Analyses, Réactions

Trois questions à Edwy Plenel

Ce lundi 17 décembre 2018, pour la première conférence de son cycle baptisé « Warm up », la section Presse-information de l’IHECS (Institut des hautes études des communications sociales) recevait Edwy Plenel, fondateur et président de Mediapart. L’occasion pour Le blog du radis de mieux cerner Mediapart.

Ancien directeur du journal le Monde, Edwy Plenel peut s’enorgueillir d’un bilan exceptionnel comme journaliste et comme chef d’entreprise. D’un point de vue journalistique d’abord, Mediapart est reconnu pour avoir révélé de grandes affaires : du scandale des caisses d’épargne à l’affaire Karachi, de Cahuzac à l’affaire libyenne. D’un point de vue commercial également, sa réussite est totale car dans un environnement hostile où Internet ne semblait viable que dans la gratuité, Mediapart a fait le choix payant…d’être payant. Et ainsi garantir, a priori, son indépendance.

EmmanuelPlenel

Votre serviteur pose ses questions à Edwy Plenel qui a bon dos!

Mediapart selon Plenel

Prenant directement ses distances avec son passé trotskyste, Plenel introduit sa prise de parole en rappelant qu’il ne décrit pas Mediapart comme un journal de gauche. Il ne s’agit pas tant de critiquer la dualité gauche-droite que d’en extraire le journaliste qui serait au-dessus/à côté de cette dualité. Il définit plutôt son journal comme prenant radicalement au sérieux l’idéal démocratique qu’il comprend comme étant un idéal d’égalité. Que la valeur « d’égalité » soit au cœur même d’une politique dite « de gauche » n’aura échappé à personne, mais ce ne sera ni la première ni la dernière contradiction de Plenel ce jour-là.

L’intérêt essentiel de sa conférence pour les étudiants aura été de remettre l’investigation au centre de la motivation journalistique tout en rappelant que le droit de savoir est un enjeu essentiel en démocratie. Ça ne mange pas de pain mais à une époque où on leur parle surtout de contrats précaires, de polyvalence non spécialisée, de formats courts, etc., je suppose qu’entendre ce discours est crucial pour eux.

Ce qui étonne plus est son corporatisme. Ainsi, ce n’est pas tant qu’il y aurait des journalistes défendant des idées (voire des intérêts) différentes et s’insérant, de ce fait, dans des groupes sociaux distincts qu’un groupe social distinct des autres qui serait celui des journalistes ! Vraiment ? Pourtant, les journalistes ne partagent pas tous les mêmes valeurs et le seul point commun d’être « journaliste », en soi, ne dit pas grand-chose. Sauf que, comme nous le verrons, Plenel (ab)use de ce tenu pour acquis afin de justifier une absence de positionnement clair. Mon propos est qu’entretenir cette confusion lui permet, justement, d’aller dans le sens du vent, voire de pratiquer l’enfumage intensif.

Positionnement politique et éthique de Mediapart

J’ai donc adressé à Edwy Plenel trois questions visant à lui donner la possibilité de clarifier son positionnement politique et éthique.

1) « Vous avez précisé en début de conférence que Mediapart n’était pas un journal de gauche, mais un journal qui défendait la démocratie et donc l’égalité. Or, le capitalisme produit nécessairement des inégalités. Êtes-vous donc un journal anticapitaliste ? »

La réponse de Plenel est un exemple type de la langue de bois. Il commence en disant : « bien sûr que le capitalisme n’est pas spontanément démocratique ». L’adverbe « spontanément » est très important car il suppose qu’en forçant un peu, le capitalisme pourrait bien le devenir. Tout en donnant l’impression d’une critique contre le capitalisme, il affirme ici en fait une position socio-démocrate classique.

Il poursuit en déclarant que le capitalisme n’est qu’une « forme donnée d’économie de marché qui lui précédait. » Il s’agit ici d’un argument par dissociation, comme le soulignait Perelman dans son Empire rhétorique : l’idée est de distinguer économie de marché (qui serait bonne) du capitalisme (qui en serait une version avariée). Il va de soi que je récuse personnellement une telle distinction : dès l’instant où des marchandises s’échangent librement dans un système de propriété privée, la concurrence apparaît inéluctablement et, avec elle, le cortège d’inégalités que nous connaissons. Plenel réaffirme donc, une nouvelle fois, sa pensée socio-démocrate réformiste.

D’ailleurs, cette position se précise lorsqu’il affirme qu’à Mediapart ils critiquent beaucoup le « libéralisme économique, le néolibéralisme, l’ultralibéralisme. […] c’est-à-dire un libéralisme qui a perdu sa moitié […] politique ». Il ajoute que « nous avons des pouvoirs ultra-capitalistes, ultra-autoritaires. » Comprenez bien que le problème, ce sont en fait les préfixes : ultra-, néo-. Sans cela, le capitalisme, ça n’est pas si mal… D’autre part, prôner le libéralisme politique, c’est vanter les mérites de l’individu sur le collectif. Ce qui est un choix tout à fait respectable, mais relève d’un positionnement fort qui, à mon sens, entre clairement en contradiction avec l’idéal d’égalité proclamé plus avant.

Il termine enfin sa réponse par une envolée lyrique contre Trump, Bolsonaro, la Chine, Poutine, etc. en mettant l’ensemble dans un même sac et en rappelant que l’ennemi de tous ces gens était le journaliste – sans distinction. Retour d’un corporatisme aveugle. Fait intéressant, ses derniers mots vont à l’égalité, une nouvelle fois, qui ne doit, je cite, « pas seulement [être] sociale » mais qui doit être une réponse « à toutes les discriminations, de genre, de sexe » dont l’égalité dans la « création ». L’idéal d’égalité via la focalisation sur les discriminations, c’est la gauche Hollande, celle qui permet de passer pour un progressiste sur les questions de société en menant une politique de droite sur le plan économique. D’ailleurs, quelle est cette égalité de créer ? Qu’est-ce donc ça ? Ne dit-on pas liberté de créer plutôt ? Voire même liberté d’entreprendre ?

2) Ma deuxième question à Plenel portait sur les rapports qu’entretient Mediapart avec le pouvoir judiciaire : « Est-il arrivé qu’un magistrat vous donne un filon pour que vous puissiez investiguer et que, grâce à votre enquête, il puisse se saisir de l’affaire ? Ce qui fait craindre un risque d’instrumentalisation du journal. »

Plenel comprend que la question est sensible. D’abord, la réponse fuse, directe, sans ambages : « Non. Ça ne s’est jamais passé. » Dont acte. J’ai des sources qui disent le contraire mais, comme tout ça est invérifiable, partons du principe qu’il ne ment pas. Toutefois, comme il sent que la réponse risque d’être trop courte, il s’embarque ensuite dans un plaidoyer à sa propre gloire, rappelant qu’à Mediapart, ils « follow the money » (sic) et qu’ils ont révélé de nombreux scandales financiers. Ce qui est très noble et tout à fait exact…mais n’a rien à voir avec la question posée. Il plaide ensuite pour un journalisme d’alerte, avec son propre agenda voir ce que les magistrats ne voient pas – tout en reconnaissant qu’il est très facile d’avoir de bonnes relations avec le pouvoir judiciaire pour avoir accès aux dossiers. Lequel, effectivement, se saisit des affaires ensuite, « mais sans avoir eu de filon avant ». Bon.

3) Ma troisième question portait justement sur le lanceur d’alerte, Julian Assange. « Assange est en train de crever à l’ambassade d’Équateur. À quel genre de compromission vous êtes-vous plié pour ne pas avoir à subir le même traitement ? » Il y a une pointe de provocation dans ma question, mais est-ce exagéré quand on sait la relative mansuétude dont il a fait preuve lors de son interview du Président Macron en compagnie de Jean-Jacques Bourdin ? Plenel était resté strictement dans les limites imposées par le genre : un zeste d’irrévérence pour ne pas passer pour un collabo (un petit mot à l’égard de la réception par Macron du Prince d’Arabie saoudite, le mot « répression » lâché quant à Notre-Dame des Landes) mais rien qui puisse remettre structurellement en cause le système économique défendu par Jupiter.

La réponse de Plenel à ma question est en deux temps. D’abord, il rappelle « [qu’] Assange, comme Snowden et Manning resteront trois héros malheureux de cette aire potentiellement démocratique et aujourd’hui régressive ». À propos d’Assange, il dit qu’« évidemment », on lui a fait « payer le prix fort ». Si c’est d’une telle évidence, pourquoi lui, Plenel, n’a-t-il payé le prix fort de rien ? Dans un deuxième temps, il se fend d’une saillie anti-Wikileaks qui aurait diffusé des « matériaux bruts non travaillés, dont on sait maintenant qu’ils auraient été en partie fournis par la Russie. » Faudra m’expliquer en quoi le fait que des matériaux soient diffusés par la Russie est un problème tant que ces informations sont vraies et vérifiées… À moins que l’on suppose que Wikileaks soit « à la solde » d’un pays qui est le seul à avoir accordé l’asile à Snowden ?

Si Plenel « touche du bois » quant « à mon souhait qu’il soit un jour mis en résidence, interné ou emprisonné » (sic – mais on dira que c’est une réponse provocante à une question provocante !), la question est en substance la suivante : est-il possible, sans censure ni autocensure, de tout dire, même à Mediapart ? Il me semble que si Mediapart peut « tout dire », c’est parce que ce que Mediapart veut dire n’est en réalité pas très dérangeant.

Fake news, objectivité, réalité, vérité

Au-delà du positionnement politique de Plenel dont on a compris qu’il était socio-démocrate, c’est-à-dire relevant d’un capitalisme réformiste, il est intéressant de se pencher sur sa façon de voir le journalisme.

Considérons d’abord ce que j’ai appelé au début de cet article son corporatisme. Pour Plenel, le journalisme est un métier, lequel suppose des compétences qui ne sont pas à la portée du premier venu. Ainsi, il ne croit pas au « journalisme citoyen » et dresse une barrière entre « amateurs » et « professionnels ». C’est le même principe qui sous-tend le site du Monde Les décodeurs et leur Decodex : comme le citoyen lambda n’est pas capable de se faire son propre jugement, des professionnels seront là pour lui dire ce qui est bon ou pas et ce qui est vrai ou faux. Le journaliste est là pour prêcher la bonne parole, pour lui apporter, comme dirait la campagne belge anti-fake news, une information « d’origine contrôlée ».

Je suis férocement opposé à une telle conception. La guerre en Libye, les armes de destruction massive en Irak, le charnier de Timisoara ou, encore hier, les images falsifiées de France 3 sur les « gilets jaunes », c’est ça, l’origine contrôlée? Et si, à la place de lire la presse « contrôlée pour vous », vous commenciez à contrôler vous-même la presse, quelle qu’elle soit? Exercer son esprit et ses compétences critiques, n’est-ce pas comme ça qu’on est garant de la démocratie?

C’est le propos que j’ai toujours défendu, notamment à travers cet article, une introduction à la critique des sources et une déconstruction d’un exemple parmi d’autres des « fake news » du quotidien, colportées par la presse mainstream autant que par les presses alternatives. Pour moi, l’information n’est PAS un pré carré! Nous dire ce qu’on doit penser, ce n’est pas émanciper, c’est soumettre! L’enjeu démocratique est moins dans un journalisme « univoquement professionnel » que dans la capacité de chaque citoyen à pouvoir lui-même déconstruire les messages éventuellement contradictoires qui lui sont adressés. D’ailleurs, l’information n’est pas le seul fait des journalistes : elle provient également du monde académique, du monde associatif, des intellectuels, du monde politique, etc.

Enfin, à travers sa conférence, Plenel a partagé sa vision sur la nature des faits. Il reprend à son compte le vocable des « fake news » et le rôle des journalistes pour lutter contre ces derniers. Qu’implique la notion de fake news ? Qu’il y a des faits et que, en tant que tels, il serait possible d’en dire une vérité. Or, si la nature des faits est indiscutable (« il se passe des choses », c’est la réalité), la seule évocation de ces faits est déjà de l’ordre du discours (donc de la mise en correspondance située entre ce qui est dit et ce qui est réel, c’est-à-dire la vérité). De ce point de vue, la distinction entre éditorial, articles d’investigation, brèves, etc. relève plus d’une stratégie de mise en visibilité plus ou moins grande de l’opinion de l’auteur qui s’appuie sur des cadres théoriques rigoureux ou, au contraire, sur des clichés éhontés.

Conclusions

Edwy Plenel et, avec lui, Mediapart, défend un journalisme corporatiste, ancré dans une tradition socio-réformiste du capitalisme. Il excelle dans l’investigation et la publicité de scandales qui sont toutefois toujours présentés comme des effets conjoncturels, des dysfonctions d’un système qui, par nature, pourrait ne pas être mauvais.

Mediapart est à la presse écrite ce que Cash investigation est au reportage télévisuel : sous couvert d’être les chiens de garde de la démocratie, ils laissent penser, en creux, qu’il n’y a pas de causes structurelles aux déviances qu’ils se font un point d’honneur à dénoncer. D’ailleurs, Élise Lucet ne disait-elle pas auprès de cette bande de joyeux Youtubeurs du JTerre qu’elle était convaincue que « les entreprises sont sensibles aux modes de pression » et que, sous pression, elles changeront ? Comme si ces mêmes entreprises avaient tout le loisir d’être éthiques et que leur ignominie était un choix.

 

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Le PTB, la citrouille qui fait peur ?

Article également paru dans la Libre Belgique du 14 novembre 2018.

Bouh ! Halloween est pourtant derrière nous, mais les thuriféraires de la doxa économique persistent à utiliser la gauche…pour faire peur. Le problème ? La carte blanche rédigée par Corentin de Salle et Mikaël Petitjean dans la Libre du 8 novembre 2018 repose sur un sophisme dit de « l’homme de paille ». Cet argument consiste à présenter erronément la position de son contradicteur pour le décrédibiliser ensuite sur la base-même des erreurs volontairement introduites. Subtil et dévastateur.

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Une citrouille bien rouge qui fait peur!

Quel est ce fameux argument fallacieux ? Celui de faire croire que les mesures prônées par un parti de la gauche dite « radicale » sont possibles en demeurant dans le système capitaliste actuel. Or, précisément, la gauche « radicale » s’emploie à démontrer que, structurellement, le système capitaliste ne peut faire autrement que produire les inégalités qu’elle dénonce. Discuter de tel ou tel coût de l’une ou l’autre « mesure » est vain si l’on reste dans ledit système. Exemple : la semaine de quatre jours n’a effectivement aucun sens si les entreprises n’ont d’autre choix que d’être en compétition pour leur survie… Et, en effet, le cadre européen étant capitaliste, il est peu probable de sortir de ce système économique tout en restant dans les institutions européennes. C’est d’une telle évidence qu’il est surprenant de devoir le préciser.

En réalité, les mesures de la gauche « radicale » essentielles s’opposent à la nature du système capitaliste : la propriété privée et, par voie de conséquence, le système concurrentiel. Les exigences du Conseil National de la Résistance l’exprimaient bien : nationalisation des secteurs économiques répondant aux besoins premiers, fin des monopoles, planification, autonomie nationale – pour prendre les plus importantes qui ont aussi été historiquement celles les moins appliquées. Ainsi, ce que les deux auteurs présentent ironiquement comme une conséquence « fatale », tellement angoissante et dommageable que sa seule énonciation suffirait à la discréditer, est en réalité un prérequis indispensable à une politique de gauche : la collectivisation des grands moyens de production, la fin de la croissance économique pour elle-même, la redistribution des richesses produites, la fin du vol de la plus-value, etc.

On comprend alors que l’exercice de « politique-fiction » de M. de Salle et de M. Petitjean relève soit de la mauvaise foi, soit de l’ignorance. Ce n’est pas une excuse : si le capitalisme est un système économique dont la mécanique produit nécessairement des inégalités, sa longévité s’appuie sur des idéologues qui en font la publicité en dépit des innombrables preuves de son caractère criminel – qu’il s’agisse des victimes humaines ou de l’environnement.

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L’absurdité des tests de QI, en 7 arguments


Mise à jour 18/02/2019 – Pour la controverse quant aux biais culturels des tests, voir notamment la page Wikipedia traitant (de l’absence) des liens entre groupes racisés et intelligence. Notons aussi la méta-analyse évoquée par un commentaire ci-dessous, elle-même contredite par d’autres recherches.


Á une époque où on ne peut ouvrir Youtube sans entendre parler de « douance », de « zèbres », de « gifted », de « surdouance », de « HP » (pas les imprimantes) et autres mots barbares, je m’essaie à ce rapide soliloque pour en finir, une fois pour toutes – en ce qui me concerne – avec cette imposture que sont les tests de QI.

Le Graal pour les thuriféraires de cette imbécillité ? 130 ! Le fameux palier à partir duquel vous ferez partie des « hors normes ». Perso, mon Graal, c’est 42. Mais pour d’autres raisons

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Les enfants de parents purs et intelligents

  1. Les Lapons sont sous-doués

Il y a cette anecdote en anthropologie qui raconte qu’un explorateur canadien observait des ours polaires en Laponie[1]. Les Lapons lui demandèrent alors quelle était la couleur du pelage des ours présents dans son pays. Il leur dit : « À votre avis ? Ce sont des ours polaires ! » Les Lapons expliquèrent alors que sans les avoir vus, ils ne pouvaient répondre.

Est-ce à dire que les Lapons ne sont pas intelligents ? Non. Simplement, la forme syllogistique leur était étrangère : Tous les ours polaires sont blancs / Or, les ours de l’explorateur sont des ours polaires / Donc, les ours de l’explorateur sont blancs. À vrai dire, les Lapons font même plutôt preuve de sagesse : à moins d’avoir vu l’intégralité des ours polaires, il est impossible d’affirmer qu’ils sont tous blancs… On ne peut en effet, en science, affirmer qu’une théorie est vraie. On ne peut que démontrer qu’elle est fausse, comme l’exposait bien Karl Popper avec le principe de falsifiabilité.

Il en va de même pour les tests de QI : la maîtrise du langage, des axiomes, des tenus pour acquis de la culture du test est une condition sine qua non à sa réussite. L’universalité de ces tests est complètement remise en question, ce qui diminue d’autant leur intérêt supposé. Une fois qu’on a dit ça, on se confronte en effet à un autre énorme problème. Où commence et où s’arrête cette culture ? Ne peut-on considérer que ceux qui réussissent le mieux ces tests ne sont pas forcément très intelligents mais correspondent juste parfaitement aux attendus culturels que ces tests sous-tendent ?

  1. C’est une instrumentalisation politique !

Le titre est évidemment un peu provoc’ mais il renvoie à une vérité historique méconnue. Profitant de ce que ces tests sont culturellement marqués alors qu’on les considérait comme universels, ils ont été très pratiques pour « classer » les immigrants d’Europe de l’Est sur le continent de l’oncle Sam, puis pour justifier les coupes dans les dépenses sociales, défavorisant de facto la population noire. Ils servaient ainsi le dessein suprématiste d’une « race blanche » et les délires eugénistes au détriment de tous ceux qui ne partageaient pas la même culture, la même langue et/ou les conditions socio-économiques. Les tests de QI ont donc servi des projets politiques évidents et il n’est pas interdit de penser que, sous des formes peut-être moins explicites, ils continuent de le faire aujourd’hui.

D’une certaine façon, les tests de QI sont, comme le décrivait Althusser pour l’Église et le système scolaire, un « appareil idéologique d’État », c’est-à-dire une institution qui inculque « des façons de voir » et s’assure de la reproduction des classes sociales dans les justes proportions (c’est-à-dire dans les proportions qui maintiennent tel quel le système). Ainsi, les riches occupent leur place de privilégiés non par effraction, mais de façon tout à fait légitime : elle leur est due par leur intelligence. C’est notamment ce qu’a pu révéler l’affaire du psychologue Birt en Grande-Bretagne.

Comme me le partageait un copain, directeur d’une salle de sport à Molenbeek : « Dans le Brabant Wallon, dès qu’un enfant bouge un peu, il est HP ! Chez nous à Molenbeek, c’est un hyperactif. Et on le drogue à la rilatine… » Le test de QI sert alors de caution scientifique, venant appuyer par les chiffres non pas une réalité objective, mais une projection bien utile au maintien d’un système de domination.

  1. Parfaitement solubles dans le capitalisme

En se focalisant sur certaines compétences logiques ou matricielles, sous le couperet d’un chronomètre, ils mettent en évidence des valeurs relatives à la performance, à l’optimisation du temps et de ses propres ressources, à l’efficacité, à la mise en concurrence par les chiffres, et à la réflexion intensive dans le strict périmètre de la norme attendue. De ce point de vue, les tests de QI servent parfaitement le capitalisme qui n’invite pas à penser hors de lui-même. Ils poussent à considérer l’Homme comme un être « rationnel », un homo economicus que pourtant la moindre décision émotionnelle suffit à contredire !

Les tests de QI renvoient au mythe de la quantification que l’on observe partout. Qu’importe si l’on fait dire ce qu’on veut aux chiffres, aux data, pourvu qu’on puisse réaliser de jolis graphiques que personne (ou presque) n’interrogera. Si les mots ont un poids et que les photos créent le choc, les chiffres, eux, cumulent ces deux pouvoirs – non contents d’être des symboles, ils deviennent des icônes. Ce qui passe à la trappe, ce faisant, c’est l’inventivité, la pensée hors des cadres, la créativité…

Le test de QI attend littéralement un certain type de réponse. Ce qu’il mesure n’est donc pas une réponse vraie à une question absolue, mais la réponse adéquate par rapport à ce que les autres répondent normalement. En réalité, ils sont tellement déconnectés du monde réel et de ses problèmes que ce que mesure vraiment ces tests de QI…c’est la capacité de quelqu’un à répondre à un test de QI ! Tautologie très éclairante.

  1. L’intelligence ? De la logique seulement.

Peu importe que la pensée humaine soit entièrement organisée autour des métaphores, qu’il soit impossible de réfléchir sans analogies, même au cœur de la physique fondamentale… Théorie des cordes ? Quelles cordes ? Qu’importe tout ça. Pour le test de QI, l’intelligence n’est pas analogique, elle est logique. Tout court. Et si votre logique n’est pas celle attendue par les suites de symboles à compléter, vous n’aurez pas l’occasion de vous exprimer à ce sujet. Autrement dit, les personnes qui initialement conçoivent le test de QI imposent leur logique au test et la prennent pour étalon.

On serait alors tenté d’intégrer d’autres compétences à ces fameux tests, histoire qu’ils ne soient pas le seul reflet de la focale mise sur la logique. Sauf que, ce faisant, on renforce d’autant le gap entre les différentes origines socio-économiques. Ajoutez, par exemple, des questions de vocabulaire et le gamin de Molenbeek qui ne parle même pas français à la maison s’en sortira particulièrement mal. Qu’importe d’ailleurs si lui est déjà bilingue à huit ans…contrairement à son homologue des banlieues bourgeoises.

  1. Suffit de s’entraîner !

Un des axiomes de Mensa, une organisation britannique dont les tentacules s’étendent sur toute la planète et qui organise des petites sauteries au sein de la communauté des QI supérieurs, considère que le QI est quelque chose d’inné. Pourquoi ? Parce que, comme précisé plus haut, il ne faudrait pas mélanger les torchons et les serviettes.

Or, on considère aujourd’hui en psychologie que le QI n’est que le « diagnostic passager de certaines fonctions cérébrales ». Si ce n’est qu’un diagnostic passager, on suppose aisément qu’il peut changer avec le temps. Selon que le cerveau est peu, moyennement ou beaucoup sollicité. Je repense à ces vidéos touchantes où Jacques Duez, prof de morale, interviewait ses élèves de primaire sur des questions philosophiques. Les retrouvant des années plus tard, on mesure combien avec le temps et l’usage, le cerveau pouvait s’être émancipé ou…rabougri.

D’ailleurs, on peut même s’améliorer ! S’entraîner ! Un ami me partageait récemment avoir été stressé à cause de ces fameux tests de matrices dans une procédure de recrutement. Il s’est donc préparé avec l’un de ces livres…qui lui a été tellement utile qu’il a, le jour J, eut le temps de vérifier toutes ses réponses. Deux fois. Jamais une caractéristique innée n’aura été si bien supportée par de l’acquis ! Et ce n’est pas tout : les résultats sont influencés par une série de facteurs externes, qui n’ont aucun rapport avec l’intelligence, comme le stress face aux examens, la fatigue, la capacité de concentration, la confiance en soi et l’estime de soi, etc.

  1. Oui, mais ça en aide certains…

Tout d’abord, on a parfaitement le droit de se sentir aidé par des choses irrationnelles. Je n’ai absolument rien contre les religions, l’astrologie, l’ésotérisme et que sais-je encore. Mais il ne faut pas non plus confondre la foi et la connaissance. Et on ne perd rien à « croire » en connaissance de cause !

Du reste, le test de QI peut très bien (enfin, très bien, toute proportion gardée et compte tenu des réserves formulées dans cet article) continuer à être un des outils utiles à des diagnostics, par exemple concernant les déficiences mentales. Ce qui était, d’ailleurs, son but lorsqu’Alfred Binet l’a conçu. Mais nous serons d’accord sur le fait qu’il y a une marge entre considérer le test de QI comme un des outils utiles au psychologue et le considérer comme l’étalon universel et incontesté de classement de l’intelligence au regard d’une population entière.

Enfin, si ça en aide certains, ça en détruit d’autres… Qui ne sera que « hyperactif » aux yeux de ses parents – sans la caution de la « surdouance », qui ne pourra « légitimer » son hypersensibilité, hyperactivité, hyper-ajoutez-n’importe-quoi-derrière avec une intelligence hors norme…

  1. Quelle définition de l’intelligence ?

En réalité, on est bien en peine de définir l’intelligence. Est-ce de la logique ? De la mémoire ? De l’adaptation ? Du raisonnement ? De la connaissance ? La capacité à articuler ces compétences entre elles ? Demandez-vous alors où réside la pertinence dans le fait de mesurer quelque chose qu’on ne connaît pas !

J’irai même plus loin : les tests dits « qualitatifs » sont tout aussi absurdes. Outre l’indigence de certaines de ces rencontres[2] – indigence laborieusement cachée derrière du vocabulaire aussi pompeux que celui de cet article -, ils cachent souvent un bon petit business des familles. Certes, là encore, la liste des critères qui feront de vous un bon HP en puissance n’est pas inutile – il se pourrait même que vous vous y retrouviez ici où là, mais ce genre de liste est, à l’instar de n’importe quel horoscope, bien trop soumis à l’effet barnum pour qu’on puisse y donner du crédit. Est HP, finalement, celui qui se reconnaît HP. Tautologie encore.

Mais du coup, refuser les catégories, n’est-ce pas se voiler la face ? N’est-ce pas nier qu’il existe des gens différents, éventuellement en souffrance ? Soyons clairs : reconnaître la réalité du racisme et la souffrance des minorités subissant les discriminations n’implique pas de reconnaître la légitimité du concept de race !

Il en va de même pour le QI. S’il est évident qu’il existe des intelligences multiples et complexes, des gens naturellement (très) curieux ou qui développent leur curiosité avec l’âge, des gens qui comprennent plus vite, qui retiennent mieux ou qui apportent des solutions innovantes à des problèmes anciens ; s’il est vrai que certains cumulent des caractéristiques comme celles-là, la réification de ces qualités par un test très contestable en une catégorie chiffrée supposant a priori ses propres frontières pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

On peut refuser cette facilité, le pouvoir trompeusement magique du « mot diagnostic » qui suffirait à tout expliquer ! On peut simplement rendre hommage à la complexité de l’humain et à la singularité des individus. Et si certains, se reconnaissant des caractéristiques communes, ont de quoi partager ensemble, c’est parfait. Mais cela ne devrait pas impliquer des classements qui font advenir le réel plus qu’ils n’en seraient la représentation.


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[1] Bon, je ne suis plus du tout certain de cette anecdote. Prenons-là comme une allégorie et n’en parlons plus !

[2] Pas d’autre choix ici que de me croire sur parole.

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Analyses, Réactions

Je ne suis pas un homme

Récemment, une vidéo d’Arrêts sur images avec Arnaud Gauthier-Fawas a fait scandale. On y voit l’administrateur de l’association inter-LGBT remettre coup sur coup en question l’identité de genre qu’on lui attribue et sa « race » (j’emploie ce mot non pas en validant des supposées différences raciales biologiques mais le fait que, concrètement, les gens agissent différemment selon qu’ils se trouvent face à une personne perçue comme « blanche », « noire », « d’origine », etc.). Le caractère péremptoire et condescendant de sa prise de parole l’a fait devenir un mème. Il a été raillé un peu partout sur le web, jetant un discrédit manifeste sur sa cause.

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Des hommes, des vrais!

Cet événement est, me semble-t-il, très significatif dans un contexte plus général où l’on parle de plus en plus des différences entre sexes (celui que la nature nous attribue à la naissance), genre (le sexe auquel on s’identifie et qui peut être différent du premier) et orientation sexuelle (qui désigne l’attirance pour un des deux sexes). Mais aussi dans un contexte où, suite à l’affaire Weinstein entre autres, la voix féministe (comprenant des féminismes eux aussi différents et pouvant être en contradiction) est à nouveau plus audible, bien que souvent méprisée.

Le truc, c’est que ces deux causes, légitimes indépendamment l’une de l’autre, peuvent entrer en confrontation. Un simple exemple : militer pour la parité homme-femme dans une administration revient à « absolutiser » le sexe sans tenir compte de l’identité de genre… S’assurer qu’il existe des lieux où les femmes peuvent se retrouver sans craindre de harcèlement (comme des toilettes pour femmes, par exemple) revient à « exclure » les personnes non-binaires (qui ne se perçoivent ni homme ni femme). Même l’écriture inclusive porte en elle ce germe du conflit : combien de genres ne sont-ils pas exclus par « l’inclusion » du féminin qui, de facto, ôte au masculin son rôle, en français, de remplacer le neutre ?

D’autre part, en miroir, il y a toute une reconfiguration en train de se faire. La majorité de l’humanité continue de se reconnaître identitairement dans le sexe qui lui a été attribué à la naissance et se trouve être hétérosexuelle (que ce soit de façon « binaire » ou sur une « échelle de gradation » allant de l’hétérosexualité complète à l’homosexualité complète). Tous ces débats ont nécessairement un impact sur cette majorité qui ressent de l’empathie pour les combats féministes, se bat contre les harcèlements tout en reconnaissant le droit des transsexuels à ce qu’on ne les considère pas comme binaires, etc. En même temps, cette « majorité » se trouve aussi prisonnière de ses propres peurs : peur pour certains hommes de perdre leurs privilèges, peur pour certaines femmes de perdre l’image qu’on peut avoir de la féminité, de la séduction, de la galanterie… Comme toujours, une mise en question des tenus pour acquis, des conventions, mène à une reconfiguration dont on ne connaît pas l’issue. Reconnaître que ces normes sont des construits sociaux souligne à la fois leur importance mais aussi leur caractère falsifiable : on peut – on doit – être capable d’envisager leur remise en question.

L’erreur, à mon avis, serait de croire que la mise en question de ces normes et conventions n’est pas, elle aussi, un construit social. C’en est un ! Inévitablement ! Comme on l’a vu plus haut, bien qu’isolément légitimes, les revendications de certaines féministes et de certaines associations LGBT peuvent entrer en contradiction… Ce sont des construits sociaux, en train de se faire, qui, comme tous les construits sociaux, doivent pouvoir être mis en question. Autrement dit : remettre en question la remise en question…dans un genre de mise en abîme que j’affectionne. Et c’est là qu’intervient le débat de société. Pendant ce temps de reconfiguration, les tenus pour acquis ont explosé. C’est sans doute peu confortable, mais c’est aussi formidablement intéressant à observer.

Je terminerais en insistant sur un point qui me paraît toujours essentiel à sa propre échelle : d’après quelles valeurs suis-je en train d’observer une réalité ? Pour ma part, c’est la dimension égalitaire qui m’importe. Dans un débat, quel qu’il soit, j’aurai tendance à favoriser une position qui mène à plus d’égalité. Ainsi, quant à l’écriture inclusive, après l’avoir défendue et utilisée, je suis aujourd’hui en faveur de la création d’un genre neutre en langue française qui éviterait le caractère excluant de l’écriture inclusive telle que pratiquée maintenant. Mais là encore, c’est une réflexion en train de se faire, et il n’est pas dit que je n’aurai pas changé d’avis demain !

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Analyses, Réactions

Les robots ne prendront (malheureusement) pas notre travail

Dans un article récent paru dans La Libre, l’auteur s’étonne de ce que les robots et l’intelligence artificielle n’apparaissent pas dans les statistiques sur la productivité du travail. En effet, si les robots sont « partout » et le seront de plus en plus, il est logique de penser qu’ils remplaceront le travail humain. Or, si les robots remplacent le travail humain, ils devraient démultiplier la capacité de produire. Problème : la croissance de la productivité n’a jamais été aussi faible ! Paradoxe…

machine

Moulding machine in a marble yard in Long Island City

Deux interprétations « conventionnelles » sont possibles et développées dans l’article auquel je me réfère : soit les révolutions technologiques sont, en fait, « moins révolutionnaires que prévu » et que « les précédentes », soit elles « mettraient du temps à se traduire en gain de productivité ». Pas très convaincant tant les progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique semblent énormes tout en se démocratisant.

Je vous propose une troisième lecture, qui ne contredit pas, par nature, ces deux premières explications mais, d’une certaine façon, les rend inopérantes.

Et si c’était tout autre chose ?

Tout d’abord faut-il se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « productivité ». La productivité répond à la question : à quel point un facteur de production doit-il contribuer au résultat final ? Par exemple, combien de voitures un ouvrier à temps plein est-il capable d’assembler en une journée ? On parle de gain de productivité quand la contribution diminue pour une production stable ou quand la production augmente pour une contribution stable. En clair : un gain de productivité, c’est arriver à faire plus avec moins.

Évidemment, elle se calcule par rapport à une date antérieure. Et, autre point important, la productivité est en lien avec la compétitivité, c’est-à-dire la capacité à être plus productif que son voisin… C’est là que se pose une question absolument essentielle, même si elle est contre-intuitive : les acteurs économiques ont-ils intérêt à augmenter la productivité ? Ma réponse qui, je le concède, est iconoclaste, est de dire : « non, ils n’ont pas intérêt ! »

Alors quoi ?

En fait, les acteurs économiques ont intérêt à augmenter la compétitivité. C’est-à-dire à être plus productif que leur voisin. La nuance est subtile, mais elle est importante. Il s’agit moins d’être productif dans l’absolu que d’être productif si le concurrent l’est moins que nous.

Le problème, c’est que sur l’ensemble des marchés, les acteurs économiques n’ont pas intérêt à être plus productifs : car un gain de productivité grâce aux robots mène à des licenciements. (Je parle donc bien de l’ensemble des marchés : sur un marché en particulier, on assiste régulièrement à des licenciements qui sont toujours reçus comme d’excellentes nouvelles par les actionnaires parce que les licenciements supposent plus de profits.) L’ensemble des licenciements mènent à une perte généralisée du pouvoir d’achat de consommateurs qui n’ont plus les moyens d’acheter ce que les robots ont produit. Arrive un moment où même la pub, les Black Friday, les crédits à la consommation et j’en passe n’arrivent plus à faire acheter des gens qui n’en ont plus les moyens. Il en résulte des crises de surproduction : il y a beaucoup trop de produits par rapport à la demande.

Soyons clairs : énormément de jobs aujourd’hui pourraient déjà être remplacés par des robots, avec une explosion de la fameuse « productivité ». S’ils ne le sont pas, c’est parce que personne n’y gagnerait. En fait, on remplace les humains par des robots qu’à des « moments précis » où, précisément, la surproduction ne guette pas, comme on le voit dans cet article à propos d’Amazon.

D’accord, mais comment être plus compétitif ?

Dans un système capitaliste, ce qui permet d’être à la fois productif, à la fois compétitif (donc faire plus de profit que l’autre)…c’est le travail humain, pas les robots ! Et voilà pourquoi les robots ne remplaceront jamais les humains. Ou, si cela arrive, c’est qu’on ne sera plus dans un système capitaliste. Je m’explique.

Le travail humain est le seul travail que l’on peut « exploiter », le seul travail dont on puisse tirer une « plus-value ». En effet, on ne peut « exploiter » une machine : la machine ne fera jamais que ce qu’on lui demande. Si deux entreprises utilisent les mêmes machines, toutes autres variables étant égales par ailleurs (taille de l’entreprise, stratégies marketing, compétences des dirigeants, etc.), elles produiront rigoureusement la même chose. C’est très différent pour le travail humain. D’abord, en une journée de travail, un ouvrier produit plus que ce qui est nécessaire à la reproduction de sa force de travail. Autrement dit, il produit plus que son salaire qui doit lui permettre de se loger, se nourrir, se soigner, etc. Cet excédent, c’est la plus-value. Le profit du patron se trouve là. Ensuite, on peut toujours « mieux exploiter » que son voisin : moins de « charges » sociales, augmentation des cadences, de la durée de travail, baisses de salaires, délocalisation, droit du travail rogné, etc.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que si la présence des robots ne se généralise pas, l’exploitation des travailleurs, elle, se généralise bien. Depuis la fin des trente glorieuses, dont les raisons sont à trouver dans la reconstruction après la deuxième guerre mondiale et dans la crainte occidentale du communisme, ce n’est qu’une longue liste de droits sociaux qui vont en s’amenuisant. Le dernier acquis social ? Les 35 heures en France en…1998 ! Soit il y a 20 ans !

Conclusions

Chaque acteur économique, dans son coin, est tenté par l’usage de robots. En effet, l’avantage concurrentiel à très court terme est évident : je produis plus et moins cher, donc je peux vendre plus, je fais plus de profits et je gagne la guerre économique. Sauf qu’un acteur économique n’est jamais dans son coin : tous font pareil, plus ou moins en même temps, et se tirent collectivement une balle dans le pied. Collectivement, les (gros) acteurs économiques savent qu’il leur faut garder du travail humain pour continuer à faire du profit.

Ajoutons que seuls les très gros acteurs économiques ont les moyens de remplacer la main d’œuvre par des robots. La tendance aux monopoles fait que ces acteurs sont déjà très peu nombreux sur chaque marché. Chaque mois, de nouvelles affaires concernant des « ententes » entre les grandes entreprises sortent dans les médias. On peut imaginer aisément que les ententes ne concernent pas seulement les prix mais aussi des stratégies comme celle-ci. Il vaut mieux collectivement faire un peu moins de profit à court terme, que foncer tête baissée tout seul dans une course qui mène tout le monde à sa fin ! Même le pire capitaliste sait se montrer solidaire (avec les autres capitalistes) quand il le faut !

La notion de profit est essentielle car sans nécessité de profits, nécessité de plus-values, nous pourrions déléguer aux machines beaucoup de ces tâches et travailler moins pour…vivre un peu plus.

 

 

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Vendre son pétrole en Yuans

Vendre le pétrole en Yuans et en assurer la convertibilité en or. Cet événement vous paraît anodin? Dites-vous qu’il annonce les plus grands bouleversements géopolitiques depuis un siècle. Espérons que l’animal blessé – les USA – ne s’accrochera pas à ses privilèges par la voie militaire (comme ils l’ont toujours fait) et que l’avènement d’un monde multipolaire se fera dans le respect de la souveraineté des peuples avec une émancipation qui se généraliserait. Restons attentifs, aussi, au système économique qui soutiendra ces changements. Aucune raison d’être optimiste sur ces différents points (notamment avec un risque de conflits mineurs exacerbés), mais aucune raison non plus, pour une fois, d’être plus pessimiste que ce que le contexte actuel nous incite à être.

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Raphaël, le chanteur

Résumons. Le chanteur Raphaël avait subi un « bad buzz » il y a quelques années, à cause d’une chanson, « Le patriote », dans laquelle il écrivait entre autres – avec courage ou naïveté – ceci : 
« Les étrangers, ça va dans des camps
On va quand même pas sauver le monde
Et mes Santiago dans tes dents
C’est toujours mieux que d’te répondre »
C’est aussi une chanson où, dans le désordre, il fustige les « chanteurs avec quotas » (parmi lesquels ironiquement il se compte), se propose de « siffler la Marseillaise avec les beurs », et critique ouvertement « le bon peuple et son président ». 
Sauf que, diversement appréciée (tu m’étonnes, n’avait-il pas vu ce qui était arrivé à ridan?), cette chanson a fait revenir notre cher Raphaël à des considérations beaucoup plus sages. À un point carrément croquignolesque lorsqu’il affirme ce samedi à « On n’est pas couché » (vers 7’20) avoir voté pour la première fois pour la présidentielle. Son candidat? Macron au premier tour. Macron au second tour. Le plus amusant étant qu’il croit bon de préciser spontanément l’avoir fait « par conviction ». 
Il vote Macron « par conviction ». Le même Macron qui se moquait ouvertement, il y a quelques semaines, des migrants comoriens. On estime à 50.000 le nombre de morts ayant tenté cette traversée depuis 1995, soit seize fois les victimes du 11 septembre! Un chiffre faisant dire au gouverneur d’Anjouan qu’ils ont la réputation d’avoir « le plus grand cimetière marin du monde ». 
Un retournement de veste plutôt hallucinant. Le pire, c’est que les raisons de ce retournement étaient déjà inscrites dans sa fameuse chanson « Le Patriote » dans laquelle il explique que « s’il n’avait pas sa carte de lâche », il leur foutrait son « pied dans les dents », mais que « si tu rentres pas dans la file, tu finis bien vite aux arrêts ». Bon ben apparemment, il a toujours sa carte de lâche et ce qui est sûr aussi, c’est qu’il est bien vite rentré dans la file. Sans complexe. Tu sais quoi, Raphaël? Si la France, parfois « ça t’déprime », comme tu dis, moi c’est des vendus comme toi qui me dépriment…
Sources :
Pour rappel, la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=p-xLOxudtrM
Le grand moment où Raphaël explique avoir voté Macron : https://www.youtube.com/watch?v=5QRUMlPkJyY&
Les chiffres sur les Comores : http://www.slateafrique.com/623667/comores-mayotte-migrants

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