Message aux lecteurs

Bienvenue sur le radis!

« L’économie politique à la racine, même si ça pique. »

Bon, ça y est. Il y a tout juste une semaine, je vous demandais une idée pour le nom d’un blog. J’ai dû faire un choix parmi toutes les propositions que vous avez soumises – et j’ai bien ri. Vous allez me dire : « Ouais, enfin, tu n’as pas du tout tenu compte de notre avis ». Et je vous répondrai : « Faux! » Ça m’a permis d’évaluer votre perspective sur mes posts : ancrés dans une pensée de gauche, très critique. J’ai aussi pu mesurer – ou pressentir – les attentes.

Bref, je suis super heureux de vous présenter finalement « le radis ». Une sympathique racine, un peu piquante, qui renvoie à l’idée que je me fais de l’analyse médiatique et du traitement de l’actualité économique et politique : nécessité de pousser la déconstruction des phénomènes jusqu’à leurs structures, leurs « racines », même si ce n’est pas « amusant » – même si « ça pique ».

Pour l’instant, je n’ai eu le temps d’archiver que quelques-uns de mes précédents textes. Je vais mettre tout ça à jour petit à petit.

Parmi les grandes catégories du blog :

Analyses : de courts articles analysant une actualité. C’est un travail strictement journalistique de déconstruction, de vulgarisation.
Pensées en passant : très courts aphorismes en réaction à un événement d’actualité, sur tous les sujets de société, économique et politique.
Réactions : des posts en réaction à des articles parus dans la presse, soit pour les déconstruire, soit pour en donner une autre perspective, soit pour les compléter.
Revues de presse : des articles moins articulés, sous forme de listes, des événements de la semaine marquants, essentiellement dans les domaines économique et politique.

radisradisY’a tout un tas de remerciements à faire à ce stade. D’abord, merci à vous qui lisez ce que j’écris, qui m’en parlez quand on se voit, qui réagissez en ligne ou hors ligne pour dire vos accords, vos désaccords. J’en profite aussi pour remercier Inês Monteiro pour le logo (qui claque). Merci enfin à ceux qui vont rejoindre le blog et, j’espère, en devenir lecteurs.

À très vite pour la prochaine #4 revue de presse.

Emmanuel

 

Par défaut
Pensées en passant

La visibilité d’un crime…

hidden

Voleur planqué dans la fournaise

…est plus importante que sa (dé)mesure. On ne vous reprochera jamais un crime dont on ne sait pas que vous l’avez commis. C’est la raison pour laquelle n’importe quel pouvoir, politique et/ou économique, cherchera à maîtriser les médias : avoir le contrôle sur ce qui est visible ou non garantit de conserver l’assentiment de son peuple et d’exhorter à la détestation d’un autre.

Par défaut
Revues de presse

#2 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi ?
Are you ready?

Fusions, acquisitions, vente de départements :
Comme vous commencez à le comprendre, je me concentre sur les fusions qui illustrent l’imposture d’une « concurrence libre et non faussée ». En effet, si les organisations fusionnent, elles tendent vers des quasi-monopoles.
– L’État français vend sa participation dans Renault
– PSA (Peugeot Citroën) acquiert les activités financières d’Opel (oui, parce qu’au cas où vous l’ignoriez, sachez que la plupart des grosses entreprises disposent maintenant de leur propre banque ! Pratique ! Je devrais faire pareil pour financer ma vie perso…)
– Airbus rachète une majorité d’actions Bombardier. Y’avait trop de constructeurs d’avion de toute façon… Ou pas ?
– Bics (Proximus) rachète Telesign pour devenir la première plateforme mondiale de ce type – notez bien la fierté qui couve derrière l’adjectif « première » ; vive la concu…heu, non, en fait non.
– Novartis, le groupe pharma suisse, rachète Advanced Accelerator Applications pour « renforcer » sa position dans l’oncologie. C’est au service de la science, rassurez-vous.
– Brussels Airlines reprend les activités de Thomas Cook airlines. Clap de fin, dernier vol. Le mécanisme est le suivant : une organisation diversifie ses activités pour groooooossir, et quand elle est bien grosse, elle revend ses départements pour éliminer la concurrence. Élémentaire.
– Départ du patron de Deutsche Börse pour délit d’initié. Admirez la pratique : le bonhomme négociait une fusion dont il savait qu’elle allait faire bondir l’action de sa société de trading. Juste avant la signature, il achète un paquet d’actions à bas prix et s’attend à une plus-value à faire pâlir d’envie George Soros. Au final, il est pris la main dans le sac. Les montants sont tellement élevés que les tribunaux allemands lui refusent même une transaction financière « à l’amiable ».
– D’Ieteren rachète Maisoning via Belron (Carglass). Ça, c’est le genre de montage de société comme seuls les latinistes peuvent les comprendre. De tels enchâssements, ça s’invente pas. Bref, après les cahiers Moleskine, le distributeur belge de berlines allemandes continue de se « diversifier ». Pour quoi ? Pour grooooooossir. Et ensuite ? Dégrossir ! Supprimer la concurrence, le trop-plein de personnel et continuer de voir son action grimper aux sommets.
– AB Inbev n’a jamais été aussi haut. Le groupe brassicole « belgo-brésilien » – enfin, la dualité s’annule si l’on considère l’origine sociale très homogène des actionnaires – profite des retombées de sa fusion passée avec SabMiller. C’est un monopole de fait. Mais je suis sûr qu’ils le regrettent. Au fond, ils doivent aimer la concurrence, non ? C’est ce qu’ils prêchent pourtant.
– Engie veut vendre sa division « gaz » à Total. Et voilà, là c’est la phase « dégrossir » pour supprimer les « doublons concurrentiels ».
– Lancement d’Orange Bank. Encore un pur exemple de « diversification » sauvage. Ce ne sont même pas de nouveaux petits acteurs qui entrent sur des marchés, mais de gros acteurs d’autres marchés…
– Bpost, une entreprise sans concurrence ? Vous vous dites : il ne va quand même pas critiquer une entreprise d’État ? Eh bien si ! Une entreprise d’État qui joue le jeu capitaliste en s’efforçant de dégager des bénéfices dans un marché libéralisé agit comme n’importe quelle société capitaliste essayant de supprimer la concurrence. C’est pas joli joli.
– Ryanair a annoncé des résultats fringants en dépit des casseroles accrochées à ses avions ces derniers mois. On pourra continuer à me parler « d’image d’entreprise », ça ne vaut rien comme analyse tant qu’on ne considère pas les données chiffrées qui, seules, ont un impact sur la vie des organisations.
– HSBC multiplie par cinq son bénéfice de ce trimestre. Ah, il est loin le scandale SwissLeaks et la fraude fiscale à 180 milliards d’euros ! Quand je vous disais que seuls les résultats comptent. Puis si l’argent n’a pas d’odeur, il a encore moins de mémoire.
– Les USA ont décrété un embargo contre 39 sociétés russes. On me dit que c’est pour des raisons de « démocratie ». Ouf, pas de quoi s’emballer du coup.
– Il y a eu la fameuse directive sur le travail détaché dont j’ai eu l’occasion de faire une analyse plus détaillée dans un post précédent.
– Yamaha va se mettre à l’automobile. Encore un magnifique exemple de « diversification ».
– Amazon doit rembourser 250 millions d’€ au Luxembourg. Mais ils n’en feront rien évidemment parce que le pays ne leur réclamera rien. Comme l’Irlande n’a toujours rien réclamé à Apple. Alors, qui dirige ? La politique ou les grosses entreprises ? Je vous laisse répondre à cette question tout rhétorique.

Au chapitre des licenciements, luttes sociales, etc.
– Le groupe Nordea a annoncé la suppression de 6000 emplois
– 1000 emplois créés à Zaventem et 300 prévus à Liège Airport. Une bonne nouvelle, non ? Alors, demandons-nous de quels emplois il s’agit : qualifiés, non-qualifiés, très qualifiés ? Tadam, roulements de tambour…pas qualifiés du tout m’sieurs dames ! Les emplois « ventre mou » de la classe moyenne vont en s’amenuisant, et ce n’est pas les succès de l’intelligence artificielle qui vont améliorer les choses
– Suite au cataclysme social horrible de Caterpillar, sachez que l’action du constructeur d’engins de chantier se porte à merveille. Elle décolle, une vraie fusée. Sur le dos de qui à votre avis ?

Quelques divers, rapidement…
– AIG, l’assureur, annonce des pertes énormes à cause des ouragans. Bah oui, à force de jouer avec le feu de l’environnement, les grosses entreprises vont commencer à récolter la tempête dont elles ont semé le vent
– Le Bitcoin a battu un nouveau record, passant la barre des 7000$. Sachant qu’il ne valait que quelques cents à sa création. Ah, il est loin le temps de la convertibilité de la monnaie en or ! Ah, il est loin le temps où la monnaie n’était qu’un outil universel rendant possible des transactions qui ne l’auraient pas été avec le simple troc. Combien de geeks milliardaires grâce à ça ?
– En parlant de convertibilité d’une monnaie en or, j’avais analysé l’annonce super importante des prochains contrats de la Chine en Yuans pour les achats/vente de pétrole. Ce qui risque de changer la face du monde.
– Sinon, sachez que la commission européenne souhaite prolonger pour cinq à sept ans l’autorisation du glyphosate cancérigène. Bah oui, la substance était indiquée sans danger par un rapport de l’UE, copié-collé d’une étude des lobbyistes de Monsanto qui avaient eux-mêmes gardés secrets leurs propres conclusions indiquant l’effective dangerosité dudit produit. Quel merdier.

Allez, c’est tout pour aujourd’hui. Je retourne jouer au billard. Pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici, il y a toujours ma petite analyse de la future création d’une nouvelle raffinerie de sucre à Seneffe. Si vous avez envie de comprendre la fameuse PAC de l’UE.

Par défaut
Réactions

Vendre son pétrole en Yuans

Vendre le pétrole en Yuans et en assurer la convertibilité en or. Cet événement vous paraît anodin? Dites-vous qu’il annonce les plus grands bouleversements géopolitiques depuis un siècle. Espérons que l’animal blessé – les USA – ne s’accrochera pas à ses privilèges par la voie militaire (comme ils l’ont toujours fait) et que l’avènement d’un monde multipolaire se fera dans le respect de la souveraineté des peuples avec une émancipation qui se généraliserait. Restons attentifs, aussi, au système économique qui soutiendra ces changements. Aucune raison d’être optimiste sur ces différents points (notamment avec un risque de conflits mineurs exacerbés), mais aucune raison non plus, pour une fois, d’être plus pessimiste que ce que le contexte actuel nous incite à être.

Réaction à cet article

Par défaut
Analyses

Les dirigeants : pourquoi de tels salaires?

Je me suis posé une question très naïve : pourquoi les dirigeants de grandes entreprises ont-ils des salaires aussi élevés? Les deux réponses habituelles ne me convenaient pas.

Une réponse typique, disons « de droite », consiste à dire que ces dirigeants ont d’énormes responsabilités, ils peuvent être révoqués, c’est grâce à eux et leur stratégie que l’entreprise fait du bénéfice, etc. Oui, ok, mais cela justifie-t-il des salaires AUSSI élevés, des parachutes dorés même s’ils se plantent, etc.? Je pense que non.

Une réponse typique, disons « de gauche », consiste à dire que ces dirigeants se gavent sur le dos des travailleurs exploités et qu’ils n’ont aucune raison – sinon l’indécence – à agir de la sorte. C’est une réponse un peu « psychologisante » dont une perspective « matérialiste » (au sens de Marx) ne peut se satisfaire. Peut-être sont-ils indécents, mais cela comporte malgré tout une incohérence strictement économique :

Sans entrer dans le détail des différents statuts des dirigeants (qui peuvent aussi être associés ou être rémunérés avec des stock-options, etc.), on comprend vite qu’un salaire élevé a un impact sur le bénéfice de l’entreprise. Or, celle-ci est censée maximiser ses profits – raison pour laquelle elle cherche à raboter tous ses coûts dont les salaires des employés… Pourquoi pas, alors, le salaire des dirigeants?

Je vous propose l’explication suivante.

Marx, et à sa suite Friedmann, ont dénoncé la « division du travail » (voulue par Taylor), c’est-à-dire ne faire faire aux ouvriers que de petits gestes répétitifs pour gagner en temps et donc en productivité. Une façon de faire qui a plusieurs conséquences dont le fait que les ouvriers sont aisément remplaçables : leurs compétences importent peu (il ne faut pas être bac+10 pour tourner toujours le même écrou). La « dépossession » de son travail, Marx l’a appelée « aliénation ».

Pour un dirigeant d’entreprise, c’est très différent. Le dirigeant a une mission de gérance, doit mettre en place une stratégie, il doit avoir « du génie », être un « artiste de l’exploitation ». À ce jeu, il y en a de meilleurs (que les grandes entreprises s’arrachent) et de moins bons. Et pour les meilleurs, on sait qu’il est rentable de mettre le prix.

Le boulot propre à celui qui aliène les autres est, par nature, tout sauf aliénant (si on met l’éthique de côté). Pas étonnant que ceux-là persistent à encourager la « valeur travail »…

Par défaut