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L’absurdité des tests de QI, en 7 arguments


Mise à jour 18/02/2019 – Pour la controverse quant aux biais culturels des tests, voir notamment la page Wikipedia traitant (de l’absence) des liens entre groupes racisés et intelligence. Notons aussi la méta-analyse évoquée par un commentaire ci-dessous, elle-même contredite par d’autres recherches.


Á une époque où on ne peut ouvrir Youtube sans entendre parler de « douance », de « zèbres », de « gifted », de « surdouance », de « HP » (pas les imprimantes) et autres mots barbares, je m’essaie à ce rapide soliloque pour en finir, une fois pour toutes – en ce qui me concerne – avec cette imposture que sont les tests de QI.

Le Graal pour les thuriféraires de cette imbécillité ? 130 ! Le fameux palier à partir duquel vous ferez partie des « hors normes ». Perso, mon Graal, c’est 42. Mais pour d’autres raisons

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Les enfants de parents purs et intelligents

  1. Les Lapons sont sous-doués

Il y a cette anecdote en anthropologie qui raconte qu’un explorateur canadien observait des ours polaires en Laponie[1]. Les Lapons lui demandèrent alors quelle était la couleur du pelage des ours présents dans son pays. Il leur dit : « À votre avis ? Ce sont des ours polaires ! » Les Lapons expliquèrent alors que sans les avoir vus, ils ne pouvaient répondre.

Est-ce à dire que les Lapons ne sont pas intelligents ? Non. Simplement, la forme syllogistique leur était étrangère : Tous les ours polaires sont blancs / Or, les ours de l’explorateur sont des ours polaires / Donc, les ours de l’explorateur sont blancs. À vrai dire, les Lapons font même plutôt preuve de sagesse : à moins d’avoir vu l’intégralité des ours polaires, il est impossible d’affirmer qu’ils sont tous blancs… On ne peut en effet, en science, affirmer qu’une théorie est vraie. On ne peut que démontrer qu’elle est fausse, comme l’exposait bien Karl Popper avec le principe de falsifiabilité.

Il en va de même pour les tests de QI : la maîtrise du langage, des axiomes, des tenus pour acquis de la culture du test est une condition sine qua non à sa réussite. L’universalité de ces tests est complètement remise en question, ce qui diminue d’autant leur intérêt supposé. Une fois qu’on a dit ça, on se confronte en effet à un autre énorme problème. Où commence et où s’arrête cette culture ? Ne peut-on considérer que ceux qui réussissent le mieux ces tests ne sont pas forcément très intelligents mais correspondent juste parfaitement aux attendus culturels que ces tests sous-tendent ?

  1. C’est une instrumentalisation politique !

Le titre est évidemment un peu provoc’ mais il renvoie à une vérité historique méconnue. Profitant de ce que ces tests sont culturellement marqués alors qu’on les considérait comme universels, ils ont été très pratiques pour « classer » les immigrants d’Europe de l’Est sur le continent de l’oncle Sam, puis pour justifier les coupes dans les dépenses sociales, défavorisant de facto la population noire. Ils servaient ainsi le dessein suprématiste d’une « race blanche » et les délires eugénistes au détriment de tous ceux qui ne partageaient pas la même culture, la même langue et/ou les conditions socio-économiques. Les tests de QI ont donc servi des projets politiques évidents et il n’est pas interdit de penser que, sous des formes peut-être moins explicites, ils continuent de le faire aujourd’hui.

D’une certaine façon, les tests de QI sont, comme le décrivait Althusser pour l’Église et le système scolaire, un « appareil idéologique d’État », c’est-à-dire une institution qui inculque « des façons de voir » et s’assure de la reproduction des classes sociales dans les justes proportions (c’est-à-dire dans les proportions qui maintiennent tel quel le système). Ainsi, les riches occupent leur place de privilégiés non par effraction, mais de façon tout à fait légitime : elle leur est due par leur intelligence. C’est notamment ce qu’a pu révéler l’affaire du psychologue Birt en Grande-Bretagne.

Comme me le partageait un copain, directeur d’une salle de sport à Molenbeek : « Dans le Brabant Wallon, dès qu’un enfant bouge un peu, il est HP ! Chez nous à Molenbeek, c’est un hyperactif. Et on le drogue à la rilatine… » Le test de QI sert alors de caution scientifique, venant appuyer par les chiffres non pas une réalité objective, mais une projection bien utile au maintien d’un système de domination.

  1. Parfaitement solubles dans le capitalisme

En se focalisant sur certaines compétences logiques ou matricielles, sous le couperet d’un chronomètre, ils mettent en évidence des valeurs relatives à la performance, à l’optimisation du temps et de ses propres ressources, à l’efficacité, à la mise en concurrence par les chiffres, et à la réflexion intensive dans le strict périmètre de la norme attendue. De ce point de vue, les tests de QI servent parfaitement le capitalisme qui n’invite pas à penser hors de lui-même. Ils poussent à considérer l’Homme comme un être « rationnel », un homo economicus que pourtant la moindre décision émotionnelle suffit à contredire !

Les tests de QI renvoient au mythe de la quantification que l’on observe partout. Qu’importe si l’on fait dire ce qu’on veut aux chiffres, aux data, pourvu qu’on puisse réaliser de jolis graphiques que personne (ou presque) n’interrogera. Si les mots ont un poids et que les photos créent le choc, les chiffres, eux, cumulent ces deux pouvoirs – non contents d’être des symboles, ils deviennent des icônes. Ce qui passe à la trappe, ce faisant, c’est l’inventivité, la pensée hors des cadres, la créativité…

Le test de QI attend littéralement un certain type de réponse. Ce qu’il mesure n’est donc pas une réponse vraie à une question absolue, mais la réponse adéquate par rapport à ce que les autres répondent normalement. En réalité, ils sont tellement déconnectés du monde réel et de ses problèmes que ce que mesure vraiment ces tests de QI…c’est la capacité de quelqu’un à répondre à un test de QI ! Tautologie très éclairante.

  1. L’intelligence ? De la logique seulement.

Peu importe que la pensée humaine soit entièrement organisée autour des métaphores, qu’il soit impossible de réfléchir sans analogies, même au cœur de la physique fondamentale… Théorie des cordes ? Quelles cordes ? Qu’importe tout ça. Pour le test de QI, l’intelligence n’est pas analogique, elle est logique. Tout court. Et si votre logique n’est pas celle attendue par les suites de symboles à compléter, vous n’aurez pas l’occasion de vous exprimer à ce sujet. Autrement dit, les personnes qui initialement conçoivent le test de QI imposent leur logique au test et la prennent pour étalon.

On serait alors tenté d’intégrer d’autres compétences à ces fameux tests, histoire qu’ils ne soient pas le seul reflet de la focale mise sur la logique. Sauf que, ce faisant, on renforce d’autant le gap entre les différentes origines socio-économiques. Ajoutez, par exemple, des questions de vocabulaire et le gamin de Molenbeek qui ne parle même pas français à la maison s’en sortira particulièrement mal. Qu’importe d’ailleurs si lui est déjà bilingue à huit ans…contrairement à son homologue des banlieues bourgeoises.

  1. Suffit de s’entraîner !

Un des axiomes de Mensa, une organisation britannique dont les tentacules s’étendent sur toute la planète et qui organise des petites sauteries au sein de la communauté des QI supérieurs, considère que le QI est quelque chose d’inné. Pourquoi ? Parce que, comme précisé plus haut, il ne faudrait pas mélanger les torchons et les serviettes.

Or, on considère aujourd’hui en psychologie que le QI n’est que le « diagnostic passager de certaines fonctions cérébrales ». Si ce n’est qu’un diagnostic passager, on suppose aisément qu’il peut changer avec le temps. Selon que le cerveau est peu, moyennement ou beaucoup sollicité. Je repense à ces vidéos touchantes où Jacques Duez, prof de morale, interviewait ses élèves de primaire sur des questions philosophiques. Les retrouvant des années plus tard, on mesure combien avec le temps et l’usage, le cerveau pouvait s’être émancipé ou…rabougri.

D’ailleurs, on peut même s’améliorer ! S’entraîner ! Un ami me partageait récemment avoir été stressé à cause de ces fameux tests de matrices dans une procédure de recrutement. Il s’est donc préparé avec l’un de ces livres…qui lui a été tellement utile qu’il a, le jour J, eut le temps de vérifier toutes ses réponses. Deux fois. Jamais une caractéristique innée n’aura été si bien supportée par de l’acquis ! Et ce n’est pas tout : les résultats sont influencés par une série de facteurs externes, qui n’ont aucun rapport avec l’intelligence, comme le stress face aux examens, la fatigue, la capacité de concentration, la confiance en soi et l’estime de soi, etc.

  1. Oui, mais ça en aide certains…

Tout d’abord, on a parfaitement le droit de se sentir aidé par des choses irrationnelles. Je n’ai absolument rien contre les religions, l’astrologie, l’ésotérisme et que sais-je encore. Mais il ne faut pas non plus confondre la foi et la connaissance. Et on ne perd rien à « croire » en connaissance de cause !

Du reste, le test de QI peut très bien (enfin, très bien, toute proportion gardée et compte tenu des réserves formulées dans cet article) continuer à être un des outils utiles à des diagnostics, par exemple concernant les déficiences mentales. Ce qui était, d’ailleurs, son but lorsqu’Alfred Binet l’a conçu. Mais nous serons d’accord sur le fait qu’il y a une marge entre considérer le test de QI comme un des outils utiles au psychologue et le considérer comme l’étalon universel et incontesté de classement de l’intelligence au regard d’une population entière.

Enfin, si ça en aide certains, ça en détruit d’autres… Qui ne sera que « hyperactif » aux yeux de ses parents – sans la caution de la « surdouance », qui ne pourra « légitimer » son hypersensibilité, hyperactivité, hyper-ajoutez-n’importe-quoi-derrière avec une intelligence hors norme…

  1. Quelle définition de l’intelligence ?

En réalité, on est bien en peine de définir l’intelligence. Est-ce de la logique ? De la mémoire ? De l’adaptation ? Du raisonnement ? De la connaissance ? La capacité à articuler ces compétences entre elles ? Demandez-vous alors où réside la pertinence dans le fait de mesurer quelque chose qu’on ne connaît pas !

J’irai même plus loin : les tests dits « qualitatifs » sont tout aussi absurdes. Outre l’indigence de certaines de ces rencontres[2] – indigence laborieusement cachée derrière du vocabulaire aussi pompeux que celui de cet article -, ils cachent souvent un bon petit business des familles. Certes, là encore, la liste des critères qui feront de vous un bon HP en puissance n’est pas inutile – il se pourrait même que vous vous y retrouviez ici où là, mais ce genre de liste est, à l’instar de n’importe quel horoscope, bien trop soumis à l’effet barnum pour qu’on puisse y donner du crédit. Est HP, finalement, celui qui se reconnaît HP. Tautologie encore.

Mais du coup, refuser les catégories, n’est-ce pas se voiler la face ? N’est-ce pas nier qu’il existe des gens différents, éventuellement en souffrance ? Soyons clairs : reconnaître la réalité du racisme et la souffrance des minorités subissant les discriminations n’implique pas de reconnaître la légitimité du concept de race !

Il en va de même pour le QI. S’il est évident qu’il existe des intelligences multiples et complexes, des gens naturellement (très) curieux ou qui développent leur curiosité avec l’âge, des gens qui comprennent plus vite, qui retiennent mieux ou qui apportent des solutions innovantes à des problèmes anciens ; s’il est vrai que certains cumulent des caractéristiques comme celles-là, la réification de ces qualités par un test très contestable en une catégorie chiffrée supposant a priori ses propres frontières pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

On peut refuser cette facilité, le pouvoir trompeusement magique du « mot diagnostic » qui suffirait à tout expliquer ! On peut simplement rendre hommage à la complexité de l’humain et à la singularité des individus. Et si certains, se reconnaissant des caractéristiques communes, ont de quoi partager ensemble, c’est parfait. Mais cela ne devrait pas impliquer des classements qui font advenir le réel plus qu’ils n’en seraient la représentation.


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[1] Bon, je ne suis plus du tout certain de cette anecdote. Prenons-là comme une allégorie et n’en parlons plus !

[2] Pas d’autre choix ici que de me croire sur parole.

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Je ne suis pas un homme

Récemment, une vidéo d’Arrêts sur images avec Arnaud Gauthier-Fawas a fait scandale. On y voit l’administrateur de l’association inter-LGBT remettre coup sur coup en question l’identité de genre qu’on lui attribue et sa « race » (j’emploie ce mot non pas en validant des supposées différences raciales biologiques mais le fait que, concrètement, les gens agissent différemment selon qu’ils se trouvent face à une personne perçue comme « blanche », « noire », « d’origine », etc.). Le caractère péremptoire et condescendant de sa prise de parole l’a fait devenir un mème. Il a été raillé un peu partout sur le web, jetant un discrédit manifeste sur sa cause.

hommes

Des hommes, des vrais!

Cet événement est, me semble-t-il, très significatif dans un contexte plus général où l’on parle de plus en plus des différences entre sexes (celui que la nature nous attribue à la naissance), genre (le sexe auquel on s’identifie et qui peut être différent du premier) et orientation sexuelle (qui désigne l’attirance pour un des deux sexes). Mais aussi dans un contexte où, suite à l’affaire Weinstein entre autres, la voix féministe (comprenant des féminismes eux aussi différents et pouvant être en contradiction) est à nouveau plus audible, bien que souvent méprisée.

Le truc, c’est que ces deux causes, légitimes indépendamment l’une de l’autre, peuvent entrer en confrontation. Un simple exemple : militer pour la parité homme-femme dans une administration revient à « absolutiser » le sexe sans tenir compte de l’identité de genre… S’assurer qu’il existe des lieux où les femmes peuvent se retrouver sans craindre de harcèlement (comme des toilettes pour femmes, par exemple) revient à « exclure » les personnes non-binaires (qui ne se perçoivent ni homme ni femme). Même l’écriture inclusive porte en elle ce germe du conflit : combien de genres ne sont-ils pas exclus par « l’inclusion » du féminin qui, de facto, ôte au masculin son rôle, en français, de remplacer le neutre ?

D’autre part, en miroir, il y a toute une reconfiguration en train de se faire. La majorité de l’humanité continue de se reconnaître identitairement dans le sexe qui lui a été attribué à la naissance et se trouve être hétérosexuelle (que ce soit de façon « binaire » ou sur une « échelle de gradation » allant de l’hétérosexualité complète à l’homosexualité complète). Tous ces débats ont nécessairement un impact sur cette majorité qui ressent de l’empathie pour les combats féministes, se bat contre les harcèlements tout en reconnaissant le droit des transsexuels à ce qu’on ne les considère pas comme binaires, etc. En même temps, cette « majorité » se trouve aussi prisonnière de ses propres peurs : peur pour certains hommes de perdre leurs privilèges, peur pour certaines femmes de perdre l’image qu’on peut avoir de la féminité, de la séduction, de la galanterie… Comme toujours, une mise en question des tenus pour acquis, des conventions, mène à une reconfiguration dont on ne connaît pas l’issue. Reconnaître que ces normes sont des construits sociaux souligne à la fois leur importance mais aussi leur caractère falsifiable : on peut – on doit – être capable d’envisager leur remise en question.

L’erreur, à mon avis, serait de croire que la mise en question de ces normes et conventions n’est pas, elle aussi, un construit social. C’en est un ! Inévitablement ! Comme on l’a vu plus haut, bien qu’isolément légitimes, les revendications de certaines féministes et de certaines associations LGBT peuvent entrer en contradiction… Ce sont des construits sociaux, en train de se faire, qui, comme tous les construits sociaux, doivent pouvoir être mis en question. Autrement dit : remettre en question la remise en question…dans un genre de mise en abîme que j’affectionne. Et c’est là qu’intervient le débat de société. Pendant ce temps de reconfiguration, les tenus pour acquis ont explosé. C’est sans doute peu confortable, mais c’est aussi formidablement intéressant à observer.

Je terminerais en insistant sur un point qui me paraît toujours essentiel à sa propre échelle : d’après quelles valeurs suis-je en train d’observer une réalité ? Pour ma part, c’est la dimension égalitaire qui m’importe. Dans un débat, quel qu’il soit, j’aurai tendance à favoriser une position qui mène à plus d’égalité. Ainsi, quant à l’écriture inclusive, après l’avoir défendue et utilisée, je suis aujourd’hui en faveur de la création d’un genre neutre en langue française qui éviterait le caractère excluant de l’écriture inclusive telle que pratiquée maintenant. Mais là encore, c’est une réflexion en train de se faire, et il n’est pas dit que je n’aurai pas changé d’avis demain !

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Les robots ne prendront (malheureusement) pas notre travail

Dans un article récent paru dans La Libre, l’auteur s’étonne de ce que les robots et l’intelligence artificielle n’apparaissent pas dans les statistiques sur la productivité du travail. En effet, si les robots sont « partout » et le seront de plus en plus, il est logique de penser qu’ils remplaceront le travail humain. Or, si les robots remplacent le travail humain, ils devraient démultiplier la capacité de produire. Problème : la croissance de la productivité n’a jamais été aussi faible ! Paradoxe…

machine

Moulding machine in a marble yard in Long Island City

Deux interprétations « conventionnelles » sont possibles et développées dans l’article auquel je me réfère : soit les révolutions technologiques sont, en fait, « moins révolutionnaires que prévu » et que « les précédentes », soit elles « mettraient du temps à se traduire en gain de productivité ». Pas très convaincant tant les progrès de l’intelligence artificielle et de la robotique semblent énormes tout en se démocratisant.

Je vous propose une troisième lecture, qui ne contredit pas, par nature, ces deux premières explications mais, d’une certaine façon, les rend inopérantes.

Et si c’était tout autre chose ?

Tout d’abord faut-il se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « productivité ». La productivité répond à la question : à quel point un facteur de production doit-il contribuer au résultat final ? Par exemple, combien de voitures un ouvrier à temps plein est-il capable d’assembler en une journée ? On parle de gain de productivité quand la contribution diminue pour une production stable ou quand la production augmente pour une contribution stable. En clair : un gain de productivité, c’est arriver à faire plus avec moins.

Évidemment, elle se calcule par rapport à une date antérieure. Et, autre point important, la productivité est en lien avec la compétitivité, c’est-à-dire la capacité à être plus productif que son voisin… C’est là que se pose une question absolument essentielle, même si elle est contre-intuitive : les acteurs économiques ont-ils intérêt à augmenter la productivité ? Ma réponse qui, je le concède, est iconoclaste, est de dire : « non, ils n’ont pas intérêt ! »

Alors quoi ?

En fait, les acteurs économiques ont intérêt à augmenter la compétitivité. C’est-à-dire à être plus productif que leur voisin. La nuance est subtile, mais elle est importante. Il s’agit moins d’être productif dans l’absolu que d’être productif si le concurrent l’est moins que nous.

Le problème, c’est que sur l’ensemble des marchés, les acteurs économiques n’ont pas intérêt à être plus productifs : car un gain de productivité grâce aux robots mène à des licenciements. (Je parle donc bien de l’ensemble des marchés : sur un marché en particulier, on assiste régulièrement à des licenciements qui sont toujours reçus comme d’excellentes nouvelles par les actionnaires parce que les licenciements supposent plus de profits.) L’ensemble des licenciements mènent à une perte généralisée du pouvoir d’achat de consommateurs qui n’ont plus les moyens d’acheter ce que les robots ont produit. Arrive un moment où même la pub, les Black Friday, les crédits à la consommation et j’en passe n’arrivent plus à faire acheter des gens qui n’en ont plus les moyens. Il en résulte des crises de surproduction : il y a beaucoup trop de produits par rapport à la demande.

Soyons clairs : énormément de jobs aujourd’hui pourraient déjà être remplacés par des robots, avec une explosion de la fameuse « productivité ». S’ils ne le sont pas, c’est parce que personne n’y gagnerait. En fait, on remplace les humains par des robots qu’à des « moments précis » où, précisément, la surproduction ne guette pas, comme on le voit dans cet article à propos d’Amazon.

D’accord, mais comment être plus compétitif ?

Dans un système capitaliste, ce qui permet d’être à la fois productif, à la fois compétitif (donc faire plus de profit que l’autre)…c’est le travail humain, pas les robots ! Et voilà pourquoi les robots ne remplaceront jamais les humains. Ou, si cela arrive, c’est qu’on ne sera plus dans un système capitaliste. Je m’explique.

Le travail humain est le seul travail que l’on peut « exploiter », le seul travail dont on puisse tirer une « plus-value ». En effet, on ne peut « exploiter » une machine : la machine ne fera jamais que ce qu’on lui demande. Si deux entreprises utilisent les mêmes machines, toutes autres variables étant égales par ailleurs (taille de l’entreprise, stratégies marketing, compétences des dirigeants, etc.), elles produiront rigoureusement la même chose. C’est très différent pour le travail humain. D’abord, en une journée de travail, un ouvrier produit plus que ce qui est nécessaire à la reproduction de sa force de travail. Autrement dit, il produit plus que son salaire qui doit lui permettre de se loger, se nourrir, se soigner, etc. Cet excédent, c’est la plus-value. Le profit du patron se trouve là. Ensuite, on peut toujours « mieux exploiter » que son voisin : moins de « charges » sociales, augmentation des cadences, de la durée de travail, baisses de salaires, délocalisation, droit du travail rogné, etc.

Vous aurez d’ailleurs remarqué que si la présence des robots ne se généralise pas, l’exploitation des travailleurs, elle, se généralise bien. Depuis la fin des trente glorieuses, dont les raisons sont à trouver dans la reconstruction après la deuxième guerre mondiale et dans la crainte occidentale du communisme, ce n’est qu’une longue liste de droits sociaux qui vont en s’amenuisant. Le dernier acquis social ? Les 35 heures en France en…1998 ! Soit il y a 20 ans !

Conclusions

Chaque acteur économique, dans son coin, est tenté par l’usage de robots. En effet, l’avantage concurrentiel à très court terme est évident : je produis plus et moins cher, donc je peux vendre plus, je fais plus de profits et je gagne la guerre économique. Sauf qu’un acteur économique n’est jamais dans son coin : tous font pareil, plus ou moins en même temps, et se tirent collectivement une balle dans le pied. Collectivement, les (gros) acteurs économiques savent qu’il leur faut garder du travail humain pour continuer à faire du profit.

Ajoutons que seuls les très gros acteurs économiques ont les moyens de remplacer la main d’œuvre par des robots. La tendance aux monopoles fait que ces acteurs sont déjà très peu nombreux sur chaque marché. Chaque mois, de nouvelles affaires concernant des « ententes » entre les grandes entreprises sortent dans les médias. On peut imaginer aisément que les ententes ne concernent pas seulement les prix mais aussi des stratégies comme celle-ci. Il vaut mieux collectivement faire un peu moins de profit à court terme, que foncer tête baissée tout seul dans une course qui mène tout le monde à sa fin ! Même le pire capitaliste sait se montrer solidaire (avec les autres capitalistes) quand il le faut !

La notion de profit est essentielle car sans nécessité de profits, nécessité de plus-values, nous pourrions déléguer aux machines beaucoup de ces tâches et travailler moins pour…vivre un peu plus.

 

 

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Vendre son pétrole en Yuans

Vendre le pétrole en Yuans et en assurer la convertibilité en or. Cet événement vous paraît anodin? Dites-vous qu’il annonce les plus grands bouleversements géopolitiques depuis un siècle. Espérons que l’animal blessé – les USA – ne s’accrochera pas à ses privilèges par la voie militaire (comme ils l’ont toujours fait) et que l’avènement d’un monde multipolaire se fera dans le respect de la souveraineté des peuples avec une émancipation qui se généraliserait. Restons attentifs, aussi, au système économique qui soutiendra ces changements. Aucune raison d’être optimiste sur ces différents points (notamment avec un risque de conflits mineurs exacerbés), mais aucune raison non plus, pour une fois, d’être plus pessimiste que ce que le contexte actuel nous incite à être.

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Raphaël, le chanteur

Résumons. Le chanteur Raphaël avait subi un « bad buzz » il y a quelques années, à cause d’une chanson, « Le patriote », dans laquelle il écrivait entre autres – avec courage ou naïveté – ceci : 
« Les étrangers, ça va dans des camps
On va quand même pas sauver le monde
Et mes Santiago dans tes dents
C’est toujours mieux que d’te répondre »
C’est aussi une chanson où, dans le désordre, il fustige les « chanteurs avec quotas » (parmi lesquels ironiquement il se compte), se propose de « siffler la Marseillaise avec les beurs », et critique ouvertement « le bon peuple et son président ». 
Sauf que, diversement appréciée (tu m’étonnes, n’avait-il pas vu ce qui était arrivé à ridan?), cette chanson a fait revenir notre cher Raphaël à des considérations beaucoup plus sages. À un point carrément croquignolesque lorsqu’il affirme ce samedi à « On n’est pas couché » (vers 7’20) avoir voté pour la première fois pour la présidentielle. Son candidat? Macron au premier tour. Macron au second tour. Le plus amusant étant qu’il croit bon de préciser spontanément l’avoir fait « par conviction ». 
Il vote Macron « par conviction ». Le même Macron qui se moquait ouvertement, il y a quelques semaines, des migrants comoriens. On estime à 50.000 le nombre de morts ayant tenté cette traversée depuis 1995, soit seize fois les victimes du 11 septembre! Un chiffre faisant dire au gouverneur d’Anjouan qu’ils ont la réputation d’avoir « le plus grand cimetière marin du monde ». 
Un retournement de veste plutôt hallucinant. Le pire, c’est que les raisons de ce retournement étaient déjà inscrites dans sa fameuse chanson « Le Patriote » dans laquelle il explique que « s’il n’avait pas sa carte de lâche », il leur foutrait son « pied dans les dents », mais que « si tu rentres pas dans la file, tu finis bien vite aux arrêts ». Bon ben apparemment, il a toujours sa carte de lâche et ce qui est sûr aussi, c’est qu’il est bien vite rentré dans la file. Sans complexe. Tu sais quoi, Raphaël? Si la France, parfois « ça t’déprime », comme tu dis, moi c’est des vendus comme toi qui me dépriment…
Sources :
Pour rappel, la chanson : https://www.youtube.com/watch?v=p-xLOxudtrM
Le grand moment où Raphaël explique avoir voté Macron : https://www.youtube.com/watch?v=5QRUMlPkJyY&
Les chiffres sur les Comores : http://www.slateafrique.com/623667/comores-mayotte-migrants

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Une interview impossible sur la Corée du Nord

– Alors, M. L’expert X, qu’est-ce que les Nations unies vont faire contre cette nouvelle provocation de la Corée du Nord?

– La menacer militairement et augmenter les sanctions économiques!

– Ah oui! Logique, je suppose que ça a été utile de telles mesures par le passé?

– En fait, pas vraiment.

– C’est-à-dire?

– Hé bien, les menaces militaires n’ont fait que renforcer Pyongyang dans sa conviction qu’il était en danger…

– Et les sanctions économiques?

– Elles affament le peuple.

– Donc, ça ne va rien changer?

– Ah si!

– Comment ça?

– Ça risque d’être encore pire.

– Il y aurait d’autres solutions?

– La voie diplomatique. Parler, même en secret. Arriver à un accord où chacun peut démontrer qu’il a gagné – comme les Belges font à chaque création de gouvernement​, quoi. Et puis, la fin des embargos et le respect de la souveraineté des États.

– Ils n’ont même pas essayé ça?

– Non, même pas.

– Mais si on laisse les Nord-coréens seuls, c’est de la non-assistance à personne en danger?

– Peut-être. Mais ces sanctions font encore pire, elles mettent en danger directement. Et puis, personne ici n’a prétendu que c’était pour le peuple qu’il y avait toute cette surenchère.

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