Revues de presse

#3 Revue de presse

press

Dinner for visiting members of the governing board of the international league of press clubs [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL)

Et la semaine dernière, il s’est passé quoi ? Vu le nombre d’infos, je fais cette revue de presse un peu plus tôt (et vive les trains!).

Une fois n’est pas coutume, on commence par les « divers »
– Parce que, quand même, sont sortis les « Paradise papers ». Bono, le sponsor d’Anderlecht, Bernard Arnault, l’État belge, Apple, Nike… C’est l’arche de Noé, quoi. Bon, on va être honnête, ça n’étonne plus personne. Comme je le disais la semaine passée avec les résultats virevoltants d’HSBC, c’est que finalement tout le monde s’en fout, si pas tout de suite, au moins plus tard ! Même Me Michel Claise rappelait cette semaine combien aucun effort n’est mis dans la lutte contre la fraude fiscale. Mon souhait n’est pas tellement la mise en lumière d’une fraude, ici ou là, d’un cas limite « légal mais peu éthique ». Mon souhait, et j’insiste là-dessus, c’est qu’on prenne bien conscience de ce qui pousse ces gens-là à mettre leur pognon à l’abri. Et c’est moins la cupidité que l’absolue nécessité de faire du profit. Pour sa propre survie. C’est parce qu’il y a nécessité de maximiser les profits qu’il y a de la fraude. Et pas l’inverse.
– Il n’y aura plus de combustibles fossiles dans les investissements dits « durables » de la KBC. Comprenez bien que la véritable info, c’est de se dire que cette banque trouvait jusqu’ici « durable » d’aller (é)puiser des ressources plus que jamais limitées et ultra-polluantes sous nos pattes !
– L’Iphone X est sorti. Le genre d’info (de pub ?) qui ne m’intéresse aucunement. Sauf que. Un article de La Libre avance qu’Apple débourse 319€ pour chaque appareil qu’il vend à 860€. Soit 170% au-dessus du coût de revient. C’est ce qui s’appelle la « plus-value ». C’est ce qui est directement VOLÉ aux travailleurs d’Apple qui se tuent littéralement, par exemple dans les usines de Foxconn. (Et, ne vous emballez pas, c’est pareil pour Samsung et les autres, je ne suis pas raciste).
– Boeing vend 300 avions à la Chine. Voilà qui donne une idée de la relation amour/haine entre les deux pays, sur fond de Petroyuans… Ce genre de dépendance économique explique à elle seule pourquoi l’oncle Sam n’a pas (encore) été y larguer quelques-unes de ses merveilles technologiques par colis radiocommandé.
– Luc Partoune, directeur général de Liège Airport, avait annoncé qu’il voulait réduire son salaire annuel (passant de 424.000€/an à 310.00€/an à peine). Eh bien, finalement, il ne le fera PAS. Ah la bonne blague ! Quel farceur ce Partoune ! (Juste pour info, il sera quand même un jour obligé de le faire, obligation du décret wallon de 2016 mais entre-temps la majorité politique a changé. Oui, parce que, c’est de l’argent public tout ça. Votre argent. Le mien !)
– Le chiffre d’affaires de Bpost croît (croaaa) de 20% ce trimestre. Dans un contexte où l’entreprise avait annoncé le rachat de Radial (ceci expliquant sans doute cela), où en août, elle avait pris des mesures de « réduction des coûts », où elle a annoncé il y a peu la fin de l’universalité de la délivrance du courrier, où on l’accuse (à juste titre) de profiter de sa position dominante, etc.
– Toujours dans la saison des résultats des entreprises, après Bpost et Ryanair la semaine passée, c’est Ahold Delhaize qui annonce une hausse indécente. Indécente dans le contexte de licenciements et de fusion des années passées, bien entendu. C’est peut-être ça le pire : on éprouve quelque difficulté à reprocher à ces entreprises des mesures antisociales qui, de facto, leur fait effectivement faire du profit.
– On annonçait dans la presse la semaine passée une baisse continuelle du taux de chômage. Quelle belle nouvelle ! La même presse qui s’efforçait de passer sous silence une hausse de +8.4% (par rapport à 2016) des bénéficiaires du CPAS. Alors, à votre avis, simple corrélation ou rapport de causalité ?!
– Le gouvernement catalan dans les bras de la NVA. Ça se passe de commentaires. Je rappelle quand même que le principe d’autodétermination des peuples vaut a priori pour les populations menacées, hein, pas les riches qui veulent garder leur pognon pour eux en désactivant les mécanismes de solidarité.
– La place boursière de New-York fait les yeux doux à Aramco (compagnie pétrolière d’Arabie saoudite) pour que celle-ci fasse son entrée en bourse chez eux. Dans un contexte où la Chine s’apprête à échanger son pétrole en Yuans, on comprend l’empressement des USA… Et les droits humains chez les Saoudiens, on en parle ? Non, bien sûr que non.
– Dans un contexte où des migrants fuient la (nos) guerre(s) au Moyen-Orient et où même une tente Décathlon semble être trop de luxe aux yeux de notre Police, sachez que pour d’autres la citoyenneté s’achète comme un pain au chocolat : pour peu que vous ayez suffisamment d’argent, vous pourriez devenir Portugais, Maltais, Espagnol, Letton ou Bulgare. De quoi ils se plaignent ces Syriens, voilà leur solution.

Fusion/acquisition/concurrence/etc.
– Barefoot et CO.Builders fusionnent. Zavez remarqué comme il est maintenant tenu pour acquis qu’une « start-up » a pour seule vocation de « starter » et jamais de grandir toute seule ? Comme il est acquis qu’elle fusionnera, sera rachetée par plus gros et finira, si tout se passe bien, dans le giron d’un des GAFAM ?
– Les travailleurs belges sont les plus « productifs » après les Suisses (ou pourrait traduire par « les mieux exploités », mais ce serait réducteur, n’est-ce pas ?) mais, par contre, le cabinet PwC (le genre de cabinets très sensibles au respect des droits des travailleurs, hum) nous dit que, patatras, malgré cela, les patrons en « tirent » (c’est le terme employé) un mauvais « retour sur investissement ». Pourquoi ? « Trop de charges ». Les « charges », c’est la fameuse participation des entreprises à la solidarité entre tous. Moi, j’appelle ça un « revenu indirect ». Les patrons, on les entend moins râler sur les charges quand leur burn-out les cloue à la maison et que c’est remboursé par tata mutuelle. Y’aurait presque de quoi se fâcher…
– Prise de participation de Softbank – un fond d’investissement – dans Uber, prémisses d’une entrée en bourse pour la firme de ladite économie « collaborative » (lol, comme on disait dans les années 2000…)
– Proofpoint acquiert Cloudmark. Ça ne vous dit sans doute rien mais ça représente un accord à 110 millions de $…
– Broadcom veut acquérir Qualcomm (fournisseur d’Apple, qui est en train d’acheter NXP). Un mariage qui pèse…130 MILLIARDS de $. Vous voyez cette image d’un requin la gueule ouverte s’apprêtant à ingurgiter un gros poisson lui-même, bouche béante, se précipitant sur un plus petit ? Oui ? Voilà, vous y êtes, bienvenue dans notre monde économique.
– Telenet rachète Nextel dans un souci de « soutenir sa croissance ». Élémentaire.

Licenciements collectifs/recrutement/etc.
– Opel sort son plan « choc ». Réduction de « coûts » (n’oubliez pas qu’un travailleur, c’est soit une « ressource » – à exploiter donc, comme dans « ressource humaine »-, soit un « coût » -au mieux à éliminer, au pire à limiter), économie d’échelle (mise en commun de plateformes, donc licenciements aussi). Pas encore d’annonces sur le « combien ». On reste attentif. Mais déjà 400 postes en moins chez Vauxhall. Pour rappel, début juillet, l’UE avait donné son feu vert à l’acquisition d’Opel par PSA (Peugeot-Citroën) qui a déjà repris les activités financières du constructeur allemand la semaine passée. Et comme vous le savez tous maintenant : fusion hier égale licenciements demain…
– Licenciement collectif pour les tapis Balta, peu de temps après leur entrée en bourse. 200 personnes à la trappe. Procédure Renault activée. Comme souvent, les « efforts consentis » par les employés avant l’entrée en bourse n’y ont rien changé. (Sans blague… ?)
– Burger King engage 100 personnes à Liège. Chouette, des emplois qualifiés, qui rendent compte des compétences du travailleur wallon et pas des jobs sous-payés qui rendent bêtes dans des chaînes de fast-food étatsuniens… Wait, what ?!

Pendant ce temps, la Belgique envoie des troupes supplémentaires dans cette belle démocratie créée par l’Otan : l’Afghanistan. Ah, heureusement qu’on y est ! La très objective agence Fitch abaisse la note du Venezuela à « C » et le Nutella a encore plus de sucre.

Bonne nouvelle semaine à tous !

Références image :

Rare Book Division, The New York Public Library. (1891). DINNER FOR VISITING MEMBERS OF THE GOVERNING BOARD OF THE INTERNATIONAL LEAGUE OF PRESS CLUBS [held by] NEW YORK PRESS [at] « HOTEL MARLBOROUGH, NEW YORK » (HOTEL) Retrieved from http://digitalcollections.nypl.org/items/510d47db-21cf-a3d9-e040-e00a18064a99

Par défaut
Revues de presse

#2 Revue de presse

Et les deux dernières semaines, il s’est passé quoi ?
Are you ready?

Fusions, acquisitions, vente de départements :
Comme vous commencez à le comprendre, je me concentre sur les fusions qui illustrent l’imposture d’une « concurrence libre et non faussée ». En effet, si les organisations fusionnent, elles tendent vers des quasi-monopoles.
– L’État français vend sa participation dans Renault
– PSA (Peugeot Citroën) acquiert les activités financières d’Opel (oui, parce qu’au cas où vous l’ignoriez, sachez que la plupart des grosses entreprises disposent maintenant de leur propre banque ! Pratique ! Je devrais faire pareil pour financer ma vie perso…)
– Airbus rachète une majorité d’actions Bombardier. Y’avait trop de constructeurs d’avion de toute façon… Ou pas ?
– Bics (Proximus) rachète Telesign pour devenir la première plateforme mondiale de ce type – notez bien la fierté qui couve derrière l’adjectif « première » ; vive la concu…heu, non, en fait non.
– Novartis, le groupe pharma suisse, rachète Advanced Accelerator Applications pour « renforcer » sa position dans l’oncologie. C’est au service de la science, rassurez-vous.
– Brussels Airlines reprend les activités de Thomas Cook airlines. Clap de fin, dernier vol. Le mécanisme est le suivant : une organisation diversifie ses activités pour groooooossir, et quand elle est bien grosse, elle revend ses départements pour éliminer la concurrence. Élémentaire.
– Départ du patron de Deutsche Börse pour délit d’initié. Admirez la pratique : le bonhomme négociait une fusion dont il savait qu’elle allait faire bondir l’action de sa société de trading. Juste avant la signature, il achète un paquet d’actions à bas prix et s’attend à une plus-value à faire pâlir d’envie George Soros. Au final, il est pris la main dans le sac. Les montants sont tellement élevés que les tribunaux allemands lui refusent même une transaction financière « à l’amiable ».
– D’Ieteren rachète Maisoning via Belron (Carglass). Ça, c’est le genre de montage de société comme seuls les latinistes peuvent les comprendre. De tels enchâssements, ça s’invente pas. Bref, après les cahiers Moleskine, le distributeur belge de berlines allemandes continue de se « diversifier ». Pour quoi ? Pour grooooooossir. Et ensuite ? Dégrossir ! Supprimer la concurrence, le trop-plein de personnel et continuer de voir son action grimper aux sommets.
– AB Inbev n’a jamais été aussi haut. Le groupe brassicole « belgo-brésilien » – enfin, la dualité s’annule si l’on considère l’origine sociale très homogène des actionnaires – profite des retombées de sa fusion passée avec SabMiller. C’est un monopole de fait. Mais je suis sûr qu’ils le regrettent. Au fond, ils doivent aimer la concurrence, non ? C’est ce qu’ils prêchent pourtant.
– Engie veut vendre sa division « gaz » à Total. Et voilà, là c’est la phase « dégrossir » pour supprimer les « doublons concurrentiels ».
– Lancement d’Orange Bank. Encore un pur exemple de « diversification » sauvage. Ce ne sont même pas de nouveaux petits acteurs qui entrent sur des marchés, mais de gros acteurs d’autres marchés…
– Bpost, une entreprise sans concurrence ? Vous vous dites : il ne va quand même pas critiquer une entreprise d’État ? Eh bien si ! Une entreprise d’État qui joue le jeu capitaliste en s’efforçant de dégager des bénéfices dans un marché libéralisé agit comme n’importe quelle société capitaliste essayant de supprimer la concurrence. C’est pas joli joli.
– Ryanair a annoncé des résultats fringants en dépit des casseroles accrochées à ses avions ces derniers mois. On pourra continuer à me parler « d’image d’entreprise », ça ne vaut rien comme analyse tant qu’on ne considère pas les données chiffrées qui, seules, ont un impact sur la vie des organisations.
– HSBC multiplie par cinq son bénéfice de ce trimestre. Ah, il est loin le scandale SwissLeaks et la fraude fiscale à 180 milliards d’euros ! Quand je vous disais que seuls les résultats comptent. Puis si l’argent n’a pas d’odeur, il a encore moins de mémoire.
– Les USA ont décrété un embargo contre 39 sociétés russes. On me dit que c’est pour des raisons de « démocratie ». Ouf, pas de quoi s’emballer du coup.
– Il y a eu la fameuse directive sur le travail détaché dont j’ai eu l’occasion de faire une analyse plus détaillée dans un post précédent.
– Yamaha va se mettre à l’automobile. Encore un magnifique exemple de « diversification ».
– Amazon doit rembourser 250 millions d’€ au Luxembourg. Mais ils n’en feront rien évidemment parce que le pays ne leur réclamera rien. Comme l’Irlande n’a toujours rien réclamé à Apple. Alors, qui dirige ? La politique ou les grosses entreprises ? Je vous laisse répondre à cette question tout rhétorique.

Au chapitre des licenciements, luttes sociales, etc.
– Le groupe Nordea a annoncé la suppression de 6000 emplois
– 1000 emplois créés à Zaventem et 300 prévus à Liège Airport. Une bonne nouvelle, non ? Alors, demandons-nous de quels emplois il s’agit : qualifiés, non-qualifiés, très qualifiés ? Tadam, roulements de tambour…pas qualifiés du tout m’sieurs dames ! Les emplois « ventre mou » de la classe moyenne vont en s’amenuisant, et ce n’est pas les succès de l’intelligence artificielle qui vont améliorer les choses
– Suite au cataclysme social horrible de Caterpillar, sachez que l’action du constructeur d’engins de chantier se porte à merveille. Elle décolle, une vraie fusée. Sur le dos de qui à votre avis ?

Quelques divers, rapidement…
– AIG, l’assureur, annonce des pertes énormes à cause des ouragans. Bah oui, à force de jouer avec le feu de l’environnement, les grosses entreprises vont commencer à récolter la tempête dont elles ont semé le vent
– Le Bitcoin a battu un nouveau record, passant la barre des 7000$. Sachant qu’il ne valait que quelques cents à sa création. Ah, il est loin le temps de la convertibilité de la monnaie en or ! Ah, il est loin le temps où la monnaie n’était qu’un outil universel rendant possible des transactions qui ne l’auraient pas été avec le simple troc. Combien de geeks milliardaires grâce à ça ?
– En parlant de convertibilité d’une monnaie en or, j’avais analysé l’annonce super importante des prochains contrats de la Chine en Yuans pour les achats/vente de pétrole. Ce qui risque de changer la face du monde.
– Sinon, sachez que la commission européenne souhaite prolonger pour cinq à sept ans l’autorisation du glyphosate cancérigène. Bah oui, la substance était indiquée sans danger par un rapport de l’UE, copié-collé d’une étude des lobbyistes de Monsanto qui avaient eux-mêmes gardés secrets leurs propres conclusions indiquant l’effective dangerosité dudit produit. Quel merdier.

Allez, c’est tout pour aujourd’hui. Je retourne jouer au billard. Pour ceux qui sont arrivés jusqu’ici, il y a toujours ma petite analyse de la future création d’une nouvelle raffinerie de sucre à Seneffe. Si vous avez envie de comprendre la fameuse PAC de l’UE.

Par défaut
Analyses

Du sucre, encore du sucre

sugarUne analyse du projet « Serres », une nouvelle sucrerie à Seneffe-Manage
De quoi s’agit-il ? Suite à la fin des quotas sucriers, le marché européen s’ouvre et de nouvelles raffineries peuvent naître. D’où ce nouveau projet, conçu sous la forme d’une coopérative. Avec Iscal et Tirlemont, ce sera la 3ème sur un minuscule territoire.

Tous les mots sont importants…
Reprenons donc. La fin des quotas sucriers ? Oui, la PAC (politique agricole commune de l’UE) avait pour mission d’une part d’augmenter la productivité des agriculteurs tout en les protégeant. Il s’agit, depuis le début, d’un aveu d’échec de la fameuse inexistante « concurrence libre et non faussée ». Si on protège le marché européen agricole avec des subsides et en interdisant de produire trop en quantité, on garantit une relative « égalité » au sein de l’union, mais on fait une concurrence complètement déloyale vis-à-vis, par exemple, des pays africains qui se retrouvent à acheter nos produits moins chers que ceux qu’ils produisent eux-mêmes. Pour être sûr de dominer le marché agricole, l’augmentation de la productivité permet d’être moins cher. Mais comme tout le monde fait pareil partout sur la planète, il en résulte des crises de surproduction…

Et maintenant que le marché est libéralisé ?
Eh bien, les crises de surproduction vont s’étendre à l’intérieur de l’UE également, et plus seulement UE contre le reste du monde. Raison pour laquelle ni Iscal ni Tirlemont ne « voit d’un bon œil » (pour reprendre les termes de l’article de La Libre) le nouveau projet de sucrerie dans un marché déjà saturé.

Alors, les quotas, c’était mieux ?
Disons que les quotas renvoient à une idée de planification. En soi, c’est assez logique : autant planifier les besoins et produire en fonction – ce qui est une dimension importante de tout projet résolument socialiste. Ça a plus de sens que de laisser des acteurs économiques se battre en eux, se précipiter sur un marché qui s’ouvre, surproduire, licencier en masse, créer des besoins qui n’en sont pas, pousser à l’obsolescence programmée, sous-payer dans des pays qui n’ont aucun droit du travail, bousiller l’environnement…juste pour faire des profits et assurer sa propre survie (car il ne s’agit même pas d’avidité personnelle – sinon il suffirait d’éliminer les cupides et de les remplacer par des gens sensés !)

Mais ?
Oui, il y a un « mais ». C’est que l’UE, en pratiquant les quotas, le fait dans un système capitaliste global auquel elle ne se soustrait pas. Elle cherche donc à « avoir le beurre et l’argent du beurre » : protéger son marché interne, ses agriculteurs, etc. tout en surproduisant et en exportant au plus bas prix ses excédents. Le principe contribue donc à maintenir une bonne partie de la planète dans l’extrême pauvreté.

Bon, mais ici, c’est différent, Serres la nouvelle sucrerie sera organisée en coopérative !
J’ai envie de dire : « oui, et alors ? » Coopérative ou pas, cette dernière s’inscrit aussi dans un système concurrentiel. Coopérative ou pas, elle devra être rentable. Or, le marché est déjà saturé. Par conséquent, les dispositions qu’elle devra prendre vont nécessairement ressembler à celles que prend n’importe quel autre acteur économique : exploitation du personnel, rognage sur les coûts, etc. Et si ce ne sont pas eux les perdants, ce seront forcément les acteurs déjà présents sur le marché. De ce point de vue, dire comme le fait Jean-François Gosse, président du cabinet de conseil qui a incité à la création de ce « truc », qu’ils ne sont pas dans un principe « de concurrence frontale » est horriblement hypocrite. Surtout quand on sait que Serres vise un marché de proximité…

D’accord, mais le nombre de coopérateurs assure au moins de justes salaires aux travailleurs et empêche, a priori, une rémunération extrême de l’actionnariat comme dans les entreprises qui ne sont pas organisées en coopérative ?
Ça, c’est en principe. Quand on regarde dans le détail, on s’aperçoit que l’ensemble de la participation des coopérateurs s’élève à 55%. Certes, c’est une majorité. Mais il reste encore 45% pour – éventuellement – une participation publique et…des investisseurs privés ! Ces derniers, évidemment, ne seront pas là pour faire du social, tout « ESS » (économie sociale et solidaire) que soit le principe de coopérative. Et avec 45% des voix, il ne faut plus convaincre grand monde des « bonnes » stratégies (entendez « stratégies de rentabilité ») à adopter pour assurer la viabilité du projet. Je pourrais aussi vous citer d’autres « coopératives » qui sont exactement dans le même questionnement, qui ont dû « rogner sur leurs valeurs », s’assurer des subsides publics ou franchement augmenter leurs prix (ne touchant plus qu’une clientèle privilégiée) pour survivre.

Pour le reste, l’approche soi-disant écologique ne relève que du « greenwashing » pitoyable qui masque mal un projet pleinement capitaliste.

Par défaut
Réactions

Vendre son pétrole en Yuans

Vendre le pétrole en Yuans et en assurer la convertibilité en or. Cet événement vous paraît anodin? Dites-vous qu’il annonce les plus grands bouleversements géopolitiques depuis un siècle. Espérons que l’animal blessé – les USA – ne s’accrochera pas à ses privilèges par la voie militaire (comme ils l’ont toujours fait) et que l’avènement d’un monde multipolaire se fera dans le respect de la souveraineté des peuples avec une émancipation qui se généraliserait. Restons attentifs, aussi, au système économique qui soutiendra ces changements. Aucune raison d’être optimiste sur ces différents points (notamment avec un risque de conflits mineurs exacerbés), mais aucune raison non plus, pour une fois, d’être plus pessimiste que ce que le contexte actuel nous incite à être.

Réaction à cet article

Par défaut