Analyses

Comprendre les fusions d’entreprises (partie 1)

  • Dis, j’ai lu que pour 2018, on allait de nouveau avoir plein de fusions d’entreprises. Je sais que tu parles souvent de ça, que tu as l’air de trouver ça important.
  • Oui, en effet.
  • Mais en fait, moi, je ne crois pas avoir bien compris pourquoi.
  • D’accord. Disons que les fusions d’entreprises peuvent être une bonne porte d’entrée pour comprendre les contradictions de notre système économique.
  • Et les impacts concrets de celui-ci sur les gens ?
  • Oui, aussi. Mais si tu veux comprendre tout ça, il faut y aller pas à pas. L’économique influence le social, mais pas toujours directement.
walt-disney

Walt Disney – bien avant que la société ne rachète la 21st Century Fox!

  • Alors, commençons par le début. Pourquoi une entreprise devrait-elle en racheter d’autres ? J’imagine un magasin de chaussures dans un village. Il fonctionne bien, les gens viennent depuis des années, je ne vois pas pourquoi ça devrait changer !
  • Et pourtant. Tu en connais encore beaucoup des magasins de chaussures indépendants, qui ne font pas partie de grandes chaînes ?
  • Non, c’est vrai. Quand j’y pense. Mais pourquoi ?
  • Parce que les marchés sont libres. Le marché de la chaussure par exemple est libre. Ça veut dire que n’importe qui peut ouvrir un nouveau magasin de chaussures s’il le souhaite.
  • Donc, dans mon village, même s’il y avait déjà un magasin de chaussures, n’importe qui peut en ouvrir un autre ?
  • Voilà. Par exemple parce qu’il pense qu’il peut vendre d’autres chaussures, moins cher, plus belles, avec des marques plus attractives, etc.
  • C’est peut-être pas super cool pour le magasin qui était déjà là mais au moins ça fait de la concurrence, c’est bon pour les consommateurs, non ?
  • D’une certaine façon, oui. Mais garde bien cette réflexion en tête, on y reviendra un peu plus tard. Je voudrais d’abord te poser une question : est-ce qu’il y a assez d’acheteurs de chaussures pour que les deux magasins coexistent ?
  • Ça dépend de la taille du village, non ?
  • Tout juste. Et qu’est-ce qui se passe tant qu’il y a plus d’acheteurs potentiels que de magasins ? Autrement dit, plus de demande que d’offre ?
  • Bah je suppose que les magasins présents vont essayer de grandir et que de nouveaux magasins vont ouvrir…
  • Jusqu’à ce que ce marché soit saturé, qu’il y ait trop de magasins par rapport à la demande. Mais ça, on ne le sait jamais à l’avance en fait.
  • Donc ?
  • Donc plusieurs magasins vont ouvrir, trop en fait, et à un moment donné, pour différentes raisons qui peuvent aller du prix des marchandises à leur qualité, de leur marketing à la sympathie du personnel, du fait qu’il y ait des places de stationnement ou pas…bref, pour une raison ou pour une autre, les magasins les « moins concurrentiels » vont disparaître.
  • Je vois. C’est pas génial pour eux mais en même temps le marché était sursaturé, il fallait revenir à une situation d’équilibre : juste assez de magasins par rapport au village. Au moins la situation est stable maintenant. Je ne vois toujours pas pourquoi, parmi ceux qui restent, certains devraient en racheter d’autres !
  • D’accord. Imagine que dans ce village il y a trois magasins de taille équivalente et dont les collections se complètent assez bien. Qu’est-ce qui se passerait ?
  • Eh bien, comme je le disais, elles pourraient toutes les trois coexister. Sur des générations !
  • Tu crois ? D’abord, je pense que tu fais preuve d’un peu d’angélisme. Et, ensuite, je pense que tu oublies que le marché est libre.
  • Je ne comprends pas.
  • Tu fais preuve d’angélisme parce que tu crois que comme les trois magasins se complètent bien, ils ne se battent pas entre eux, ils ne sont pas en concurrence. Si tu es le directeur d’un de ces magasins, tu veux assurer sa survie…et gagner de l’argent.
  • Oui, forcément. Et alors ?
  • Alors tu vas chercher à vendre plus de chaussures que l’année d’avant, c’est logique. Si tu ne le fais pas, ton concurrent, lui, le fera. Et toi, non seulement tu n’en vendras pas plus, mais tu risques d’en vendre moins. Et si ça continue comme ça, ton concurrent te prendra toute ta clientèle et tu devras mettre la clé sous la porte.
  • Mais on pourrait tous les trois se mettre d’accord ! Je veux dire : si on sait qu’à trois tout va bien, pas besoin de grandir, ça suffit comme ça !
  • Ça c’est la preuve d’angélisme ! Plus sérieusement, d’accord, imaginons – mais c’est quand même une situation très exceptionnelle – que ces trois directeurs se mettent d’accord entre eux. Que se passerait-il ? C’est là qu’intervient mon deuxième argument.
  • Le marché libre ?
  • Le marché libre. En fait, l’accord entre tes trois magasins ne vaut évidemment qu’entre eux. Or, rien n’interdit à un quatrième magasin de venir s’implanter en proposant tous les prix et toutes les qualités.
  • Pourquoi ferait-il ça ? On a dit que le marché de la chaussure était à l’équilibre comme ça, qu’un magasin de plus, ce serait trop !
  • Bien sûr, mais tout ça n’est pas figé dans le temps et dans l’espace. Si tu arrives à une table à manger et que toutes les places sont prises, tu as encore le choix de pousser quelqu’un et de t’asseoir à sa place…si tu sais que tu es plus fort.
  • Je ne sais pas. Quelque part, je me dis que ce n’est pas bien de faire ça, pas moral. D’autre part, je me dis que l’accord qu’il y a entre les trois magasins de chaussures pourrait exister entre tous les magasins de chaussures.
  • Ok, c’est très intéressant ce que tu dis. La question de la moralité n’est, à mon avis, pas vraiment pertinente. Si le quatrième magasin veut venir s’implanter, même en poussant les autres, ce n’est pas parce qu’il est « méchant », mais parce que s’il ne le fait pas, ses concurrents à lui le feront. Et c’est lui qui vendra moins de chaussures. Donc qui risque finalement de disparaître.
  • Sauf si tous les magasins sur le marché de la chaussure se mettaient d’accord pour ne produire que le nombre de chaussures nécessaires !
  • Mais alors il faudrait interdire la production de chaussures et la création de nouveaux magasins quand ce marché est saturé. Et vois bien ce que ça veut dire : s’il faut interdire de nouveaux magasins, le marché n’est plus libre.
  • Je vois. Donc tant que le marché est libre, les acteurs économiques, quel que soit le marché, sont obligés d’être en concurrence et ne peuvent se mettre d’accord entre eux.
  • Là, tu vas un peu vite. Il peut y avoir des formes d’accords, mais on verra ça plus tard. Disons que pour l’instant, tu dois d’abord bien comprendre la concurrence entre ces acteurs.
  • J’ai compris ça. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi ce quatrième magasin de chaussures devrait fusionner avec d’autres. Il peut se contenter, même si je continue à trouver ça immoral, d’arriver dans ce village et de prendre la place du plus faible !
  • Sauf que, comme le marché est libre, il prend toujours le risque d’être à la merci d’un cinquième magasin qui prendrait sa place à lui. Parce que lui serait devenu…le maillon faible.
  • Tu es en train de me dire que pour éviter d’être « mangé », il est obligé de grossir et de « manger les autres » ?
  • Même les entreprises les plus puissantes, pour garder un avantage sur leurs concurrentes, sont obligées de continuer à faire des super-profits, plus gros que les super-profits des autres. Et pour ça, il n’y a pas dix mille solutions : elles doivent croître.
  • Parce que comme on l’a vu plus haut, si elles se contentent de « rester aussi grosses qu’avant », les concurrentes grandiront et pas elles, ce qui causera finalement leur perte.
  • Tout juste. Et il ne faut pas croire que c’est quelque chose de « rare ». Ce qui est « rare », ce n’est pas la disparition d’une petite enseigne, c’est sa longévité. Et même de très très grosses enseignes disparaissent tout le temps. Ce qui est la preuve que même les géants ont des pieds d’argile et doivent continuer dans cette fuite en avant du « toujours plus gros ».
  • Tu as des exemples ?
  • Bien sûr, tout plein. On a vu l’année passée, en 2017, les difficultés de Toshiba qui n’a pas aussi bien réussi que les autres dans ce domaine. Et tu te souviens certainement des géants Virgin, Monoprix, Nokia, Kodak, Moulinex, GB, Lehman Brothers, Enron, Compaq, Rover, Saab…
  • Oui, c’est dingue. Ils ont tous disparu.
  • …ou ont été rachetés. On le voit : la guerre économique est une vraie guerre et même les géants, s’ils ne sont pas assez prudents, ne grandissent pas assez ou pas stratégiquement, peuvent disparaître au profit d’autres géants plus compétents en matière d’exploitation, plus cyniques, plus agressifs.
  • Ces géants, pour continuer de grandir, vont donc chercher à racheter d’autres géants. Je comprends maintenant.
  • Oui, voilà. C’est pour cette raison qu’apparaissent les fusions. Rien que cette année, on a vu des fusions complètement incroyables : Bayer/Monsanto, Alstom/Siemens, Fnac/Darty, Opel/Peugeot, Disney/21st Century Fox, etc. En France, la seule banque d’affaires Rothschild, une des institutions compétentes pour ce genre d’opérations financières complexes, a géré cette année des opérations à hauteur de 122 milliards d’€ uniquement pour la République française !
  • 122 milliards d’€ ! Je me trompe ou c’est plus que le PIB de certains pays ?
  • Tu ne te trompes pas. C’est plus que le PIB du Maroc par exemple.
  • Bon, d’accord. Mais quand je lis la presse économique, on me dit que les fusions-acquisitions sont le résultat d’un contexte économique particulier, celui d’une reprise économique. En plus, ils voient ces fusions comme très positives pour, je cite, « créer des champions européens capables d’affronter les grands groupes asiatiques et nord-américains ».
  • Je ne suis pas d’accord pour la première remarque. Mais, si on accepte le jeu du marché libre, il n’y a pas de doute sur le fait que, d’un point de vue économique, ces fusions soient positives.
  • Là, il va falloir que tu m’expliques. Je pensais que tu critiquais ces fusions !
  • Il ne faut pas aller trop vite. Et surtout ne pas mélanger un point de vue moral avec une logique économique. D’un point de vue moral, je suis opposé à ces fusions parce qu’elles créent beaucoup de misère. On y viendra plus tard.
  • Ça fait déjà beaucoup de choses sur lesquelles on doit revenir plus tard.
  • Oui, je sais. Mais on ne peut pas tout expliquer en même temps. Je disais donc que je suis critique d’un point de vue moral, mais que ces fusions sont logiques et même nécessaires dans ce système économique.
  • Oui, ça je l’ai maintenant bien compris. Et je suppose que c’est pour ça que tu es en désaccord avec la première remarque qui dit que ces fusions sont le résultat du contexte actuel.
  • Depuis que le système capitaliste existe, il y a des fusions. Je te cite une phrase en passant : « Ce qui caractérise notamment le capitalisme actuel, c’est la domination des groupements monopolistes constitués par les plus gros entrepreneurs. »
  • Monopolistes ?
  • Oui, à force de se racheter entre eux, il ne subsiste plus que quelques rares très très gros acteurs sur un marché. C’est une « tendance au monopole ».
  • D’accord, je comprends. Par contre, ta citation dit le contraire de ce que tu disais : je ne connais pas l’auteur mais il précise bien qu’il parle du « capitalisme actuel ».
  • Oui, tout à fait. Et tu crois qu’elle date de quand cette phrase ?
  • Je ne sais pas.
  • L’auteur de cette phrase est Lénine, et il l’a écrite…il y a 100 ans, en la documentant avec des fusions-acquisitions de l’époque ! Autrement dit, les fusions-acquisitions ne sont pas du tout liées à « un » contexte particulier, mais elles sont structurelles. Elles naissent du capitalisme lui-même et elles ont toujours existé depuis que le capitalisme existe. Le contexte peut faire augmenter ou diminuer la tendance, mais pas agir sur son caractère inéluctable.
  • Je vois. Mais s’il pensait que le capitalisme, plus tard, ne serait plus monopoliste, il se trompait, n’est-ce pas ?
  • Il ne le pensait pas. Simplement, il précisait que cette tendance monopoliste n’est qu’une étape parmi d’autres dans le grand mécanisme du capitalisme.
  • Parmi d’autres étapes qu’on verra plus tard ?!
  • Tu te moques, je sais. Mais avant de venir sur ce terrain-là, je voudrais que tu comprennes bien pourquoi ces fusions sont positives pour les acteurs économiques dont il est question.
  • Enfin, seulement pour ceux qui gagnent…
  • Oui, effectivement. Ce sont les « gagnants » de ces fusions qui en profitent : le « nouveau » Bayer, le « nouveau » Peugeot, etc. Devenus plus gros, ils éliminent la concurrence sur leur marché, peuvent produire plus pour moins cher, font des économies d’échelle et, surtout, empêchent quiconque de devenir aussi gros qu’eux dans le futur. D’ailleurs, on a pu voir ces derniers mois combien les jeunes « startups » se faisaient racheter par des acteurs économiques plus gros. À tel point que se faire racheter est paradoxalement synonyme de « succès ». Sauf que dans ce mécanisme-là, en haut de la pyramide, ce sont toujours les mêmes au final qui prennent du poids au détriment des autres…
  • Au détriment des autres ?

Suite dans la partie 2.

***

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Revues de presse

#6 Revue de presse (Joyeuses fêtes)

Une semaine qui va vous donner envie de faire la fête. Ou de vous soûler au point de tout oublier. C’est selon.

On commence avec la torture dès le retour au bled des Soudanais que notre gouvernement a expulsés. Au même moment, de nouvelles rafles au Parc Maximilien pour lesquelles on a appris que les flics avaient des quotas. Eh les Noirs, zêtes pas bankable, ici. Allez en Libye, là on vous paie cash pour moins cher que vos courses du mois chez Colruyt. De toute façon, si y’a du racisme, ce n’est que du racisme de classe : le même gouvernement qui nous divertit de ses précédentes conneries qu’avec de nouvelles bien fraîches a décidé d’inventer la pension à points. L’embrouille, c’est que le point n’a pas une valeur absolue, seulement une valeur relative : à votre pension, on multiplie la valeur du point à ce moment-là par le nombre de points accumulés. Et croyez-moi, ça risque pas d’être le même cours que le Bitcoin! Évidemment, on peut toujours garder le nez en l’air en disant « j’ai rien vu ». Avec un peu de chance, on apercevra un OVNI poursuivi par des avions de chasse US depuis 2004. C’est quoi le plus étonnant ? Que de probables petites femmes vertes (mon côté féministe) passent vite leur chemin en voyant la lie de l’univers que notre espèce représente ou que ce programme financé par le département de la Défense ait surtout permis à une clique de copains de se remplir les poches ? Je me le demande.

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Elles volent vers le foie gras

À part ça, l’info de la semaine, c’est pour moi la fin de la neutralité du web aux USA. J’ai eu l’occasion de dire tout le bien que j’en pensais récemment. D’autres divers d’hiver suivent : RT France (Russia Today) se décline maintenant en télévision. Très amusant de voir toute la presse mainstream dénoncer un « média de propagande ». À votre avis, ils sont conscients de faire pareil ? ; La Ligue des Droits de l’Homme et le CNAPD ont introduit un recours en suspension contre l’exportation d’armes vers l’Arabie Saoudite. On salue l’initiative. Don Quichotte aurait approuvé !

On prend une grande inspiration, et on y retourne !

Washington accuse la Corée du Nord d’être derrière l’attaque informatique Wannacry. Après, faudra plus dire que c’est un pays arriéré, hein… ; l’Islande a une super nouvelle Première ministre. Son premier acte fort : mettre enfin en place la fameuse constitution citoyenne dont on a beaucoup parlé (surtout Mélanie Laurent dans le film « Demain »). Heu. Non. En fait non, elle va rien mettre en place du tout. Humour ; la BNB (banque nationale) est super PO-SI-TI-VE quant au marché de l’emploi en Belgique et prévoit la création de 309.000 jobs de 2014 à 2020. On doit pas vivre dans le même monde… En même temps, la BNB ne dit pas de quel genre de travail il s’agit, ni le type de contrats, ni si les barèmes sont respectés, ni si ce travail touche toutes les classes sociales, ni si diminuent les discriminations (ce qui n’est pas le cas, ça on le sait), ni le niveau d’études concernés, ni si on a assisté à des licenciements précédant les engagements pour diminuer les coûts, etc. En fait, on ne sait rien. Mais on est quand même PO-SI-TIF parce que le chômage diminue (et les chiffres du CPAS explosent, mais chuuuut !) ; ABinbev va refourguer son catalogue d’ex-bières artisanales aux Eurocrates de la place du Luxembourg à Bruxelles dans un bar ad hoc. Ils ont bien cerné leur public-cible ; Et Ryanair est passé aux menaces face aux pilotes récalcitrants.

Du reste, l’économie n’a pas changé en quelques jours. Ses fonctionnements OPAques demeurent identiques, avec leur cortège de misère à la clé.

Fusions, acquisitions, OPA et autres joyeusetés

  • Euronav, dont on a déjà parlé ici et là rachète l’Américain Gener8. C’est normal, non ? Au moins y’a d’entreprises maritimes, au moins y’a de bateaux, non ? Ah. On me dit que non.
  • Lufthansa, le grand gagnant des mouvements de rachats dans les compagnies aériennes ces derniers mois, attend le feu vert de l’UE pour racheter les débris d’Air Berlin. Le suspense est intense, tout le monde craint l’intransigeance de l’UE sur la tendance concentrationnaire (oui, le jeu de mot est vaseux, j’assume) de notre économie. J’déconne. L’UE va laisser passer, hein, comme d’hab.
  • Le Belge Greenyard s’apprête à racheter le géant de l’ananas Dole. Je me sens fier d’être belge, là. Tellement.
  • Belfius voudrait fusionner avec Proximus. Pour « mieux s’armer face aux GAFA ». Zont le sens de la formule ! Ah, ils savent rire !
  • Land Invest va racheter 50% d’Ogeo fund. Sacré Dominique Janne (à la manœuvre). Lui qui m’avait permis – sans le savoir – de me faire les dents dans le journal « Pan » tellement il s’en désintéressait et ne le lisait pas (ce qui nous permettait d’y raconter ce qu’on voulait…)
  • Le géant du numérique Thales s’offre l’autre géant du numérique Gemalto pour une valorisation à 5 milliards d’€ du second. Des petits joueurs.
  • Walt Disney rachète 21st Century Fox. Rien que ça. Le tout pour 52 milliards d’€. Des gros joueurs cette fois. Juste pour remettre les choses en perspective : avec l’argent de 5 fusions comme celle-ci, on résout le problème de la faim dans le monde. Alors on nous refait le coup du « oui, mais les autorités de la concurrence doivent donner leur accord ». Allons donc. On rappelle à ces gens que ces mêmes autorités US n’ont vu aucun souci il y a quelques jours à peine à la megafusion Bayer-Monsanto ? Y’en a qui sont d’une naïveté…
  • Unibail-Rodamco annonce le rachat de Westfield dont le titre s’est du coup envoléééé pour une valorisation à 21 milliards d’€.
  • D’Ieteren a une crise d’indigestion après avoir trop mangé ces dernières semaines. Dégringolade en bourse.

Concurrence, dumping, guerre économique

  • Washington impose 300% de taxe sur les importations d’avions Bombardier. C’est une autre façon de favoriser les « circuits courts », that’s all. Faut pas voir le mal partout. Sinon, au passage, remarquons une nouvelle fois que le protectionnisme c’est toujours mieux chez soi que chez les autres…
  • L’UE accuse Ikea de percevoir des avantages fiscaux indus aux Pays-Bas. Du coup, je me dis : « Eh Manu, tu vois qu’il n’y a pas que les entreprises US qui se font prendre la main dans le sac par l’UE ? ». Ce à quoi je réponds : « Certes. Mais ce qu’il faut comprendre c’est que l’économie capitaliste tend naturellement vers les monopoles, ce qui ne veut pas dire qu’elle en a l’intention. Autrement dit, des corrections « à la marge » sont nécessaires pour lâcher un peu de pression et empêcher que l’ensemble du système s’effondre. » Et une des façons de faire est de taper sur les doigts voleurs de Ryanair, Ikea, et autres. (Au final, ça ne change rien à la dynamique générale, by the way.)
  • Pour rester dans le sujet, il paraît qu’Apple va verser ses 13 milliards d’amende à l’Irlande (qui n’en veut toujours pas). Ce sera donc sur un compte…bloqué. En attendant. Vous imaginez ? Le racket par les multinationales est tel, la concurrence entre les pays pour accueillir ces voleurs est telle qu’ils sont dans l’obligation de refuser de percevoir des sommes qui seraient pourtant bien utiles mettons par exemple, soyons fous, pour des dépenses sociales.
  • Toujours pour rester dans le sujet, c’est au tour du Luxembourg de faire appel contre la sanction de l’UE concernant Amazon (qui devrait pourtant rapporter quelques piécettes au Duché.
  • L’État français s’apprête à lancer une grande campagne de privatisations au printemps. Là, c’est juste un teasing.

Et une semaine décevante pour les licenciements collectifs avec « seulement » le géant israélien Teva, numéro un mondial du générique, qui va supprimer 14.000 emplois en deux ans. 25% de ses effectifs. Ça concerne des emplois aux USA, en Israël et en Europe. Enfin, en Belgique, on supprimela majorité des casernes de la protection civile. C’est pas grave, il ne pleuvra presque plus grâce au changement climatique. Ou pas.

Sinon, apparemment, les inégalités se seraient creusées « dans presque toutes les régions du monde », selon une recherche (de Lucas Chancel, avec Thomas Piketty) qui souligne combien c’est le cas aux USA mais aussi en Chine en Russie, deux pays dont les économies se sont libéralisées.

Bonnes fêtes. Les oies gavées sont mortes pour vous, profitez-en bien. À votre santé car, comme dirait Michaux, « respirer, c’est déjà être consentant ».

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Analyses

La fin de la neutralité du web ? Et alors ?

Pause clope. Deux employés administratifs, dont l’un semble légèrement irrité. 

  • Bon, j’ai vu que les USA avaient voté la fin de la « neutralité du web ». On s’en fout, ou on s’en fout pas ?
  • On s’en fout un peu. Enfin, sauf si tu racontes des trucs sur Internet en voulant toucher un public Ricain…
  • Bah, j’ai un ou deux mots à dire à Trump !
  • Alors, tu t’en fous pas !
  • Je comprends pas. Explique.
neutrality

Evicted sharecroppers along highway

  • La fin de la neutralité du web, ça veut dire que les fournisseurs d’accès Internet aux USA ne vont plus devoir traiter toutes les données à égalité.
  • C’est pas clair, désolé.
  • Imagine que tu prends l’autoroute parce que tu voudrais parler de vive voix à un ami.
  • Oui…
  • À l’entrée de l’autoroute, on t’arrête. Et là on te demande qui tu es, où tu vas et ce que tu veux dire. Et, c’est à partir de ces trois éléments qu’on peut te laisser passer, te donner une priorité, te ralentir, voire carrément te bloquer…
  • Ah oui quand même ! Donc, par exemple, si je suis roux et qu’ils n’aiment pas les roux, je pourrais être bloqué ?!
  • Hum. Par exemple si ton site web est un site d’opposition politique, on pourrait décider de te bloquer. Pourvu que ce soit « transparent ». Ça, c’est la nouvelle loi US.
  • Transparent ?
  • Oui, « transparent ». Cherche pas à comprendre, c’est un mot qui ne veut rien dire.
  • Donc, si je comprends bien, on pourrait me bloquer ou me ralentir parce que je pose problème en tant que source d’information, parce que mon contenu ne plaît pas ou encore parce que le destinataire ne plaît pas ?
  • Mais ça marche aussi dans l’autre sens. Imagine que ma société qui fournit Internet possède aussi une entreprise qui crée des contenus digitaux. Eh bien je pourrais choisir de mettre ces contenus-là en priorité, en prenant toute la bande passante, quitte à ralentir voire à bloquer les autres contenus. Ou alors, je pourrais faire payer très cher pour que certains contenus aient une bande passante correcte…
  • Un peu comme si on réservait la bande d’autoroute la plus rapide juste pour les grosses berlines allemandes ?
  • Voilà, par exemple. Ça peut aller encore beaucoup plus loin : les fournisseurs pourraient décider d’inclure dans leur offre des sortes de « packs » comprenant l’accès à différents sites comme Facebook, Google, Twitter, etc. mais pas à d’autres concurrents comme Yahoo, Apple, etc.
  • Heu… En fait, il n’y aurait plus « un » Internet, il y aurait « plusieurs Internet », en fonction du fournisseur ?
  • T’as tout juste. C’est le principe même d’Internet, en tant que « réseau unifié de tous les réseaux » qui serait mort.
  • Et on peut dire qu’on est dans ce cas-là ?
  • Aux USA, d’une certaine façon, oui. Évidemment, ils ne sont pas bêtes. On commence avec de vagues garde-fous, d’où le concept fourre-tout de « transparence ». Et petit à petit, tout ça pourra être modifié, amendé, dérégulé. Le plus important, c’est le début. Une fois que la grenouille est dans l’eau, on peut doucement augmenter la température : c’est déjà trop tard pour elle.
  • Et le rapport avec le reste de l’économie? Tu parles beaucoup des fusions d’entreprises par exemple. Qu’est-ce que ça change ?
  • Eh bien disons que la tendance monopolistique va encore renforcer le problème : s’il n’y a qu’un ou deux gros fournisseurs – parce qu’ils ont avalé tous les autres et tous ceux qui émergent -, les ententes entre eux sont plus faciles, ils peuvent encore plus facilement se « partager le marché ».
  • C’est-à-dire ?
  • Regarde par exemple Spotify, Deezer ou Apple music. Certains artistes ont signé des contrats d’exclusivité avec l’un ou avec l’autre. Si tu veux être sûr de pouvoir écouter toute la musique que tu veux, tu devrais t’abonner…à tous les services. C’est moins vrai pour les « stars » (quoique), mais c’est très vrai dès que tu cherches quelque chose de plus spécifique. C’est exactement le même principe ici : tu prends les séries US, je prends le porno !
  • Je vois…
  • C’est pas tout. Ils peuvent décider de commun accord de bloquer certains contenus parce que ceux-ci iraient contre leurs intérêts. Jusqu’ici, Internet a été une bouffée d’air frais pour la diffusion d’idées progressistes, voire anticapitalistes. Mais il va de soi que ces idées vont contre les intérêts de tous les gros acteurs économiques…qui pourraient donc décider, logiquement, de les bloquer. Purement et simplement.
  • Ou de les faire payer très cher !
  • T’as compris le principe !
  • C’est affreux. Et chez nous ? On prend les mêmes risques ?
  • Les langues se délient en effet. Le PDG d’Orange s’était déjà exprimé en faveur de la fin de la neutralité du Web. On n’y est pas encore, mais on peut considérer que c’est une tendance lourde.
  • On peut faire quoi ? Un Internet alternatif ?
  • Pourquoi pas. Mais il ne faut pas oublier que les investissements en termes d’infrastructure sont gigantesques. Ce n’est pas pour rien que ce sont précisément ces acteurs-là qui ont aujourd’hui un tel pouvoir.
  • …le retour de la presse papier ?
  • Qui sait. Ou l’émergence des « Hauts Parleurs » comme l’imagine Alain Damasio dans ce qui est peut-être la plus belle de ses nouvelles.
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Revues de presse

#5 Revue de presse

On commence par un « divers », par pure conscience professionnelle consistant à suivre mes dossiers :

  • 20% des Turcs et Maghrébins de Belgique affirment avoir été victime de discriminations lors d’une recherche d’emploi. T’as pigé Sammy Mahdi, Président des jeunes CD&V ? Ce que j’aime beaucoup, c’est que les médias qui relaient cette info n’ont pas cru bon de faire le lien avec les dernières émeutes à Bruxelles – ce que j’ai tenté de faire dans mon article publié il y a quelques jours. Ce qui est fou aussi, c’est que ces 20% ne concernent que ceux qui peuvent l’affirmer ! Le vrai chiffre est certainement beaucoup plus élevé, comme pourraient le confirmer tous ceux qui ont travaillé, par exemple, dans l’immobilier locatif (là je parle de discrimination au logement, évidemment)… Cette moyenne est aussi beaucoup plus grande que la moyenne européenne, ce qui fait de nous, cocorico, un pays particulièrement raciste.
  • Une info à compléter avec celle-ci : en Belgique, trois travailleuses sur 4 ont subi de la discrimination, des préjudices ou des tensions au travail sur base de leur grossesse ou maternité. Voilà, voilà. Et si t’es une femme maghrébine ? Bah, tu vas te cacher. Mais pas sous une burqa, hein, parce que là aussi tu vas te faire emmerder.
sunshine

There’s more sunshine than rain!

Fusions / Acquisitions / Concurrences, etc.

  • Encore des bonnes nouvelles pour Monsanto/Bayer : tandis que l’UE a prolongé de 5 ans l’autorisation du glyphosate, les autorités US de la concurrence ont bien entendu approuvé la fusion entre les deux géants.
  • C’est sous le titre « ArcelorMittal vient au secours d’une PME française » que le journal Les Échos annonce le rachat complet de Lorraine Tubes par le géant de l’acier. Qui leur explique que ça n’a rien d’une faveur, bien au contraire ? Moi, je suis fatigué…
  • CVS au USA, c’est comme les « bics » en Belgique : la marque est tellement associée au produit qu’on en oublie que c’est une marque. Imaginez alors l’importance de l’annonce de CVS Health qui a annoncé la reprise de l’assureur Aetna pour 58 milliards d’euros ! Monopoles, monopoles, monopoles.
  • Les promoteurs immobiliers français Nafilyan & Partners ont été rachetés par Immobel.
  • Ponant, une compagnie française, double la taille de sa flotte en rachetant Pasteels-Navicruise (croisière haut de gamme). Un marché naval en pleine concentration également, comme on l’a vu récemment. Euronav annonce d’ailleurs 20 millions de plus-values sur un seul tanker qui en vaut deux fois plus. 20 millions directement volés aux travailleurs, by the way.
  • Ikea poursuit sa diversification en ouvrant deux hôtels en Belgique. Comme un accordéon, le capitalisme inspire en concentrant des activités économiques, en rachetant et en se diversifiant et expire en revendant des départements, en licenciant, en délocalisant.
  • Ice-watch annonce un partenariat avec Moulinsart. Ice-Wath dont je rappelle qu’ils ont racheté la société française Patton en 2014.
  • Au chapitre des perdants : Toshiba se retire du nucléaire en Grande-Bretagne, après avoir revendu son département cartes mémoire à Apple il y a quelques semaines. Le chant du cygne ? La mort d’une géante naine ? Pas pour rien que même les plus gros s’efforcent de toujours grossir : on ne le dira jamais assez, ce n’est pas par cupidité, c’est par volonté de survie.

Licenciements collectifs, réductions de personnel

  • General Electric veut supprimer 4500 emplois en Europe. Craintes à Charleroi. Il s’agit de licenciements sur le seul secteur des activités Energie Alstom. Pour rappel, GE avait racheté Alstom en 2015. Et comme on le sait : rachat un jour suppose licenciements collectifs le lendemain…
  • 4400 agents en moins à la SNCB d’ici 2020. Ça pourrait ne choquer personne : finalement, on ne parle pas de licenciements secs. On oublie alors deux choses : c’est autant de personnes qui ne seront pas engagées alors que le chômage demeure un problème fondamental pour les gens au quotidien et pour les caisses de l’État ; ensuite, c’est encore plus de pression sur les travailleurs SNCB qui restent alors que 80.000 Belges sont en burn-out chaque année. Heureusement que la SNCB continue d’offrir un service au top, que le budget est par ailleurs maintenu et qu’on ne prépare pas du tout les futures privatisations. Comment ? C’est tout le contraire ?
  • Alors ça c’est amusant : la direction de Truflo Rona, qui a annoncé début octobre son intention de fermer le site d’Herstal (105 emplois à la poubelle, quand même) s’est elle-même « cambriolée » pour honorer une commande de pièces bloquées lors des négociations avec les syndicats.

Divers

  • Un petit divers sans importance : le travail des enfants au Ghana. Figurez-vous que Barry Callebaut (le chocolat, là, celui qui est juste devant vous sous forme de Saint-Nicolas pour vos mioches) veut éradiquer le travail des enfants…pour 2025! On rappelle à cette entreprise que c’était une promesse pour 2020 ? On rappelle que ce qui est présenté comme une initiative spontanée si positive dans La Libre est juste affreusement hypocrite parce que si cette entreprise ne volait pas le travail des ouvriers en les sous-payant, ils n’auraient pas besoin de faire bosser leurs gosses ?
  • Le G20 découvre qu’il y a un problème de surcapacité (comprenez : crise de surproduction) avec l’acier ! Bon, leur compréhension du phénomène, comme souvent dans ces cas-là, c’est que c’est à cause de la Chine. Pour les autres, les crises de surproduction du capitalisme ont été décrites il y a pas moins de 170 ans par un homme barbu qui n’était pas le Père Noël.
  • 150 millions de vues pour une pub Samsung sur Youtube. Si vous vous demandez comment c’est possible, rappelez-vous les fermes à clics. Certains estiment que plus de 50% des données sur le web serait juste…des fakes. Tout ça pollue l’environnement et crée de l’esclavage moderne. Mais bon, ça se passe loin d’ici, donc on s’en fout.
  • L’accord de Bâle III a été signé ce jeudi, lequel devra imposer des conditions pour ne plus revivre la crise financière de 2008. On rit avant ou après avoir analysé sérieusement ce texte ? (Quelqu’un s’y colle ? Je suis preneur, mais j’ai piscine.)
  • Macron, en petite visite de courtoisie au Qatar, y a signé jeudi des contrats de plus de dix milliards d’euros (essentiellement des avions de combat). Pour plus de paix dans le monde car, comme le dit l’adage « qui vis pacem para bellum ». Heureusement que le Qatar est une vraie démocratie, comme le rappelle Amnesty dans son rapport.
  • Le géant chinois de l’automobile BYD s’installe en grande pompe au Maroc. Il semble que la question de l’impérialisme de la Chine doive se poser de plus en plus, sinon comme fait avéré, peut-être comme fait en devenir.
  • Le Président Maduro a annoncé un projet de cryptomonnaie, le Petro, pour lutter contre l’hyperinflation. J’espère revenir prochainement avec des infos de mon envoyé spécial à Caracas (ahaha, j’adore dire ça…)
  • On nous annonce qu’un Brexit « dur » (comprenez : fin du libre-échange, retour aux règles classiques de l’OMC) serait dommageable pour le secteur belge de la viande. M’enfin, c’est bien le libre-échange alors ? Disons que s’il y a du protectionnisme, autant que ce soit chez soi plutôt que chez les autres…
  • ABinbev est accusé d’abus de position dominante en Belgique dans le secteur de la bière, et donc accusé de nous faire payer trop cher son (infâme) breuvage (qui, soit dit en passant, augmente encore de 3% – le prix, pas le degré d’alcoolémie)… Dites, les gars, reprocher à un monopole d’abuser de sa position de monopole, c’est pas comme lâcher un pédophile dans un jardin d’enfants en s’étonnant qu’il est le premier à vouloir changer les couches ?! Pour rappel, la Ginette, la Triple Karmeliet, la Kwak et d’autres encore n’ont plus rien d’artisanal, sont des purs produits ABinbev, hein, au cas où vous vous posiez la question.
  • Trop bien, on a droit maintenant au « Startup manifesto », pour que tout le monde devienne en-tre-pre-neur. Dites, juste une question super naïve : lorsque tout le monde sera entrepreneur, c’est qui qui va bosser dans l’usine ? Parce que si c’est l’entrepreneur lui-même, il ne serait pas « plus ouvrier qu’entrepreneur », mais sans la protection sociale ? Autrement dit, c’est pas un peu la fabrique de la précarité, ça, qu’on nous vendrait avec du strass un peu puant ?
  • Les premiers vols du low cost d’Air France « Joon » ont eu lieu la semaine passée. Un dossier que j’ai pas mal suivi à l’époque. La Direction avait renvoyé dos à dos les syndicats et les pilotes dans une pure stratégie « diviser pour régner », que j’avais illustrée grâce au paradoxe du prisonnier.

C’est tout pour cette semaine. On me dit qu’il n’y aura que des bonnes nouvelles la semaine prochaine. À moins que ce soit encore une Fake News.

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#4 Revue de presse (enfin!)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? En mode « colère ». Désolé.

En vrac

Être ouvrier tue. Au sens propre chez ArcelorMittal, suite à une explosion à Gand ; au sens propre à la SNCB quand un wagon fou percute des cheminots. Morts nettes, rails sales, j’ai la nausée. Entre-temps, atteinte au droit de grève avec l’instauration du service minimum sur le rail et une nouvelle augmentation de prix pour un service qui n’en finit plus de se dégrader (foi de navetteur). Les données de 57 millions d’usagers d’Uber ont été volées, l’entreprise qui va acheter des « dizaines de milliers » de voitures autonomes à Volvo, histoire de se passer de ses encombrants chauffeurs (pourtant surexploités). Encore des ouvriers en trop. Tués aussi, d’une façon…plus propre. Vive le Black Friday pour enfin consommer tout ce que notre monde surproduit, un « black Friday » vraiment noir en Égypte. Encore des morts nettes. 235 morts nettes. 235 ! Putain. Avec des armes vendues par qui ? Par notre balance commerciale positive ?

accident_train

Maine Central Railroad wreck. High tread.

Edouard Philippe veut baisser les cotisations sociales des entreprises (une vraie politique de gauche est « en marche », niark !) ; les riches fument de moins en moins, les pauvres de plus en plus – quels abrutis ces pauvres ! ; l’ex-Directeur du FMI, Rato, sera jugé pour escroquerie en Espagne (des ennuis avec la justice, un « must » pour le FMI, n’est-ce pas DSK ?) ; instrumentalisation des services secrets par De Decker dans le scandale financier du Kazakhgate qui touche maintenant Airbus ; les coursiers de Deliveroo vont faire grève pour protester contre la fin du statut d’employé ; Altice dégringole en Bourse, géant aux pieds d’argile.

Toujours en vrac, on se rappelle que les Rohingyas vivent sur un territoire…riche en pétrole. Je dis ça, je dis rien ; le glyphosate a été prolongé par l’UE pour cinq ans. Zavez bien lu : à la suite des scandales à répétition, le glyphosate est malgré tout PROLONGÉ. Alors, Mélanie Laurent et les autres thuriféraires d’un « Demain » si merveilleux, zêtes où ?! ; L’UE qui a cumulé les coups tordus ces derniers jours avec le recalcul de l’impôt des sociétés : la gauche parle de 200 milliards de pertes. Peanuts, quoi. Le peuple n’a pas besoin de ce fric, anyway ; Macron en Afrique affirme qu’il n’y a pas de « politique française en Afrique ». Non, t’as raison Manu. Pas de politique, juste du vol. Du viol. Du sang. Parfois délégué à Bolloré, mais on ne va pas s’encombrer de détails, hein ! ; Le japonais Toray touché par un scandale sur la falsification de données, après Mitsubishi et Kobe steel – un scandale passé inaperçu dont j’avais eu l’occasion de parler.

Securitas va protéger…l’armée. Quand le recours au privé devient carrément croquignolesque. Ça se passe à la caserne d’Heverlee ; Ryanair compte « sanctionner » les équipages qui ne vendent pas assez de leurs foutus billets de loterie foireux, leurs parfums et autres saloperies ; Apple reconnait enfin des conditions de travail déplorables chez Foxconn. À leur décharge, ça ne fait que cinq foutues années qu’on en parle dans les médias mainstream ; Standard and Poor’s déclare le Venezuela en défaut partiel sur sa dette. Ça vous dit quelque chose, ces agences noyées jusqu’au cou dans des scandales de conflits d’intérêts et qui voyaient en Lehman Brothers une entreprise tellement solide avant qu’elle se casse la gueule et provoque la crise de 2008 ?

Fusion/acquisition/concurrence/etc.

  • Lafarge (Albert Frère) a financé l’État islamique en Syrie pour conserver ses positions sur le terrain. Business is business, bro !
  • Un petit bijou d’article des Échos sur les fusions et les prises de capital dans le milieu de la construction en France. Sont concernés : le holding HLD, la famille Dentressangle, Kiloutou, la famille Mulliez, etc. L’article est incompréhensible mais donne un bel aperçu des « mouvements » qui permettent à seulement quelques acteurs de grossir aux dépens des autres.
  • Le chinois Alibaba dépense 2,5 milliards d’€ pour monter au capital de Sun Art (Auchan).
  • Un fonds d’investissement US veut acquérir 40% de Belron (Carglass qui appartient à D’Ieteren et dont on sait depuis la revue de presse #2 qu’ils ont aussi acquis Maisoning, dans la construction).
  • Natixis, encore une banque d’investissement, annonce qu’elle va consacrer 1 milliard d’€ à des acquisitions d’ici 2020. À chaque info de ce style, demandez-vous : qui sont les perdants ?
  • Dans la foulée du rachat d’Alpro par Danone, changement de direction en faveur de Sven Lamote. À quand les licenciements collectifs chez Danone ?
  • Il existe une alternative au super nocif glyphosate de Monsanto. Bonne nouvelle ? Ouais. Sauf que l’ANSES, l’organisme de certification de ces produits, refuse toujours l’autorisation de mise sur le marché. Eh quoi, faudrait pas fâcher les copains quand même !
  • L’UE se dote de nouvelles règles anti-dumping. Enfin, contre le dumping qui lui est défavorable, pas l’autre ! Qui est visé ? La Chine bien sûr… Il s’agit ici de lutter contre la concurrence, rien de plus.
  • La fusion ATT/Time Warner est bloquée aux USA. Unbelievable. Enfin, on va suivre ça de près, c’est rare que…ça ne se débloque pas !
  • Solvay s’apprête à vendre son usine de Charleston. Alors on danse…avec les ouvriers « transférés ».
  • Une filiale de HSBC débourse 300 millions d’€ pour éviter un procès. Justice à portefeuilles…
  • Cobelfret prend une participation chez Euronav. Pas besoin d’être sur terre pour faire de la concentration. Ça « marche » sur mer aussi.
  • Qualcomm rejette l’offre de rachat de Broadcom. Thug life chez les gros bras : « Nan, c’est moi le plus gros, c’est moi qui vais te racheter ! » La seule chose dont on soit sûr, c’est que l’un finira par racheter l’autre.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.

  • En Belgique, IBA a licencié 20 personnes. Les mêmes qui annonçaient d’incroyables perspectives de croissance l’an passé.
  • « Restructuration » (je ne m’y fais pas à ce terme à la c**) à Philips Lightning à Turnhout, 78 emplois perdus.
  • Siemens se prépare à des milliers de suppressions d’emploi – sur fond de bénéfices record (en hausse de 11% avec 6,2 milliards d’€ de bénéfices et 83 milliards d’€ de chiffre d’affaires !)
  • Les galeries Lafayette vont céder sous forme de franchise 22 magasins. On parie que ça ne se traduira pas en bonnes nouvelles pour l’emploi ?

À la semaine prochaine pour de vraies bonnes nouvelles?! Hum.

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#3 Revue de presse

press

Dinner for visiting members of the governing board of the international league of press clubs [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? Vu le nombre d’infos, je fais cette revue de presse un peu plus tôt (et vive les trains!).

Une fois n’est pas coutume, on commence par les « divers »
– Parce que, quand même, sont sortis les « Paradise papers ». Bono, le sponsor d’Anderlecht, Bernard Arnault, l’État belge, Apple, Nike… C’est l’arche de Noé, quoi. Bon, on va être honnête, ça n’étonne plus personne. Comme je le disais la semaine passée avec les résultats virevoltants d’HSBC, c’est que finalement tout le monde s’en fout, si pas tout de suite, au moins plus tard ! Même Me Michel Claise rappelait cette semaine combien aucun effort n’est mis dans la lutte contre la fraude fiscale. Mon souhait n’est pas tellement la mise en lumière d’une fraude, ici ou là, d’un cas limite « légal mais peu éthique ». Mon souhait, et j’insiste là-dessus, c’est qu’on prenne bien conscience de ce qui pousse ces gens-là à mettre leur pognon à l’abri. Et c’est moins la cupidité que l’absolue nécessité de faire du profit. Pour sa propre survie. C’est parce qu’il y a nécessité de maximiser les profits qu’il y a de la fraude. Et pas l’inverse.
– Il n’y aura plus de combustibles fossiles dans les investissements dits « durables » de la KBC. Comprenez bien que la véritable info, c’est de se dire que cette banque trouvait jusqu’ici « durable » d’aller (é)puiser des ressources plus que jamais limitées et ultra-polluantes sous nos pattes !
– L’Iphone X est sorti. Le genre d’info (de pub ?) qui ne m’intéresse aucunement. Sauf que. Un article de La Libre avance qu’Apple débourse 319€ pour chaque appareil qu’il vend à 860€. Soit 170% au-dessus du coût de revient. C’est ce qui s’appelle la « plus-value ». C’est ce qui est directement VOLÉ aux travailleurs d’Apple qui se tuent littéralement, par exemple dans les usines de Foxconn. (Et, ne vous emballez pas, c’est pareil pour Samsung et les autres, je ne suis pas raciste).
– Boeing vend 300 avions à la Chine. Voilà qui donne une idée de la relation amour/haine entre les deux pays, sur fond de Petroyuans… Ce genre de dépendance économique explique à elle seule pourquoi l’oncle Sam n’a pas (encore) été y larguer quelques-unes de ses merveilles technologiques par colis radiocommandé.
– Luc Partoune, directeur général de Liège Airport, avait annoncé qu’il voulait réduire son salaire annuel (passant de 424.000€/an à 310.00€/an à peine). Eh bien, finalement, il ne le fera PAS. Ah la bonne blague ! Quel farceur ce Partoune ! (Juste pour info, il sera quand même un jour obligé de le faire, obligation du décret wallon de 2016 mais entre-temps la majorité politique a changé. Oui, parce que, c’est de l’argent public tout ça. Votre argent. Le mien !)
– Le chiffre d’affaires de Bpost croît (croaaa) de 20% ce trimestre. Dans un contexte où l’entreprise avait annoncé le rachat de Radial (ceci expliquant sans doute cela), où en août, elle avait pris des mesures de « réduction des coûts », où elle a annoncé il y a peu la fin de l’universalité de la délivrance du courrier, où on l’accuse (à juste titre) de profiter de sa position dominante, etc.
– Toujours dans la saison des résultats des entreprises, après Bpost et Ryanair la semaine passée, c’est Ahold Delhaize qui annonce une hausse indécente. Indécente dans le contexte de licenciements et de fusion des années passées, bien entendu. C’est peut-être ça le pire : on éprouve quelque difficulté à reprocher à ces entreprises des mesures antisociales qui, de facto, leur fait effectivement faire du profit.
– On annonçait dans la presse la semaine passée une baisse continuelle du taux de chômage. Quelle belle nouvelle ! La même presse qui s’efforçait de passer sous silence une hausse de +8.4% (par rapport à 2016) des bénéficiaires du CPAS. Alors, à votre avis, simple corrélation ou rapport de causalité ?!
– Le gouvernement catalan dans les bras de la NVA. Ça se passe de commentaires. Je rappelle quand même que le principe d’autodétermination des peuples vaut a priori pour les populations menacées, hein, pas les riches qui veulent garder leur pognon pour eux en désactivant les mécanismes de solidarité.
– La place boursière de New-York fait les yeux doux à Aramco (compagnie pétrolière d’Arabie saoudite) pour que celle-ci fasse son entrée en bourse chez eux. Dans un contexte où la Chine s’apprête à échanger son pétrole en Yuans, on comprend l’empressement des USA… Et les droits humains chez les Saoudiens, on en parle ? Non, bien sûr que non.
– Dans un contexte où des migrants fuient la (nos) guerre(s) au Moyen-Orient et où même une tente Décathlon semble être trop de luxe aux yeux de notre Police, sachez que pour d’autres la citoyenneté s’achète comme un pain au chocolat : pour peu que vous ayez suffisamment d’argent, vous pourriez devenir Portugais, Maltais, Espagnol, Letton ou Bulgare. De quoi ils se plaignent ces Syriens, voilà leur solution.

Fusion/acquisition/concurrence/etc.
– Barefoot et CO.Builders fusionnent. Zavez remarqué comme il est maintenant tenu pour acquis qu’une « start-up » a pour seule vocation de « starter » et jamais de grandir toute seule ? Comme il est acquis qu’elle fusionnera, sera rachetée par plus gros et finira, si tout se passe bien, dans le giron d’un des GAFAM ?
– Les travailleurs belges sont les plus « productifs » après les Suisses (ou pourrait traduire par « les mieux exploités », mais ce serait réducteur, n’est-ce pas ?) mais, par contre, le cabinet PwC (le genre de cabinets très sensibles au respect des droits des travailleurs, hum) nous dit que, patatras, malgré cela, les patrons en « tirent » (c’est le terme employé) un mauvais « retour sur investissement ». Pourquoi ? « Trop de charges ». Les « charges », c’est la fameuse participation des entreprises à la solidarité entre tous. Moi, j’appelle ça un « revenu indirect ». Les patrons, on les entend moins râler sur les charges quand leur burn-out les cloue à la maison et que c’est remboursé par tata mutuelle. Y’aurait presque de quoi se fâcher…
– Prise de participation de Softbank – un fond d’investissement – dans Uber, prémisses d’une entrée en bourse pour la firme de ladite économie « collaborative » (lol, comme on disait dans les années 2000…)
– Proofpoint acquiert Cloudmark. Ça ne vous dit sans doute rien mais ça représente un accord à 110 millions de $…
– Broadcom veut acquérir Qualcomm (fournisseur d’Apple, qui est en train d’acheter NXP). Un mariage qui pèse…130 MILLIARDS de $. Vous voyez cette image d’un requin la gueule ouverte s’apprêtant à ingurgiter un gros poisson lui-même, bouche béante, se précipitant sur un plus petit ? Oui ? Voilà, vous y êtes, bienvenue dans notre monde économique.
– Telenet rachète Nextel dans un souci de « soutenir sa croissance ». Élémentaire.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.
– Opel sort son plan « choc ». Réduction de « coûts » (n’oubliez pas qu’un travailleur, c’est soit une « ressource » – à exploiter donc, comme dans « ressource humaine »-, soit un « coût » -au mieux à éliminer, au pire à limiter), économie d’échelle (mise en commun de plateformes, donc licenciements aussi). Pas encore d’annonces sur le « combien ». On reste attentif. Mais déjà 400 postes en moins chez Vauxhall. Pour rappel, début juillet, l’UE avait donné son feu vert à l’acquisition d’Opel par PSA (Peugeot-Citroën) qui a déjà repris les activités financières du constructeur allemand la semaine passée. Et comme vous le savez tous maintenant : fusion hier égale licenciements demain…
– Licenciement collectif pour les tapis Balta, peu de temps après leur entrée en bourse. 200 personnes à la trappe. Procédure Renault activée. Comme souvent, les « efforts consentis » par les employés avant l’entrée en bourse n’y ont rien changé. (Sans blague… ?)
– Burger King engage 100 personnes à Liège. Chouette, des emplois qualifiés, qui rendent compte des compétences du travailleur wallon et pas des jobs sous-payés qui rendent bêtes dans des chaînes de fast-food étatsuniens… Wait, what ?!

Pendant ce temps, la Belgique envoie des troupes supplémentaires dans cette belle démocratie créée par l’Otan : l’Afghanistan. Ah, heureusement qu’on y est ! La très objective agence Fitch abaisse la note du Venezuela à « C » et le Nutella a encore plus de sucre.

Bonne nouvelle semaine à tous !

Références image :

Rare Book Division, The New York Public Library. (1891). DINNER FOR VISITING MEMBERS OF THE GOVERNING BOARD OF THE INTERNATIONAL LEAGUE OF PRESS CLUBS [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL) Retrieved from http://digitalcollections.nypl.org/items/510d47db-21cf-a3d9-e040-e00a18064a99

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#2 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi ?
Are you ready?

Fusions, acquisitions, vente de départements :
Comme vous commencez à le comprendre, je me concentre sur les fusions qui illustrent l’imposture d’une « concurrence libre et non faussée ». En effet, si les organisations fusionnent, elles tendent vers des quasi-monopoles.
– L’État français vend sa participation dans Renault
– PSA (Peugeot Citroën) acquiert les activités financières d’Opel (oui, parce qu’au cas où vous l’ignoriez, sachez que la plupart des grosses entreprises disposent maintenant de leur propre banque ! Pratique ! Je devrais faire pareil pour financer ma vie perso…)
– Airbus rachète une majorité d’actions Bombardier. Y’avait trop de constructeurs d’avion de toute façon… Ou pas ?
– Bics (Proximus) rachète Telesign pour devenir la première plateforme mondiale de ce type – notez bien la fierté qui couve derrière l’adjectif « première » ; vive la concu…heu, non, en fait non.
– Novartis, le groupe pharma suisse, rachète Advanced Accelerator Applications pour « renforcer » sa position dans l’oncologie. C’est au service de la science, rassurez-vous.
– Brussels Airlines reprend les activités de Thomas Cook airlines. Clap de fin, dernier vol. Le mécanisme est le suivant : une organisation diversifie ses activités pour groooooossir, et quand elle est bien grosse, elle revend ses départements pour éliminer la concurrence. Élémentaire.
– Départ du patron de Deutsche Börse pour délit d’initié. Admirez la pratique : le bonhomme négociait une fusion dont il savait qu’elle allait faire bondir l’action de sa société de trading. Juste avant la signature, il achète un paquet d’actions à bas prix et s’attend à une plus-value à faire pâlir d’envie George Soros. Au final, il est pris la main dans le sac. Les montants sont tellement élevés que les tribunaux allemands lui refusent même une transaction financière « à l’amiable ».
– D’Ieteren rachète Maisoning via Belron (Carglass). Ça, c’est le genre de montage de société comme seuls les latinistes peuvent les comprendre. De tels enchâssements, ça s’invente pas. Bref, après les cahiers Moleskine, le distributeur belge de berlines allemandes continue de se « diversifier ». Pour quoi ? Pour grooooooossir. Et ensuite ? Dégrossir ! Supprimer la concurrence, le trop-plein de personnel et continuer de voir son action grimper aux sommets.
– AB Inbev n’a jamais été aussi haut. Le groupe brassicole « belgo-brésilien » – enfin, la dualité s’annule si l’on considère l’origine sociale très homogène des actionnaires – profite des retombées de sa fusion passée avec SabMiller. C’est un monopole de fait. Mais je suis sûr qu’ils le regrettent. Au fond, ils doivent aimer la concurrence, non ? C’est ce qu’ils prêchent pourtant.
– Engie veut vendre sa division « gaz » à Total. Et voilà, là c’est la phase « dégrossir » pour supprimer les « doublons concurrentiels ».
– Lancement d’Orange Bank. Encore un pur exemple de « diversification » sauvage. Ce ne sont même pas de nouveaux petits acteurs qui entrent sur des marchés, mais de gros acteurs d’autres marchés…
– Bpost, une entreprise sans concurrence ? Vous vous dites : il ne va quand même pas critiquer une entreprise d’État ? Eh bien si ! Une entreprise d’État qui joue le jeu capitaliste en s’efforçant de dégager des bénéfices dans un marché libéralisé agit comme n’importe quelle société capitaliste essayant de supprimer la concurrence. C’est pas joli joli.
– Ryanair a annoncé des résultats fringants en dépit des casseroles accrochées à ses avions ces derniers mois. On pourra continuer à me parler « d’image d’entreprise », ça ne vaut rien comme analyse tant qu’on ne considère pas les données chiffrées qui, seules, ont un impact sur la vie des organisations.
– HSBC multiplie par cinq son bénéfice de ce trimestre. Ah, il est loin le scandale SwissLeaks et la fraude fiscale à 180 milliards d’euros ! Quand je vous disais que seuls les résultats comptent. Puis si l’argent n’a pas d’odeur, il a encore moins de mémoire.
– Les USA ont décrété un embargo contre 39 sociétés russes. On me dit que c’est pour des raisons de « démocratie ». Ouf, pas de quoi s’emballer du coup.
– Il y a eu la fameuse directive sur le travail détaché dont j’ai eu l’occasion de faire une analyse plus détaillée dans un post précédent.
– Yamaha va se mettre à l’automobile. Encore un magnifique exemple de « diversification ».
– Amazon doit rembourser 250 millions d’€ au Luxembourg. Mais ils n’en feront rien évidemment parce que le pays ne leur réclamera rien. Comme l’Irlande n’a toujours rien réclamé à Apple. Alors, qui dirige ? La politique ou les grosses entreprises ? Je vous laisse répondre à cette question tout rhétorique.

Au chapitre des licenciements, luttes sociales, etc.
– Le groupe Nordea a annoncé la suppression de 6000 emplois
– 1000 emplois créés à Zaventem et 300 prévus à Liège Airport. Une bonne nouvelle, non ? Alors, demandons-nous de quels emplois il s’agit : qualifiés, non-qualifiés, très qualifiés ? Tadam, roulements de tambour…pas qualifiés du tout m’sieurs dames ! Les emplois « ventre mou » de la classe moyenne vont en s’amenuisant, et ce n’est pas les succès de l’intelligence artificielle qui vont améliorer les choses
– Suite au cataclysme social horrible de Caterpillar, sachez que l’action du constructeur d’engins de chantier se porte à merveille. Elle décolle, une vraie fusée. Sur le dos de qui à votre avis ?

Quelques divers, rapidement…
– AIG, l’assureur, annonce des pertes énormes à cause des ouragans. Bah oui, à force de jouer avec le feu de l’environnement, les grosses entreprises vont commencer à récolter la tempête dont elles ont semé le vent
– Le Bitcoin a battu un nouveau record, passant la barre des 7000$. Sachant qu’il ne valait que quelques cents à sa création. Ah, il est loin le temps de la convertibilité de la monnaie en or ! Ah, il est loin le temps où la monnaie n’était qu’un outil universel rendant possible des transactions qui ne l’auraient pas été avec le simple troc. Combien de geeks milliardaires grâce à ça ?
– En parlant de convertibilité d’une monnaie en or, j’avais analysé l’annonce super importante des prochains contrats de la Chine en Yuans pour les achats/vente de pétrole. Ce qui risque de changer la face du monde.
– Sinon, sachez que la commission européenne souhaite prolonger pour cinq à sept ans l’autorisation du glyphosate cancérigène. Bah oui, la substance était indiquée sans danger par un rapport de l’UE, copié-collé d’une étude des lobbyistes de Monsanto qui avaient eux-mêmes gardés secrets leurs propres conclusions indiquant l’effective dangerosité dudit produit. Quel merdier.

Allez, c’est tout pour aujourd’hui. Je retourne jouer au billard. Pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici, il y a toujours ma petite analyse de la future création d’une nouvelle raffinerie de sucre à Seneffe. Si vous avez envie de comprendre la fameuse PAC de l’UE.

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