Analyses

J’ai lu « Rescapée du goulag chinois » (2/5)

Partie 2 « Stérilisations, violences et religion »

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Gulbahar Haitiwaji publie, avec Rozenn Morgat, un livre qui fait beaucoup de bruit : « Rescapée du goulag chinois ». Tous les médias en ont parlé. Il semble que nous tenions là un témoignage indiscutable sur la répression et le caractère criminel de l’État chinois, dans le Xinjiang en général, sur les Ouïghours en particulier. Vous avez été nombreux.ses à lire le premier volet de notre grand dossier, merci! Voici le second, bonne lecture.

Le cas particulier des « stérilisations »

À de nombreuses reprises, Mme Haïtiwaji dans son livre accuse la Direction de ces camps et la Chine en général de « stériliser » les femmes ouïghoures détenues. Dans les paragraphes qui suivent, je m’attache à évaluer la crédibilité d’une telle affirmation mais cette analyse ne vaut que pour ce livre. Je ne peux affirmer qu’elle soit valable pour l’ensemble du Xinjiang – même si les présomptions vont en ce sens.

J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises sur ce blog de me prononcer publiquement sur ces sujets. Il est essentiel de reconnaître, dénoncer, condamner et mettre tout en œuvre pour que cesse la violence systémique des hommes sur les femmes. Le viol comme arme de guerre est par ailleurs un fait établi, et je prends très au sérieux les dénonciations de stérilisations forcées. La cause est bien trop importante pour accepter qu’elle soit instrumentalisée à des fins politiques. Les victimes de viols et de toutes les violences de la domination masculine méritent que leurs témoignages ne soient pas entachés par de la propagande. Une telle pratique, si elle est établie, serait répugnante et s’opposerait tragiquement à la lutte pour les droits des femmes et de toutes les minorités.

Qu’en est-il donc du cas des « stérilisations » dans le camp de Baijiantan ? On peut lire, page 18, l’affirmation grave selon laquelle la Chine « stérilise les femmes de l’ethnie », que « beaucoup ont confié [à Gulbahar], honteuses, ne plus avoir leurs règles » et que « d’après elles, la suspension de flux menstruel est arrivée juste après la vaccination » (p.112), qu’une « pensée terrible commençait déjà de germer, sont-ils en train de nous stériliser? » (p.112), que « en réalité, on nous stérilisait » (p.189).

File:Figures showing vaccination pustules. Wellcome L0017918.jpg. (2020, September 9). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 09:52, April 2, 2021 from https://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=File:Figures_showing_vaccination_pustules._Wellcome_L0017918.jpg&oldid=453154188.

Une nouvelle fois, différents registres de langage coexistent ici : parfois, Mme Haïtiwaji affirme qu’il y avait des stérilisations forcées (en interview aussi), parfois elle ne fait que le supposer. Quelques éléments invitent cependant à la plus grande prudence. Par exemple, elle dit page 112 que ses codétenues ont fait le lien entre « vaccination » et suspension des règles mais quelques lignes plus haut, elle dit que c’est « aujourd’hui » qu’elle a appris que ce n’était pas une vraie « vaccination », donc suite à son retour en France (notons qu’elle ne peut rien affirmer elle-même, puisqu’elle dit qu’elle était déjà ménopausée).

Elle n’est pas non plus cohérente quant au mode opératoire. Si elle évoque principalement des « piqûres » sous prétexte de vaccination, elle évoque également un « poison » (p.137) et un « mystérieux médicament qui plonge les détenues dans un état de torpeur inquiétant où les souvenirs s’effilochent, où le temps disparait au même titre que les cycles menstruels des femmes » (p.154). « Vaccin » (p.112), « poison injecté » (p.137), « poison » dans la nourriture (p.108) ou médicament (p.154) ?

Mais il y a plus. S’il semble que vacciner de façon systématique dans un centre fermé est une mesure sanitaire tout à fait cohérente, la stérilisation par injection ou par ingestion d’un médicament est quant à elle fort surprenante. La stérilisation est, jusqu’à preuve du contraire, une opération chirurgicale. Il pourrait s’agir alors de contraception forcée, dont le caractère « forcé » est d’ailleurs sujet à caution puisque Mme Haïtiwaji dit aussi avoir eu l’opportunité de refuser les « vaccins » (p.112). La contraception est elle-même une hypothèse peu convaincante puisqu’une injection contraceptive doit être trimestrielle (quatre fois par an) et non deux fois par an (en hiver et en été (p.137) comme l’explique Gulbahar Haïtiwaji). On ne comprend d’ailleurs pas bien pourquoi, s’il s’agit de stérilisations, il faudrait réitérer l’opération : une stérilisation se caractérise par son caractère définitif. D’autres récits évoquent des poses forcées de stérilet, mais il n’en est pas fait mention dans ce texte.

Que reste-t-il de cette affirmation selon laquelle les détenues de Baijiantan ont été « stérilisées » ? Rien du tout. L’hypothèse la plus probable est qu’il s’agissait bien de vaccins : on imagine encore mieux aujourd’hui les ravages d’une épidémie dans un lieu comme celui-là. Bien entendu, ça n’a pas empêché les médias mainstream de ne jamais mettre en doute les propos du livre. Pour l’immense majorité des lecteurices des journaux et de ce témoignage, les femmes ouïghoures détenues dans ce centre auront donc été « stérilisées ».

Les « stérilisations » ne sont par ailleurs qu’une part infime de l’ensemble des violences que Mme Haïtiwaji dit avoir subies. Je propose maintenant de les passer en revue et de les commenter.

Un catalogue de violences

Le récit est émaillé d’une très grande quantité de violences, dans un style relevant plus de la liste que de la description. On y trouve avant tout des exactions déjà abondamment relayées par les médias, indépendamment de la publication du livre, et dont le niveau de preuve est, comme je l’ai explicité dans de précédents articles, tout à fait insuffisant.

On peut y lire que les Ouïghours sont persécutés, enfermés, rééduqués (p.21), que beaucoup d’offres de travail avaient une clause en petits caractères : « pas de Ouïghours » (p.28), que « les salariés Hans ont reçu plus d’argent que les salariés Ouïghours » (p.28), lesquels ont été « délocalisés à la périphérie » (p.29). On y lit encore que les Ouïghours subissent des « contrôles de police, des interrogatoires, des intimidations, des menaces » (p.30), que les leaders sont « réduits au silence » (p.32), que le cerveau des détenus est lavé (p.33, p.92), que la Chine « déporte, la Chine torture » et « tue ses citoyens ouïghours » (p.191).

File:Karamay river.jpg. (2020, September 14). Wikimedia Commons, the free media repository. Retrieved 09:55, April 2, 2021 from https://commons.wikimedia.org/w/index.php?title=File:Karamay_river.jpg&oldid=458395762.
Rivière Karamay (Xinjiang)

Comment est-il possible, en prenant ces affirmations au sérieux, que Mme Haïtiwaji puisse alors déclarer (p.68) que « De nos amis de Karamay, pas un seul ne pouvait affirmer avec conviction qu’il était discriminé par sa naissance » ? C’est parfaitement incohérent. Si ce qu’elle dit par ailleurs est vrai, les discriminations sont établies. Il n’y a que si elle ment et/ou exagère qu’alors aucune affirmation n’est possible. Quand dit-elle donc la vérité ? N’est-il pas sensé de considérer qu’elle a peu d’intérêt à mentir sur ce qui dessert son propos ?

Des incohérences similaires concernent les violences qu’elle dit avoir subies directement. Par exemple, elle évoque le « néon criard qui n’en finit pas de nous éclairer, de jour comme de nuit » en garde à vue (p.56) mais aussi dans les camps où « le néon blanc […] vous crève les yeux » (p.227), où la « satanée lumière de Baijiantan » est parfois « aveuglante » (p.240), parfois « blafarde » (p.108), où il vous faut « dormir sous la lumière des années entières » (p.105). En même temps, lorsqu’elles évoquent avec ses codétenues de garde à vue les centres de rééducation, c’est plutôt le « noir » qu’elles appréhendent (p.69), le même noir dans lequel, « les yeux écarquillés », Mme Haïtiwaji dit avoir « pri[é] de toutes ses forces » (p.109). Alors, noir ou néons ? Aveuglant ou blafard ? Dans quel sens va la torture ? Probablement dans le sens le plus logique : il y a des néons allumés en journée, des néons éteints la nuit et…c’est tout.

La thématique du lavage de cerveau revient également à de multiples reprises. Mais là encore, nous sommes bien en peine de distinguer le vrai du faux. Par exemple, Mme Haïtiwaji explique que « peu à peu, [la] stratégie de rééducation ludique avait raison de [s]a vigilance » (p.104), que « la mécanique implacable du lavage de cerveau finit par pénétrer nos esprits les plus imperméables et téméraires » (p.117). qu’elle était « si loin, si seule, si épuisée » qu’elle a « presque fini par y croire » (p.190). Le problème, c’est qu’elle affirme en même temps avoir régulièrement et sciemment menti quant à son repentir (p.118), dans ses carnets (p.108), qu’elle a fait « semblant d’adhérer tout en conservant son esprit critique » (p.104), que ses déclarations ne « manquaient pas d’hypocrisie » (p.148) – et j’en passe, sinon je ne terminerai jamais ce dossier ! Alors, qu’en est-il de ce cerveau ? Lavé, pas lavé ? Et son témoignage est-il la preuve d’un bourrage de crâne ? Si oui, par qui ? 

Avec tous ces mensonges, comment encore accorder du crédit aux autres violences qu’elle décrit ? Quand elle n’a rien d’autres que « les leçons, les repas, les défilés qui se suivent et se ressemblent » pour « puissants outils de torture » (p.227) ? Si la professeure « ne perd pas une occasion de [les] gifler » (p.90), pourquoi ne raconte-t-elle aucune circonstance particulière où cela se serait passé ? Est-elle crédible lorsqu’elle affirme que « les codétenues victimes d’une crise cardiaque ou qui disparaissent », c’est « le quotidien ici » (p.108) ? Ce n’est-il pas, là non plus, la « manifestation d’un fantasme morbide d’une prisonnière qui exagère sa condition » (p.191) ?

Est-ce que toutes ces accusations de violences ont encore du sens lorsque Mme Haïtiwaji tente d’expliquer (p.69) que « l’art de la répression du Parti communiste chinois » consiste à « bannir tout en autorisant », à « corriger en honorant », à « emprisonner en éduquant » (p.69) et que les « discriminations se perdaient dans les illusions de liberté » (p.69) ? Est-ce que le récit de ces violences ne finit pas par s’autodétruire lorsqu’elle dit (p.165) que « à part quelques claques et punitions, force est de constater que jamais personne ne m’a battue comme Almira » (p.165 – un passage à tabac qui n’est aussi qu’une supposition puisque Gulbahar Haïtiwaji n’y a pas assisté). Ce qui ne l’a pas empêchée de supposer son propre assassinat, comme on l’a dit plus haut, une fois toutes les deux pages…

« Mentez, il en restera toujours quelque chose. »

La trop longue liste de ses incohérences ne s’arrête pas là. Nous allons maintenant passer en revue les questions concernant la matérialité des camps, l’hygiène dans ceux-ci et les enseignements qui y sont donnés.

À quoi ressemble le centre de rééducation de Baijiantan ?

Gulbahar Haïtiwaji raconte que des frères, des oncles – à elle et à ses codétenues – ont déjà connu les centres. Elles s’attendent toutes à y trouver « des détails sordides et poisseux : la torture, le froid, les rats, la faim, le noir » (p.69). Une description qui n’est pas sans faire penser à l’état sordide des prisons en France et en Belgique. Est-ce que ces craintes se vérifient ?

Lorsqu’elle visite les lieux, elle raconte « le seau pour faire ses besoins » et qu’il n’y avait « pas de matelas sur les paillasses », « pas de meubles », « pas de linge », « pas de lavabo » (p.81). Pourtant, un peu plus tard, elle dit avoir croisé dans le même centre une femme qu’elle connaissait. Où ? Dans « la salle de bains », laquelle est « une vaste pièce d’eau carrelée aux murs dépourvus de miroirs où sont alignés des lavabos en aluminium » (p.86). Pour se laver, « il n’y a[vait] que sept douches et seulement cinq WC à la turque » (p.86 encore). Alors quoi ? Qu’est-ce qui est vrai ? Lavabos, pas lavabos ? Toilettes, pas toilettes ? Probablement qu’il n’y avait pas de lavabo ni de WC dans les dortoirs mais qu’il y avait bien des « pots de chambre » à côté des lits. Tout ce qu’il y a de plus normal (sauf que moi, perso, les pots de chambre c’est pas mon truc, je veux bien l’admettre !).

D’ailleurs, elle explique qu’il est « interdit de ne pas respecter les normes d’hygiène » (p.60) et que les centres font même preuve d’un « hygiénisme paranoïaque » et d’une « propreté inquiétante » (p.109). Voilà des reproches que rêveraient probablement de formuler les détenus des Baumettes. Les bâtiments sont-ils vétustes, comme le sont nos prisons ? À en croire Mme Haïtiwaji, ce serait plutôt le contraire puisqu’il y règne « une odeur entêtante de peinture fraîche » (p.81, p.99) et qu’elle décrit les offres de construction neuve à la page 129. Ces derniers éléments sont également cohérents avec les documents récupérés par l’ICIJ (voir cet article) et qui mentionnent à la fois les standards en matière d’hygiène, de confort et de sécurisation (ce sont bien des centres de détention).

Est aussi cohérent avec les documents récupérés par l’ICIJ le fait que les relations familiales sont préservées malgré la détention. Ainsi, « aussitôt libre, [s]a petite sœur chérie s’était empressée de venir [la] trouver à Baijiantan » (p.105), un moment que Gulbahar décrit comme un « éclair de vie bref mais d’une formidable intensité » (p.105). De la même façon, lors de son procès, elle recevra le soutien de sa sœur Madina, « prévenue par les autorités du camp » (p.143). Enfin, lorsqu’elle sera en résidence surveillée, dans les dernières semaines de sa détention, elle contactera sa famille en France plusieurs fois par semaine (en étant sur écoute) et recevra la visite de sa famille au Xinjiang (en l’absence cette fois de la police).

En ce qui concerne les enseignements, ce qui frappe surtout est l’absence totale d’indications quant aux matières enseignées. Ce serait pourtant un élément essentiel pour démontrer qu’il s’agit bien de lavages de cerveaux, non ? On sait que « chaque semaine, le vendredi, [elles passaient] un examen oral et écrit » (p.93), que l’enseignement passe aussi par le jeu (p.104), qu’elles devaient « apprendre par cœur des livres épais » (p.114), qu’elles « avalaient la propagande des professeurs jusqu’à la tombée du jour » (p.116). On apprend également que s’ouvraient « plusieurs postes d’enseignement dans des centres de transformation par l’éducation » (p.129).

En résumé, on ne retrouve rien de ce qui est censé démontrer le contenu de la propagande subie, le contenu du « lavage de cerveau ». Ne pensez-vous pas que s’il y avait eu quoi que ce soit à dire à ce sujet, Mme Haïtiwaji se serait empressée – à raison – de le partager ? Elle nous dit aussi qu’il est possible de poser sa candidature aux postes d’enseignant.es dans les centres via Internet, par une voie tout à fait classique. Est-ce crédible de la part d’autorités voulant « laver les cerveaux » ? Faire confiance à des gens non formé.es qu’elles ne connaissent pas ? On sait de surcroît que les enseignant.es sont aussi ouïghour.es et que les meilleur.es détenu.es peuvent aussi devenir enseignant.es.

Sur le comportement dans l’apprentissage de Mme Haïtiwaji, les incohérences sont, encore une fois, légion. Côté pile, elle « [s’]applique à jouer le rôle de l’élève assidue et de la prisonnière modèle, ce qui ne [lui] demande pas tellement d’efforts car [elle a] toujours été bonne élève » (p.92), elle « préfère [s’]enfoncer dans le travail » (p.94), elle fait partie des meilleurs élèves (p.113) et elle a de « bonne notes » (p.143). Côté face cependant, elle ne se « souvient jamais [de ses leçons] d’une semaine à l’autre » et elle est « incapable de réciter ce [qu’elle a appris] six jours auparavant » (p.93). Cancre ? Surmenée et, comme les autres, « abrutie par le labeur » (p.94) ou, au contraire, élève modèle ? Choisissez l’argument qui conviendra le mieux à votre narration.

Et la religion dans tout ça ?

Deux raisons semblent justifier, aux yeux des autorités chinoises, la détention dans des centres de « rééducation » au Xinjiang : des velléités séparatistes et le terrorisme islamiste – lesquelles raisons peuvent parfois se conjuguer. Autant dire que le rapport qu’entretient Gulbahar Haïtiwaji à la religion est important, surtout dans la mesure où on a déjà évoqué sa proximité avec les mouvements séparatistes (son mari vice-président de l’association des Ouïghours de France, sa fille manifestant avec le drapeau du « Turkestan oriental » à Paris).

Dès l’avant-propos du livre, Rozenn Morgat, co-autrice, nous rassure : « Quand elle évoque sa religion [de Gulbahar, nda], elle parle d’un Islam « de paix », d’un Islam « modéré ». Elle n’est donc ni une indépendantiste, ni une terroriste islamique. » Bon, s’il suffit de le dire, hein… Le problème, c’est que son mari, Kerim, aurait déclaré que « son épouse n’est même pas musulmane » et qu’elle se serait « convertie au christianisme il y a des années ».

Dans le livre pourtant, Gulbahar Haïtiwaji n’évoque pas une seule fois le christianisme, mais bien son rapport à Dieu dont rien n’indique qu’il ne soit le Dieu de l’Islam. Elle raconte : « Moi qui n’étais pas une croyante fervente, je me suis tournée vers Dieu. Peut-être par provocation. Les yeux fermés, la nuit, je me mets à prier de toutes mes forces » (p.91). Plus loin, feignant des exercices de yoga – ce qui prouve qu’on parle bien de prière islamique et non de prière chrétienne, elle explique : « Tandis que le sang monte doucement à ma tête, je prie. Dans cette position, impossible pour la caméra de repérer mes murmures à Dieu » (p.91). Puis cette citation, déjà vue plus haut où, « dans le noir », elle « prie de toutes [s]es forces » (p.109). Enfin, elle déclare p.115 que sa « seule échappatoire est la prière » et qu’il n’y a « plus que Dieu qui puisse [l’]entendre » (p.115).

Je suis athée. Je n’ai pas la foi et suis donc très mal placé pour porter un jugement sur les croyances religieuses. Mais est-ce irrationnel de se demander si la « foi par provocation » est cohérente ? Je me souviens des reproches formulés par les curés de mon enfance qui fustigeaient la foi opportuniste, la prière qui ne remercie jamais et qui ne se découvre que lorsqu’elle veut réclamer. Alors quoi ? Croyante, pas croyante ? Un peu, beaucoup, passionnément ? Un dieu universel et œcuménique ou un dieu singulier d’une religion singulière ? « Mentez, il en restera toujours quelque chose ».

La religion main gauche, la politique main droite. Si nous sommes plongés dans la perplexité quant au rapport de Mme Haïtiwaji avec la religion, il en est de même de son rapport à la politique, comme nous le verrons dans la troisième partie de notre grand dossier.

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22 réflexions sur “J’ai lu « Rescapée du goulag chinois » (2/5)

  1. Michele Janss dit :

    Toujours un excellent travail ! J’ai hâte de lire la suite. Il est indispensable de dénoncer la volonté de nouvelle guerre froide qu’on installe en Europe, contre nos propres intérêts d’ailleurs.

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  2. Gabriel REINKINGEN dit :

    Est-ce prévu pour aller crescendo 🙂 – C’est délirant. Merci pour votre décorticage. L’insulte envers la population est bien la démonstration que l’intoxication idéologique est le seul moyen pour le système néolibéral c’est à dire ultra capitaliste (c’est plus parlant) de maintenir son pouvoir. Il n’a plus les moyens de faire « rêver ». L’objectif de la constitution d’un « nouveau bloc historique » cher à Gramsci est plus que jamais posé.

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  3. Les accusations de stérilisation forcée et, pire encore, de génocide ne tiennent pas la route. Le taux de natalité en est une preuve. Les Ouïghours furent exemptés de la loi de l’enfant unique. Les familles pouvaient avoir 3, 4 enfants et plus. Ainsi, entre 2010 et 2018, la population ouïghoure du Xinjiang est passé de 10,17 millions d’habitants à 12,72 millions d’habitants, soit une augmentation de 25,04%. Durant cette période, la population Han n’a augmenté que de 2%.
    Je vous invite à lire « Mon point de vue sur la question des Ouighours de la province chinoise du Xinjiang » de Paul Jorion : https://www.pauljorion.com/blog/2021/03/25/mon-point-de-vue-sur-la-question-des-ouighours-de-la-province-chinoise-du-xinjiang/
    Bon courage pour la suite !
    Serge LEFORT

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  4. Pingback: J’ai lu « Rescapée du goulag chinois » (3/5) | Le blog du radis

  5. sixiangjiaoyu dit :

    Bonjour,

    Je lis avec intérêt (et amusement) votre mise à plat des mensonges, contradictions et omissions de madame Haitiwaji. Votre analyse fait ressortir par contraste la remarquable complaisance avec laquelle ses propos sont accueillis et relayés par les médias dominants. Je salue également l’effort que vous vous imposez pour réserver votre jugement. Vous récusez de manière convaincante l’objectivité et la crédibilité du témoignage mais vous vous abstenez d’en tirer conclusion concernant la réalité des accusations portées contre la Chine. Cette position vous honore : elle met en lumière le fait qu’il ne faut pas confondre la critique de l’image que les médias donnent de la RPC avec une analyse objective de la situation sur place.

    Pour ma part, je regrette que, plus souvent qu’ils ne le pensent, les sites alternatifs, dans leur volonté de faire tomber le masque de la désinformation, commettent les erreurs mêmes qu’ils reprochent à leurs concurrents.

    L’exemple emblématique de ce fait est, selon moi, un article de Grayzone (1) consacré au démontage d’un rapport douteux du douteux Adrian Zenz consacré aux alléguées « stérilisations forcées ». L’article analyse, entre autres, de manière rigoureuse par quelles manipulations statistiques l’évangéliste anti-avortement allemand travaillant pour des institutions chapeautées par la CIA réussit à produire un artefact selon lequel « 80 pourcent des placements nets de stérilets en Chine en 2018 aurait été effectué dans la province du Xinjiang alors que celle-ci ne représente que 1,8% de la population du pays » alors que ce taux est de 8,7%, une « erreur de facteur 10 ».

    Cependant, un peu plus haut, Max Blumenthal commet lui-même une erreur de calcul significative quand il affirme que « le gouvernement chinois a reconnu librement une baisse de 5% du taux de natalité entre 2017 et 2018 » comme « résultat de la mise en œuvre du planning familial ». Or, l’article du Global Times (2) auquel il renvoie précise que le taux de natalité au Xinjiang est passé de 15.88 ‰ à 10.69 ‰, un chiffre exprimé sur mille qui correspond à une baisse d’environ 32 %. L’article du GT précise d’ailleurs que cela correspond à une diminution d’environ 120 000 naissances, ce qui signifie concrètement que le Xinjiang est passé d’environ 360 000 naissances en 2017 à environ 245 000 en 2018.

    Que les statistiques chinoises indiquent entre 2017 et 2019, une nette baisse du taux de natalité et du taux d’accroissement naturel de la population au Xinjiang est un fait. Le taux de natalité est passé de 15.88 ‰ en 2017 à 10.69 ‰ en 2018 et 8,14‰ en 2019 soit une baisse d’un peu plus de 48% sur deux ans. Pour le dire autrement, on est passé en deux ans d’environ 360 000 naissances par an à environ 195 000.

    L’accroissement naturel de la population est passé de 11,4‰ à 6,13‰ entre 2017 et 2018. Un commentateur chinois notait à cette époque qu’il était encore plus haut que le taux national de 3,81‰.(3) L’année suivante, il baissait encore pour s’établir à 3,69 ‰ pour s’établir juste au-dessus de la moyenne nationale de 2019 de 3,34‰.

    Passer en deux ans du taux de natalité de la Turquie à celui de l’Allemagne n’est tout de même pas une évolution si négligeable que l’on puisse affirmer, comme le fait par exemple, Serge Lefort que « le taux de natalité est une preuve » que « les accusations de stérilisation forcée » ou de « génocide » « ne tiennent pas la route. »

    Qu’on me comprenne bien, je ne dis pas que ces accusations tiennent la route (je ne le crois pas), je dis simplement que le taux de natalité n’est pas une preuve qu’elles dérapent. Comme le note Martine Bulard dans un récent article du Monde Diplomatique, « le taux de natalité a bien baissé ces deux dernières années, mais nul n’est en mesure actuellement d’en identifier les raisons : peur de l’avenir, absence des hommes placés en détention ou stérilisation forcée »(4). Pour rendre justice aux explications de la démographe chinoise Li Xiaoxia(2), il faut ajouter à cette liste d’éléments explicatifs « la stricte application des règles du planning familial » avec des amendes sévères en cas de naissances excédentaires et des primes pour les couples qui décident de n’avoir qu’un ou deux enfants, la distribution de préservatifs et de contraceptifs gratuits, des applications smartphones et des stérilisations volontaires mais aussi « l’évolution des mentalités » et le succès de la « lutte contre l’extrémisme », le tout correspondant aux évolutions attendues dans le cadre de la théorie canonique de la transition démographique.

    Pour résumer les chiffres (5) :
    Taux de natalité : 15.88 ‰ (2017) (National 12,43 ‰)
    10.69 ‰ (2018 : -32%) (National 10,94 ‰ -12%)
    8,14‰ (2019 : – 23%) (National 10,48% : – 4%)
    Nouvelles naissances : +/-360 000 (2017)
    +/-245 000 (2018)
    +/- 195 000 (2019)
    Accroissement naturel : 11,4‰ (2017) (National : 5,32 ‰)
    6,13‰ (2018) (National : 3, 81‰)
    3,69 ‰ (2019) (National : 3,34 ‰)
    Bien à vous,

    (1) https://thegrayzone.com/2021/02/18/us-media-reports-chinese-genocide-relied-on-fraudulent-far-right-researcher/
    (2) https://www.globaltimes.cn/page/202101/1212073.shtml
    (3) https://www.xju.edu.cn/info/1023/8072.htm
    (4) https://www.monde-diplomatique.fr/2021/04/BULARD/62978
    (5) Les chiffres sont disponibles ici : (consulter la section 2-8)
    http://www.stats.gov.cn/tjsj/ndsj/2018/indexeh.htm
    http://www.stats.gov.cn/tjsj/ndsj/2019/indexeh.htm
    http://www.stats.gov.cn/tjsj/ndsj/2020/indexeh.htm

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  7. Plutôt que d’alimenter une polémique stérile, j’ai compilé les données de la population en Chine et au Xinjiang entre 1998 et 2019.
    Le tableau montre clairement que la population a augmenté au Xinjiang dans la même proportion que dans l’ensemble de la Chine (+ou- 1% par an). Tout le reste n’est que littérature !
    Je vous offre en avant première cette synthèse que je publierai lundi à 9h15 (heure de Paris) avec d’autres statistiques dans l’article Xinjiang vs Corse et Catalogne.
    Serge LEFORT

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  8. sixiangjiaoyu dit :

    Cher Monsieur Lefort,

    Je m’excuse de vous avoir froissé et d’avoir provoqué cette poussée de fièvre démographique. J’espère que vous parviendrez rapidement à aplatir la courbe. Je suis par contre fort heureux de constater que nous sommes d’accord et que le taux de natalité ne constitue en rien une preuve de quoi que ce soit puisqu’il a baissé de 48% en deux ans. Je conviens qu’il s’agit de littérature mais que ceulles qui n’ont jamais pinaillé me jettent la première pierre.

    Bien à vous,

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  9. Les amateurs du taux de natalité en Chine devraient s’intéresser aux mêmes données en France. Ce taux est passé de 20,6% en 1950 à 11,2% en 2019 (source : INSEE). La France pratiquerait-elle un génocide ?
    La même source montre que le taux de natalité en Chine se situe dans la moyenne des pays de la Communauté européenne. Tous ces pays pratiqueraient-ils aussi un génocide ?
    Les amateurs de la culture chinoise connaissent 思想教育 sixiang jiaoyu, la revue du Ministère de l’Éducation [Revue en ligne].
    Serge LEFORT

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  10. sixiangjiaoyu dit :

    Bonjour Monsieur Lefort,

    Tout d’abord, je voudrais vous dire que je suis très heureux que vous me répondiez. Comme on dit, il faut être deux pour danser le tango. J’ai pu donner l’impression de vous prendre à partie et je me suis laissé aller au travers de l’ironie de manière un peu gratuite. Je m’en excuse encore.

    Je résume la discussion.

    1) Vous avez écrit que le taux de natalité était « une preuve » que la Chine ne commettait pas de génocide.

    2) J’ai argumenté pour dire que cette affirmation était inexacte et que le taux de natalité n’était pas une preuve.

    3) Vous avez répondu en avançant que la population avait augmenté.

    4) Je vous ai fait observer que l’augmentation de la population et le taux de natalité étaient deux choses différentes et que, par conséquent, nous étions d’accord pour dire que le taux de natalité ne prouvait rien.

    5) Vous avez rétorqué que le taux de natalité en France avait baissé de 54% sur une période de 69 ans et que dire que le taux de natalité au Xinjiang avait baissé de 48% sur deux ans était « un cas typique de désinformation basé sur de faits exacts » en citant Pascal Boniface à propos de ses passages à l’antenne sur France Inter.

    6) Je vous réponds donc que nous sommes d’accord et que le taux de natalité ne saurait en toute rigueur être considéré comme une preuve de l’absence de génocide. Je précise par ailleurs, comme je l’ai déjà écrit, que je ne crois pas que la Chine commette de génocide au Xinjiang.

    Ma position est la suivante : pour que la critique de l’information sur la Chine soit efficace, il faut qu’elle reste argumentée et rationnelle. Je sais que ce n’est pas agréable mais c’est la seule façon de convaincre au-delà de son cercle de convaincus. Si l’on refuse de se prêter à cette discipline, on doit comprendre que l’on donne des bâtons pour se faire battre. Je suis bien conscient qu’il n’y a pas « de force intrinsèque des idées vraies » et que l’ostracisme médiatique dont souffre Pascal Boniface comme Pierre Bourdieu en son temps et tant d’autres intellectuels critiques ne trouve pas son origine dans une analyse argumentée de leurs réflexions. Néanmoins, je pense qu’on ne peut pas entretenir l’espoir d’imposer au débat d’idées des normes de probité intellectuelle si l’on ne pratique pas un minimum de réflexivité et qu’on ne prend pas conscience des limites de ce que nous savons. Comme disait l’autre, 知之为知之,不知为不知,是知也.

    La raison pour laquelle j’ai choisi de poster des commentaires sur ce blog, outre que la pandémie me donne beaucoup de temps libre, est que je soutiens la démarche d’Emmanuel Wathelet qui a le courage d’aller essayer de convaincre au-delà des convaincus en faisant la critique des sources auxquelles les honnêtes hommes font trop aveuglément confiance. C’est une démarche salutaire dont l’immense et principal mérite (il faut le comprendre) est de rouvrir l’éventail des positions possibles et d’aller à contre-courant de la très grave tendance à limiter la discussion à une confrontation de pro et d’antichinois. Mon opinion (et je dis bien qu’il s’agit d’une opinion) est que cette polarisation est le plus dangereux héritage du Trumpisme (et de ce qui peut être plus qu’on ne le croit son reflet le Xijinpingisme) tant en Chine que dans les pays occidentaux.

    Sur le point qui nous occupe, je résume ma position : le taux de natalité au Xinjiang a chuté de 48% en deux ans. C’est significatif dans la mesure où une telle évolution a pris 69 ans dans un pays comme la France. Cela ne constitue néanmoins en rien une preuve de génocide car de nombreux facteurs peuvent l’expliquer même si nous manquons d’informations pour en déterminer l’influence.

    J’insiste pour souligner que cette position n’est pas identique à celle qui consiste à dire « le taux de natalité au Xinjiang est une preuve que les accusations de génocide ne tiennent pas la route ». Je pense que vous admettrez également que l’argument selon lequel puisque la France a connu une baisse similaire sur une période de 69 ans, la chute du taux de natalité au Xinjiang entre 2017 et 2019 n’a rien de remarquable puisse être accueilli avec scepticisme par des non-convaincus (Pour ma part, je réserve mon jugement ou pour parler comme sur Thinkerview, « je me fais l’avocat du diable »).

    En ce qui concerne votre remarque sur la revue 思想教育, je ne suis pas complétement certain d’en comprendre le sens mais si d’aventure, vous vouliez faire allusion à un autre de mes coupages de cheveux en quatre au sujet de la traduction de cette expression par « éducation idéologique », je vous renvoie à la notice Baidu de cette publication qui en donne le titre complet et la traduction anglaise(1).
    Bien à vous,

    (1) https://baike.baidu.com/item/%E5%AD%A6%E6%A0%A1%E5%85%9A%E5%BB%BA%E4%B8%8E%E6%80%9D%E6%83%B3%E6%95%99%E8%82%B2

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  11. Il est exact que j’ai écrit à tort : Le taux de natalité en est une preuve.
    J’aurais dû reprendre tout simplement le titre d’un article de l’Agence de presse chinoise : La croissance stable de la population ouïgoure au Xinjiang en est une preuve.
    Je rigole en constatant que j’ai été contaminé par les prêches d’Adrian Zenz, fondamentaliste évangélique de la mouvance « Nouvelle naissance » (Born-again), sur « la baisse du taux de natalité » au Xinjiang et par la presse qui a tenu au début de l’année des propos alarmistes sur « la baisse de la natalité » en France.
    Comme quoi personne n’est à l’abri des abus de langage…
    Serge LEFORT

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  12. sixiangjiaoyu dit :

    Bonjour Monsieur Lefort,

    Ca me parait effectivement nettement plus convaincant.
    Vous avez failli vous noyer dans la piscine baptismale.
    Je suis content que nous nous soyons mis d’accord.

    Bien à vous,

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  13. Un lecteur écrit : « Le taux de natalité est passé de 15.88 ‰ en 2017 à 10.69 ‰ en 2018 et 8,14‰ en 2019 soit une baisse d’un peu plus de 48% sur deux ans. » Information exacte. Mais il ajoute : « Pour le dire autrement, on est passé en deux ans d’environ 360 000 naissances par an à environ 195 000. »
    Il reprend donc sans aucune précaution le raisonnement spécieux d’Adrian Zenz, l’obsédé de la baisse de la natalité qui fréquente « la piscine baptismale ».
    Il est serait intéressant qu’il nous explique comment la baisse des naissances, déduite abusivement du celle du taux de natalité, se traduit par une augmentation de la population, qui est passée de 24.450.000 en 2017 (source) à 25.230.000 en 2019 (source).
    Pour mettre un terme définitif à cette polémique stérile, j’invite les lecteurs à consulter le mode de calcul du taux de natalité sur le site National Bureau of Statistics of China et les précautions à prendre dans l’analyse sur celui de d’Eurostat. Tout le reste n’est que propagande !
    Serge LEFORT

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  14. Pingback: Xinjiang vs Corse et Catalogne | Chine en Question

  15. sixiangjiaoyu dit :

    Bonjour Monsieur Lefort,

    Tout d’abord, excusez-moi d’avoir partagé ce lien douteux vers ce site qu’il l’est autant. Et puis aussi d’avoir été un peu cavalier.

    Voici un lien vers une dépêche reprise par le Global Times (Version chinoise) (1) qui donne la même information. Elle rend compte d’un rapport publié le 1ER avril 2020 (Il s’agit peut-être d’une blague) intitulé « Rapport statistique du développement économique et sociale de la région autonome du Xinjiang pour 2019 ».

    Elle donne pour l’année 2019 les chiffres suivants.
    Population du Xinjiang : 25 232 200
    Augmentation de la population (sur un an) : + 364 600
    Nouvelles naissances sur un an : 205 400
    Taux de natalité : 8.14‰
    Nombre de décès sur un an : 112 300
    Taux de mortalité : 4.45‰
    Accroissement naturel : 3.69‰

    Vous constatez que par rapport aux données de l’annuaire statistique les informations concernant la population, le taux de natalité, le taux de mortalité et l’accroissement naturel sont cohérentes.
    Pour rappel (2),
    Population : 25 230 000 (arrondi)
    Taux de natalité : 8,14‰ Taux de mortalité : 4.45‰
    Accroissement naturel : 3.69‰

    Les données supplémentaires que l’article donne concernent le nombre de naissance et le nombre de décès.
    Vous me chicanez sur l’extrapolation que je fais du nombre de naissance pour les années 2017, 2018 et 2019 et vous m’accusez de reprendre sans précaution le raisonnement d’Adrian Zenz.

    Pourtant l’estimation à laquelle je suis arrivé par calcul pour l’année 2019 (+/- 195 000) correspond à peu près au nombre donné par le rapport (205 400).

    Par ailleurs, dans un autre article du Global Times(3), Li Xiaoxia dit que la baisse du taux de natalité entre 2017 et 2018 correspond à une diminution de 120 000 naissances (Elle omet de donner le nombre de naissances pour les deux années).
    Nous savons donc que
    2017= x
    2018 = x-120 000
    2019 : 205 400
    Je donne comme estimation (en prenant en compte la population (divisée par deux) et le taux de natalité).
    Nouvelles naissances.
    +/-360 000 (2017)
    +/-245 000 (2018)
    +/- 195 000 (2019)

    Il me semble que l’estimation n’est pas si fantaisiste (si toutefois les informations du rapport sont exactes)

    Par ailleurs, si encore ce rapport est exact : vous constatez que la différence entre le nombre de naissance (205 400) et le nombre de décès (112 300) donnent un résultat de + 93 100.

    Comment la population a-t-elle dès lors pu augmenter de 364 000 ? Comment expliquer ces 270 900 habitants supplémentaires ?
    a) Soit le rapport est un poisson d’avril (et c’est possible).
    b) Soit l’augmentation de la population ne s’explique pas uniquement par le rapport naissance/décès mais également par d’autres facteurs.
    Quels peuvent-ils être ? Je n’ai pas de données à ce sujet et je ne vais pas en chercher. Je vais simplement vous dire qu’entre mon arrivée dans une grande ville de la Chine au milieu des années 2000 et mon départ au milieu de la décennie suivante sa population avait plus que doublé alors que son taux de natalité avait baissé continuellement et que le taux de mortalité était resté relativement stable. L’explication tenait évidemment aux migrations intérieures.

    Je confesse que je suis nul en math, mauvais en chinois et que je manque de maturité. J’ai néanmoins essayé de faire de mon mieux pour être prudent dans ce que j’avançais.

    Faites vérifier l’article de Global Times, essayez de trouver le rapport correspondant et ne dites pas que le taux de natalité est une preuve que les « accusations de génocide ne tiennent pas la route ». Reconnaissez également que l’augmentation de la population dans la région ne s’explique pas uniquement par la différence naissances/décès parce que ce serait exclure l’existence du facteur migration qui est pourtant suffisamment critiqué sous l’expression discutable de « sinisation » (les Ouïghours, les Han, et les autres ethnies sont citoyens chinois).

    J’ai dit que je ne crois pas qu’un génocide se commette au Xinjiang. Mon sentiment est que le plus grand défi qui attend les autorités chinoises au-delà de l’aspect géopolitique international est la manière dont elles vont gérer le passage d’un mode de gestion à dominance sécuritaire vers un mode de gestion permettant une plus grande mixité ethnique dans la région. Les tensions accumulées par le cycle violence-répression-terrorisme et les campagnes antichinoises étrangères ont très fortement érodé la confiance entre les différentes communautés de la région.

    Contrairement à l’image du patchwork que beaucoup de commentateurs aiment employer, la elle est fortement divisée entre zones de peuplement Han et zones de peuplement Ouïghours. Dans le sud du Xinjiang, ceux-ci vivent dans la plupart des cas complètement entre eux et ne côtoient presque pas de Hans. Un journaliste raconte par exemple dans un article de Guancha que sur 27 villages qu’il a visités et qui comptabilisent une population de 30 000 personnes, il y a 22 Han. Je crois qu’on voit mieux le problème que pose l’enseignement du mandarin, les modifications des us et coutumes et tant d’autres choses (comme la mise en œuvre très rapide du planning familial) quand on prend en compte le fait que les tensions existent et qu’elles ne sont pas uniquement le résultat du terrorisme et des influences étrangères. Il y a des dynamiques internes que la communication chinoise de temps de crise et la propagande génocidaire empêchent de voir. Mais si on ne sait pas qu’elles existent, on prend le risque d’être très injuste.

    Bien à vous,

    (1)https://china.huanqiu.com/article/3xfYDkcA7FR?fbclid=IwAR1TadYYX_ri9_qEElbDMBGZqCI7HFJ2UcovLN3pOQu4t01FFoDgSBZYdfE#:~:text=%E5%85%A8%E5%B9%B4%E5%87%BA%E7%94%9F%E4%BA%BA%E5%8F%A320.54,2018%E5%B9%B4%E5%87%80%E5%A2%9E%E9%87%8F%E3%80%82
    (2) http://www.stats.gov.cn/tjsj/ndsj/2020/indexeh.htm
    (3) https://www.globaltimes.cn/page/202101/1212073.shtml
    (4)https://www.guancha.cn/local/2014_08_19_257947.shtml?fbclid=IwAR2CCVes3_PoapmOVFM9QKC1NNQIm51DX9wAYJVjLKujqG3Dqhkvq5LuM04

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  16. sixiangjiaoyu dit :

    Rebonjour Monsieur Lefort,

    Vous avez posé une question intéressante dans un commentaire précédent. J’espère que vous prendrez le temps de lire ceci.

    Je ne reviendrai plus sur la question de la baisse du taux de natalité et celle du taux d’accroissement naturel pour le Xinjiang entre 2017 et 2019. Je considère que ce point est acquis étant donné qu’il se base sur des données officielles chinoises aisément consultables et que vous avez également consultés.

    Je voudrais apporter une réponse à une question que vous avez posé dans un message précédent. Vous vous demandiez « comment la baisse des naissances, déduite abusivement du celle du taux de natalité, se traduit par une augmentation de la population, qui est passée de 24.450.000 en 2017 (source) à 25.230.000 en 2019 (source) ».

    Mon estimation du nombre de naissance au Xinjiang pour cette période était la suivante :

    Nouvelles naissances.
    +/-360 000 (2017)
    +/-245 000 (2018)
    +/- 195 000 (2019)

    Le chiffre que fournit le Global Times pour cette dernière année est le suivant : 205 400 naissances en 2019. (Soit 10 000 de plus que mon estimation) (1)

    Par ailleurs, le même article indique que le nombre de décès en 2019 était de 112 300 pour la même année.

    La différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès donnait pour 2019 :
    205 400 – 112 300 = 93 100

    Comment comprendre que ce chiffre se traduise par une augmentation de la population de 364 000 habitants ? Comment expliquer ces 270 900 habitants supplémentaires ?

    Je vous expliquais que je n’étais pas en mesure de le prouver mais que l’explication était peut-être à chercher dans l’immigration.

    J’avais dit que je ne chercherais pas de données à ce sujet mais je n’ai pas pu résister et j’ai trouvé ceci (2)

    En 2019, le solde migratoire du Xinjiang était de + 272 800 personnes.

    Pour cette année, l’augmentation de la population s’explique donc par
    1) l’accroissement naturel de la population que la source concernant les migrations internes chiffre à 91 800.
    2) L’immigration pour laquelle elle donne le chiffre de 272 800.
    3) Pour un total de 364 600
    Voilà donc comment « la baisse des naissances se traduit par une augmentation de la population ».

    En 2019, le Xinjiang se classait troisième dans le classement des provinces et régions chinoises par solde migratoire (loin derrière le Guangdong (+833 000) et le Zhejiang (+ 847 300) mais bien devant Chongqing (135 000) et le Fujian (50 000).
    J’ai donc répondu à votre question au moins pour l’année 2019 et j’espère que vous aurez l’honnêteté de le reconnaitre. (3)

    Encore une fois, je ne conclus rien et je ne pense pas qu’un génocide se commette au Xinjiang mais les chiffres que j’ai donnés dans mon premier commentaire ne sont pas des extrapolations sans justification.

    Je les rappelle encore une fois :

    Taux de natalité : 15.88 ‰ (2017) (National 12,43 ‰)
    10.69 ‰ (2018 : -32%) (National 10,94 ‰ -12%)
    8,14‰ (2019 : – 23%) (National 10,48% : – 4%)
    Accroissement naturel : 11,4‰ (2017) (National : 5,32 ‰)
    6,13‰ (2018) (National : 3, 81‰)
    3,69 ‰ (2019) (National : 3,34 ‰)

    Nouvelles naissances : +/-360 000 (2017)
    +/-245 000 (2018)
    +/- 195 000 (2019)  corrigé : 205 400
    Bien à vous,

    (1)https://china.huanqiu.com/article/3xfYDkcA7FR?fbclid=IwAR1TadYYX_ri9_qEElbDMBGZqCI7HFJ2UcovLN3pOQu4t01FFoDgSBZYdfE#:~:text=%E5%85%A8%E5%B9%B4%E5%87%BA%E7%94%9F%E4%BA%BA%E5%8F%A320.54,2018%E5%B9%B4%E5%87%80%E5%A2%9E%E9%87%8F%E3%80%82

    (2) Selon les données communiquées le 25 avril 2020 par les différentes autorités provinciales. Voici deux articles à ce sujet (le deuxième propose un graphique classant les provinces par solde migratoire)
    https://m.yicai.com/news/100601844.html?fbclid=IwAR2Ot0niEd7cpopnpzX5Naaa-lVN_mTmyalJ9f5bD_Yxgfkoe8D3jvDat3c
    http://m.gxfin.com/article/finance/default/default/2020-04-26/5259541.html?fbclid=IwAR126p2_MWR-DYAslFbs1qp883o_ZmJpehcQxJvR663jtuyGqDq2uJbFVko

    (3) Je note en passant que dans le débat très mal posé qui tourne autour de l’expression « sinisation », il est intéressant de constater que le solde migratoire (272 800) est environ trois fois plus important que l’accroissement naturel de la population (91 800). Cela constitue très probablement une évolution significative car comme l’accroissement naturel a baissé rapidement entre 2017 et 2019, il est légitime de penser qu’il était avant cette période supérieure au solde migratoire.
    Je formule à des fins heuristiques deux hypothèses
    1) hypothèse pour 2018
    Au niveau du nombre de migrants supplémentaires intégrés dans le nombre de la population du Xinjiang pour l’année 2018, je n’ai pas trouvé de données (et pour tout vous dire, je pense que je n’en trouverai pas). Je propose néanmoins de faire l’estimation suivante :
    Accroissement naturel : 245 000 naissances (hypothèses) – 100 000 décès (hypothèse basse) = +145 000
    Augmentation de la population pour 2018 : 420 000
    Part des migrants = 275 000 (soit un chiffre comparable à 2019)
    Je répète qu’il s’agit là d’une hypothèse et que ce nombre de migrants doit être vérifié. Vous noterez cependant que ce calcul a une valeur heuristique dans la mesure où s’il est corroboré, il validera l’estimation du nombre de naissances.
    2) hypothèse pour 2017.

    Accroissement naturel : 360 000 naissances (hypothèse) – 100 000 décès (hypothèse basse) = +260 000
    Augmentation de la population pour 2017 : 470 000
    Part des migrants = 210 000
    Si ces hypothèses se vérifient, l’évolution pourrait donc se décrire de la manière suivante : la part de l’accroissement naturel a diminué dans l’augmentation de la population du Xinjiang entre 2017 et 2019 tandis que celle du solde migratoire augmentait.
    « La bêtise consiste à vouloir conclure » Flaubert

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