillante, il n’en demeure pas moins une monnaie qui détourne la fonction première et saine de l’argent pour en faire un outil capitaliste de spéculation risquant de toucher à terme les mêmes personnes déjà dominées.

Article aussi publié sur le site d’Investig’Action.

 

 

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Émeutes à Bruxelles : vite, plus de répression !

Les Paradise Papers ou le financement de Daesh par le groupe Lafarge d’Albert Frère ont vite été relégués au second plan. Pas assez sexy. Pas assez esthétique. LA véritable et seule légitime info de ces derniers jours ? Les émeutes à Bruxelles.

Le discours médiatique a été tout en nuances. Pas la place ici pour en faire l’inventaire exhaustif, je ne retiens qu’une ou deux formules « chocs » : celle du SLFP (syndicat des policiers) déclarant, je cite, que « les jeunes doivent à nouveau avoir peur de la police », celle de notre vice-Premier ministre (notez qu’il y a « vice » dans son titre !) Jambon qui voit dans les émeutes non un incident mais le développement d’un « cancer », volonté politique d’un « plan d’action répressif », appel à la « tolérance zéro », l’affirmation que le temps où « on gâte la jeunesse » est terminé, etc. Ce discours-là a, de plus, été renforcé par un autre discours : celui de Bruxellois partageant – on le suppose- les mêmes origines socio-culturelles (mais pas forcément économiques…) que les fauteurs de trouble et qui ont vivement condamné les émeutes, telle la carte blanche publiée dans Le Soir par Sammy Mahdi, Président des Jeunes CD&V ou la vidéo Facebook de Morad Essebar.

riots

Émeutes à New-York

Il y a toujours le même schéma. Derrière l’expression : « pas d’excuses », on refuse souvent les explications. Pourquoi ? Parce que ces dernières sont toujours plus nuancées que ce qu’on voudrait et parce que, conséquemment, les réponses ne sont jamais aussi simples qu’un appel à la répression. Disons-le directement : aucune étude n’a été en mesure de prouver que la « tolérance zéro » avait une quelconque incidence sur la diminution de la récidive, comme le rappelait Charlotte Vanneste (ULg). Voilà, c’est dit. On peut passer aux choses sérieuses.

Adolescence et psychologie sociale

Doit-on vraiment rappeler les changements hormonaux chez les adolescents ? Doit-on vraiment oublier si facilement les propres débordements auxquels on s’est livré dans notre adolescence ? Peut-on faire fît, parce que ça nous arrange, des effets de groupe pourtant très bien décrits par les psychologues sociaux depuis les années 50 ? Par exemple, l’expérience de Ash a mis en évidence le conformisme dans un groupe, c’est-à-dire la probabilité que si un abruti fait n’importe quoi, les autres suivront comme des moutons. Mieux, Ash a mis en évidence les facteurs qui renforçaient cette tendance préexistante. On y lit que l’ambiguïté du stimulus a un effet puissant sur les individus qui ne se sentent pas compétents et qui ont alors tendance à suivre le groupe ; la taille, l’unanimité et l’attrait du groupe ainsi que sa cohésion et le besoin d’affiliation renforcent encore le conformisme.

Bien. À partir de ces éléments, serait-on en droit de penser que le contexte sociétal d’exclusion des familles d’origine immigrée est exacerbé par des hormones adolescentes trouvant à s’exprimer dans une cohésion de groupe particulièrement singulière après un match de foot qui voit mettre à l’honneur une population se sentant par ailleurs marginalisée ?

Des émeutes sociales ?

En 2005, lors des révoltes en banlieue parisienne, le politique et les intellectuels à la Finkielkraut s’étaient efforcés d’y voir la marque religieuse[1]. Pure manipulation, il s’agissait d’occulter le caractère social de ces dernières, provoquées par la mort de deux adolescents. Quelques années plus tôt, dans son célèbre titre « Qu’est-ce qu’on attend ? », puis dans « Odeur de soufre », le groupe de rap NTM expliquait sans concession : « Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Juste d’être un peu plus nombreux. Car y’a beaucoup plus de oufs, que d’odeur de bouffe, dans les quartiers de ceux qui souffrent, y’a comme des odeurs de soufre ». Alors, 2017, c’est la version bruxelloise de 2005 ? Ce serait trop facile. Écoutez Vargasss92, le Youtubeur et « star » de Snapchat suite à la visite duquel la seconde émeute a éclaté ! Pas besoin d’un doctorat pour comprendre que son discours est singulièrement vide. Pire, même…

Le tort serait pourtant de croire que l’absence de discours raisonné signifie l’absence de raison. L’expression de la violence n’ayant plus de contenu, c’est la violence elle-même qui devient le contenu de son expression. La violence pour la violence. D’où une difficulté pour la pensée critique : comme défendre une parole qui n’a rien à dire ?

Je vois là la grande victoire d’un système qui a ôté jusqu’à la faculté de penser sa propre condition. Une aliénation particulièrement puissante qui rend aveugle aux yeux mêmes des révoltés le motif de leur révolte. L’impossibilité de formuler une pensée est précisément le projet du Novlangue tel qu’imaginé par Orwell dans 1984 : « Comparé au nôtre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveaux moyens de le réduire. Il différait, en vérité, de presque tous les autres en ceci qu’il s’appauvrissait chaque année au lieu de s’enrichir. Chaque réduction était un gain puisque, moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir. » Cette définition décrit à merveille les discours d’un Vargasss92 et, en ce sens, on comprend que ce dernier travaille main dans la main avec un système dont l’incapacité de réfléchir est une victoire puisqu’elle permet le plébiscite d’une répression très utile lorsqu’il s’agit de faire taire…ceux qui pensent encore !

Des facteurs objectifs de la révolte

Pourtant, il y aurait bien des raisons de se révolter. Puisqu’il s’agit ici essentiellement de confrontations avec la Police, faut-il rappeler les accès de violence de cette dernière, répertoriés par Obspol, le laboratoire lié à la Ligue des Droits de l’Homme? En outre, le chômage des jeunes issus de l’immigration demeure irrévocablement haut et, en miroir, les emplois que les autres occupent sont parmi les moins valorisés. La discrimination à l’embauche persiste au point où un ami avait changé son nom sur son mail pour éviter la consonance arabe. Ceci favorise l’établissement d’économies parallèles qui ne font que reproduire à une échelle plus petite la loi de la jungle capitaliste – surtout lorsque le business est celui de la drogue ou des electros volés. La discrimination au logement est généralisée, là encore renforçant des circuits parallèles où des vendeurs de sommeil se sucrent allègrement sur le dos de familles exploitées. La scolarité est éminemment injuste, ces jeunes étant relégués dans de « mauvaises écoles » là où les enfants des classes supérieures fréquentent Saint-Michel. Le contenu des cours est en plus stigmatisant, les profs étant nourris – à leur corps défendant – aux mamelles médiatiques répétant à l’envi les mêmes sornettes sur leur religion ou leur culture.

Bref. Impossible ici de dresser un portrait complet des causes objectives de la révolte, mais ce simple aperçu donne la mesure de ce qu’une pensée articulée pourrait très bien trouver, dans l’action directe, la voie de son expression. Au contraire de cela, les émeutes des jeunes étaient politiquement vides. Donc inutiles. Donc pire qu’inutiles : dommageables à leur potentielle finalité objective.

 Sources

[1] https://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20091009.OBS4100/alain-finkielkraut-en-2005-l-interview-polemique-a-haaretz.html

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Analyses

Du sucre, encore du sucre

sugarUne analyse du projet « Serres », une nouvelle sucrerie à Seneffe-Manage
De quoi s’agit-il ? Suite à la fin des quotas sucriers, le marché européen s’ouvre et de nouvelles raffineries peuvent naître. D’où ce nouveau projet, conçu sous la forme d’une coopérative. Avec Iscal et Tirlemont, ce sera la 3ème sur un minuscule territoire.

Tous les mots sont importants…
Reprenons donc. La fin des quotas sucriers ? Oui, la PAC (politique agricole commune de l’UE) avait pour mission d’une part d’augmenter la productivité des agriculteurs tout en les protégeant. Il s’agit, depuis le début, d’un aveu d’échec de la fameuse inexistante « concurrence libre et non faussée ». Si on protège le marché européen agricole avec des subsides et en interdisant de produire trop en quantité, on garantit une relative « égalité » au sein de l’union, mais on fait une concurrence complètement déloyale vis-à-vis, par exemple, des pays africains qui se retrouvent à acheter nos produits moins chers que ceux qu’ils produisent eux-mêmes. Pour être sûr de dominer le marché agricole, l’augmentation de la productivité permet d’être moins cher. Mais comme tout le monde fait pareil partout sur la planète, il en résulte des crises de surproduction…

Et maintenant que le marché est libéralisé ?
Eh bien, les crises de surproduction vont s’étendre à l’intérieur de l’UE également, et plus seulement UE contre le reste du monde. Raison pour laquelle ni Iscal ni Tirlemont ne « voit d’un bon œil » (pour reprendre les termes de l’article de La Libre) le nouveau projet de sucrerie dans un marché déjà saturé.

Alors, les quotas, c’était mieux ?
Disons que les quotas renvoient à une idée de planification. En soi, c’est assez logique : autant planifier les besoins et produire en fonction – ce qui est une dimension importante de tout projet résolument socialiste. Ça a plus de sens que de laisser des acteurs économiques se battre en eux, se précipiter sur un marché qui s’ouvre, surproduire, licencier en masse, créer des besoins qui n’en sont pas, pousser à l’obsolescence programmée, sous-payer dans des pays qui n’ont aucun droit du travail, bousiller l’environnement…juste pour faire des profits et assurer sa propre survie (car il ne s’agit même pas d’avidité personnelle – sinon il suffirait d’éliminer les cupides et de les remplacer par des gens sensés !)

Mais ?
Oui, il y a un « mais ». C’est que l’UE, en pratiquant les quotas, le fait dans un système capitaliste global auquel elle ne se soustrait pas. Elle cherche donc à « avoir le beurre et l’argent du beurre » : protéger son marché interne, ses agriculteurs, etc. tout en surproduisant et en exportant au plus bas prix ses excédents. Le principe contribue donc à maintenir une bonne partie de la planète dans l’extrême pauvreté.

Bon, mais ici, c’est différent, Serres la nouvelle sucrerie sera organisée en coopérative !
J’ai envie de dire : « oui, et alors ? » Coopérative ou pas, cette dernière s’inscrit aussi dans un système concurrentiel. Coopérative ou pas, elle devra être rentable. Or, le marché est déjà saturé. Par conséquent, les dispositions qu’elle devra prendre vont nécessairement ressembler à celles que prend n’importe quel autre acteur économique : exploitation du personnel, rognage sur les coûts, etc. Et si ce ne sont pas eux les perdants, ce seront forcément les acteurs déjà présents sur le marché. De ce point de vue, dire comme le fait Jean-François Gosse, président du cabinet de conseil qui a incité à la création de ce « truc », qu’ils ne sont pas dans un principe « de concurrence frontale » est horriblement hypocrite. Surtout quand on sait que Serres vise un marché de proximité…

D’accord, mais le nombre de coopérateurs assure au moins de justes salaires aux travailleurs et empêche, a priori, une rémunération extrême de l’actionnariat comme dans les entreprises qui ne sont pas organisées en coopérative ?
Ça, c’est en principe. Quand on regarde dans le détail, on s’aperçoit que l’ensemble de la participation des coopérateurs s’élève à 55%. Certes, c’est une majorité. Mais il reste encore 45% pour – éventuellement – une participation publique et…des investisseurs privés ! Ces derniers, évidemment, ne seront pas là pour faire du social, tout « ESS » (économie sociale et solidaire) que soit le principe de coopérative. Et avec 45% des voix, il ne faut plus convaincre grand monde des « bonnes » stratégies (entendez « stratégies de rentabilité ») à adopter pour assurer la viabilité du projet. Je pourrais aussi vous citer d’autres « coopératives » qui sont exactement dans le même questionnement, qui ont dû « rogner sur leurs valeurs », s’assurer des subsides publics ou franchement augmenter leurs prix (ne touchant plus qu’une clientèle privilégiée) pour survivre.

Pour le reste, l’approche soi-disant écologique ne relève que du « greenwashing » pitoyable qui masque mal un projet pleinement capitaliste.

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